Pocahontas

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Pocahontas / Rebecca Rolfe

Description de cette image, également commentée ci-après

Portrait de Pocahontas, peint de son vivant.

Nom de naissance Matoaka et Amonute
Alias
Pocahontas
Naissance vers 1595
Colonie anglaise de Virginie
Décès (à environ 22 ans)
Gravesend (Angleterre)
Nationalité Née amérindienne de la confédération de tribus Powhatans, puis anglaise par son mariage
Ascendants
Chef Powhatan (son père)
Conjoint
Descendants

Pocahontas (vers 1595) est une Amérindienne de la confédération de tribus Powhatans. Elle est la fille de Wahunsunacock (aussi appelé chef Powhatan) qui a régné sur presque toutes les tribus voisines dans une région, alors appelée Tsenacommacah (en).

Ses vrais noms étaient Matoaka et Amonute[1], Pocahontas étant un surnom d'enfance se rapportant à sa nature espiègle (dans la langue de Powhatan cela signifie « petite dévergondée »[2]). À son baptême, elle reçut le nom de Rebecca. Elle prendra le nom de Rebecca Rolfe à son mariage.

La vie de Pocahontas est à l'origine de beaucoup de légendes. Comme elle n'a jamais appris à écrire, tout ce qui est connu à son sujet aujourd'hui a été communiqué de génération en génération, de sorte que les pensées et les sentiments de Pocahontas demeurent en grande partie inconnus. Son histoire est devenue la source de nombreuses adaptations littéraires et cinématographiques.

Sa vie[modifier | modifier le code]

On ne connaît que peu de choses de l'enfance de Pocahontas. Elle était la fille du chef Powhatan et de l'une de ses nombreuses épouses. Selon la tradition, sa mère a été éloignée d'elle après lui avoir donné naissance[3].

Relations avec John Smith[modifier | modifier le code]

Les registres des colons de Jamestown indiquent que Pocahontas a entretenu une certaine amitié avec le capitaine John Smith et l'a peut-être sauvé de la mort plusieurs fois. Du fait de la rareté des archives, et de leur mauvaise qualité, la nature exacte de leur relation est controversée. Leur relation a été romancée avec d'importants ajouts.

Pocahontas sauve la vie de John Smith, illustration américaine de 1870.

En 1607, quand les colons anglais de la Virginia Company sont arrivés en Virginie et qu'ils ont commencé la construction de bâtiments, Pocahontas était âgée d'environ 12 ans. Son père était le chef de la Confédération des Powhatans. Un des colons, John Smith, a été capturé par un groupe de chasseurs Powhatan et emmené à Werowocomoco (en), un des principaux villages de l'empire Powhatan. Selon Smith, il a été allongé sur une grande pierre et était sur le point d'être exécuté, quand Pocahontas s'est jetée sur lui. Elle l'a défendu puis a été conduite en sécurité à Jamestown.

La version de Smith est la seule source. Et depuis les années 1860, sa véracité est donc mise en doute. Une des raisons de ce doute est qu'en dépit de l'édition de deux livres relatifs à la Virginie, le récit de la délivrance de Smith ne s'est fait qu'en 1616, presque dix ans après les faits. Dans une lettre adressée à la reine Anne de Danemark, il la prie de traiter Pocahontas avec dignité. Le temps écoulé a pu faire que Smith ait exagéré ou inventé l'évènement pour améliorer l'image de Pocahontas. Il indique pour sa part quelques livres antérieurs à cette lettre ayant un caractère géographique et ethnographique, il n'avait aucune raison d'y insérer ce récit.

Quelques experts ont suggéré que Smith avait pu prendre pour une délivrance un rituel symbolisant sa mort et sa renaissance en tant que membre de la tribu[4]. Cependant, il ne semble y avoir aucun rituel de ce genre dans d'autres tribus amérindiennes.

Quoi qu'il en soit, une relation amicale s'est établie entre Smith et Pocahontas à Jamestown. Pocahontas venait souvent jouer à la colonie [5]. Cependant, la colonie s'agrandit et certains des indigènes estimèrent que leurs terres étaient menacées. Dès lors, des conflits commencèrent.

En 1608, Pocahontas a apparemment sauvé Smith une deuxième fois : Smith et quelques autres colons ont été invités à Werowocomoco par le Chef Powhatan en termes amicaux, mais Pocahontas est venue à la hutte où les Anglais séjournaient et les a avertis que le Chef Powhatan projetait de les tuer. Grâce à cet avertissement, les Anglais sont restés sur leurs gardes et l'attaque ne s'est jamais produite[6].

Une blessure due à une explosion de poudre a forcé Smith à retourner en Angleterre en 1609. Les Anglais ont indiqué aux indigènes que Smith était mort. Pocahontas l'a cru pendant plusieurs années jusqu’à son arrivée en Angleterre[7].

