Le Camp des saints

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Le Camp des Saints
Auteur Jean Raspail
Genre Roman
Pays d'origine France
Lieu de parution Paris
Éditeur Robert Laffont
Date de parution 1973
Nombre de pages 389
Chronologie
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Le Camp des Saints est un roman publié en 1973 de l'écrivain français Jean Raspail. Il décrit les conséquences d'une immigration massive sur la civilisation occidentale, la France en particulier.

Le roman[modifier | modifier le code]

Dans le delta du Gange, un million de « miséreux » prennent d'assaut des cargos. Les immigrants voguent alors vers un Occident incapable de leur faire modifier leur route. Les bateaux s'échouent sur la Côte d'Azur, sous l'œil impuissant de pouvoirs publics désarmés face à la veulerie de la population autochtone et l'affaiblissement de l'armée française.

Dans ce roman, qui comporte de nombreuses références à l'Apocalypse de Saint Jean, la submersion de la France est décrite, qui résulte de l'incapacité tant des pouvoirs publics que de la population à réagir face à cette invasion pacifique mais lourde de conséquences pour une civilisation déjà ancienne.

Il y dénonce ce qu'il considère être un aveuglement de la part d'un clergé catholique trop favorable à l'accueil de populations immigrées devant les modifications que ces flux comportent sur la nature d'une civilisation.

Le livre d'origine comportait une citation datée. À chaque réimpression (il y en a eu deux vagues), Jean Raspail en a ajouté une, datée également, pour prendre acte de l'ampleur grandissante du changement des mentalités sur le sujet en quelques décennies[1], passant de l'incrédulité à la révolte, puis à une apparente résignation abattue.

Propos de Jean Raspail sur son œuvre[modifier | modifier le code]

Sur la genèse de l’œuvre et son écriture[modifier | modifier le code]

Jean Raspail commence la rédaction du roman en 1972, lors d'un séjour dans une villa bordant la Méditerranée. L'auteur s'y attelle sans plan préconçu[2]. Interrogé par Le Figaro en 2011, Jean Raspail revient sur son travail  :

« C'est un livre inexplicable, écrit il y a presque quarante ans, alors que le problème de l'immigration n'existait pas encore. J'ignore ce qui m'est passé par la tête. La question s'est posée soudain : « Et s'ils arrivaient? » Parce que c'était inéluctable. Le récit est sorti d'un trait. Lorsque je terminais le soir, je ne savais pas comment j'allais poursuivre le lendemain. Les personnages ont surgi, inventés au fur et à mesure. De même pour les multiples intrigues. »

L'auteur précise avoir voulu condenser en vingt-quatre heures (le temps de l'action) une « infiltration » qui, « dans la réalité », existe sur « plusieurs décennies ». Pour Raspail, il s'agissait de livrer un texte allégorique en utilisant certaines règles du théâtre classique, notamment celle des unités de temps, de lieu et d'action.

Sur les thèmes et le message du roman[modifier | modifier le code]

En 2004, soit 31 ans après, l'auteur revient sur son roman dans une tribune du Figaro intitulée « La patrie trahie par la République »[3], consacrée au thème de la série : « Qu'est-ce qu'être français aujourd'hui ? ». Il y expliqua que, s'il s'était trompé sur la forme de l'invasion, l'histoire lui avait donné raison sur le fond. Cet article lui a valu, ainsi qu'au Figaro, une plainte de la LICRA qui fut finalement déboutée[4].

Dans la préface de la troisième édition, rédigée en 2006, Raspail estime ne rien avoir à regretter de ce qu'il avait écrit. En 2011, il explique :

« Ne l'ayant pas ouvert depuis un quart de siècle, je vous avouerai qu'en le relisant pour sa réédition, j'ai sursauté moi-même, car avec l'arsenal de nouvelles lois, la circonspection s'est installée, les esprits ont été formatés. Dans une certaine mesure, je n'y échappe pas non plus. Ce qui est un comble ! Mais je ne retire rien. Pas un iota. Je me réjouis d'avoir écrit ce roman dans la force de l'âge et des convictions. C'est un livre impétueux, désespérant sans doute, mais tonique, que je ne pourrais plus refaire aujourd'hui. J'aurais probablement la même colère, mais plus le tonus. C'est un livre à part de tous mes autres écrits. On y trouve des accents à la Marcel Aymé, une dose de Shakespeare pour la bouffonnerie tragique, un peu de Céline, un peu d'Abellio, une touche de Jacques Perret. D'où vient cette histoire ? Elle m'appartient, et pourtant, elle m'échappe, comme elle échappera aux possibles poursuites : quelles que soient les procédures, ce roman existe[1]. »

Sur les possibilités de poursuites judiciaires[modifier | modifier le code]

Raspail a déclaré que plusieurs dizaines de passages du roman auraient pu entraîner des poursuites sur le fondement des lois Pleven, Gayssot, Lellouche et Perben[1], mais le roman a échappé aux poursuites lors de la sortie de l'ouvrage du fait de la brièveté de la période de prescription et de la non rétroactivité des lois.

