Inhibiteur de la pompe à protons

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Les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) sont un groupe de molécules dont l'action principale est une réduction prononcée et de longue durée (18 à 24 heures) de la production d'acidité gastrique en agissant sur la pompe à protons.

Le groupe des IPP est le successeur des antihistaminiques H2 et les a largement supplantés du fait de sa supériorité. Le premier IPP est apparu sur le marché en 1989.

Usage clinique[modifier | modifier le code]

Ces médicaments sont utilisés dans le traitement de divers états, tels :

Les IPP sont aussi utilisés lors d'un traitement durable à l'aspirine. L'aspirine inhibe les prostaglandines ainsi que la cycloxygènase 1 (COX 1) ; par conséquent, le mucus est de moins bonne qualité, ce qui a pour effet de réduire la protection de la muqueuse gastrique aux attaques acides.

Mécanisme d'action[modifier | modifier le code]

Ce type de médicament inhibe l'enzyme gastrique H+, K+-ATPase (la pompe à protons), catalyseur de l'échange des ions H+ et K+. Il entraîne une inhibition efficace de la sécrétion acide basale et de la sécrétion acide stimulée.

Dans le micro-canal où le pH est bas, voisin de 2, ces inhibiteurs sont ionisés et transformés en molécules actives qui établissent des liaisons covalentes avec le groupe SH de la cystéine de la sous-unité a de la pompe. La pompe est ainsi inhibée d'une manière irréversible. La reprise d'activité de pompage nécessite la synthèse de nouvelles pompes. Comme la demi-vie de renouvellement des pompes est de l'ordre de 18 à 24 heures, une prise unique permet une inhibition de près de 24 heures.

Le fait que les inhibiteurs ne soient actifs qu'en milieu acide, après protonation, explique qu'ils ont peu d'effets sur la H+/K+-ATPase extra-gastrique située au niveau du rein et du colon.

Si ces inhibiteurs étaient administrés sous forme non gastro-résistante, ils se transformeraient en métabolite actif dans l'estomac, mais sans pour autant atteindre au niveau du micro-canal une concentration suffisante pour inhiber la pompe à protons.

La sécrétion de Cl- qui est parallèle à celle de H+ pour donner HCl, n'est pas directement modifiée par les inhibiteurs de la H+/K+-ATPase. Le mécanisme de la sécrétion de Cl- reste mal connu. Elle paraît couplée à celle du potassium, ce qui permet le recyclage de ce dernier.

Une conséquence de l'inhibition de H+/K+-ATPase gastrique est l'élévation réactionnelle de la gastrinémie, très importante chez le rat, mais faible chez l'homme. L'hypergastrinémie pourrait entraîner une hyperplasie des cellules entérochromaffines.

Exemples[modifier | modifier le code]

Effets secondaires[modifier | modifier le code]

Ces médicaments sont généralement bien tolérés. La majorité des effets indésirables rapportés étaient légers et transitoires et ne présentaient pas de lien constant avec le traitement.

Les manifestations indésirables suivantes ont été rapportées dans les monographies: diarrhée, céphalées, flatulence, douleurs abdominales, étourdissements/vertige, éruptions cutanées, allongement de la durée des règles chez la femme, palpitations cardiaques.

Des cas de constipation prolongée sont signalés et disparaissent avec l'arrêt du traitement. Ils pourraient favoriser la survenue d'une entérocolite à clostridium difficile chez certains patients fragiles[1]. De même, certains cas de baisse du magnésium lui ont été attribués[2].

Plusieurs cas de néphrites interstitielles aigües (maladie rénale) ont également été décrits[3].

Les inhibiteurs de la pompe à protons diminueraient l’absorption du calcium[4] et certains d'entre eux interviendraient directement sur la résorption osseuse[5]. Par ces biais, ils augmenteraient le risque de fracture de la hanche, surtout chez la femme fumeuse[6].

Divers[modifier | modifier le code]

La prescription d'inhibiteurs de la pompe à protons reste très importante, pour un coût notable, mais les indications ne sont pas toujours bien respectées : entre 25 et 75 % des prescriptions sont faites en dehors des indications classiques[7].

Références[modifier | modifier le code]

  • (en) Simone Rossi (Ed.), AMH 2004 : Australian medicines handbook 2004, Adelaide, S.A, Australian Medicines Handbook Pty Ltd,‎ 2004 (ISBN 0-957-85214-2).
  • (en) Laheij RJF, Sturkenboom MCJM, Hassing R-J, Dieleman J, Stricker BHC, Jansen JBMJ, (2004). Risk of Community-Acquired Pneumonia and Use of Gastric Acid–Suppressive Drugs. JAMA 292 (16), 1955-1960.
  1. Aseeri M, Schroeder T, Kramer J, Zackula R, Gastric acid suppression by proton pump inhibitors as a risk factor for clostridium difficile-associated diarrhea in hospitalized patients, Am J Gastroenterol, 2008;103:2308-13
  2. Epstein M, McGrath S, Law F, Proton-pump inhibitors and hypomagnesemic hypoparathyroidism, N Engl J Med, 2006;355:1834-6.
  3. Sierra F, Suarez M, Rey M, Vela MF, Systematic review: proton pump inhibitor-associated acute interstitial nephritis, Aliment Pharmacol Ther, 2007;26:545-53
  4. O’Connell MB, Madden DM, Murray AM, Heaney RP, Kerzner LJ, Effects of proton pump inhibitors on calcium carbonate absorption in women: a randomized crossover trial, Am J Med, 2005;118:778-81
  5. Mizunashi K, Furukawa Y, Katano K, Abe K, Effect of omeprazole, an inhibitor of H+,K(+)-ATPase, on bone resorption in humans, Calcif Tissue Int, 1993;53:21-5
  6. Khalili H, Huang ES, Jacobson BC et al. Use of proton pump inhibitors and risk of hip fracture in relation to dietary and lifestyle factors: a prospective cohort study, BMJ, 2012;344:e372
  7. Forgacs I, Loganayagam A, Overprescribing proton pump inhibitors, BMJ, 2008;336:2-3