Otto Jespersen

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Otto Jespersen
Linguiste occidentalXIXe siècle - XXe siècle
Otto Jespersen vers 1915
Otto Jespersen vers 1915
Naissance
à Randers, Jutland-Central, Drapeau du Danemark Danemark.
Décès
à Roskilde, Zélande-du-Nord, Drapeau du Danemark Danemark.
Nationalité Drapeau du Danemark Danemark
Principaux intérêts Anglais
Danois
Phonétique
Idées remarquables Ido, Novial, Occidental
Rangs syntaxiques, Nexus, Phonosémantisme
Œuvres principales A Modern English Grammar (1909)
An International Language (1928)
Analytic Syntax (1937)

Jens Otto Harry Jespersen, ou Otto Jespersen [ʌtˢo ˈjɛsb̥ɐsn̩] (17 juillet 186030 avril 1943) était un linguiste danois, spécialisé dans la grammaire de l’anglais.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il naquit à Randers, dans le nord du Jutland. Son père était juge de district (en danois herredsfoged), et sa mère était la fille du pasteur qui avait été le premier professeur de latin de Hans Christian Andersen.

Il étudia à l'université de Copenhague, où il fut diplômé en anglais, en français et en latin. Il étudia aussi la linguistique à Paris, Berlin, Leipzig, Londres, et à l’université d’Oxford. En 1890, il proposa une « méthode directe » d'enseignement des langues, basée sur sa propre expérience européenne.

Jespersen fut professeur d’anglais à l’université de Copenhague de 1893 à 1925. Avec Paul Passy, il fonda l’Association phonétique internationale. Il fut un défenseur et un développeur actif des langues auxiliaires internationales. Il participa à la délégation de 1907 qui créa le langage auxiliaire Ido, et en 1928, il développa le Novial, qu’il considérait comme une amélioration de l’ido. Jespersen collabora avec Alice Vanderbilt Morris (ainsi que Edward Sapir et William Edward Collinson) pour développer le programme de recherche de l’International Auxiliary Language Association (IALA), qui présenta en 1951 l’interlingua au grand public.

Il déserta les rangs idistes pour tenter de lancer le Novial en 1928. Or le Novial, intermédiaire entre l’Ido et l’Occidenta, eut encore moins de succès que ces deux initiatives... En 1935, Jespersen consentit quelques réformes de l’orthographe pour faire évoluer son projet vers plus de naturalisme. Le Novial ne survit pas à son auteur décédé en 1943[1].

W. J. A. Manders a dit à propos du parcours interlinguistique de Jespersen : “Son activité interlinguistique a commencé en 1907, lorsque, avec le linguiste Baudouin de Courtenay, il devint membre du Comité de la délégation pour l'adoption d'une langue auxiliaire internationale qui, à l’initiative de Louis Couturat et Léopold Leau, devait choisir la langue construite définitive. Il en résulta la naissance de l’Ido. Jespersen devint président de l’Académie de l’Ido et, dans la revue « Progreso », il participa activement aux discussions qui visaient une amélioration constante de la langue. Mais après quelques années, son activité cessa subitement, en partie parce qu’il était mécontent de la manière dont Couturat et les autres voulaient faire évoluer l’ido, mais surtout parce qu’il suspectait que Couturat — dont le rôle intrigant durant la période du Comité ne lui apparut clairement que par la suite — exploitait de façon rusée son autorité, et ne le considérait que comme une marionnette[1].

Il avança les théories du rang (rank) et du nexus dans deux articles publiés en danois : Sprogets logik (« La logique de la langue », 1913) et De to hovedarter af grammatiske forbindelser (« Les deux principaux modes de liaisons grammaticales », 1921).

Il connut une vaste notoriété pour certains de ses ouvrages : Modern English Grammar (« Grammaire de l’anglais moderne », 1909), qui se concentre sur la morphologie et la syntaxe, et Growth and Structure of the English Language (« Développement et structure de l’anglais », 1905), étude d’ensemble de l’anglais par une personne de langue maternelle étrangère, toujours réédité plus de 60 ans après sa mort et un siècle après sa parution. Vers la fin de sa vie il publia Analytic Syntax (« Syntaxe analytique », 1937), où il présente ses idées sur la structure syntaxique en utilisant une notation sténographique personnelle.

