Volapük

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Volapük
Volapük
Auteur Johann Martin Schleyer
Catégorie langue auxiliaire internationale
Classification par famille
Codes de langue
ISO 639-1 vo
ISO 639-2 vol
ISO 639-3 vol
IETF vo
Menade bal, püki bal, « Une humanité, une langue » en volapük

Le volapük ou volapuk est une langue construite inventée en 1879 par le prêtre catholique allemand Johann Martin Schleyer (1831-1912), de Baden.

Les paroles de l'hymne volapük sont l'œuvre du jésuite et polyglotte allemand Franz Zorell, spécialiste de cette langue.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le volapük connut un succès rapide, faisant en quelques années plus de cent-mille adeptes en Europe et en Amérique. Il se répandit tout d'abord en Autriche, où fut fondée en 1882 la première société pour sa propagation. En 1884, il se diffusa aux Pays-Bas et en Belgique. En 1885, Auguste Kerckhoffs, professeur à l'École des hautes études commerciales de Paris, le propagea en France par ses conférences et ses publications, suscitant la création d'une Association nationale pour la propagation du volapük.

Les publications d'Auguste Kerckhoffs contribuèrent également à faire connaître le volapük en Espagne, en Italie et au Portugal. En 1885 et 1886, ce fut le tour de la Suède, du Danemark et de la Russie. En 1888, un manuel le présenta au public anglophone.

Auguste Kerckhoffs estimait alors à 210 000 le nombre de personnes ayant étudié le volapük. Il s'agit probablement d'une évaluation très optimiste. Néanmoins, le nombre d'adeptes était important. À Vienne par exemple, les cours de volapük rassemblèrent au cours de l'hiver 1886-1887 environ 2 500 élèves. En 1887, il existait dans le monde 138 associations de volapükistes et onze périodiques consacrés au volapük. En 1889, le nombre de clubs était passé à 283, le nombre de périodiques à 25, et on dénombrait 316 méthodes de volapük en 25 langues.

Les adeptes du volapük tinrent plusieurs congrès (à Friedrichshafen en août 1884, à Munich en août 1887…) Mais quelle langue parlait-on dans ces réunions ? R. Lorenz, professeur au Polytechnikum de Zürich et membre de la Délégation de 1908, écrit : « Le destin du Volapük fut scellé lorsque ses partisans, en 1888, tentèrent l’expérience d’organiser un congrès où ce serait le Volapük qu’on devrait parler. Le résultat pénible mais trop évident fut qu’avec un pareil système le but ne pouvait pas être atteint[1]. ». Le Congrès de 1887 créa cependant trois instances : une association mondiale (Volapükaklub Valemik), une Académie du volapük (Kadem Volapüka), et un journal officiel ou organe central (Volapükabled Zenodik). Le créateur de la langue, Schleyer, dirigeait l'ensemble du mouvement.

Ce succès apparent fut cependant suivi de conflits internes qui provoquèrent la disparition de la langue. En effet, non seulement la grammaire du volapük était relativement complexe malgré sa régularité, mais surtout le vocabulaire, à cause de la déformation arbitraire des mots d'origine, était presque impossible à assimiler. Grabowski, qui l'avait étudié, dit à Zamenhof : « L'auteur du Volapük parle très mal sa langue. Pendant notre conversation, nous avons dû recourir souvent au dictionnaire, et je ne sais lequel de nous deux l'ouvrit le plus souvent[2] ». Certains adeptes proposèrent donc des réformes et des simplifications, mais Schleyer s'y opposa, en déclarant qu'il était l'unique propriétaire de la langue et la seule personne à pouvoir autoriser des changements. Dès lors, le volapük se dispersa : plusieurs réformes donnèrent naissance à des projets concurrents (Dil, Dilpok, Nuvo-Volapük, Balta, Spelin, Veltparl, Idiom Neutral) et le volapük perdit peu à peu la plupart de ses locuteurs, un nombre important d'entre eux adoptant l'espéranto, tant l'idée d'une langue internationale neutre les préoccupait plus que la forme particulière que pourrait prendre cette langue.[réf. nécessaire] Ainsi en fut-il par exemple du groupe volapükiste de Nuremberg qui en 1888, à la suite de Léopold Einstein, adopta l'espéranto (qui avait été publié seulement en 1887) et constitua de ce fait le premier club d'espéranto qui ait existé. Dès 1900, Zamenhof parlait du volapük comme d’une langue morte[3]. Le volapük n'est plus aujourd'hui pratiqué que par quelques rares personnes, qui sont pour la plupart des espérantistes curieux de voir à quoi ressemblait la première langue internationale à avoir connu un début de succès.

