Godiva

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Lady Godiva (tableau de John Collier, 1898).

Godiva, ou plus correctement Godgifu, est une dame anglo-saxonne du XIe siècle, épouse du comte Léofric de Mercie. Sa vie est mal connue. Son nom est associé à une légende apparue plus d'un siècle après sa mort, selon laquelle elle aurait traversé les rues de Coventry à cheval, entièrement nue, afin de convaincre son époux de diminuer les impôts qu'il prélevait sur ses habitants. Bien que dépourvue de tout fondement historique, la chevauchée de Lady Godiva a inspiré de nombreux artistes.

Légende[modifier | modifier le code]

Lady Godiva (tableau d'Adam van Noort, 1586).

L'histoire raconte qu'elle était la belle épouse de Léofric (968-1057), comte de Mercie et seigneur de Coventry. Les habitants de cette ville souffraient sous l'imposition accablante du comte. À plusieurs reprises, Dame Godiva fit appel à son mari, qui refusait obstinément de diminuer les taxes. Enfin, las, il prétendit accéder à sa demande si elle montait à cheval nue dans les rues de la ville. Dame Godiva le prit au mot, et traversa la ville, vêtue seulement de ses longs cheveux. Son mari tint parole et supprima les impôts.

La forme la plus ancienne de la légende raconte la traversée du marché de Coventry par Godiva, accompagnée par deux chevaliers, alors que le peuple était rassemblé. Cette version est narrée dans Flores Historiarum de Roger de Wendover[Note 1] (mort en 1236), un collectionneur d'anecdotes quelque peu crédule, qui citait lui-même un autre auteur plus ancien.

On pense généralement que les cheveux longs de Godiva sont un ajout ultérieur à la légende. D'autres éléments et thèmes sont coutumiers dans les contes : le seigneur intransigeant, la promesse exigée, des conditions de vie très difficiles, la chasteté. Un élément par contre ne l'est pas : la puissance et l'indépendance d'une épouse anglo-saxonne de la classe aristocratique.

Une des variantes de la légende veut que les habitants de Coventry, pour montrer leur reconnaissance envers leur Dame, se soient tous enfermés chez eux pendant son passage. Seul un curieux, nommé Tom, aurait osé enfreindre la consigne et aurait jeté un coup d'œil à la dérobée ; mais en punition, il devint sur-le-champ aveugle. C'est de là que vient l'expression anglaise « Peeping Tom », très souvent remplacée dans la langue actuelle par le français « voyeur ». Selon certaines sources, cette légende serait née en 1586 : on aurait demandé au peintre Adam van Noort de représenter l'épisode et il aurait montré Léofric en train de regarder sa femme par la fenêtre pour constater qu'elle exécutait effectivement sa promesse. Le public aurait mal interprété ce détail, prenant le comte pour un simple indiscret[1].

Réalité[modifier | modifier le code]

Il est certain qu'une dame de ce nom a existé au XIe siècle, comme le démontrent plusieurs documents anciens, comme la charte de Stow, la charte de Spalding, et l'enquête de Domesday, bien que l'orthographe du nom change considérablement suivant les écrits. Il apparaîtrait dans les chroniques d'Ely (Liber Eliensis), à la fin du XIIe siècle, qu'elle était veuve quand Léofric l'épousa en 1040. Elle a aidé à la fondation d'un monastère à Stow, Lincolnshire. En 1043, elle persuade son mari de construire un monastère bénédictin à Coventry. Sa devise, « di Ego Godiva Comitissa diu istud desideravi », a été trouvée sur la charte donnée par son frère, Thorold de Bucknall, shérif de Lincolnshire, au monastère bénédictin de Spalding ; et elle est commémorée comme bienfaitrice dans d'autres monastères, à Leominster, Chester, Wenlock, Worcester, et Evesham. Son nom est mentionné dans l'enquête de Domesday de 1085, comme une des quelques Anglo-Saxons à défendre leurs terres après sa conquête, et la seule femme mentionnée en tant que détentrice d'un fief. Elle est probablement morte quelques années plus tard et a été enterrée sous un des porches de l'église de l'abbaye. Dugdale (1656) affirma qu'une veuve, avec des représentations de Leofric et Godiva, a été placée dans l'église de la Trinité, à Coventry, pendant le règne de Richard II.

Au XIIIe siècle le roi Édouard Ier a voulu savoir exactement ce qu'il en était de cette légende. L'étude des annales de Coventry a bien confirmé qu'à partir de 1057 l'impôt n'a effectivement plus été perçu, mais on n'a trouvé aucune preuve que ce fût dû à l'événement qu'on raconte.

