Langue auxiliaire internationale

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Une langue auxiliaire internationale est une langue construite à vocation véhiculaire, conçue dans un objectif de neutralité, afin de transcender les cultures, et de facilité, afin de rendre son apprentissage et sa maîtrise plus rapide qu'une langue naturelle.

Pasilalies et pasigraphies[modifier | modifier le code]

Il y a deux sortes de langues artificielles : les pasigraphies et les pasilalies.

Les pasigraphies (du grec ancien πᾶσι « pour tous » et γραφή « écriture ») ne sont pas destinées à être parlées. Elles sont des conventions purement visuelles, destinées à être comprises du regard par quiconque, quelle que soit sa langue et sans aucune traduction. Elles se rapprochent par là des sémasiographies. Les premières pasigraphies furent créées par Johannes J. Becher en 1661 et John Wilkins en 1668. Cependant, le mot n’apparut qu’en 1797 : il fut créé par Joseph de Maimieux, qui le définit comme étant une manière d’« écrire même à ceux dont on ignore la langue, au moyen d’une écriture qui soit l’image de la pensée que chacun rend par différentes syllabes ».

Les pasigraphies peuvent se présenter sous forme de signes de nature diverse : lettres, chiffres, idéogrammes, pictogrammes, hiéroglyphes ou même notes de musique comme le solresol créé en 1866 par François Sudre en 1866.

Les pasilalies (du grec ancien πᾶσι « pour tous » et λάλη « babil »), quant à elles, sont des conventions destinées autant à être parlées qu’écrites, donc à servir dans les mêmes conditions qu'une langue naturelle. Elles s'écrivent le plus souvent dans des alphabets préexistants, dont les signes sont affectés d’un son de sorte à former des ensembles prononçables.

Les différents types de pasigraphie[modifier | modifier le code]

Les pasigraphies se divisent en pasigraphies philosophiques (ou a priori) et en pasigraphies empiriques (ou pratiques, ou a posteriori).

Les pasigraphies empiriques répondent le plus souvent à un besoin purement pratique et se basent sur des notions exprimées par de mots ou groupes de mots, ordonnés selon des structures grammaticales. Par exemple, dans la langue de Cave Beck de 1657, chaque combinaison de chiffres correspond à un « terme primitif » de chaque langue, auxquels sont associés des lettres spécifiant les caractéristiques grammaticales : ainsi « p2477 » désignera le « père », car « 2477 » correspond à « père » et « p » indique le substantif ; de même, « f » indiquant le féminin, « pf2477 » désignera la « mère ».

Les langues philosophiques sont le fruit des réflexions philosophiques du XVIIe siècle et ont joué un rôle capital dans l’histoire du concept de langue internationale. En effet, comme l’avaient souhaité de nombreux penseurs de l’époque (Descartes, Leibniz, Bacon), les divers projets de langues philosophiques qui fleurirent à partir de 1650 cherchèrent à classer les idées en constituant des systèmes cohérents et logiques ordonnés autour de concepts fondamentaux.

Citons par exemple le projet de Jean Delormel en 1795 (les langues philosophiques furent particulièrement en vogue du XVIIe au début du XIXe siècle) où chaque lettre désigne une classe d’idée : par exemple, la lettre « a » indiquant l’« art de parler », on aura AVA : grammaire / AVE : lettre / AVAU : mot / AVEU : nombre / ALVE : voyelle / ADVE : consonne / ALVAU : nom / ALAVAU : nom commun / ALEVAU : nom propre, etc.

Un exemple moderne de ce type de langue est le kotava.

Certaines pasigraphies ont obtenu une consécration officielle comme par exemple le « Code international des signaux maritimes » (de Sallandrouze de Lamormaix en 1871) et la « Classification décimale de Dewey » (de Melvil Dewey en 1873), plus tard étendue en Classification décimale universelle par Paul Otlet et Henri La Fontaine, toujours employée comme classification bibliographique en bibliothèque. D’autres classifications décimales et codes télégraphiques (comme l’alphabet Morse par exemple) sont parfois rattachés aux pasigraphies. On peut également y rattacher les panneaux du code de la route, les symboles électriques.