Beaucoup de Français ont appris l'existence du volapük grâce au Général de Gaulle qui l'évoqua, à sa manière, dans sa conférence de presse du 15 mai 1962 : Dante, Goethe, Chateaubriand appartiennent à toute l’Europe dans la mesure même où ils étaient respectivement et éminemment italien, allemand et français. Ils n’auraient pas beaucoup servi l’Europe s’ils avaient été des apatrides et s’ils avaient pensé et écrit en quelque esperanto ou volapük intégré.

Le vocabulaire du volapük est emprunté à diverses langues européennes (avec des déformations souvent importantes), mais les principales sources sont l'anglais et l'allemand. Par exemple, les mots vol (« monde ») et pük (« langue ») viennent des mots anglais world et speak. Ces déformations, dues au souci de Schleyer de ne pas utiliser de phonèmes difficiles à prononcer par certains peuples, ont contribué à alimenter les moqueries des adversaires de la langue.

Prononciation[modifier | modifier le code]

L'alphabet du volapük est composé des vingt-six lettres de l'alphabet latin excepté pour les lettres q et w. La lettre r a d'abord été enlevée pour faciliter la prononciation du volapük aux Asiatiques (par exemple ami se dit flen de l'anglais friend). Le r a finalement été ajouté mais il est quasiment inexistant. L'alphabet du volapük contient de plus les lettres ä, ö, et ü.

lettre API
A, a [a]
Ä, ä [ɛ]
B, b [b]
C, c [t͡ʃ]/[d͡ʒ]
D, d [d]
E, e [e]
F, f [f]
lettre API
G, g [ɡ]
H, h [h]
I, i [i]
J, j [ʃ]/[ʒ]
K, k [k]
L, l [l]
M, m [m]
lettre API
N, n [n]
O, o [o]
Ö, ö [ø]
P, p [p]
R, r [r] (ajouté en 1931)
S, s [s]/[z]
T, t [t]
lettre API
U, u [u]
Ü, ü [y]
V, v [v]
X, x [ks]/[gz]
Y, y [j]
Z,z [t͡s]/[d͡z]

Grammaire[modifier | modifier le code]

Déclinaisons[modifier | modifier le code]

  • Nominatif : vol = le monde - vols = les mondes
  • Génitif : vola = du monde - volas = des mondes
  • Datif : vole = au monde - voles = aux mondes
  • Accusatif : voli = le monde - volis = les mondes

Formation des mots[modifier | modifier le code]

Le mot se compose d'un radical, lequel peut se fléchir d'un ou plusieurs préfixes ou suffixes, mais aussi se composer de deux ou plusieurs radicaux.

  • VOLAPÜK = langue universelle, de VOL = monde et de PÜK = langue.

Lorsque plusieurs racines coexistent au sein d'un même mot, on place le mot qui rend l'idée principale à la fin. L'articulation se fait toujours par l'ajout de la lettre A (la marque du génitif).

  • pokamon = argent de poche
  • monapok = poche d'argent
    • Mon signifie argent, pok, poche.

Quelques radicaux :

  • empruntés aux langues romanes :
    • DOL: douleur, FLUM: fleuve, KAP: tête, MILAG: merveille, SAP: sagesse.
  • empruntés aux langues germaniques :
    • dont l'allemand:
      • FAD: fil, FEL: champ, JÖN: beauté, KET: chaine
    • et l'anglais:
      • BEG: prière, KLOT: robe, SMOK: fumée, TIM: temps.

Quelques suffixes :

  • EL: désigne les habitants d'un pays, d'une région, d'une ville. FLENTEL: français, de FLENT: France.
  • EL: désigne aussi la personne qui s'occupe de la chose exprimée par le radical. MITEL: boucher, de MIT: viande.
  • AN: désigne aussi la personne, sans idée d'activité. BÄLEDAN: vieillard, de BÄLED: âge.
  • ÄB: désigne la personne, avec l'idée de passivité. JELÄB: protégé, de JEL: amour.
  • AF: désigne les animaux. JALAF: crustacé, de JAL: carapace.
  • EN: désigne les métiers ou l'industrie. BILEN: brasserie, de BIL: bière.
  • ÖP: désigne, les 5 parties de monde, ou un lieu déterminé. YULÖP: Europe. KAFÖP: café (bar), de KAF: café (boisson).
  • EM et ÖM désignent des collectifs. BLEDEM: feuillage, de BLED: feuille. GADÖM: outillage de jardin, de GAD: jardin.
  • IK: forme un adjectif, et IKO, un adverbe, à partir d'un radical. FAMIK: glorieux, FAMIKO: glorieusement, de FAM: gloire.