Il n'y a aucune indication dans les archives que Smith et Pocahontas aient été amants ; cette version romancée de l'histoire apparaît seulement dans les versions mettant en scène une Pocahontas plus âgée que dans les faits. Selon Smith, quand elle l'a rencontré à nouveau à Londres, Pocahontas l'appelait « Père » [7].

L'enlèvement[modifier | modifier le code]

L'enlèvement de Pocahontas, gravure sur cuivre de Jean Théodore de Bry, vers 1618.

Selon William Strachey (en), Pocahontas a épousé un guerrier de Powhatan appelé Kocoum à une date inconnue, antérieure à 1612 ; on ne connaît rien de plus à propos de ce mariage[8].

En mars 1613, Pocahontas résidait à Passapatanzy, un village amérindien, situé sur le fleuve Potomac. Deux colons anglais ont commencé à commercer avec la tribu locale des Patawomeck et ont découvert la présence de Pocahontas. Avec l'aide du chef Patawomec, Japazeus, ils l'ont capturée. Leur but, comme ils l'ont expliqué dans une lettre, était de l'échanger contre plusieurs prisonniers anglais détenus par le Chef Powhatan ainsi que des armes et des outils que les Powhatans avaient volés[9]. Chef Powhatan a renvoyé les prisonniers mais n'est pas parvenu à satisfaire les demandes concernant armes et outils.

Pendant une année, Pocahontas a été retenue à Henricus (en), une autre colonie anglaise. On sait peu de choses sur sa vie là-bas malgré un écrit du colon Ralph Hamor (en) qui nous apprend qu'elle y aurait appris les usages et la courtoisie[10]. Un prêtre anglais, Alexandre Whitaker (en), lui a enseigné le christianisme et l'a aidée à améliorer son anglais. Elle a été baptisée et son nom a alors été changé en Rebecca.

En mars 1614, un violent conflit eut lieu près du fleuve Pamunkey (en) entre des centaines d'Anglais et les Powhatan. À la ville powhatan de Matchcot, les Anglais ont rencontré un groupe dont faisaient partie des chefs aînés de Powhatan (mais pas Chef Powhatan lui-même). Les Anglais autorisèrent Pocahontas à s'entretenir avec ses compatriotes. Cependant, selon le sous-gouverneur La Vallée de Thomas, Pocahontas en voulut à son père absent pour l'avoir estimée moins importante que des épées ou des haches et leur a indiqué qu'elle préférait vivre avec les Anglais[11]

Mariage avec John Rolfe[modifier | modifier le code]

Illustration librement inspirée de Pocahontas et son mari John Rolfe, datant des années 1850.

Pendant son séjour à Henricus, Pocahontas a rencontré John Rolfe qui s'est épris d'elle. Rolfe, dont l'épouse et la fille anglaises étaient décédées, avait cultivé avec succès une parcelle de tabac en Virginie. C'était un homme pieux qui souffrait beaucoup des possibles conséquences morales de son mariage avec une païenne. Dans une longue lettre au gouverneur, il demande la permission de se marier avec elle en exprimant son amour pour elle et en exposant sa conviction qu'il sauverait son âme. Les propres sentiments de Pocahontas au sujet de Rolfe et du mariage restent inconnus.

Le mariage eut lieu en avril 1614 et c'est à cette occasion qu'elle prit le nom de Rebecca Rolfe. Elle s'est alors convertie au christianisme. Pendant plusieurs années le couple a vécu ensemble dans la plantation de Rolfe, Varina Farms, située en Virginie à proximité de la rivière James, et de la communauté d'Henricus. Ils eurent un enfant, Thomas Rolfe.

Le mariage et la conversion au christianisme de Pocahontas amenèrent une période de relations pacifiques entre les Amérindiens Powhatan et les colons. Celle-ci ne devait malheureusement pas durer très longtemps : dès 1622 les hostilités reprirent de plus belle.

Voyage en Angleterre et décès[modifier | modifier le code]

Afin d'attirer de nouveaux colons et investisseurs en Virginie, les commanditaires de la colonie envoyèrent Pocahontas la promouvoir auprès des Européens, les assurant ainsi que les indigènes du Nouveau Monde ne représentaient pas une menace et que la sécurité des colonies était assurée[12]. En 1616, les Rolfe voguèrent jusqu'en Angleterre : ils arrivèrent au port de Plymouth, puis voyagèrent jusqu’à Londres en diligence en juin 1616. Ils étaient accompagnés d'un groupe de onze autres indigènes powhatans incluant Tomocomo[13].

John Smith résidait alors à Londres. C'est à Plymouth que Pocahontas apprit qu'il était encore en vie[7]. Tous deux ne se rencontrèrent pas à ce moment-là, mais Smith écrivit à cette occasion une lettre à la reine Anne lui demandant instamment de veiller à ce que Pocahontas soit traitée avec le même respect qu'un visiteur royal et non comme un phénomène de foire, les conséquences d'un tel comportement risquant de mettre en péril l'amour qu'elle portait aux Anglais et au christianisme, susceptible de se transformer en mépris et en colère[14].