Il est parfois arrivé qu’une pasigraphie soit transformée en langue parlée, pour ainsi devenir une pasilalie : ce futpar exemple le cas de celle de Beck.

Les différents types de pasilalie[modifier | modifier le code]

Les pasilalies sont définies en fonction de leurs rapports avec les langues naturelles. Les racines de la langue peuvent être issues des langues naturelles ou totalement artificielles, et la dérivation peut être naturelle ou schématique.

On obtient ainsi plusieurs possibilités :

dévivation/racine racines naturelles racines naturelles déformées racines naturelles et artificielles racines artificielles
dérivation naturelle langues naturalistes : ex. interlingua
dérivation schématique espéranto, ido volapük, parla[réf. nécessaire] spelin, pario, speedwords[réf. nécessaire] langues a priori

Lorsque l'on parle pour les pasilalies de « langue a priori », on désigne des langues ayant à la fois des racines artificielles et une dérivation schématique. Dans tous les autres cas on parle de « langue a posteriori », c'est-à-dire se référant aux langues naturelles. Suivant les rapports entretenus entre les langues a posteriori et les langues naturelles, on distingue plusieurs cas : les langues minimales, les langues naturalistes, les langues mixtes.

Langues minimales[modifier | modifier le code]

Les langues minimales sont des simplifications de langues vivantes ou mortes : on parle donc également de langues simplifiées. On trouve parmi les projets de langue morte simplifié essentiellement des projets concernant le latin, bien qu'il existe des projets de grec simplifié.

  • Projet de grec simplifié : Ixessoire (1879) par Raymond et Lucien Poincaré ou Apolema de (1907) par La Grasserie.
  • Projet de latin simplifié : le plus connu de ces projets fut le Latino sine flexione de Giuseppe Peano en 1903.

On trouve également des projets de langue minimale concernant les langues vivantes. Le plus connu de tous ces projets est le Basic English (1930).

Tous les projets de langue simplifiée ont échoué car ils déformaient tellement la langue d'origine que ni les étrangers ni les locuteurs natifs n’y reconnaissaient plus son génie particulier. De plus, certaines comme le Basic English paralysaient l'expression car le locuteur devait constamment recourir à des périphrases.

Langues naturalistes[modifier | modifier le code]

Ce terme, qui désignait à l'origine les langues a posteriori, a fini par désigner une sous-catégorie de celles-ci. Ces langues reproduisent les irrégularités des langues naturelles. Les exemples les plus connus de ce type de langue sont l'interlingua et l'occidental. Leurs complexités les rendent aussi difficiles à apprendre que les langues naturelles et de ce fait privilégient les locuteurs dont la langue maternelle se rapproche de la langue créée.

Pierre Janton parle de schématisme pour évoquer les langues mixtes à racine non déformée, qui selon lui ont les qualités des langues a priori pour ce qui est de la dérivation mais présentent l'avantage de ne pas être artificielles[1]. Le concept s'oppose au naturalisme.

Langues dites mixtes[modifier | modifier le code]

On retrouve dans cette catégorie les langues utilisant des racines naturelles mais dont la dérivation est schématique, c'est-à-dire entièrement régulière, sans aucune exception, et systématique, ce qui limite le nombre de radicaux à mémoriser. Cette catégorie de langues se divise en plusieurs ensembles.

Langues mixtes à racines déformées[modifier | modifier le code]

Langue à racines naturelles déformées et à dérivation schématique. Exemples : volapük, parla[réf. nécessaire]. Ce groupe a eu peu de succès, en partie parce que les racines sont trop déformées pour être facilement reconnaissables et servir ainsi de soutien à la mémoire (cas du volapük).

Langues mixtes à racines non déformées[modifier | modifier le code]

Langues à racines naturelles non déformées et à dérivation schématique. Exemple : espéranto, ido.

C'est ce groupe qui a eu le plus de succès. Cela s'explique en partie par le fait que les racines issues des langues naturelles, n'étant pas déformées, sont facilement reconnaissables.

