Lucifer

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Statue de Lucifer dans la cathédrale Saint-Paul de Liège, par Guillaume Geefs (variante de l'original, signé de Jozef Geefs)

Lucifer est un nom propre qui signifie « Porteur de lumière » (étymologie latine : lux, « lumière », et ferre, « porter »). À l'origine, c'est l'un des noms que les Romains donnaient à l'« étoile du matin », autrement dit la planète Vénus (qui était appelée Vesper quand elle devenait « étoile du soir »). C'est aussi un personnage des mythologies romaine et grecque, dieu de Lumière et de Connaissance.

Non mentionné dans le texte biblique, le nom Lucifer est utilisé dans la Vulgate pour traduire le « porteur de lumière » du Livre d'Isaïe. Associé à l'orgueil, Lucifer est assimilé par la tradition chrétienne à Satan, présenté dans le Livre d'Hénoch comme un puissant archange déchu à l'origine des temps pour avoir défié Dieu et ayant entraîné les autres anges rebelles dans sa chute.

Dans la mythologie romaine[modifier | modifier le code]

Pour le jésuite Tournemine au XVIIIe siècle, Lucifer est celui qui apporte la clarté, les « lumières », la connaissance et la révolte. Il y voit une parenté avec le titan Prométhée qui, dans la mythologie grecque, a désobéi à Zeus et donné le feu aux hommes[1].

Le William Smith’s Smaller Classical Dictionary note que Lucifer (latin) et Phosphoros (grec) sont deux épithètes données à la planète Vénus dans l'Antiquité, parmi d'autres désignations comme Hesperus, Vesperugo, Vesper, Noctifer et Nocturnus quand elle apparaît dans le ciel du soir plutôt que celui du matin, elle introduit alors l'obscurité plutôt que la lumière du jour. La planète Vénus est le troisième objet le plus brillant du ciel avec une magnitude apparente de -4,6, après le Soleil (-26,73) et la Lune (-12,6). Comme Vénus est sur une orbite plus petite que celle de la Terre, elle ne semble jamais loin du soleil. D'où son nom d'étoile du matin quand elle précède de peu le lever du Soleil.

La Lune et Vénus au-dessus de l'observatoire du Paranal au Chili

Lucifer apparaît notamment à la fin du deuxième chant de l'Énéide de Virgile comme porteur de l'aurore au lendemain de la chute de Troie :

« Iamque iugis summae surgebat Lucifer Idae

ducebatque diem, Danaique obsessa tenebant

limina portarum, nec spes opis ulla dabatur. »

« Déjà sur les crêtes du haut Ida se levait Lucifer,

amenant le jour avec lui ; les Danaens tenaient assiégées

les portes de la ville, et aucun espoir de secours ne restait. »[2]

Lucifer est aussi employé dans la mythologie romaine pour désigner plusieurs déesses de la Lumière comme Artémis, Aurore et Hécate[réf. nécessaire].

Dans la tradition chrétienne[modifier | modifier le code]

Le porteur de lumière d'Isaïe[modifier | modifier le code]

La chute de Lucifer, illustration de Gustave Doré pour Le Paradis perdu de John Milton.

La tradition chrétienne puise dans la Bible la notion d'ange déchu et un passage d'Isaïe l'a associée au concept de porteur de lumière.

  • Le Livre d'Ezéchiel fait référence à un ange déchu, un « chérubin protecteur » : « Je t'avais installé, et tu y étais, sur la sainte montagne de Dieu […] et ce jusqu'à ce qu'on trouve de l'injustice en toi[3]. »
  • Le livre d'Isaïe chante, au chapitre XIV, la mort du roi de Babylone et dit, au verset 4 : « Tu entonneras le chant que voici sur le roi de Babylone : Comment a disparu l'oppresseur, cessé la tyrannie. » Les versets 12 à 14 chantent ceci : « Comme tu es tombé du ciel HêYLêL, astre brillant, fils de l'aurore ! Comme tu as été renversé jusqu'à terre, dompteur des nations ! Tu disais en ton cœur : "Je monterai au ciel, au-dessus des étoiles de Dieu j'érigerai mon trône, je m'assiérai sur la montagne du rendez-vous, dans les profondeurs du Nord. Je monterai sur les hauteurs des nuées, je serai l'égal du Très-Haut[4]." ». C'est de ce deuxième passage que vient le nom Lucifer donné à l'ange rebelle. Jérôme de Stridon, vers 408[5], qui traduit dans sa Vulgate l'hébreu HêYLêL du passage d'Isaïe par le nom Lucifer. HêYLêL (ou HYLYL dans l'un des manuscrits de la mer Morte) vient de la racine HâLaL (« briller, luire », mais aussi « vouloir briller, se vanter, extravaguer[6] ». Les lexicographes Brown, Driver et Briggs, ainsi que Koehler et Baumgartner le traduisent par shining one (« celui qui brille »), qu'ils interprètent comme « étoile du matin[7]. » Dans la Septante, on lit ὁ ἑωσφόρος ὁ πρωὶ ἀνατέλλων, qui signifie « le porteur d'aurore, celui qui se lève le matin ».
Azazel, représentation moderne tirée du Dictionnaire infernal de Collin de Plancy (Paris, 1825)
« Azazel apprit aux hommes à fabriquer des épées, des armes, des boucliers, des cuirasses. Choses enseignées par les anges. Il leur montra les métaux et la manière de les travailler, ainsi que les bracelets, les parures, l'antimoine, le fard des paupières, toutes les sortes de pierres précieuses et les teintures. Il en résulta une grande impiété. Les hommes se débauchèrent, s'égarèrent et se perdirent dans toutes les voies[8]. »
« Tu vois tout ce qu'a fait Azazel : c'est lui qui a enseigné tous les forfaits commis sur la terre et qui a révélé les mystères éternels gardés dans le ciel, et les hommes mettent en pratique ce qu'ils ont appris[9]. »
« Il dit à Raphaël : Enchaîne Azazel par les pieds et par les mains, jette-le dans les ténèbres, ouvre le désert qui est à Dadouël et jette-le dedans. Mets sur lui des pierres rugueuses, et aiguës, enveloppe-le de ténèbres, et qu'il demeure là à perpétuité. Recouvre son visage, et qu'il ne voie pas la lumière[10]. »
« La terre entière a été dévastée par les œuvres apprises d'Azazel : impute à celui-ci tous les péchés[11]. »

