Igor Severianine

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Igor Severianine

Igor Severianine (en russe : Игорь Северянин), né Igor Vassilievitch Lotarev (Игорь Васильевич Лотарев) le 16 mai 1887 à Saint-Pétersbourg (Russie) et décédé le 20 décembre 1941 à Tallinn, République socialiste soviétique d'Estonie, est un poète, un essayiste et un traducteur russe[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Son père Vassili Petrovitch Lotarev, est capitaine ingénieur militaire pétersbourgeois en retraite et époux de Natalia Stepanova Chenchine issue d'une famille noble qui avait compté parmi ses membres Afanassi Fet et Nikolaï Karamzine, il choisit plus tard, pour signer ses écrits, le pseudonyme Severianine qui signifie « homme du Nord ». Sa mère et lui avaient aussi un lien de parenté avec Alexandra Kollontai.

Il vécut à Saint-Pétersbourg jusqu'en 1896, année du divorce de ses parents. Ses parents l'imprégnèrent de leur amour pour la littérature, pour la musique et en particulier pour l'opéra. Il a confié qu'il était allé écouter Leonid Sobinov au moins 40 fois. Ainsi on comprend mieux pourquoi à partir de 8 ans il a commencé à écrire de la poésie.

Après la séparation de ses parents, il alla habiter chez son oncle et sa tante paternels à Soyvole près de Tcherepovets dans la province de Novgorod. De 1900 à 1904, il fréquenta le collège technique de Tcherepovets d'où il sortit avec un diplôme de fin d'études. Son père ayant obtenu un poste d'agent commercial à Port Dalny en Mandchourie, il lui rendit visite en 1904 pendant la Guerre russo-japonaise. C'est là que subjugué par la beauté de la nature, en harmonie avec elle, il trouva son nom d'auteur. Mais le 10 juin son père mourut, âgé seulement de 44 ans, et il rejoignit sa mère et sa vieille nourrice à Gatchina. En 1904-1905, malgré plusieurs refus, il commença à publier dans des journaux de province des poèmes à contenu patriotique car la Russie était en pleine guerre russo-japonaise et des poèmes d'amour. Parmi ceux-ci, une trentaine environ dans l'ensemble de son œuvre, lui furent inspirés par l'histoire qu'il vécut avec Evguenia Timofeïevna Gutan, Zlata, qu'il rencontra pendant l'hiver 1905 à Gatchina. Cette jeune fille, une couturière, quitta temporairement son emploi et lui, de son côté, vendit les livres de sa bibliothèque afin qu'ils puissent passer trois semaines ensemble dans une chambre qu'ils avaient louée non loin de la Cathédrale Notre-Dame-de-Kazan à Saint-Pétersbourg. De cette « aventure » naquit Tamara qui fut adoptée sans problèmes par un riche monsieur âgé qui aimait les enfants car il n'était pas question de mariage entre les deux jeunes gens, la mère d'Eugénia ayant poussé sa fille à rompre ce qu'elle fit. Maria Vassilievna Volnianski la remplaça pourtant il semble qu'à cette époque Zlata aurait eu besoin de son aide pour faire face à de grosses difficultés matérielles son mari étant décédé.

Le premier de ses poèmes publié fut La Mort de Rurik dans la revue Actes et paroles selon certaines sources ; il fut suivi par d'autres qui n'eurent pas de succès. Heureusement l'oncle fournit les fonds à son neveu qui ne voulait se consacrer qu'à l'écriture, pour faire éditer plusieurs opuscules de 2 à 16 poèmes imprimés sur deux pages ; ainsi 35 recueils parurent entre 1905 et 1912. Le 20 novembre 1907, il rencontra le poète Constantin Fofanov (ru) qui le séduisait par son talent pour exprimer des sentiments en évoquant des paysages. Cet évènement eut une telle importance pour lui qu'il célébra ensuite tous les ans l'anniversaire de cette rencontre qui influença indubitablement son œuvre, influencée aussi par Mirra Lokhvitskaïa (en). Fofanov salua son arrivée dans le monde de la poésie et sa notoriété grandit encore lorsqu'en 1909, un journaliste Ivan Najivine lut de ses poèmes à Léon Tolstoï à Iasnaia Poliana. L'un d'eux Habanera II du recueil Couleur intuitive suscita l'indignation du célèbre Comte qui trouva le texte insignifiant. Cet « incident » et la polémique développés dans la presse russe, Sévérianine expliquant que ce poème que Tolstoï avait pris au sérieux était satirique et ironique, stimulèrent la curiosité du public et le firent connaître ; la notoriété suivit. En 1911, Valéry Brioussov, éminent critique, qui appréciait qu'il renouvelle le langage poétique lui écrivit une lettre amicale de soutien. En 1913, Fiodor Sologoub participa activement à la première édition chez l'éditeur moscovite Grif du premier grand livre de poésie de Sévérianine, Le haut de la coupe, qui accompagné d'une préface élogieuse, eut un grand succès ; en deux ans cet ouvrage fut édité et réédité sept (ou neuf) fois. Sologoub exploita le succès en entraînant Sévérianine et A. Tchebotarevski dans une tournée de lecture de poèmes à travers la Russie. Celle-ci annoncée à Minsk les amena à Saint-Pétersbourg, à Moscou, à Koutaïssi, à Toila (en) qu'il visita pour la première fois et où il allait habiter plus tard, etc. Cette série de soirées eut beaucoup de succès et bénéficia de sympathiques critiques de diverses origines.