Historique des langues auxiliaires internationales[modifier | modifier le code]

Les premiers projets de langue auxiliaire furent les langages philosophiques des XVIIe et XVIIIe siècles. Ils furent inventés pour servir de langue pont entre différents peuples et éviter toute ambiguïté dans le discours. Beaucoup de ces langues ne restèrent qu'à l'état de projet ou ne furent pas suffisamment développées pour devenir réellement opérationnelles.

La première langue assez complète fut le solresol de François Sudre, mais elle ne fut apparemment jamais utilisée en pratique. Le volapük, créé par Johann Martin Schleyer et mentionné dès 1879, fut la première langue construite à réunir une véritable communauté internationale de locuteurs. Il y eut trois grandes conventions sur le volapük en 1884, 1887, et 1889. Ce fut en cette dernière année que pour la première fois de l'histoire se tint une convention internationale dans une langue auxiliaire. Cependant, peu de temps après la convention de 1889, la communauté volapükiste se désagrégea pour plusieurs raisons dont notamment :

  • le refus de Schleyer de simplifier cette langue qu'il considérait comme sa propriété, se voulant donc le seul à pouvoir la modifier.
  • l'apparition de l'espéranto avec la publication en 1887 par Ludwik Lejzer Zamenhof du premier ouvrage décrivant les bases de l'espéranto sous le titre Langue Internationale, qui rencontra un vif succès avec un accroissement rapide du nombre de locuteurs et l'organisation en 1905 à Boulogne-sur-Mer du premier Congrès mondial d'espéranto, année où sera publié le Fundamento de Esperanto ouvrage de référence encadrant les évolutions ultérieures de la langue.
  • en 1905, la « Délégation pour l'adoption d'une langue auxiliaire internationale » fut fondée à l'instigation de Louis de Beaufront et Louis Couturat. Elle examina plusieurs projets et décida de n'en choisir aucun mais d'en créer un nouveau, ce qu'elle fit en modifiant l'espéranto de manière naturaliste, créant une nouvelle langue construite : l'ido. Un certain nombre d'espérantophones passèrent à l'ido dont quelques-uns revinrent ensuite à l'espéranto. Cette situation provoqua ce que l'on appelle aujourd'hui la crise de l'ido.
  • l'occidental d'Edgar de Wahl, qui sera nommé interlingue en 1922, fut créé en réaction à l'espéranto qu'il percevait comme trop schématique. De Wahl décida de faire une langue naturaliste afin de faciliter la reconnaissance passive les langues romanes. Cependant ce naturalisme s'opposait à l'idée d'une langue facile et engendrait de nombreux problèmes notamment pour la dérivation des mots. L'occidental est mort en 1980.
  • l'IALA (International Auxiliary Language Association), fondée en 1924 par Alice Vanderbilt Morris, décida de créer une nouvelle langue internationale qu'elle nomma interlingua et qui fut publiée à partir de 1951. L'interlingua fut issue principalement du travail d'Alexander Gode. Comme pour l'occidental d'Edgar de Wahl, il fut décidé que serait utilisé un modèle naturaliste fondé sur les langues romanes. Elle est l'une des langues artificielles les plus naturalistes qui soient, allant jusqu'à reproduire les irrégularités grammaticales et orthographiques des langues naturelles.

L'espéranto souffrit en 1922 de voir échouer la proposition de l'Iran et d'autres petits pays de la faire adopter comme langue internationale auxiliaire[réf. nécessaire]. De plus, les espérantophones furent victimes de persécution sous les régimes nazi et stalinien[2]. En dépit de ces facteurs, la communauté espérantophone crût et publia un travail littéraire important (nouvelles et poèmes) durant la Seconde Guerre mondiale. De toutes les langues auxiliaires publiées, seul l'espéranto compte une communauté active de locuteurs qui utilisent la langue lors de rencontres internationales et depuis la généralisation d'Internet sur les réseaux sociaux en ligne.

