Phaéton

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Phaéton (homonymie).
Sarcophage Farnèse illustrant le mythe de Phaéton, sarcophage romain en marbre du IIe siècle, Museo dell'Opera del Duomo de Florence

Dans la mythologie grecque, Phaéton ou Phaéthon (en grec ancien Φαέθων / Phaéthôn, « le brillant ») est le fils d'Hélios, le Soleil. Il est mort foudroyé pour avoir perdu le contrôle du char de son père, et avoir ainsi manqué d'embraser le monde.

Mythe[modifier | modifier le code]

Le nom de « Φαέθων » est utilisé comme une épithète d'Hélios chez Homère[1], et devient ensuite un nom du dieu à part entière chez certains auteurs[2]. Cependant comme le note Timothy Gantz[3], Phaéton est curieusement absent des sources archaïques : on possède de cette période une seule citation d'Hygin qui attribue à « Hésiode » l'invention des larmes des sœurs de Phaéton[4].

Néanmoins Phaéton est essentiellement connu comme un personnage distinct : Ovide, qui livre la version la plus célèbre du mythe, en fait le fils du Soleil et de l'Océanide Clymène[5],[6]. Dans certaines traditions minoritaires, Phaéton est le fils d'Hélios et de la nymphe Rhodé (fille d'Asopos)[7], ou bien d'Hélios et Proté[8], ou encore de Clyménos et de l'Océanide Mérope[9].

D'après Clément d'Alexandrie, la légende de Phaéton se déroule au temps de Crotopos, tout comme le déluge de Deucalion[10]. Aristote rapporte l'opinion de certains Pythagoriciens pour qui la Voie lactée était une trace de l'embrasement du ciel causé par Phaéton[11].

Le Phaéton platonicien[modifier | modifier le code]

Selon le Timée[12] de Platon, la vérité derrière le mythe est due à Solon, qui l’a rapportée à ses descendants à son retour d’Égypte : « Ce qu'on raconte chez les Grecs de Phaéton, fils du Soleil, qui, voulant conduire le char de son père et ne pouvant le maintenir dans la route ordinaire, embrasa la terre et périt lui-même frappé de la foudre, a toute l'apparence d'une fable ; ce qu'il y a de vrai, c'est que dans les mouvements des astres autour de la terre, il peut, à de longs intervalles de temps, arriver des catastrophes où tout ce qui se trouve sur la terre est détruit par le feu. Alors les habitants des montagnes et des lieux secs et élevés périssent plutôt que ceux qui habitent près des fleuves et sur les bords de la mer. Pour nous, le Nil nous sauve de cette calamité comme de beaucoup d'autres, par le débordement de ses eaux. Quand les dieux purifient la terre par un déluge, les bergers et les bouviers sont à l'abri sur leurs montagnes, tandis que les habitants de vos villes sont entraînés par les torrents dans la mer. Chez nous, au contraire, jamais les eaux ne descendent d'en haut pour inonder nos campagnes : elles nous jaillissent du sein de la terre. Voilà pourquoi nous avons conservé les monuments les plus anciens. En tout pays, le genre humain subsiste toujours en nombre plus ou moins considérable, à moins qu'un froid ou une chaleur extrême ne s'y oppose. »

Phaéton se vanta près de ses camarades de son ascendance. Ceux-ci ne le croyant pas, se moquèrent de lui et lui demandèrent une preuve. C’est ainsi que Phaéton décida d’entamer son voyage jusqu’au palais du Soleil.

Après avoir parcouru un long et difficile chemin

« Souvent il dut s’arrêter pour reposer ses yeux éblouis... »

— Edith Hamilton, la mythologie

mais Phaéton, venu demander si le dieu Soleil était bel et bien son père, força l’allure et arriva devant ce magnifique palais.

Le palais du Soleil était un lieu resplendissant, l’or y brillait, l’ivoire y reluisait et les joyaux y scintillaient.

« Le palais du Soleil s’élevait sur de hautes colonnes, brillant de l’or et du pyrope pareil aux flammes ; de l’ivoire resplendissant recouvrait son toit… »

— Ovide, Les Métamorphoses

Phaéton entra d'un pas décidé et alla directement chez son père, à quelques pas du dieu, il dut s'arrêter parce qu'il ne pouvait plus supporter la lumière. Le dieu Soleil lui demanda alors ce qu'il était venu chercher. Phaéton lui répondit que, d'après sa mère, le dieu Soleil serait son père et qu'il était venu demander confirmation.

Hélios/Phoebus ne voulant pas renier son fils confirma les propos de Clymène et afin de prouver, aux camarades de Phaéton, que ce dernier était bien son fils il lui accorda un souhait. Il fit la promesse, sur le Styx, de lui accorder un voeu. Mais à peine ces paroles prononcées que Phaéton demanda le char de son père et le droit de conduire ses chevaux ailés pendant un jour.

