Edgar de Wahl

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Edgar de Wahl (à droite avec Hans Hörbiger, Johann Robert Hörbiger et Engelbert Pigal.

Edgar de Wahl (né à Olwiopol le 23 août 1867 et mort le 9 mars 1948) est le créateur de la langue artificielle « occidental » qui fut rebaptisée « Interlingue » après sa mort. Il a étudié à Saint-Pétersbourg et a longtemps vécu et travaillé à Tallinn.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Il a raconté lui-même[1] comment, dans son enfance, il parlait allemand en famille, russe à l'école et estonien dans la rue ; il profitait aussi de la présence d'une domestique française pour s'exercer en français. Au lycée, naturellement, on lui enseigna le latin et le grec. Il se sentait passionné par l'étude des langues et aurait bien souhaité s'y consacrer mais, quand il voulut suivre des cours de linguistique à l'Université, il constata qu'ils étaient si ennuyeux qu'il préféra suivre son goût pour la mer et étudier les mathématiques, l'astronomie et la physique pour devenir officier de marine. Par la suite il fut professeur de physique jusqu'à sa retraite, tout en enseignant en même temps le dessin, car il semble avoir été curieux de tout, mais son goût persistant pour l'étude des langues l'amena à se pencher sur la question des langues artificielles.

Carrière[modifier | modifier le code]

Fin 1887 ou début 1888 il suivit une conférence donnée par un collègue de son père, l'ingénieur Rosenberger (le futur créateur de l'Idiom Neutral), sur le volapük qui était alors en vogue. Il constata qu'il était possible de le lire et de l'écrire assez facilement mais qu'il était beaucoup plus difficile de le parler en raison de la trop grande similitude entre les mots et les affixes[2]. Il n'en commença pas moins à composer un dictionnaire de marine mais, ayant appris l'existence de l'espéranto, il passa bien vite à cette nouvelle langue. Pendant quelques années il pratiqua la nouvelle langue, essayant de convaincre Zamenhof de la nécessité de réformer sa langue et échangea à ce sujet une correspondance perdue : aucun des deux n'imaginait que ces lettres pussent avoir un jour de l'intérêt. Lors du vote sur la proposition de réforme, en 1894, il se prononça pour des changements profonds et il aurait voulu aller encore plus loin. Quand la réforme fut repoussée, à la majorité, il perdit tout intérêt pour l'espéranto et commença son propre travail de recherche.

C'est en 1922 qu'il publia les principes de sa nouvelle langue et fit paraître le premier numéro d'une revue intitulée Kosmoglott (puis Cosmoglotta), rédigée en Occidental. Les années suivantes, de Wahl prit part aux discussions autour de l'Occidental, permettant à la langue d'évoluer selon les remarques de ses utilisateurs.

Une triste fin de vie[modifier | modifier le code]

Quand commença la Seconde Guerre mondiale il n'eut plus que des relations intermittentes avec le mouvement occidentaliste, alors centralisé en Suisse. Après la première invasion de l'Estonie par les Soviétiques sa femme fut arrêtée et disparut ; quand les Allemands leur succédèrent, en 1941, il put renouer quelques contacts et c'est avec quelques amis venus de Suisse qu'il put célébrer, sinon fêter, son soixante-quinzième anniversaire. Après le bombardement de sa maison il dut se réfugier dans un sanatorium où il partageait la chambre d'un individu inculte et brutal. Il n'en continua pas moins à travailler mais tous les papiers qu'il écrivit alors ont été perdus.

Le retour définitif des Soviétiques brisa tout contact entre lui et ses disciples. Ses amis essayaient de le joindre en lui écrivant en français pour ne pas éveiller la suspicion et en n'employant jamais le mot « Occidental », qui pouvait être mal pris ; seule une lettre leur parvint un jour, leur demandant pourquoi ils ne lui répondaient jamais. Finalement la dernière lettre envoyée revint avec la mention que le destinataire était décédé[3]. Ce qui est étrange, c'est que ses conceptions interlinguistiques se rapprochaient d'une certaine manière de celles de Staline. Selon Staline, en effet[4], il y aura d'abord des langues zonales qui se seront dégagées des centaines de langues nationales en contact. « Ensuite, nous dit-il, les langues zonales fusionneront en une seule langue internationale commune, qui ne sera naturellement ni l'allemand, ni le russe, ni l'anglais, mais une langue nouvelle qui aura absorbé les meilleurs éléments des langues nationales et zonales »... Et l'Occidental aurait fort bien pu être une de ces langues zonales provisoires, Pierre Burney le dit expressément au sujet de l'Interlingua. On sait que le « chef génial » s'occupait de tout, mais le linguiste et le dictateur se sont ignorés jusqu'à la fin.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Interlinguistic reminiscenties
  2. Il est intéressant de voir que de Wahl ne fait pas allusion à la difficulté du vocabulaire, qui se voulait tellement neutre que personne n'arrivait à le retenir et que son auteur même devait sans cesse recourir au dictionnaire ; mais le fondateur de l'occidental semble avoir disposé d'une mémoire exceptionnelle dans ce domaine. N'avait-il pas dans son enfance élaboré une langue « indienne » qui devait servir à lui et à ses camarades pour leurs jeux ? Il fut en fait le seul à l'apprendre.
  3. Tous ces renseignements sont tirés de Ric Berger, Historia de Occidental
  4. Cité par Pierre Burney dans Les langues internationales, P.U.F

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Outre les Linguistic reminiscenties d'Edgar de Wahl lui-même, la meilleure source de renseignements que nous ayons sur sa vie se trouve dans le numéro 130 de Cosmoglotta, daté de juin 1946 : « Vive de Edgar de Wahl » par Ric Berger.

Voir aussi[modifier | modifier le code]