Pygmalion (Shaw)

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Première édition américaine de Pygmalion en 1914.

Pygmalion est une pièce de théâtre du dramaturge et compositeur irlandais George Bernard Shaw, représentée pour la première fois le 11 avril 1914 sur la scène de Her Majesty's Theatre, avec Mrs. Patrick Campbell et Herbert Beerbohm Tree dans les rôles principaux. Nommée d'après le personnage mythologique qu'est Pygmalion, elle vise à critiquer la respectabilité des classes moyennes.

Elle connaîtra une adaptation cinématographique en 1938. Après la disparition de Shaw, les compositeurs Alan Jay Lerner et Frederick Loewe en feront une comédie musicale, My Fair Lady, en l'amputant totalement de sa fin cynique - qu'expliquait Shaw dans sa préface - montrant que posséder le langage des classes aisées sans disposer en même temps de leur fortune ne changeait rien à la condition de quiconque.

Acte I[modifier | modifier le code]

Une soirée pluvieuse à Londres, au début du siècle. Sous les colonnes de Covent Garden se sont réfugiés les passants surpris par l'averse. À la suite d'un quiproquo, l'un d'eux, Henry Higgins, phonéticien réputé, fait la connaissance d'un collègue, le colonel Pickering, et d'une pauvre fleuriste, Eliza Doolittle. Après s'être vanté de pouvoir, par des leçons de prononciation, faire passer Eliza pour une duchesse, Higgins, dans un élan charitable, lui jette une somme d'argent importante. Les deux collègues partis, la fleuriste rentre chez elle en taxi, sous le regard surpris d'un jeune aristocrate ruiné, Freddy Eynsford-Hill.

Acte II[modifier | modifier le code]

Wimpole Street, le riche et désordonné appartement de Higgins. Alors que Henry et Pickering font des expériences de phonétique, Mrs Pearce, la gouvernante de Higgins, présente une jeune fille à l'aspect médiocre : c'est Eliza Doolittle. La fleuriste a l'intention de prendre des cours de prononciation afin d'ouvrir sa boutique de fleuriste. Séduit par l'idée, Pickering propose un pari à son ami : faire d'Eliza une femme du monde et l'introduire au bal de l'ambassade qui aura lieu six mois après. Malgré quelques réticences du côté de Mrs Pearce et d'Eliza, Higgins accepte aussitôt. De nouveaux problèmes surgissent lorsque le père d'Eliza arrive, éboueur sans scrupules, tout décidé à laisser sa fille à Higgins s'il peut y gagner quelque chose. Fort amusé par les thèses de Doolittle sur la société, Higgins accorde cinq livres au bonhomme, qui quitte alors la maison.

Eliza Doolittle dessinée par George Luks en 1908.

Ajout inséré dans l'édition de 1941 : la première leçon d'Eliza Dolittle. La fleuriste apprend avec une rapidité stupéfiante les subtilités phonétiques. Elle reçoit les critiques d'Higgins et les compliments de Pickering.

Acte III[modifier | modifier le code]

L'appartement luxueux de la mère de Higgins. En guise de répétition pour le bal de l'ambassade, Henry et Pickering ont décidé d'afficher leur élève devant les quelques convives de Mrs Higgins (les mêmes personnages que dans l'acte 1 à Covent Garden : la famille Eynsford-Hill). Eliza s'y montre physiquement métamorphosée. Son accent est absolument parfait. Mais comme le fait remarquer Higgins à sa mère, l'important n'est pas seulement comment Eliza prononce mais aussi ce qu'elle prononce. Les quelques phrases indécentes lâchées par la jeune fille stupéfient son auditoire. Alors que sa mère se scandalise, le jeune Freddy tombe aussitôt amoureux d'Eliza. Après le départ des convives, Higgins et Pickering accablent Mrs Higgins de commentaires sur leur projet.

Ajout inséré dans l'édition de 1941 : Le bal de l'ambassade. Après des mois de travail, Eliza est enfin prête. Son langage et ses manières constituent une insulte pour tous les invités, y compris un ancien élève de Higgins, Nepommuck, Hongrois qui fait de la fleuriste sa compatriote au grand amusement de Higgins et Pickering. Jugeant que l'expérience s'est avérée satisfaisante, les trois personnages rentrent chez eux.

Acte IV[modifier | modifier le code]

La maison de Higgins. Higgins, Pickering et Eliza rentrent du bal. La prestation de la fleuriste a dépassé toutes les espérances, elle est prise pour une princesse. Mais les deux collègues, épuisés, accordent peu d'attention à la jeune fille et montent se coucher sans même la féliciter. À la recherche de ses pantoufles, Higgins redescend et retrouve Eliza hors d'elle-même. Après lui avoir jeté ses chaussons à la tête, Eliza lui explique sa douloureuse situation : elle n'appartient plus à aucun milieu social ; elle ne peut plus vendre de fleurs, elle ne peut plus que se vendre elle-même en se mariant, ce qui lui semble de la prostitution ; elle n'a plus rien à elle : toutes ses affaires ont été payées par Pickering. Désireuse de se venger de Henry, qui se méprend sur son comportement, la fleuriste le met hors de lui en lui rendant une bague dont il lui avait fait cadeau. Higgins sort en claquant la porte.

Ajout inséré dans l'édition de 1941 : Eliza s'enfuit de la maison de Higgins et rencontre dans la rue le jeune Freddy, qui, fou amoureux d'elle, hante la rue depuis plusieurs semaines. Le jeune homme réussit à convaincre la fleuriste de sa passion et l'embrasse sous les yeux désapprobateurs de plusieurs policemen. Réconfortée, Eliza décide de se rendre chez Mrs Higgins, qui l'aidera à trouver une solution.

