Économie politique internationale

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L'Économie politique internationale (EPI) étudie « l’interaction réciproque et dynamique dans les relations internationales entre l’accumulation de la richesse et la poursuite de la puissance »[1]. En général les spécialistes voient l’Économie politique internationale comme une sous-discipline des relations internationales même si Susan Strange, au contraire, considérait les relations internationales comme une sous-discipline de l’Économie politique internationale[2].

L'EPI émerge dans les années 1970 avec la croissance du phénomène d'interdépendance des États alors que l'économie et la politique étaient restées des disciplines distinctes dans leur développement (à l'exception de la théorie marxiste)[3].

La discipline est traditionnellement décrite comme se déclinant en deux écoles principales, l'école Américaine et l'école Anglaise[3]. Actuellement, il est possible de distinguer quatre grands courants, dont les trois premiers, réaliste, libéral et marxiste sont qualifiés de « classiques »[4].

Les Écoles[modifier | modifier le code]

L'école Américaine[3][modifier | modifier le code]

Épistémologiquement, l'école Américaine est majoritairement positiviste et cherche à ce titre à produire des savoirs neutres, ahistoriques et cumulables. Conséquemment, elle repose sur une méthodologie empiriste dans laquelle les approches quantitatives sont dominantes. Ontologiquement, les auteurs associés à cette école sont satocentiques, i.e. que l'État demeure l'acteur principal de leurs théories et analyses. C'est notamment le cas de la théorie de la stabilité hégémonique et de la théorie des régimes internationaux.

L'école Américaine se caractérise historiquement par une emphase sur la composante "économie" de la discipline. En raison du développement de l'économie aux États-Unis, l'école Américaine en EPI s'intéresse surtout aux questions d'équilibre partiel (par opposition à l'équilibre général) et développe essentiellement des théories s’inscrivant dans l'approche des middle range theory et problem–solving.

Les critiques de l'école Américaine soulignent son manque de pluralisme qui la rend aveugle à de nombreux questionnements contemporains, son caractère auto-référentiel (i.e. centré sur les États-Unis et sur ses propres débats internes), sa trop grande emphase sur l'économie au détriment du politique et finalement son manque de portée générale en raison d'un développement porté par les questions d'équilibres partiels.

Les courants réaliste et libéral sont dominants dans cette école.

L'école Anglaise[3][modifier | modifier le code]

L'école Anglaise se caractérise par son pluralisme épistémologique, ontologique et méthodologique. Par ailleurs, elle est davantage normative, interprétativiste et méthodologiquement moins empirique. Son ontologie pluraliste l’amène à considérer davantage d'acteurs dans ses analyses tels les marchés, les individus, les autorités privées (L'ouvrage The Retreat of the State de Susan Strange contient par exemple un chapitre sur les mafias), les mouvements sociaux et les structures.

Les travaux de l'école Anglaise s'intéressent à des objets plus vairés que ceux de l'école Américaine et comprennent notamment la globalisation et le développement international.

Les critiques de l'école Anglaise lui reproche son manque de cohérence et sa trop grande variété ontologique et méthodologique qui rend difficile l'accumulation des connaissances et le développement de théorie.

Les courants théoriques[modifier | modifier le code]

Le réalisme[modifier | modifier le code]

Le courant réaliste est aussi nommé : mercantiliste ou nationaliste. Ce courant est très proche du courant réaliste classique en relations internationales mais y inclus une perspective économique. Pour les auteurs de ce courant, l’État au niveau économique cherche d’abord à renforcer sa puissance par rapport à ses concurrents. Pour eux, même si tous les participants sont gagnants dans l’échange international, un pays peut le refuser s’il estime qu’il sera moins favorisé qu’un de ses concurrents[5]. En effet en acceptant sa place relative va diminuer. En général, les membres du courant réaliste sont très sceptiques quant à la mondialisation et n’ont qu’une estime relative envers les institutions internationales

Grands auteurs :Stephen Krasner, Alexander Hamilton, Friedrich List, Robert Gilpin

Le libéralisme[modifier | modifier le code]

C’est aux États-Unis le courant le plus important. En 2005, 69 % des spécialistes américains de la spécialité se déclaraient de ce courant et 77 % étaient favorables au libre-échange[6]. Pour eux, à la suite de John Locke et en opposition avec Thomas Hobbes qui inspire les réalistes, l’absence de gouvernement n’implique pas l’état de guerre. Par ailleurs, à la suite de Grotius, ils estiment que les relations internationales doivent être régies par des règles de droit. Au vingtième siècle, les idées de Woodrow Wilson, l’homme des quatorze points et de la Société des Nations, ont joué un rôle déterminant sur le libéralisme en relation internationale[7]. Les libéraux sont pluralistes et pour eux les relations internationales ne dépendent pas seulement des États*; En effet, il faut aussi compter avec les multinationales, les ONG, les Institutions internationales et l’opinion publique internationale. Pour les libéraux un monde plus interdépendant conduit à la formation d'une société internationale et est porteur de paix, de justice et de prospérité. En effet pour les libéraux la coopération par les échanges est un jeu à somme positive.