Jésus et Lucifer[modifier | modifier le code]

Transposé dans la tradition du christianisme, Lucifer est le nom attribué dans les premiers temps à Jésus-Christ par l'expression « Christus verus Lucifer », signifiant : « Christ véritable porteur de lumière »[12]. Le fait que le nom de Lucifer fût donné à l'ange déchu mentionné par Isaïe, c'est-à-dire au Diable, fit abandonner cet usage.

Dans le spiritualisme[modifier | modifier le code]

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Pour le spiritualiste Rudolf Steiner, Lucifer est une face du mal, il appelle l'autre face Ahriman, identifié implicitement à Satan. Ces entités spirituelles chercheraient à détourner l'homme de l'évolution normale portée par le Christ[réf. nécessaire]. Ces êtres ne seraient pas totalement maléfiques, ils auraient même un rôle dans l'évolution[réf. nécessaire]. Ainsi, Lucifer agirait par exemple en l'homme dans toute activité artistique et toute activité intellectuelle, car elle élève l'homme au-dessus de sa nature physique[réf. nécessaire]. L'influence de Lucifer deviendrait malsaine quand elle agit au-delà de son action nécessaire, par exemple quand l'homme s'abandonne à l'égoïsme[réf. nécessaire].

Littérature[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Albert Réville (préf. Pierre-Yves Ruff), Histoire du diable : ses origines, sa grandeur et sa décadence, Saint-Martin-de-Bonfossé, Théolib, coll. « "Liber***" »,‎ 2013, couv. ill. en coul. ; 23 cm, 139 p. (ISBN 978-2-36500-057-4, ISSN 2259-5430, notice BnF no FRBNF43521045c)
  • Grégoire Holtz (Directeur de publication) et Thibaut Maus de Rolley (Directeur de publication) (préf. Frank Lestringant), Voyager avec le diable : voyages réels, voyages imaginaires et discours démonologiques, XVe-XVIIe siècle, Paris, Presses de l'Université Paris-Sorbonne, coll. « Imago mundi » (no 14),‎ 2008, ill. en noir et en coul., couv. ill. en coul. ; 24 cm, 321 p. (ISBN 978-2-84050-542-6, ISSN 1627-6914, notice BnF no FRBNF411927707)
  • Marianne Closson, L'imaginaire démoniaque en France,1550-1650 : genèse de la littérature fantastique, Genève, Droz, coll. « Travaux d'Humanisme et Renaissance » (no 341),‎ 2000, 26 cm, 544 p. (ISBN 2-600-00432-7, ISSN 0082-6081, notice BnF no FRBNF37121089r)
  • Elaine H. Pagels, L'origine de Satan, Paris, Bayard éd.,‎ 1997, couv. ill. en coul. ; 22 cm, 270 p. (ISBN 2-227-13723-1, notice BnF no FRBNF36697340v)
  • (en) Gerhard Jaritz (Éditeur scientifique), Angels, devils : the supernatural and its visual representation, Budapest, Central European university, coll. « CEU medievalia » (no 15),‎ 2011, ill. ; 25 cm, 205 p. (ISBN 978-615-5053-21-4, ISSN 1587-6470, notice BnF no FRBNF42468715k)
  • (en) Andrei A. Orlov, Dark mirrors : Azazel and Satanael in early Jewish demonology, Albany (N.Y.), State University of New York Press,‎ 2011, 24 cm, 201 p. (ISBN 9781438439518, notice BnF no FRBNF425903458)
  • (de) Andrea Imig, Luzifer als Frau? : zur Ikonographie der frauengestaltigen Schlange in Su¨ndenfalldarstellungen des 13. bis 16. Jahrhunderts, Hamburg, Kovac, coll. « Schriften zur Kunstgeschichte » (no 25),‎ 2009, ill. en noir. ; 21 cm, 253 p. (ISBN 9783830044642, ISSN 1617-8610, notice BnF no FRBNF42303374c)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le thème de Prométhée dans la littérature européenne Par Raymond Trousson
  2. Virgile, Énéide II:800-802
  3. Ezéchiel 28:14
  4. La Bible, texte hébraïque traduit par les membres du Rabbinat Français sous la direction du Grand-Rabbin Zadoc Kahn, édition 1994, page 774.
  5. Philippe Henne, Saint Jérôme, Cerf, coll. « Histoire »,‎ octobre 2009, p282
  6. Sander & Trenel, Dictionnaire hébreu-français, page 142.
  7. (en)Doug Kutilek, Notes on “Lucifer” (Isaiah 14:12, KJV)
  8. I Hénoch VIII, 1-2.
  9. I Hénoch IX, 6.
  10. I Hénoch X, 4-5.
  11. I Hénoch X, 8.
  12. Laurent Vissière, Le Diable - Mon nom est légion, Historia
  13. (ro) Voir le document Luceafărul, de Mihai Eminescu, disponible sur Wikisource en roumain.