Il n'existe aucune preuve qu'elle ait été formellement présentée à la cour de Jacques Ier d'Angleterre, mais le , elle et Tomocomo faisaient partie des invités du roi lors d'une représentation du poète Ben Jonson à la Maison des banquets dans le Palais de Whitehall. Selon Smith, le roi impressionna fort peu les ambassadeurs du Nouveau Monde, qui ne comprirent qui ils avaient rencontré qu'après qu'on le leur eût expliqué[7].

Par la suite, Pocahontas et Rolfe vécurent à Brentford pendant quelques mois. Smith leur rendit visite au début de 1617.

En mars 1617, Rolfe et Pocahontas embarquèrent pour retourner en Virginie. Mais leur bateau n'avait pas dépassé Gravesend (Kent) que Pocahontas tomba malade. La nature de la maladie est aujourd'hui inconnue. Cependant, Pocahontas ayant été décrite comme sensible à l'air pollué de Londres, il semble qu'elle ait succombé à une pneumonie ou à la tuberculose[15]. Débarquée à terre, elle mourut peu après. Son enterrement eut lieu le dans la paroisse de Saint George à Gravesend. Rolfe retourna seul en Virginie, avec leur fils. John Rolfe mourut veuf.

Descendance[modifier | modifier le code]

Rebecca et John Rolfe n'ont eu qu'un seul enfant, Thomas Rolfe, né à la ferme de Varina avant que ses parents ne partent pour l'Angleterre. Par ce fils, elle a des descendants. Beaucoup de vieilles familles de Virginie font remonter leurs racines à Pocahontas et Wahunsunacock, par son fils et ses descendants. Par exemple Edith Wilson, épouse de Woodrow Wilson, ou encore Annette Savage, qui eut deux enfants de Joseph Bonaparte, frère de Napoléon Ier.

Représentations[modifier | modifier le code]

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Adaptations[modifier | modifier le code]

Sa vie, devenue sujet de légende, a fait l’objet de nombreuses adaptations littéraires et cinématographiques :

Sources[modifier | modifier le code]

  1. David A. Price, Love and Hate in Jamestown, p. 66.
  2. William Strachey, The Historie of Travaile into Virginia Brittania, p. 111
  3. David A. Price, Love and Hate in Jamestown, p. 154
  4. Gleach, Powhatan's World, ps 118-121. ; Kupperman, Indians and English, ps 114, 174.
  5. William Strachey, The Historie of Travaile into Virginia Brittania, p. 65
  6. Symonds, Proceedings, p. 251-2; John Smith, The Generall Historie of Virginia, New-England, and the Summer Isles, p. 198-9, 259.
  7. a, b, c et d John Smith, The Generall Historie of Virginia, New-England, and the Summer Isles, p. 261.
  8. William Strachey, The Historie of Travaile into Virginia Brittania, p. 54.
  9. Argall, Letter to Nicholas Hawes, p. 754.
  10. Hamor, True Discourse, p. 804.
  11. Dale, Letter to 'D.M.', p. 843-44.
  12. David A. Price, Love and Hate in Jamestown, p. 163.
  13. Dale. Letter to Sir Ralph Winwood. p. 878.
  14. John Smith, Letter to Queen Anne.
  15. David A. Price, Love and Hate in Jamestown, p. 182.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philip L. Barbour, Pocahontas and Her World. Boston: Houghton Mifflin Company, 1970. (ISBN 0709121881)
  • Rev. Edward D. Neill, Pocahontas and Her Companions. Albany: Joel Munsell, 1869.
  • David A. Price, Love and Hate in Jamestown. Alfred A. Knopf, 2003 (ISBN 0375415416)
  • Helen C. Rountree, Pocahontas's People: The Powhatan Indians of Virginia Through Four Centuries. Norman: University of Oklahoma Press, 1990. (ISBN 0806122803)
  • Roger Sandall, 2001 The Culture Cult: Designer Tribalism and Other Essays (ISBN 0813338638)
  • Grace Steele Woodward, Pocahontas. Norman: University of Oklahoma Press, 1969. (ISBN 0806108355) ou (ISBN 0806116420)
  • Karen Ordahl Kupperman ed., John Smith: A Select Edition of His Writings, University of North Carolina Press, 1988
  • Frederic W. Gleach Powhatan's World and Colonial Virginia. Lincoln: University of Nebraska Press, 1997.
  • John Smith, The Generall Historie of Virginia, New-England, and the Summer Isles.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Détails supplémentaires[modifier | modifier le code]

  • L'image où Pocahontas sauve John Smith est similaire à une scène du film Avatar. (Quand Neytiri sauve Jake Sully.) Ce film a d'ailleurs été accusé plusieurs fois de plagier d'autres œuvres, comme le film des studios Disney, Pocahontas.