Quelques préfixes :

  • BE: renforce l'idée d'un verbe. BEKLOTÖN: revétir, de KLOTÖN: vétir. BELIFÖN: animer, de LIFÖN: vivre.
  • DA: transforme les verbes neutres en verbes actifs. DATIKÖN: imaginer, de TIKÖN: penser.
  • GE: correspond au français re, à l'anglais back. GEPÜKÖN: répondre, de PÜKÖN: parler.
  • LE: renforce l'idée du radical. LEDIB: abîme, de DIB: profondeur.
  • LU: est un péjoratif. LUGOD: idole, de GOD: dieu.
  • NE: donne un sens négatif ou privatif. NEFLEN: ennemi, de FLEN: ami
  • SMA: donne l'idée de plus petit. SMABEL: colline, de BEL: montagne.
  • OF: forme le féminin. OFBLOD: sœur, de BLOD: frère.
  • BEVÜ: est INTER, ou ENTRE en français. BEVÜNETIK: international, de NETIK: national.
  • SE: donne une idée de sortir. SEGOLÖN: sortir, de GOLÖN: aller.
  • ZI: donne l'idée de « autour ». ZIGOLÖN: contourner, de GOLÖN: aller.

Chiffres[modifier | modifier le code]

Les chiffres de 1 à 9 commencent et finissent par une consonne. La consonne de fin est toujours un l. On peut observer la suite des voyelles a e i o u ä ö ü, seul le chiffre 7 fait exception avec un e intercalé.

  • bal = 1
  • tel = 2
  • kil = 3
  • fol = 4
  • lul = 5
  • mäl = 6
  • vel = 7
  • jöl = 8
  • zül = 9

En ajoutant un s, on obtient les dizaines correspondant, par exemple 10 se dit bals, 60 se dit mäls. Pour former les nombres de 10 à 99 on intercale un e, par exemple 73 se dit velsekil (e, ou ed devant un mot commençant par une consonne signifie et).

  • (bal)tum = 100
  • (bal)tumbal = 101
  • (bal)tumtelsekil = 123
  • kiltummälsefol = 364
  • mil = 1 000
  • telmil kiltumfolselul = 2 345
  • balsmil = 10 000
  • balion = 1 000 000

folbalion jöltumvelsemälmil kiltumtelsezül = 4 876 329

  • telion = 1 000 000 000
  • Bims gretik lul = cinq grands arbres

Les adjectifs numéraux se rendent par l'addition des suffixes ID ou IK.

  • BAL: un, BALID: premier, BALIK: simple, BALSID : dixième, BALSIK: décuple.

Les adverbes numéraux se rendent par le suffixe O, ou la désinence NA.

  • BALIDO: premièrement, BALSIDO: dixièmement, BALIKO: simplement, BALNA: la première fois.

et peuvent reformer ensuite d'autres adjectifs numéraux.

  • BALNIK: d'une espèce, BALNALIK: qui a lieu une fois

Les nombres fractionnaires se forment par le suffixe DIL, qui signifie partie.

  • TELDIL BAL: un demi de TEL: deux et BAL: un.

et qui prend la forme S du pluriel.

  • FOLDILS KIL: trois quarts

Conjugaison[modifier | modifier le code]

Les différents pronoms[modifier | modifier le code]

Les pronoms en volapük sont :

  • ob = je
  • ol = tu
  • or = vous (forme de politesse singulier)
  • om = il (employé pour tous les mots masculins)
  • of = elle (employé pour tous les objets animés féminins reconnus en tant que tel, si l'on parle d'un animal sans se préoccuper de son sexe, on emploiera om)
  • os = neutre impersonnel
  • on = neutre dans le sens du on collectif
  • ok = pronom réfléchi se en français

Pour obtenir les pronoms pluriels au nominatif, on rajoute un s :

  • obs = nous
  • ols = vous
  • oms = ils
  • ofs = elles

Ces pronoms se déclinent :

  • oba = de moi, obas = de nous
  • obe = à moi, obes = à nous
  • obi = me, obis = nous

et forment les pronoms personnels par le suffixe ik

  • obik = mon, obikel = le mien
  • obsik = notre, obsikel = le nôtre

La terminaison de l'infinitif des verbes est -ön (cela vient de l'allemand -en). Pour conjuguer, il suffit de remplacer la terminaison de l'infinitif par le pronom correspondant au nominatif.

