Journée des Dupes

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La journée des Dupes désigne les évènements des dimanche 10 et lundi 11 novembre 1630 au cours desquels le jeune roi de France Louis XIII, âgé de 29 ans, réitère contre toute attente sa confiance à son ministre Richelieu, élimine ses adversaires politiques et contraint la reine-mère Marie de Médicis à l'exil.

Contexte[modifier | modifier le code]

Après avoir réduit l'indépendance des Huguenots français et obtenu la reconnaissance de l'héritage du duché de Mantoue par le duc de Nevers, le cardinal de Richelieu veut s'allier aux protestants allemands pour lutter contre l'hégémonie des Habsbourg catholiques sur l'Europe, dont sont issus tous les empereurs du Saint-Empire romain germanique, ainsi que les rois de l'Espagne. Ceci déplaît au parti dévot de la cour mené par la reine-mère Marie de Médicis (elle est autrichienne par sa mère, sa fille Élisabeth de France est alors reine d'Espagne et sa belle-fille Anne d'Autriche infante d'Espagne) et Michel de Marillac, garde des sceaux en faveur de l'option pacifiste. De plus Richelieu, face à la noblesse turbulente et ses prises d'arme régulières, répond par la fermeté et veut favoriser les classes bourgeoises montantes. Par ailleurs, Gaston d'Orléans, frère cadet du roi Louis XIII, entend bien profiter de la situation pour avancer sa position au nom de la défense des privilèges des grands nobles du royaume.

Déroulement[modifier | modifier le code]

À Lyon, malade, Louis XIII fait une réponse dilatoire à Marie de Médicis qui cherche à obtenir le renvoi du cardinal de Richelieu. Le roi guéri et revenu à Paris (la cour itinérante s'y réinstalle pour l'hiver), la reine-mère, qui n'a pas obtenu du roi de décision définitive satisfaisante, donne cours à sa haine du cardinal le samedi 9 novembre dans le palais du Luxembourg : lors d'un Conseil restreint du roi (réunissant sa mère, le garde des sceaux Michel de Marillac et le cardinal), Louis XIII annonce la nomination du maréchal Louis de Marillac, frère de Marillac, à la tête de l'armée d'Italie, malgré la désapprobation de Richelieu. Cet entretien est interrompu par l'arrivée de Mme de Comballet, la nièce de Richelieu. La dame d'atour, froidement reçue, se fait agonir d'injures qui choquent tellement le roi qu'il parvient à peine à réagir. Mme de Comballet, dont Marie de Médicis vient d'annuler la charge, sort en larmes. À la fin du Conseil, la Reine Mère retient le cardinal et lui annonce qu'elle le dépouille de sa charge de surintendant et d'aumônier de la reine. Le roi semble avoir quitté sa mère complètement ulcéré par elle[1].

Le dimanche 10, au cours d'une vaine tentative de Louis XIII (qui a annulé le Conseil de la Journée à cet effet) pour réconcilier sa mère et son ministre, Marie de Médicis reprend sa diatribe, exigeant l'éviction de Richelieu et son remplacement par Michel de Marillac comme principal ministre. Pour ne pas être dérangée, la reine-mère prétexte qu'elle se fait « prendre médecine » et ordonne à ses huissiers de fermer ses portes auxquelles se heurte le cardinal qui devait rejoindre le roi pour la réconciliation espérée. Par un passage dérobé (le cardinal de Richelieu connaît bien les plans du palais qu'il a fait construire pour Marie de Médicis)[2], il s'introduit dans la chambre[3]. Richelieu s'assurant de leur étonnement : « Je gagerai que Leurs Majestés parlent de moi ?... ». « Oui ! » répond sèchement Marie de Médicis. Puis il se fait à nouveau injurier en italien par la reine-mère qui s'adresse à son fils en ces termes : « Préférez vous un laquais à votre propre mère ? ». Richelieu semble avoir été fortement ébranlé par la colère royale, au point de s'agenouiller en larmes et de baiser le bas de la robe de la reine-mère. Le roi part pour son modeste relais de chasse isolé à Versailles, fuyant la scène sans même s'adresser au Cardinal qui regagne le Petit Luxembourg et se prépare à sa déchéance. Ce double départ fait croire au parti dévot et à Marie de Médicis que la victoire est remportée. Déjà les courtisans la félicitent ainsi que le garde des sceaux, principal ministre à venir[4].