En 1991 fut créé la CONLANG mailing list[3], un liste de diffusion destinée à discuter des langues construites, dont les langues auxiliaires internationales. On y trouve des gens intéressés par les langues, des artistes, des universitaires… La communauté se divisa plus tard, suite à des conflits récurrents entre les différents types de langues, en créant une liste spécifique dédiée aux langues auxiliaires, qui fut nommée AUXLANG mailing list[4]. Elle permet aux gens parlant des langues auxiliaires de pouvoir communiquer rapidement grâce à internet, et aux nouveaux projets de se faire connaître. On y trouve par exemple le kotava, la lingua franca nova et le toki pona[5].

nom de la langue ISO Date de 1e
publication
Créateur commentaire
Solresol 1827 François Sudre langue musicale
Communicationssprache 1839 Joseph Schipfer fondé sur le français
Universalglot 1868 Jean Pirro premier système linguistique complet fondé sur des éléments communs provenant de langues naturelles
Volapük vo, vol 1879–1880 Johann Martin Schleyer première langue à créer un enthousiasme important
Espéranto eo, epo 1887 L. L. Zamenhof langue la plus populaire, avec plus d'un million de locuteurs
Spokil 1887 or 1890 Adolph Nicolas langue a priori inspirée du volapük
Mundolinco 1888 J. Braakman le premier dérivé de l'espéranto
Idiom Neutral 1902 Waldemar Rosenberger langue naturaliste inspirée du volapük
Latino sine flexione 1903 Giuseppe Peano "Latin sans déclinaison", il remplace l'Idiom Neutral en 1908
Ido io, ido 1907 Délégation pour l'adoption d'une langue auxiliaire internationale dérivé de l'espéranto
Adjuvilo 1908 Claudius Colas un dérivé de l'ido
Occidental (aka Interlingue) ie, ile 1922 Edgar de Wahl langue naturaliste
Novial nov 1928 Otto Jespersen langue naturaliste
Sona (langue) (en) 1935 Kenneth Searight langue au vocabulaire conçu pour éviter l'eurocentrisme
Esperanto II 1937 René de Saussure dérivé de l'espéranto
Mondial 1940s Helge Heimer langue naturaliste
Interglossa igs 1943 Lancelot Hogben, et al. langue dérivée nommée glosa
Interlingua ia, ina 1951 International Auxiliary Language Association projet fondé sur le vocabulaire commun de l'Europe
Frater 1957 Pham Xuan Thai fond gréco-romain et grammaire non occidentale
Kotava avk 1978 Staren Fetcey langue a priori
Uropi 1986 Joël Landais langue de synthèse basée explicitement sur les langues indo-européennes
Lingua franca nova lfn 1998 C. George Boeree et al. fondé sur les langues romanes avec une grammaire de type créole

Méthodes de propagation[modifier | modifier le code]

Il existe plusieurs approches qui permettent à une langue de devenir véhiculaire :

  1. la méthode passive consiste à laisser les choses se faire d'elles-mêmes. Cela se produit en général quand une langue a tendance à devenir hégémonique pour un groupe de population.
  2. par la reconnaissance institutionnelle des langues. Cela se produit quand un État officialise une langue et promeut son utilisation et/ou son enseignement. Exemple : le kiswahili en Tanzanie.
  3. par la législation internationale. Cela se produit quand une organisation internationale décide d'adopter une langue comme langue officielle ou langue de travail : la langue qui bénéficie de ce soutien voit son prestige augmenter. Cet objectif est particulièrement intéressant pour les langues construites car il pourrait permettre de faire tomber un certain scepticisme vis-à-vis des langues construites. Par exemple, on peut citer les recommandations de la conférence générale de l'UNESCO en faveur de l'espéranto.

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Janton, Esperanto: Language, Literature, and Community. Translated by Humphrey Tonkin et al. State University of New York Press, 1993. ISBN 0-7914-1254-7.
  2. Voir l'article sur le livre La Danĝera Lingvo.
  3. http://listserv.brown.edu/archives/conlang.html
  4. http://listserv.brown.edu/archives/auxlang.html
  5. Bien que la créatrice du toki pona n'ait pas eu l'intention d'en faire une langue auxiliaire, il a été utilisée pour la communication entre les peuples de différentes langues maternelles bien plus souvent que la plupart des milliers de propositions de langues auxiliaires à travers l'histoire[réf. nécessaire].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]