Principaux auteurs : Adam Smith, Emmanuel Kant, David Ricardo, Woodrow Wilson, John Maynard Keynes, Robert Keohane

Le marxisme[modifier | modifier le code]

Ce courant s’intéresse plus à l’étude des relations économique Nord-Sud qu’aux relations entre les grandes puissances[8]. Par ailleurs, il attribue rapports de classes sociales une grande place importante puisque ce sont eux qui, selon les représentants de ce courant, déterminent les actions des États[9]. Actuellement deux grands courants prédominent[10] :la théorie de la dépendance axée sur les rapports Nord-Sud et l’approche système-monde qu’Immanuel Wallerstein a développé à partir des travaux de Fernand Braudel. L’idée générale est ici que le centre « exploite » plus ou moins la périphérie. Principaux auteurs : Robert Cox, Immanuel Wallerstein, Marx, Lénine

La nouvelle économie politique internationale (NEPI)[modifier | modifier le code]

Elle est née en réaction avec ce qu’elle appelle l’école orthodoxe en relation internationale constituée, selon elle, de l’école néoréaliste en relations internationales et de l’institutionnalisme néolibéral, certains parlent de « synthèse néo-néo ». Alors que ces deux écoles ont en commun une approche basée sur une analyse empiriste tournée vers l'action et l'expertise utilisable par les décideurs, l’école de la nouvelle économie politique internationale, se veut hétérodoxe et plus réflexive. Elle a été également créée parce que ses fondateurs estimaient que la mondialisation rendait « nécessaire de revoir les façons de faire »} et appelait « à la construction de nouvelles approches afin de rendre lisible le monde »[11]. Toutefois, il convient de noter que tant ce qu'ils appellent l'école orthodoxe que le courant hétérodoxe qu'ils incarnent sont relativement hétérogène. Principaux auteurs : Susan Strange, Robert Cox

L’école orthodoxe vue par la NEPI[modifier | modifier le code]

L'école orthodoxe domine largement aux États-Unis. En 2005, les cinq spécialistes des relations internationales les plus importants, selon un sondage fait auprès des professeurs américains en la matière, à savoir : Robert Keohane, Kenneth Waltz, Alexander Wendt, Samuel Huntington et John Mearsheimer appartenaient à ce courant.

  • Les grands points communs aux orthodoxes :
    • Une volonté de créer des théories de l’économie politique internationale calquées sur celles des sciences dures et notamment de l’économie orthodoxe. Cette recherche découlant, selon eux, d’un penchant de l’orthodoxie vers le rationalisme et le positivisme[12]
    • Une volonté de développer des problem–solving, c’est-à-dire à résoudre les problèmes qui se posent et une acceptation du monde tel qu’il est[13]
    • Importance accordée aux États[14]
  • Le principal point de divergence entre orthodoxes tient au fait que, alors que les néo-réalistes comme Stephen Krasner ou Robert Gilpin ne crient guère à la mondialisation et s'en méfient, les néo-libéraux institutionalistes comme Robert Keohane et Joseph Nye y sont favorables[15].

La NEPI en elle-même : l’EPI hétérodoxe[modifier | modifier le code]

La nouvelle économie politique internationale ne croit pas à la possibilité d’établir une théorie de l’économie politique, et ne pense pas que l’État soit l’acteur dominant. Par ailleurs ses membres adoptent une approche très fortement multidisciplinaire et s’intéressent en sus de la science politique et de l’économie, à la sociologie, à l’anthropologie, au droit, à la démographie et à l’histoire[16]. Plusieurs points sont au centre de leur recherche[17]

  • La finance mondiale
  • Les changements technologiques
  • L’internationalisation des firmes
  • L’émergence d’une diplomatie économique
  • l'intensification des communications internationales et des flux migratoires
  • Les changements de la géographie globale (changement de frontières, émergences de grandes villes, etc.)

Deux grands auteurs ont marqué la Nouvelle économie politique internationale, Susan Strange qui a adopté une approche réaliste non centrée comme l’école réaliste orthodoxe sur les États mais sur l’ensemble des acteurs; et Robert Cox qui lui a opté pour une approche néogramscienne, c’est-à-dire qui s’intéresse à la classe dominante et à la façon dont elle acquiert un pouvoir hégémonique.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Traduction in Paquin, p. 6, citation originale in Gilpin 1975, p. 43
  2. Paquin, p. 7
  3. a, b, c et d (en) Benjamin J. Cohen, International Political Economy: An Intellectual History, Princeton, Princeton University Press,‎ 2008, 209 p.
  4. Paquin, p. 15
  5. Voir Kébabdjian, 1999, p. 34
  6. Paquin, p. 47
  7. Paquin, p.24
  8. Paquin, p. 33
  9. Paquin, p. 34
  10. Paquin, p. 35-36
  11. Citations extraites de Paquin, p. 55
  12. Paquin, p. 46
  13. Paquin, p. 46-47
  14. Paquin, p. 44
  15. Paquin, p. 55
  16. Paquin, p. 56
  17. Paquin, p. 55-56

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Stéphane Paquin, 2008, La nouvelle économie politique internationale, Cursus.
  • Gérard Kébadjian, 1999, Les théories de l'économie politique internationale, Points Seuil
  • Pierre Berthaud, Gérard Kébabdjian, 2006, La question politique en économie internationale, La Découverte

Pour aller plus loin[modifier | modifier le code]

Quelques revues significatives[modifier | modifier le code]