On ne sait pas exactement qui de César de Tourville ou du cardinal de la Valette convainquit le cardinal de Richelieu d'aller trouver le roi. Toujours est-il que le ministre se rend le jour même à Versailles où il est accueilli avec plaisir par Louis XIII. C'est au cours d'un long entretien, à l'issue duquel le roi l'embrasse pour montrer leur réconciliation, que le monarque prend la décision d'éliminer toute opposition à sa volonté, après avoir repoussé, semble-t-il une nouvelle proposition de démission de Richelieu et lui avoir renouvelé sa confiance. Il déclare « Je suis plus attaché à mon État qu’à ma mère » et convoque un conseil (sans Michel de Marillac qui est envoyé à Glatigny), au cours duquel il nomme le sire de Châteauneuf garde des sceaux et ordonne l'arrestation de Michel de Marillac et de son frère le maréchal Louis de Marillac, nommé la veille à la tête de l'armée d'Italie.

Le lendemain matin lundi 11 novembre, le garde des sceaux est arrêté et finit par être conduit au château de Châteaudun où il meurt le 7 août 1632. Louis XIII rentre à Paris. Marie de Médicis apprend avec stupeur la nouvelle et se voit recluse dans ses appartements mais refuse ensuite toutes les tentatives d'apaisement. Exilée à Compiègne en février 1631, elle s'en échappe le 18 juillet pour gagner les Pays-Bas espagnols tandis que Gaston d'Orléans s'est réfugié à la cour du duc Charles IV de Lorraine d'où il continue à comploter contre son frère. D'autres participants à la cabale subissent aussi les conséquences de son échec : le maréchal de Bassompierre est emprisonné à la Bastille d'où il ne sort qu'en 1643. Le duc de Guise préfère demander la permission de partir en pèlerinage en Italie. Il n'en reviendra pas.

Devant un tel retournement de situation, c'est Guillaume Bautru, comte de Serrant, qui prononce alors une phrase promise à la postérité : « C'est la journée des dupes ! »

Bien que théâtrale dans son déroulement, la journée des Dupes n'en est pas moins d'une importance capitale puisqu'elle achève de souder les rapports qui unissent Louis XIII à son ministre dont les options politiques ne rencontrent plus d'opposition alors au sein du Conseil royal.

Littérature[modifier | modifier le code]

Honoré de Balzac a évoqué cet épisode de l'histoire dans son étude Sur Catherine de Médicis où il porte un jugement sévère sur Marie de Médicis, l'accusant d'avoir tenu secrets des documents sur la mort d'Henri IV : « la victoire de Richelieu sur elle, à la journée des Dupes, ne fut due qu'à la découverte que le cardinal fit à Louis XIII des documents tenus secrets sur la mort d'Henri IV[5]. »

La journée des Dupes constitue également un des événements centraux de 1630, la vengeance de Richelieu, roman de Jean-Michel Riou.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Mémoires de François de Bassompierre, 1656
  2. Marie de Médicis dira plus tard : « Si je n'avais pas négligé de fermer un verrou, le cardinal était perdu. »
  3. D'autres chroniqueurs racontent qu'il aurait usé de son influence sur une femme de chambre pour approcher le roi
  4. Jean Brillet, « 10 novembre 1630 : Richelieu et la « Journée des Dupes » », dans Herodote.
  5. Sur Catherine de Médicis, Édition Furne, vol.15, p.471