Post-humain

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Le post-humain ou posthumain est un concept issu notamment des champs de la science-fiction, de l'art contemporain et de la philosophie.

L'apparition du concept de post-humain est étroitement lié au développement des nouvelles technologies après la Seconde Guerre mondiale, et des biotechnologies en particulier. Suite à l'invention de l'informatique, la cartographie génétique de l'ADN humain, parallèlement à celle d'autres espèces vivantes, a opéré un décentrement comparable à ceux opérés par Copernic et par Darwin. Dans les deux cas, le rapport de l'homme au monde s'est toujours fait avec un « amoindrissement » de ce dernier au sein du macrocosme, corollaire d'un « désenchantement » du monde dans lequel il était habitué à vivre.

Le transhumanisme est un courant de pensée qui appelle de ses vœux l'avènement d'une posthumanité radicale, peut-être appelée à s'installer progressivement, ou à surgir très rapidement et de manière imprévue pour le plus grand nombre par le biais d'une singularité technologique. Parallèlement, les transhumanistes s'interrogent sur les possibles bénéfices et périls de cette profonde transformation de la nature humaine. Le slogan de certains d'entre eux, The Singularity is near, peut se traduire par « La Singularité est proche ».

Le philosophe Peter Sloterdijk, dans ses Règles pour le parc humain, évoque l'idée et la rejette en recommandant à l'homme de « conserver son statut arriéré » dans des limites fixées par lui-même, pour continuer à vivre dans un monde où la technologie étend son pouvoir impersonnel.

Les premières représentations du post-humain sont directement tirées de l'imaginaire de la science-fiction, notamment du cyberpunk, où apparaissent des humains « connectés », surchargés de prothèses en tout genre, mi-hommes, mi-machines[1]. L'artiste Stelarc a réalisé des machines et des structures qui prennent ce leitmotiv au pied de la lettre. La figure du mutant post-humain, doté de pouvoirs extra-sensoriels, apparaît également dans les romans de Maurice Dantec.

Dans Particules élémentaires, de Michel Houellebecq, le narrateur est le dernier homme, qui rédige son récit avant l'avènement des machines, résultat du choix conscient d'une humanité parvenue à son terme. Dans La possibilité d'une île, ce sont des générations de clones qui constituent cette post-humanité pour le moins angoissante. Selon George Steiner, « Les langages que nous parlons désormais sur cette planète corrompue et suicidaire sont post-humains. [...] Là où le langage est encore humain, dans le sens fondamental de ce mot, il est parlé par des survivants, des gens qui se souviennent et des fantômes. Sa musique hantée est celle des braises qui continuent à crépiter dans la cendre froide d'un feu mort[2]. »

Le poète Serge Venturini publia, en mai 2007, Éclats d'une poétique du devenir posthumain où il écrit : « C'est à partir du posthumain le plus libre possible que se déploie ce livre, dans le perpétuel devenir de nos vies. Un peu de chaude clarté en ces temps de ténèbres et de haine. Puisse ce livre de mise à distance et de mémoire entrouvrir portes et fenêtres, afin de tracer vers l'avenir quelques perpectives vers une poétique du devenir transhumain »[3].

Enfin, le philosophe Dominique Lecourt s’interroge sur les raisons qui font qu’aujourd’hui, à la faveur des interrogations des sciences du vivant, lorsqu’on parle d’éthique, au lieu de présenter des idéaux de vie, on s’empresse d’énoncer des interdits. On déplore la perte des valeurs. On organise le repli sur des doctrines existantes. Mais on oublie que ces doctrines sont diverses et parfois violemment opposées, ce que l’état du monde nous rappelle chaque jour. On oublie aussi qu’elles ont été forgées, transformées, au cours de l’histoire. Plutôt que de proposer de grands compromis illusoires sur de supposées valeurs communes, pourquoi ne pas faire acte d’inventivité normative et réinstituer une hiérarchie de valeurs ?

C’est à ce titre qu'il se réfère à Denis Diderot qui refusait d’assujettir sa philosophie à la théologie chrétienne, mais n’inscrivait pas non plus sa pensée dans le courant de la philosophie politique dite du « droit naturel » qui dominait la pensée de ses contemporains. Comme de surcroît, Diderot justifiait ce double refus par une réflexion sur la biologie de son temps, et Dominique Lecourt considère son œuvre d’une actualité et d’une fécondité étonnantes. Il peut, écrit-il, nous aider non seulement à réexaminer le système des valeurs admises mais à inventer de nouvelles formes de vie qui intègrent sous bénéfice d’inventaire - au lieu de les rejeter brutalement - les nouvelles techniques de procréation, les nouveaux rapports entre hommes et animaux, les nouvelles techniques d’information et de communication[4].

Liens[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.dailymotion.com/video/xbwsgl_dominique-lestel-lanimal-est-laveni_tech Une conférence de Dominique Lestel aux ERNEST de l'Ecole Normale Supérieure où il traite du posthumain
  2. George Steiner, La longue vie de la métaphore, (trad. Moscovici), éd. Écrits du temps, n° 14-15 1987. p. 261.
  3. Serge Venturini, Éclats d’une poétique du devenir posthumain, 2000-2007 (Livre II), Éditions L’Harmattan, collection « Poètes des cinq continents », Paris, 2007 (livre dédié à Lucie Aubrac) (ISBN 978-2-296-03301-6), 4e de couverture.
  4. http://www.chronicart.com/clones/ev2.htm Dominique Lecourt, entretien publié dans Chronic'art n°10 (été 2003) Consulté le 5 juin 2010.