Politique de relance

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Une politique de relance ou plan de relance est un ensemble de mesures de politique économique, qui s'effectue par des dépenses publiques supplémentaires et de réduction de certains impôts, et donc dégradant le solde public, décidées par le gouvernement d'un pays ou d'une zone économique, dans le but de provoquer une « relance économique », c’est-à-dire une augmentation de l'activité économique et une réduction du chômage lors des périodes de faible croissance ou de récession.

Les politiques de relance peuvent faire intervenir la politique budgétaire et la politique monétaire. Les politiques de relance sont l'application de la théorie keynésienne selon laquelle le gouvernement pourrait efficacement relancer l'économie par des dépenses publiques supplémentaires : elle permettraient de passer d'un équilibre sous-optimal (faible demande, faible offre, chômage et sous-utilisation du capital, moral en berne conduisant à des anticipations négatives) à un équilibre plus satisfaisant (plein emploi, demande et offre plus forte, anticipations positives restaurant la croissance).

L'efficacité des politiques de relance est très controversée. En particulier, les politiques de relance menées dans les pays développés au cours des années 1970 ont été souvent reconnues comme des échecs qui ont aggravé la stagflation. De plus, les politiques de relance creusent les déficits et la dette publique et il est souvent nécessaire de mettre en œuvre par la suite des politiques de rigueur qui ramènent le déficit à des niveaux raisonnables, ou permettent de diminuer l'inflation. Longtemps mise à l'écart et critiquée, la relance économique a été utilisée par de nombreux pays afin de contrer les effets de la crise économique de 2008.

Histoire[modifier | modifier le code]

La notion de relance budgétaire, généralement associée à John Maynard Keynes, aurait en réalité été formulée pour la première fois par Abba Lerner lors d'une conférence de John Maynard Keynes en 1944 au cours de laquelle ce dernier redoutait le taux d'épargne ne devienne trop élevé après la guerre. Abba Lerner lui aurait alors suggéré que le gouvernement puisse augmenter la demande agrégée en créant du déficit budgétaire par une augmentation des dépenses publiques et/ou une diminution des taxes[1].

Principe[modifier | modifier le code]

Conditions[modifier | modifier le code]

Les politiques de relance sont des politiques conjoncturelles, répondant à une faiblesse ponctuelle de la croissance en présence de capacités de production inutilisées. Elles sont impuissantes face à une faiblesse de la croissance liée à l'organisation même du système productif, qui demande des politiques d'ajustement structurel. Il faut également que le supplément de revenu se traduise dans une augmentation de la demande interne, ce qui suppose la croyance par les ménages que leurs impôts n'augmenteront pas pour faire face aux dépenses de l'État.

Des capacités de production inutilisées[modifier | modifier le code]

Conçue face à la Grande Dépression, l'analyse keynésienne de la relance budgétaire s'appuie sur la situation de l'époque, où un grand nombre d'entreprises tournaient en sous-régime. Elle suppose ainsi que les entreprises peuvent très rapidement augmenter leur production pour faire face à un surplus de demande.

Si ce n'est pas le cas, l'équilibrage du marché transite par une pure hausse des prix. Ce dernier phénomène explique l'échec des politiques de relance de la fin des années 1970 et des années 1980, le choc d'offre lié au choc pétrolier ayant conduit les entreprises à limiter l'augmentation de leurs capacités de production, et donc leur capacités disponibles. Les politiques de relance se sont alors traduites par une augmentation des prix (inflation) et une hausse de la dette publique, sans augmentation de la croissance (phénomène de stagflation).

Confiance des entreprises et des ménages[modifier | modifier le code]

L'augmentation des revenus ou de l'offre de monnaie ne peut se traduire en surplus de demande que si les agents économiques font preuve d'une certaine confiance dans l'avenir. Sans cela, le surplus de revenu est épargné par les ménages (pour faire face à une future hausse des impôts), et les décisions d'investissement des entreprises sont retardées.

Un cas extrême de manque de confiance est celui de la trappe à liquidité, où l'anticipation d'une faible croissance dans un contexte de déflation incite les agents à garder leurs actifs en monnaie, ce qui réduit à néant tout effet d'une politique budgétaire ou monétaire.

Le gouvernement peut jouer dans une certaine mesure sur ce paramètre, en ciblant la politique de relance sur des agents économiques qui consomment plutôt que des agents qui épargnent, et en annonçant une durée limitée à l'offre avantageuse ; il peut notamment opter pour une relance par l'investissement, en misant sur les entreprises si la structure de la demande s'y prête (voir condition suivante)

Structure de la demande[modifier | modifier le code]

Moyens[modifier | modifier le code]

Les outils d'une politique de relance sont de trois ordres : budgétaires, monétaires ou réglementaires.

Outils budgétaires[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Politique budgétaire.

Dans le cas d'une relance budgétaire, il s'agit d'augmenter la demande interne en augmentant les dépenses de l'État (constructions, investissements,…) ou en augmentant les revenus disponibles des agents (baisse des impôts ou hausse des prestations sociales).