Sévérianine fut l'égérie de l'Ego-Futurisme (en), mouvement fondé en 1911 à Moscou, en janvier 1912 à Saint-Pétersbourg, et soutenu par Konstantin Olimpov (en), fils de Constantin Fofanov avec qui il se brouilla en automne 1912 pour un différend sur la diffusion des écrits. Dans cette mouvance où s'exerçait son influence, se trouvaient aussi Gueorgui Chengueli (ru) qui lui consacra plusieurs poèmes après sa mort, Vadim Cherchenevitch, Ivan Ignatiev (ru), Riourik Ivnev, Vadim Baïan, Vassilisk Gnedov (en), Gueorgui Ivanov (en) dont le programme reposait sur l'expression de sentiments authentiques, l'« auto-affirmation » de la personnalité (cf: 1912. Épilogue; Je suis un génie Igor Sévérianine), la recherche de la nouveauté sans reniement de l'héritage, l'utilisation de néologismes, d'images hardies, d'épithètes, d'assonances et de dissonances, la lutte contre les stéréotypes et les clichés et la liberté dans la métrique. Il se présentait avec un air mélancolique, les cheveux gominés partagés au milieu par une raie, les yeux cernés de noir, vêtu d'une impeccable queue de pie, en tenant invariablement un lis dans les mains. À l'occasion, il déclarait son admiration pour Oscar Wilde avec lequel on peut lui trouver une certaine ressemblance physique. On l'accueillait ainsi dans les cercles à la mode, les salons littéraires, non seulement en Russie mais aussi en Pologne, en Finlande, en France, en Roumanie, où son attitude séduisait le public féminin, les étudiants. Sans doute d'autres étaient ravis par les scandales que provoquaient ses déclarations, par son arrogance face à un public bourgeois indifférent et frivole qu'il subjuguait avec une débauche de couleurs et d'artifices sophistiqués, par ses sujets insolites Crème glacée au lilas, Ananas au champagne (1915) qui furent plusieurs fois réédités, par son ironie lorsqu'il clamait avec emphase l'admiration naïve que provoquaient chez les esprits simples, les automobiles, les dirigeables, les chemins de fer, les avions, les machines, les usines, l'électricité etc... De plus il récitait ses poèmes d'une façon très particulière et remarquable qui rapprochait sa poésie de la chanson ; d'ailleurs ses poèmes, à bien des égards, révélaient l'influence de Constantin Balmont et plusieurs ont été mis en musique par Alexandre Vertinski et par Vsevolod Zaderatski en 1944 pour le poème Victoria Regia.

Pour sa part il créa 2 500 nouveaux lexèmes, utilisa l'effet de surprise et la provocation, exacerba son émotivité jusqu'à l'extravagance, usa de l'allitération, emprunta des mots étrangers, des expressions françaises, des substantifs de la mode et de la gastronomie et revendiqua le droit pour les poètes d'être apolitiques et d'écrire selon leur inspiration. Comme le résumait D. S. Mirsky (en), avec lui la vulgarité revendiquait sa présence et publiait la déclaration de ses droits dans ses vers, Nikolaï Goumilev écrivit, en substance, que son œuvre n'avait pour but que de choquer et Georgui Adamovitch (ru) salua son élégance.

Vers 1912 (ou vers 1914?) il se tourna vers l'Acméisme et le Cubofuturisme où l'on rencontrait Vladimir Maïakovski, Alexeï Kroutchenykh, Vélimir Khlebnikov, Vassili Kamenski, David Bourliouk mais avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale l'intérêt du public et des éditeurs se tourna progressivement vers des sujets moins frivoles. Dans un contexte aussi tragique Sévérianine dut s'adapter et certaines de ses œuvres furent éditées à perte.

En 1918, il retourna à Moscou car sa mère était malade et le 27 février de la même année, au cours d'une réunion au musée polytechnique de Moscou, bien que certains critiques aient déclaré leur dégoût pour son travail, Sévérianine fut élu « Roi des poètes » pour sa créativité devant Vladimir Maïakovski. En troisième position se trouvait Vassili Kamenski selon les uns, Constantin Balmont selon d'autres.