Otto Jespersen fut plus d’une fois invité aux États-Unis pour y donner des conférences, ce qu’il mit à profit pour étudier le système éducatif de ce pays.

Il mourut à Roskilde en 1943. Ce n’est qu’en 1995 que son autobiographie (voir ci-dessous) fut publiée en version anglaise.

Idées et théories[modifier | modifier le code]

Les rangs[modifier | modifier le code]

Dans sa théorie des rangs, Jespersen sépare les parties du discours de la syntaxe, et effectue une distinction entre « rang 1 », « rang 2 » et « rang 3 » :

  • « Dans la combinaison extremely hot weather, « temps extrêmement chaud », le dernier mot, weather, « temps », qui représente évidemment l’idée principale, peut être désigné comme de rang 1 ; hot, « chaud », qui définit « weather », sera alors de rang 2, et extremely, « extrêmement », qui définit hot, de rang 3. (...) Il est inutile de distinguer plus de trois rangs, car il n’existe aucun trait, formel ou autre, qui permette de distinguer ces mots d’un rang inférieur des mots de rang 3. » [2].

Le nexus[modifier | modifier le code]

Jespersen définit un nexus, comme la réalisation de la combinaison de « deux idées qui doivent nécessairement rester distinctes : le terme de rang 2 apporte quelque chose de nouveau à ce qui a déjà été exprimé » ; par opposition, la jonction est définie comme « une unité, une seule idée, qui est plus ou moins fortuitement exprimée par deux éléments (ex : l’anglais claret peut être traduit par vin rouge en français, tandis que le français patrie peut être traduit en anglais par native country)[2]. Les notions de jonction et de nexus ont constitué un apport significatif, en amenant le concept de contexte au premier rang de l’attention du monde de la linguistique.

Le phonosémantisme[modifier | modifier le code]

Jespersen fut un défenseur du symbolisme phonétique. Il écrit : « Y a-t-il réellement beaucoup plus de logique dans l’extrême opposé qui dénie au son quelque sorte de symbolisme que ce soit (mise à part la petite classe des échoïsmes manifestes et des onomatopées), et ne voit dans nos mots qu’une collection d’associations accidentelles et irrationnelles entre le son et le sens ? On ne peut pas nier qu’il existe des mots dont nous ressentons instinctivement l’adéquation à exprimer les idées qu’ils représentent. »

La genèse des langues[modifier | modifier le code]

Dans Language: Its Nature, Development, and Origin (1922), Jespersen lance la « théorie holistique de la genèse des langues », aussi dénommée complexity-before-simplicity-approach.

Essais et articles[modifier | modifier le code]

  • (en) What is the use of phonetics?, in: Educational Review (février 1910)
  • (en) Nature and Art in Language, in: American Speech 5 (1929), pp. 89sq
  • (en) Adversative Conjunctions, in: Linguistics (1933)

Œuvres[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • A literary miscellany: proceedings of the Otto Jespersen Symposium April 29-30, 1993, édité par Jørgen Erik Nielsen et Arne Zettersten, 1994
  • A Linguist's Life: traduction en anglais de l’autobiographie de Otto Jespersen, édité par Arne Juul, Hans Frede Nielsen et Jørgen Erik Nielsen, Odense, 1995 (ISBN 87-7838-132-0)

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Interlingvistiko kaj Esperantologio, Dr W. Manders. p. 22. NL-Purmerend, J. Muuses. 1950.
  2. a et b Otto Jespersen, La philosophie de la grammaire, Les Éditions de Minuit 1971 (trad. Anne-Marie Léonard), Gallimard 1992 (ISBN 2-07-072555-3)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • "Otto Jespersen", par Niels Haislund, in: Englische Studien 75 (1943), p. 273-282 (réédité dans : Thomas A. Sebeok, Portraits of Linguists, vol. 2, Bloomington & London: Indiana U.P. 1966 (ISBN 1-84371-006-4), p. 148-57).