Outil réglementaire[modifier | modifier le code]

Dans ce cas, l'État utilise son pouvoir réglementaire pour augmenter les revenus d'un groupe ciblé de la population. Il s'agit en général des bas salaires, la loi psychologique fondamentale de Keynes assurant qu'une augmentation des revenus de ce groupe se traduira presque intégralement par une hausse équivalente de la demande (ce type de ménages ayant une propension à épargner plus faible que les autres groupes, et donc une propension à consommer plus forte).

En pratique, ces augmentations prennent souvent la forme d'augmentation de différents minima sociaux ou du salaire minimum. Les effets peuvent alors être négatifs sur le taux de chômage (voir trappe à inactivité et analyse économique du salaire minimum).

Outil monétaire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Politique monétaire.

Dans le cas d'une politique monétaire de relance, la banque centrale augmente l'offre de monnaie (par exemple par une baisse de son taux directeur). Une telle baisse encourage la demande de crédits par les ménages et les entreprises, et donc augmente l'activité économique d'ensemble.

En diminuant le taux de rendement de la monnaie, une politique monétaire expansive fera baisser le cours de la monnaie face aux monnaies étrangères, ce qui augmentera le solde de la balance commerciale à moyen terme (hausse des exportations et baisse des importations). L'effet est négatif à court terme, et neutre sur le long terme : voir Courbe en J.

Cette politique favorisera cependant une hausse de l'inflation et une hausse du coût des biens importés, les produits pétroliers par exemple

Exemple français[modifier | modifier le code]

La France dans la période qui a suivi le premier choc pétrolier et la fin des Trente Glorieuses a connu deux plans de relance importants :

  • Le plan de relance Chirac de 1975 représentant 2,8 points de PIB a été « un succès mitigé : croissance de + 4,4 % en 1976, forte inflation (+11 %) et un gros déficit du commerce extérieur »[2] ;
  • En 1981, le plan de relance Mauroy représentant « 1,7 point sur deux ans »[2] visait surtout à relancer la consommation. Lancé alors que les partenaires extérieurs de la France adoptaient des politiques restrictives, il a vite provoqué une dégradation des comptes extérieurs et le gouvernement a dû adopter assez rapidement une politique de rigueur.

D'autres mesures de relances d'ampleur moindre s'y sont ajoutées, que l'on peut ou non qualifier de « plan » :

  • Le niveau de dépenses publiques n'a pas été ramené à son niveau antérieur après ces « relances », et si le plan Chirac a été compensé par une augmentation des recettes publiques (politique de rigueur de Raymond Barre), ce n'est pas le cas des suivantes, de sorte que la France n'a plus connu de solde public proche de l'équilibre depuis 1980[3] ;
  • Le Plan de relance économique de la France de 2008.
  • Le 11 mai 2014 Le Premier Ministre français, Manuel Valls, décide de prendre une mesure dite "keynésienne". 650 000 ménages français, les plus modestes, vont sortir de l'impôt sur le revenu. Cette mesure devrait augmenter la propension à consommer de ces agents économiques. Si le moral de ces derniers s'élève avec le phénomène "Coupe du Monde 2014" et des futurs bons résultats de l'équipe de France de football dans cette compétition, alors la consommation devrait sensiblement augmenter par anticipation sur le futur "Avis de Non-Imposition". En effet cette mesure permettra d'injecter dans la croissance plus d'un milliard d'euros. Si les chefs d'entreprises voient leurs prévisions de chiffre d'affaires à la hausse, alors ils décideront de réinvestir et, le phénomène boule de neige se mettra en place. Avec un taux d'emprunt plus faible des établissements bancaires pour financer les nouveaux projets et moderniser les facteurs de productions, cette mesure devrait porter ses fruits. In fine il faudra espérer que les impôts et diverses taxes ne seront pas augmentés pour récupérer ce déficit du Trésor public lorsqu'un cycle de croissance montrera le jour dans un futur à court terme.[réf. nécessaire]

Critique[modifier | modifier le code]

Les économistes libéraux classiques estiment que les cycles économiques sont provoqués par des erreurs de politique économique et par une mauvaise gestion de la masse monétaire. Les crises ne seraient que la manifestation de l'éclatement d'une bulle économique, et de malinvestissement ou surinvestissement. Du fait du comportement ricardien des individus, la politique de relance serait inefficace car, en prévision d'une future augmentation de l'imposition, elle provoquerait une augmentation de l'épargne des ménages et non une augmentation de leur consommation. Enfin, certains accusent les hommes politiques de mettre en œuvre des politiques de relance de la demande pour des raisons électorales. En effet, de telles mesures seraient négatives à long terme mais perçues positivement par les électeurs qui voient leur revenu disponible augmenter à court terme.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) David Colander, « Was Keynes a Keynesian or a Lernerian ? », Journal of Economic Literature, vol. 22,‎ décembre 1984, p. 1571–79 (JSTOR 2725382)
  2. a et b Denis Clerc, p.10
  3. INSEE, comptes nationaux, [1]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Denis Clerc, « Quelques relances historiques », Alternatives économiques, janvier 2009.