Quelques jours plus tard, il alla passer ses vacances sur Toila au Nord-Est de l'Estonie, où il louait une chambre dans la maison d'une famille locale, comme il l'avait déjà fait plusieurs fois depuis 1912. L'occupation allemande au mois de mars le coupa de la Russie qui était en pleine révolution. Il salua d'abord l'évènement mais plus tard prit une position critique. Cependant il se tint loin de la politique préférant le plus souvent écrire des pamphlets contre les milieux de l'élite émigrée. N'ayant pas le droit à cause de son mariage en 1921 avec une Estonienne Felissa Kruut (la propriétaire de la maison dans laquelle il passait ses vacances) et parce qu'il n'avait pas la faveur du public ni du nouveau régime, il ne put retourner dans son pays natal où aucun de ses livres ne fut publié. En outre la République estonienne proclama son indépendance en 1920. Donc il vécut chichement avec sa femme, poète et traductrice, qu'il surnommait « Ariane Émeraude ». Elle prit la nationalité estonienne. Le 13 novembre 1921, âgée de 84 ans, sa mère mourut et, en 1922, naquit son fils qu'ils prénommèrent Bacchus en l'honneur du Dieu. Il continua à écrire, 13 livres jusqu'à la fin de sa vie publiés dans divers journaux et magazines russes à l'étranger, par goût bien sûr mais aussi pour subsister, la pêche et la cueillette dans la nature ne pouvant suffire aux besoins du ménage. Il fit aussi des traductions d'œuvres de poètes étrangers tels qu'Adam Mickiewicz, Paul Verlaine, Sully-Prudhomme, Charles Baudelaire ; à cette liste il faudrait ajouter des noms de poètes yougoslaves. Il fit aussi de nombreuses tournées à l'extérieur de l'Estonie ; en 1921 dans les Pays baltes à Kaunas, Siaulai et à Riga, en 1922 à Berlin où semble-t-il il revit sa fille Tamara et Zlata, en 1923 à Helsinki, en 1924 en Pologne à Lodz, Bialystok et Varsovie, en Ukraine à Loutsk et en Lituanie à Vilnius, en 1925 de nouveau à Berlin, en 1927 en Lettonie à Daugavpils et à Riga, en 1928 à Varsovie et à Vilnius, en 1929 à Daugavpils et à Riga, en 1931 et en 1933 à Varsovie. En Pologne où il alla souvent on reconnaît son influence sur les poètes Bruno Jasieński et Kazimierz Wierzyński (en). Il se rendit aussi en Bulgarie, en Roumanie, en France, en Tchécoslovaquie et en Yougoslavie. Lorsqu'en 1928, avec son épouse, il travailla à l'anthologie de leurs traductions en russe de poésies classiques estoniennes avec des auteurs tels que Friedebert Tuglas (en), Gustav Suits (en), Johannes Semper, Henrik Visnapuu (en), Johannes Vares, Friedrich Reinhold Kreutzwald, Lydia Koidula, Alexis Rannit (en), le ministère de l'éducation leur octroya une subvention en espèces. En 1935, il rencontra Vera B. Korendi ce qui entraîna, en 1936, la rupture avec Felissa avec laquelle il avait vécu seize ans en étant, pour la seule fois de sa vie, officiellement marié. Avant sa mort, Sévérianine avouera que cette infidélité envers celle qui le protégeait de tous les soucis du monde, avait été une erreur tragique. À partir de ce moment sa situation matérielle devint très difficile et il ne put survivre qu'avec les subventions que lui versait le gouvernement estonien car nulle part on ne voulait éditer ses livres. Le 6 août 1940, ce qu'il souhaitait, l'annexion de l'Estonie par l'URSS, lui ouvrait un vaste espace pour diffuser ses œuvres et pour voyager. Mais la maladie et la guerre l'empêchèrent de réaliser ce projet et en 1941, dans Tallinn occupé par les Allemands, il mourut d'une attaque cardiaque en présence de Valérie, la sœur cadette de sa dernière épouse.

Il est enterré au cimetière Alexandre Nevski à Tallinn.

Depuis 1995, un prix littéraire Igor Sévérianine est décerné.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • On trouve une liste importante, pourtant incomplète, de ses poèmes classés par ordre chronologique dans le lien externe no 1.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dans l'anthologie bilingue La poésie russe réunie et publiée par Elsa Triolet chez Seghers en 1965, on trouve le poème Jour de printemps tiède et doré traduit par Elsa Triolet, des fragments de Prologue adapté par Claude Frioux et une minuscule biographie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les nombreuses sources fournissent parfois des dates différentes pour le même fait ; l'article reflète ces imprécisions et les traductions des titres des poèmes changent aussi : c'est pour cela qu'il y en a le minimum dans cette tentative de rédiger une biographie.

Liens externes[modifier | modifier le code]