Erika Mann

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Erika Mann entre 1933 et 1945.
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Erika Julia Hedwig Mann, née le à Munich, morte le à Zurich, fille aînée du romancier allemand Thomas Mann et de Katia Mann, est une femme de lettres, comédienne et chanteuse allemande.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Erika a une enfance privilégiée. Un an après elle, naît Klaus. Au début des années 1950, Erika est revenue sur leur relation :

« Nous avons été élevés comme des jumeaux. Klaus avait exactement un an et neuf jours de moins que moi. Nous sommes devenus très proches et nous le sommes restés durant toute notre jeunesse et pendant notre vie d'adultes… celle-ci s'étant achevée pour Klaus à l'âge de quarante-trois ans seulement. »

La maison des Mann est un lieu de rencontres pour des intellectuels et des artistes. Erika obtient son premier engagement théâtral (avant d'avoir obtenu son abitur) dans la troupe de Max Reinhardt au Deutsches Theater de Berlin.

Comédie et écriture[modifier | modifier le code]

En 1924, Erika suit de sérieuses études d'art dramatique à Berlin et joue à Berlin et à Brême. En 1925, elle joue avec son frère Klaus la pièce qu'il a écrite, Anja und Esther.

Le 24 juillet 1926, elle se marie avec le comédien allemand Gustaf Gründgens ; ils divorcent en 1929. À l'époque, elle éprouve une passion pour l'actrice Pamela Wedekind, qui a été fiancée avec son frère Klaus. C'est sa première passion homosexuelle. En 1927, Erika et Klaus se lancent dans un voyage à travers le monde, à la suite duquel ils écrivent un livre à quatre mains À travers le vaste monde (Rundherum. Das Abenteuer einer Weltreise). L'année suivante, elle débute une active carrière journalistique et politique, tout en poursuivant sa carrière de comédienne. Avec Klaus, elle rédige un carnet de voyage sur la Riviera. En 1931, elle gagne une course automobile de 10 000 kilomètres à travers le sud de l’Europe. Pendant la course, elle écrit des reportages.

Elle joue dans le film lesbien Jeunes filles en uniforme (1931) de Leontine Sagan mais quitte la production avant sa fin. En 1932, elle publie le premier de ses nombreux livres pour enfants. La même année, victime des attaques des nazis, elle doit interrompre sa carrière de comédienne en Allemagne. Par la suite, elle connaîtra plusieurs amours saphiques, avec Therese Giehse, puis Betty Cox et Annemarie Schwarzenbach, pendant qu'elle sert comme correspondante de guerre pendant la Seconde Guerre mondiale. Ainsi qu'il a été écrit plus tard, ses relations sont sexuellement passionnées et intellectuellement stimulantes.

En 1933, Erika, Klaus, Therese Giehse et le compositeur Markus Henning fondent un cabaret satirico-littéraire à Munich appelé Le Moulin à poivre (Die Pfeffermühle), pour lequel Erika écrit la plupart des textes, souvent avec Klaus, dont une bonne part sont anti-nazis ; Erika est maîtresse de cérémonie.

Départ d'Allemagne[modifier | modifier le code]

Erika est le dernier des membres de la famille Mann à quitter l'Allemagne, après l'arrivée au pouvoir des nazis. Elle récupère maints papiers de Thomas Mann dans leur maison de Munich et s'enfuit à Zurich, où elle retrouve ses parents (qu'elle empêche de retourner à Munich). Le Moulin à poivre rouvre ses portes à Zurich et devient un point de ralliement pour les exilés et le plus célèbre cabaret antinazi en exil.

En 1935, elle contracte un mariage de convenance avec le poète anglais W. H. Auden, afin d'obtenir la citoyenneté britannique. Erika et Auden n'ont jamais vécu ensemble, mais restent amis et officiellement mariés jusqu'à la mort d'Erika.

En 1937, elle se rend à New York, où Die Pfeffermühle (qui devient The Peppermill) ouvre à nouveau ses portes. Erika, son frère Klaus, Therese Giehse et Anne-Marie Schwarzenbach se retrouvent parmi un groupe important d'artistes en exil, avec des gens comme Kurt Weill, Ernst Toller ou Sonja Sekula.

En 1938, elle suit avec Klaus comme correspondants de guerre la guerre civile espagnole. L'année suivante, ils publient Escape to Life, un livre sur les exilés allemands célèbres.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle est correspondante de journaux américains, canadiens et britanniques, travaille pour la BBC à Londres et pour l'armée américaine dans plusieurs pays. Elle travaille pour l'Office of War Information à New York et se rend comme reporter de guerre sur les lieux de conflits. En 1945, correspondante en Europe, Erika est la seule femme à couvrir les préparatifs et la tenue du procès de Nuremberg.

« Tu le sais, le cas des Allemands est sans espoir. L'illusion et la fausseté, l'arrogance et l'obéissance, la ruse et la bêtise sont odieusement mêlés dans leur cœur » écrit-elle à Klaus.

L'après-guerre[modifier | modifier le code]

Après la guerre, Klaus et Erika font l'objet d'une enquête du FBI sur leurs opinions politiques et les rumeurs d'homosexualité. En 1949, de plus en plus déprimé et plein de désillusion sur l'Allemagne, au tournant de l'après-guerre, Klaus Mann se suicide. Cet événement affecte Erika :

« Je ne sais pas encore comment vivre, je sais seulement que je n'ai pas d’autre choix. Nous faisions un tout – à tel point qu'en réalité, il est impossible de m'imaginer sans lui. »

En 1952, après avoir été l'objet de graves diffamations dans les années du maccarthisme, elle retourne en Suisse avec ses parents. Elle devient une collaboratrice indispensable pour son père, avant de prendre en charge son œuvre après sa mort.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Rundherum. Ein heiteres Reisebuch (À travers le vaste monde), en collaboration avec Klaus Mann, Berlin, S. Fischer, 1929
  • Das Buch von der Riviera oder was nicht im Baedeker steht (Le livre sur la Riviera ou ce qui n'est pas dans le Baedeker), en collaboration avec Klaus Mann, Munich, Reisebuch, 1931
  • School for Barbarians: Education Under the Nazis (L'École pour les barbares : l'éducation sous les Nazis), Modern Age Books, 1938
  • "10 millions d'enfants nazis" (1938), republié chez Tallandier, 1988 (préface Thomas Mann)
  • Escape to life (Fuir pour vivre), en collaboration avec Klaus Mann, Houghton Mifflin Company, 1939
  • The lights go down (Quand les lumières s'éteignent), Farrar & Rinehart, 1940
  • The other Germany (L'Autre Allemagne), en collaboration avec Klaus Mann, Modern Age Books, 1940
  • The Last Year of Thomas Mann. A Revealing Memoir by his Daughter, Erika Mann (La Dernière Année de Thomas Mann. Une mémoire révélatrice par sa fille, Erika Mann), Farrar, Straus and Cudahy, 1958

Références[modifier | modifier le code]