  • binön = être, binob = je suis, binol = tu es, binom = il est, binof = elle est,
  • binobs = nous sommes, binols = vous êtes, binoms = ils sont, binofs = elles sont.
  • binom gretik = il est grand
  • binos gudik = c'est bien

Les différents temps[modifier | modifier le code]

Les différents temps en volapük sont :

  • Pour les verbes actifs :
    • Pour l'indicatif : le patük (présent), le petük (passé, qui regroupe l'imparfait et le passé simple du français), le pätük (passé composé), le pitük (plus-que-parfait, qui regroupe le passé antérieur du français), le potük (futur) et le putok (futur antérieur). Pour conjuguer à ces différents temps, on utilise respectivement les préfixes a- (facultatif),ä-, e-, i-, o-, et u-.
      • binol = tu es,äbinol = tu étais ou tu fus, ebinol = tu as été, ibinol = tu avais été, obinol = tu seras, ubinol = tu auras été
    • pour le conditionnel, on ajoute le suffixe öv à l'imparfait et au plus-que-parfait :
      • äbinol-öv = tu serais, ibinol-öv = tu aurais été.
    • Pour l'impératif, on ajoute le suffixe öd aux temps de l'indicatif :
      • binol-öd = sois, binols-öd = soyez
    • Pour le subjonctif, on ajoute le suffixe la aux temps de l'indicatif :
      • binol-la = (que)tu sois, äbinol-la = (que)tu fusses, ibinol-la = (que)tu eusses été
  • Pour les verbes passifs ou en voie passive :
    • Le passif se construit à l'aide du préfixe p-, que l'on ajoute à la conjugaison active :
      • Palöfob = je suis aimé (löfob = j'aime) , Pulöfob = j'aurai été aimé , Pilöfob-öv = j'aurais été aimé
    • Le complément d'agent est introduit par la préposition fa (= par)
      • löfön = aimer, palöfob fa ol = je suis aimé par toi (il est souvent plus agréable de faire appel au préfixe a- s'il est lui-même précédé par le préfixe p-, cependant, on peut également dire plöfob fa ol)
  • pour les verbes réfléchis et impersonnels :
    • Ils se conjuguent comme en français à l'aide du pronom personnel à l'accusatif :
      • vatükob obi = je me lave , evatükob obi = je me suis lavé.
    • La réciprocité se rend par balvotik = l'un l'autre et par balvoto = réciproquement.

Exemples[modifier | modifier le code]

Le volapük est une langue agglutinante, cela signifie que les mots se forment par accumulation de préfixes et de suffixes issus de racines différentes.

  • pük = la langue
  • pükön = parler
  • pükel = (inter)locuteur
  • pükelik = rhétorique (-ik est la terminaison des adjectifs)
  • nepük = le silence (ne est le préfixe de négation)

L'hymne volapükien :

  • Sumolsöd stäni blodäla!
  • Dikodi valik hetobs;
  • Tönöls jüli baladäla
  • Volapüke kosyubobs,
  • Vokobsöz ko datuval:
  • "Menade bal, püki bal!"

Sémantique[modifier | modifier le code]

Certaines langues, telles que le danois, utilisent parfois le terme de « volapük » pour dénoter l'idée de « non-sens » ou de « charabia », comme dans l'expression « Det er det rene volapyk for mig » correspondant au « C'est du chinois » français. Le terme est également utilisé pour tourner en dérision une construction artificielle sans âme, comme le général de Gaulle disant que Dante, Goethe et Chateaubriand « n’auraient pas beaucoup servi l’Europe s'ils avaient pensé et écrit en quelque espéranto ou volapük intégrés[4]. ».

Notes[modifier | modifier le code]

  1. The « Délégation pour l'adoption d'une langue auxiliaire internationale » in International Language And Science
  2. Cité dans Maria Ziolkowska' et Isaj Dratwer, Le Docteur Esperanto, 1959.
  3. « Volapük jam longe estas forlasita preskaŭ de ĉiuj kaj povas esti nomata jam de longe mortinta » (Depuis longtemps le volapük est pratiquement abandonné de tout le monde et depuis longtemps on peut dire qu’il est mort) in Esenco kaj estonteco de la ideo de lingvo internacia
  4. Charles de Gaulle "Espéranto ou volapük intégrés"

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]