Analyse de l’œuvre par les universitaires[modifier | modifier le code]

Jean-Marc Moura, professeur de littérature francophone et de littérature comparée, explique dans son ouvrage L'Image du tiers-monde dans le roman contemporain que la structure du roman oppose un espace organisé, l'Occident, à ce qu'il décrit comme un « flux énorme et malin venu du Tiers-Monde », et que Raspail nomme les « Barbares » de l'hémisphère Sud. Il prend pour cela en compte les métaphores utilisées par l'écrivain pour les rattacher à un fond iconographique et idéologique  : « l'animalité, la noirceur, l'abîme mouvant formé par la foule ».

L'animalisation des personnages d'immigrés est rattachée aux figures de l'abrutissement, de la puanteur et de l’obscénité. Leurs descriptions relèvent du « symbolisme thériomorphe, archétype du grouillement anarchique et inquiétant ». L'universitaire cite la noirceur liée à la figure de l'immigré, qui renvoie, lui, au « symbolisme nyctomorphe, articulant les différentes images des ténèbres ». Et le triomphe des populations immigrées à la fin du récit doit être rapproché du « symbolisme catamorphe où se développent les images de la descentes aux abîmes »[5].

Jean Marc Ela et Anne-Sidonie Zoa prolongent cette analyse dans leur ouvrage Fécondité et migrations africaines: les nouveaux enjeux en insistant sur l'antagonisme classique entre Occident et Tiers-Monde, lumière et ténèbres, blancheur et saleté, civilisation et barbarie, qui court dans le roman et qui puise ses racines dans l'évocation de l'Apocalypse, rappelant au passage l'ancienneté de ces fictions où l'immigré est désigné comme l'ennemi[6].

Réception du roman[modifier | modifier le code]

Réception lors de sa première édition[modifier | modifier le code]

Le livre connaît une réception plutôt positive auprès d'une partie d'une critique, tandis qu'un autre pan du journalisme littéraire garde le silence[7]. Beaucoup soulignent non seulement ses qualités littéraires, mais aussi son aspect « prophétique »[8] et le fait qu'il contribue à un débat que l'on hésite à poser en certains termes, de crainte d'être accusé de racisme, en dépit de prévisions démographiques « effrayantes »[9]. Jean Cau s'interrogeait de la sorte :

« Et si Raspail, avec Le Camp des Saints, n'était ni un prophète ni un romancier visionnaire, mais simplement un implacable historien de notre futur [1]? »

L'éditeur Robert Laffont imprime 20 000 exemplaires, adresse une lettre spéciale à 350 libraires influents et tente de jouer de son influence pour obtenir un article dans Le Monde des livres - sans y parvenir. Des auteurs classés à droite comme Jean Cau, Louis Pauwels ou Michel Déon relayent la promotion du livre, qui s'écoule à 15 000 exemplaires à sa sortie[2].

Le succès du roman ne cessera de croître au fil des mois, pour atteindre les 40 000 exemplaires en 1975. L'éditeur Charles Scribner le traduit en anglais la même année. Le roman connaît alors un certain succès auprès des personnalités politiques et des hommes d'influence de l'époque. Le comte Alexandre de Marenches offre le livre à Ronald Reagan, qui se dira impressionné par sa lecture. François Mitterrand, Robert Badinter et Jean-Pierre Chevènement auraient également lu le livre, selon les déclarations de l'auteur. Samuel Huntington, dans son essai Le Choc des civilisations qualifie le roman d'« incandescent ». Henri Amouroux, cité par Raspail lui-même, se serait écrié après la lecture du roman : « Ah, mon Dieu, je n'ai jamais vu de prophète de ma vie, vous êtes le premier ! »[1]. Le roman connaît également un succès dans les milieux d’extrême droite[10].

Succès commercial des éditions Robert Laffont, Le Camp des Saints est traduit en plusieurs langues (l'espagnol et le portugais s'ajoutent à l'anglais)[11]. Il s'en écoule en moyenne 5 000 exemplaires par an. Le livre est réédité deux fois en édition de poche, en 1981 puis en 1989.

Jean Raspail suggère à Nicole Lattès, directrice générale de Laffont, de rééditer le roman en 2002, assorti d'une nouvelle préface. Celle-ci, intitulé Big Other, effraie les membres de la maison d'édition, qui craignent d'être poursuivis pour incitation à la haine raciale. Raspail refuse de céder et appelle son ami Jacques Trémolet de Villers, qui parvient à convaincre la maison d'édition de conserver la préface, sans en changer la moindre ligne. Le livre contient toutefois un avant-propos signé de Leonello Brandolini, le P-DG des éditions Robert Laffont, qui justifie la publication du roman et de sa préface tout en exprimant ses réserves sur les thèses véhiculées par l'auteur[2].