Acte V[modifier | modifier le code]

L'appartement de Mrs Higgins. Higgins et Pickering, déstabilisés par la fuite d'Eliza, sont venus demander conseil à la vieille dame lucide. Ils y rencontrent Dolittle, devenu un riche bourgeois à la suite d'une plaisanterie de Higgins et qui a décidé d'épouser sa compagne. Après les avoir fait languir un moment, Mrs Higgins avoue aux collègues qu'Eliza se trouve dans la maison même et qu'elle accepte de les voir s'ils se montrent un peu plus chaleureux. Mrs Higgins soutient Eliza car elle n'approuve pas que Higgins et Pickering ne se soient pas interrogés sur le devenir d'Eliza après sa transformation. L'ancienne fleuriste arrive alors, stupéfie Pickering et irrite Higgins par l'élégance de ses manières. S'ensuit une longue discussion en tête à tête entre la jeune fille et le phonéticien, discussion au terme de laquelle Higgins avoue à Eliza qu'elle lui manquera si elle quitte Wimpole Street. Mais le professeur refusant de changer ses manières à son égard, Eliza fait part de sa décision d'épouser Freddy. Tout le monde se rend alors au mariage de Dollittle, excepté Higgins. La pièce se termine sur le rire du phonéticien lorsqu'il envisage le mariage d'Eliza et Freddy.

Fin[modifier | modifier le code]

La fin de Pygmalion provoqua beaucoup de critiques selon lesquelles une pièce ne pouvait se terminer que par un mariage entre les deux personnages principaux. Pour réagir à cette polémique, George Bernard Shaw écrivit un essai défendant l'union d'Eliza et Freddy, expliquant les raisons de cette fin et relatant les débuts du ménage.

Commentaires[modifier | modifier le code]

Dans la pièce de Shaw, Henry Higgins n'a en commun avec le personnage mythologique de Pygmalion que sa misogynie et sa situation envers Eliza (il fait d'elle une nouvelle femme). Sa relation avec la jeune fleuriste, comme le stipule Shaw dans son essai, est totalement dénuée de romantisme, ce personnage est grossier envers la jeune fille. Eliza, quant à elle, bien qu'elle demande dans la scène finale un peu plus d'affection de la part du phonéticien, n'est pas plus attirée sentimentalement. Son mariage avec Freddy est d'ailleurs une preuve suffisante de la nature de ses sentiments. À la fin de son essai, Shaw définit ainsi la liaison d'Eliza envers Higgins : elle n'est pas amoureuse de lui, ce qui ne signifie pas qu'elle rompra toute relation avec lui et qu'il ne demeurera pas l'un des grands personnages de sa vie. Il l'intéresse immensément. Elle sait que son indifférence a plus de valeur que l'amitié d'âmes plus ordinaires. Il arrive même qu'elle désire se retrouver seule avec lui sur une île déserte pour le faire tomber amoureux d'elle. Mais dans la réalité, c'est Freddy et Pickering qu'elle aime, alors qu'elle n'aime pas Higgins et son père. Et Shaw conclut ainsi : « Galatée n'aime jamais Pygmalion d'un amour parfait. Leur relation est trop olympienne pour être agréable. » Cette pièce pose aussi l'interrogation : "Est-on autorisé à changer de cette manière le cours de la vie d'une personne ?" Il faut bien plus que des bonnes manières et un bon vocabulaire pour pouvoir changer de classe. Eliza se retrouve certes très bien éduquée mais sans argent. Ce changement a-t-il été une bonne chose pour la jeune fille ?

Personnages[modifier | modifier le code]

  • Henry Higgins, phonéticien de génie âgé d'une quarantaine d'années
  • Eliza Dolittle, vendeuse de fleurs ambitieuse, dix-huit à vingt ans
  • Pickering, colonel à la retraite, gentleman entre deux âges
  • Alfred Dolittle, éboueur philosophe entre deux âges
  • Mrs Higgins, vieille dame sardonique, mère de Henry Higgins
  • Freddy Eynsford-Hill, jeune aristocrate romantique et ruiné
  • Mrs Pearce, gouvernante de Higgins
  • Nepommuck, phonétiste d'origine hongroise, ancien élève de Higgins
  • Mrs Eynsford-Hill, mère de Freddy et Clara
  • Clara Eynsford-Hill, sœur de Freddy
  • Un spectateur
  • Un spectateur sarcastique

Adaptations[modifier | modifier le code]

  • La fin de Pygmalion a été modifiée à l'occasion de ses adaptations cinématographiques ou musicales. George Bernard Shaw était très attaché à sa version. Il ne céda que sous la pression du producteur Gabriel Pascal. Dans cette adaptation, le professeur Higgins rentre chez lui en solitaire et fait fonctionner un des disques reproduisant la voix d'Eliza. Celle-ci se glisse alors dans la pièce et le surprend.
  • Plusieurs scènes de la pièce, telles que le bal de l'ambassade, ont été écrites par Shaw à l'occasion de l'adaptation cinématographique de Gabriel Pascal. Elles n'intègrent donc la pièce que lors de l'édition de 1941.
  • La sœur de Freddy Eynsford-Hill, Clara, perdra beaucoup d'importance dans l'adaptation de Pascal. Elle est absente de la version musicale.
  • Le personnage du phonétiste hongrois Nepommuck, créé lors de l'adaptation de Pascal, prend dans la version musicale le nom de Zoltan Kaparthy.

Articles connexes[modifier | modifier le code]