Le dieu du Soleil ne pouvant pas revenir sur sa promesse, fit tout pour convaincre son fils de faire un autre vœu. Celui-ci étant trop dangereux. Hélios/Phoebus lui dit qu'il est le seul à pouvoir conduire son char et que même le maître de l'Olympe ne pourrait le conduire. Ensuite il lui dit que la route est très dangereuse, que le matin la pente est si raide que même lui a peur de regarder vers le bas et le soir la descente est tellement dure que Thétys elle-même se demanda comment il ne chutait pas et enfin pendant tout le chemin il ne rencontrera que des bêtes sauvages comme le Taureau, le Scorpion, le Lion ou encore le Cancer. Mais les tentatives du dieu furent un échec et Phaéton s'élança pour son voyage et comme l'avait prédit son père, il perdit le contrôle du char. Très vite les plus grandes montagnes s'enflammèrent et les fleuves se desséchèrent. « Le Nil, effrayé, s'enfuit aux confins du monde et dissimule sa source, qui est encore cachée aujourd'hui... » Ovide, Les métamorphoses. Les terres brûlaient et les océans se réduisaient alors, ne pouvant pas supporter davantage cette fournaise, la Mère Terre poussa un grand cri qui parvint jusqu'aux dieux.

Zeus n’eut d’autre choix que de foudroyer Phaéton pour stopper ce chaos. Phaéton tomba dans le fleuve mythique Éridan qui éteignit les flammes et lava le corps du garçon. Les Naïades l’ensevelirent et gravèrent sur sa tombe :

Ci-gît Phaéton, qui conduisit le char de son père ; s’il ne put le diriger, il tomba victime d’une noble audace.

A force de pleurer sa mort, ses sœurs, les Héliades, furent transformées en peupliers et son demi-frère, du côté de sa mère, Cycnos métamorphosé en cygne.

Évocations artistiques et institutionnelles[modifier | modifier le code]

Faeton (d'abord intitulé Phaéton[13]) est le nom du système informatique français qui doit gérer l'ensemble des fichiers et applications informatiques relatifs au permis de conduire, dans le cadre de la création du permis de conduire européen[14].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Homère, Iliade [détail des éditions] [lire en ligne], XI, 735 et Odyssée [détail des éditions] [lire en ligne], V, 479.
  2. Apollonios de Rhodes, Argonautiques [détail des éditions] [lire en ligne], IV, 1236 ; Virgile, Énéide [détail des éditions] [lire en ligne], V, 105.
  3. Gantz 2004, p. 65.
  4. Hygin, Fables [détail des éditions] [(la) lire en ligne], Fables, CLIV = Hésiode, fr. 311 MW. Martin L. West rattache ce fragment à l’Astronomie hésiodique : The Hesiodic Catalogue of Women: Its Nature, Structure, and Origins, Clarendon Press, Oxford, 1985 (ISBN 0-19-814034-7), p. 105.
  5. Ovide, Métamorphoses [détail des éditions] [lire en ligne], I, 751 et 756. Le poète appelle son père indépendamment Sole ou Phoebus, ce qui peut désigner aussi bien Hélios qu'Apollon, qui lui est progressivement assimilé en tant qu'astre solaire.
  6. Cette ascendance est reprise chez Hygin, Fables [détail des éditions] [(la) lire en ligne], CLIII et CCL, ainsi que chez Nonnos de Panopolis, Dionysiaques [détail des éditions] [lire en ligne], XXVII, 189. Le nom d'Hélios comme père est confirmé par de nombreux auteurs : Platon, Timée, 22d [lire en ligne] ; Palaiphatos, Histoires incroyables [détail des éditions] [lire en ligne], LII ; Apollonios de Rhodes, Argonautiques [détail des éditions] [lire en ligne], IV, 598 ; Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne], II, 3, 2 ; Quintus de Smyrne, Suite d'Homère [détail des éditions] [lire en ligne], V, 300 ; Diodore de Sicile, Bibliothèque historique [détail des éditions] [lire en ligne], V, 23, 2 ; Philostrate de Lemnos, Tableaux, I, 11 [lire en ligne] ; Cicéron, De la nature des Dieux [détail des éditions] [lire en ligne], III, 76 ; Sénèque, Médée, 826-827 [lire en ligne], Stace, Thébaïde [détail des éditions] [lire en ligne], VI, 321 et XII, 431 (ici sous le nom d'« Hypérion »).
  7. Cf. Scholie à l’Odyssée, XVII, 208. Cette scholie est rattachée aux « poètes tragiques » — peut-être Les Héliades d'Eschyle ou le Phaéton d'Euripide, voir Timothy Gantz, Mythes de la Grèce archaïque, Belin,‎ 2004 [détail de l’édition], p. 67.
  8. Jean Tzétzès, Chiliades, IV, 127
  9. Hygin, Fables, CLIV. Hygin, qui contredit ici la version qu'il donne en CLIII et CCL, est le seul à citer un autre père qu'Hélios, même si ce Clyménos, par ailleurs inconnu, est fils d'Hélios.
  10. Clément d'Alexandrie, Stromates [(en) lire en ligne], I, 21.
  11. Aristote, Météorologiques [lire en ligne], I, 8, 2.
  12. Platon, Timée (22d)
  13. « Rapport d'information déposé par la commission des finances, de l'économie générale et du plan sur les amendes radars et le financement de la politique de sécurité routière », sur assemblee-nationale.fr,‎ 6 mai 2009 (consulté le 4 juin 2013).
  14. « Permis de conduire : la nouvelle carte européenne en retard en France », sur atlantico.fr,‎ 13 janvier 2013 (consulté le 4 juin 2013).

Références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Fernand Delarue, « Sénèque lecteur d'Ovide et le Traité du Sublime », dans Interférences Ars Scribendi, no 4, mis en ligne le 23 novembre 2006 [lire en ligne].