Réception lors de sa huitième réédition en 2011[modifier | modifier le code]

En janvier 2011, les éditions Robert Laffont font paraître une nouvelle édition précédée d'une nouvelle préface, intitulée Big Other[12]. Le mois suivant, ce roman est classé numéro un des meilleures ventes dans la littérature française par les sites de vente sur Internet de la Fnac.com[13] et celui d'Amazon.fr[14],[15]. 20 000 exemplaires s'écoulent entre février 2011 et avril 2011[2].

Plusieurs journaux reviennent sur le roman. Thomas Mahler, dans Le Point, évoque une « ambiance à la fois millénariste et bouffonne ». Daniel Schneidermann, dans Libération, qualifie le livre d' « odieusement raciste ». S'il lui reconnaît des qualités littéraires, dont sa force d’évocation et un intérêt sociologique, le journaliste évoque la description des immigrés, ramenés à leur « puanteur » ainsi que leur dépersonnalisation tout au fil du roman  :

« Pas un seul, dans ce million d’Indiens, n’est doté par le romancier d’un visage humain, ou de réactions humaines. C’est une masse grouillante, informe et menaçante. Noirs et Arabes, jetés sur les routes par la débâcle française devant cette invasion pacifique, ne sont que des délinquants et des violeurs[16]. »

Aude Lancelin explique dans Le Nouvel Observateur que le roman « n’est pas un florilège ordinaire d’opinions douteuses, mais un authentique morceau de névrose raciale ». En s'appuyant sur l'étude du registre lexical associant la figure de l’étranger avec celle de l'excrément, du monstre ou du rat, Lancelin conclut :

« Sans ambiguïté, autant par le vocabulaire que par l’imaginaire, on est là au plus intime du fascisme : moins système politique que production de «l’Autre» comme d’un réel cauchemardesque appelant l’anéantissement[17]. »

Jérôme Dupuis se livre à un résumé de l'intrigue et à son analyse dans L'Express :

« Effrayés par cette racaille, les Français blancs fuient, laissant le champ libre à cette masse puante, qui se livrait déjà à un gigantesque enculage en couronne [sic] sur les bateaux et profite de nos hôpitaux, écoles et supermarchés, non sans violer quelques Blanches au passage. Seul un dernier carré de Blancs résiste. Et qu'ont-ils de plus pressé à faire avant de mourir ? Abolir la législation de 1972 sur la discrimination raciale... Par son lexique, sa brutalité et ses provocations, Le Camp des Saints est incontestablement un ouvrage d'extrême droite[2]. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Patrice De Méritens, Jean Raspail « Aujourd'hui, Le Camp des Saints pourrait être poursuivi en justice pour 87 motifs », Le Figaro, 7 février 2011
  2. a, b, c, d et e Le camp des Saints, de Jean Raspail, un succès de librairie raciste ? sur lexpress.fr du 6 avril 2011
  3. Tribune de Jean Raspail
  4. Plainte de la Licra
  5. Jean-Marc Moura, L'Image du Tiers-monde dans le roman français contemporain, Paris, PUF, 1992, p. 258-259
  6. Jean Marc Ela, Anne-Sidonie Zoa, Fécondité et migrations africaines: les nouveaux enjeux, L'Harmattan, 2006, p. 149-150
  7. Raspail, la polémique par Thomas Mahler sur lepoint.fr du 22 février 2011
  8. Littérature et idéologie de la migration : Le camp des saints de Jean Raspail
  9. Préface de la troisième édition
  10. Actualité Culture Livres RSS Raspail, la polémique par Thomas Malher sur lepoint.fr du 22 février 2011
  11. « Littérature et idéologie de la migration : Le camp des saints de Jean Raspail », Revue européenne des migrations internationales, volume 4, no 3, 1988, p. 115-124.
  12. « Ouvrir les yeux sur les mensonges », entretien avec Bruno de Cessole dans Valeurs actuelles du 10 février 2011.
  13. Meilleures ventes romans
  14. Meilleures ventes littérature française
  15. Le Camp des Saints : le succès inattendu d'un livre raciste de 1973, 01/03/2011, arretsurimages.net
  16. Appeler racistes les racistes par Daniel Schneidermann sur liberation.fr du 7 mars 2011
  17. Jean Raspail 2011 par Aude Lancelin, sur http://bibliobs.nouvelobs.com repris du Nouvel Observateur du 31 mars 2011

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]