Le cortège de Godiva, commémoration du tour légendaire institué le 31 mai 1678, en tant qu'élément de la foire de Coventry, a été célébré régulièrement jusqu'en 1826. De 1848 à 1887 il a été rétabli, et continue encore aujourd'hui. Les participants s'habillent en costumes du XIe siècle. Le défilé commence à partir des ruines de l'ancienne cathédrale et emprunte l'itinéraire suivi autrefois par la courageuse lady, passant bien sûr près de son monument. On joue des musiques d'époque et divers concours sont organisés, dont le plus populaire celui de la meilleure lady Godiva. Il faut préciser que seules des femmes y participent, vêtues de costumes du XIe siècle ; la seule condition, absolue, est d'avoir des cheveux longs et dorés.

Malgré l'étrangeté de la chose, il arrive que des boutiques de vêtements prennent le nom de « Lady Godiva ».

Dans les arts[modifier | modifier le code]

  • Clint Eastwood a joué dans le film Madame de Coventry (Lady Godiva) d'Arthur Lubin (1955), avec Maureen O'Hara dans le rôle de Lady Godiva.
  • La pièce de théâtre Lady Godiva de Jean Canolle, mise en scène Michel de Ré, a été créée en 1958 au théâtre Édouard VII avec Silvia Monfort dans le rôle de Lady Godiva.
  • Un épisode de la série Les Nouvelles Aventures de Robin des Bois (4.08) fait référence à Godiva, mais elle est devenue une mauvaise sorcière qui fait tomber les hommes sous son charme et les fait devenir ses esclaves, ensorcelant donc les héros masculins de la série.
  • Dans la série Charmed, au cours de l'épisode du même nom (Lady Godiva) ou L'école de la magie en français (Saison 7, épisode 2), Lady Godiva se retrouve interrompue dans son parcours à cheval par un jeune magicien maladroit et se retrouve à San Francisco de nos jours. À l'instar de la noble britannique, Phoebe Halliwell (Alyssa Milano) défile à cheval dans les rues de la ville afin de faire reconnaître le droit des femmes à allaiter leurs enfants en public.
  • L'épisode 23 de la saison 4 de la série L'Île fantastique s'intitule Le traquenard - Lady Godiva : il raconte entre autres les aventures d'une jeune femme qui rêve de devenir « la cavalière la plus célèbre de tous les temps » ; prise au mot, elle devient pour le temps de son voyage sur l'île Lady Godiva.
  • La légende inspira Joseph Draps, chocolatier belge qui fonda Godiva en 1926. Elle a été rachetée dans les années 2000.
  • Le groupe Queen cite Lady Godiva dans la chanson Don't Stop Me Now de l'album Jazz : "I'm a rushing car passing by like lady Godiva".
  • Le groupe new-yorkais The Velvet Underground chante une chanson sur Godiva : Lady Godiva's Operation, paru sur l'album White Light/White Heat et écrite par Lou Reed.
  • Le groupe Allemand de deathcore mélodique Heaven Shall Burn évoque l'histoire dans le morceau "Godiva"
  • Le rappeur Sage Francis y fait allusion dans sa chanson Love the life issue de l'album Li(f)e sorti en 2010.
  • Le groupe américain Grant Lee Buffalo à composé une pièce sur Lady Godiva qui s'intitule "Lady Godiva and Me" sur l'album [Mighty Joe Moon] paru en 1994

Note[modifier | modifier le code]

  1. « Ayant fondé ce monastère sur le conseil de sa femme, la noble comtesse Godiva, Leofric, à la prière d'une femme pieuse, y installa des moines et les enrichit de tant de terres, de bois et d’ornements sacrés, qu’on n’aurait pas trouvé dans toute l'Angleterre un monastère avec une telle abondance d'or, d’argent, de pierres précieuses et de vêtements coûteux. La comtesse Godiva, qui avait une grande dévotion pour la mère de Dieu, mourait d'envie de libérer la ville de Coventry de l'oppression d'un péage insupportable et souvent, de façon insistante, elle implorait son mari que, par égard pour Jésus Christ et pour sa mère, il libérât la ville de cette charge et de toutes les autres qui pesaient tant sur elle; mais le comte la réprimandait méchamment en lui demandant d’un air moqueur en quoi cela lui faisait du tort à lui et lui défendait à chaque fois de lui parler encore de cette affaire. Mais comme, avec l'opiniâtreté d'une femme, elle ne cessait jamais d’importuner son mari sur cette question, il finit par lui faire cette réponse : « Montez votre cheval et allez nue, devant toute la population, à travers le marché de la ville, vous le parcourrez d’un bout à l'autre et à votre retour vous obtiendrez ce que vous demandez. » Sur quoi Godiva répondit : « Mais me donnerez-vous la permission, si je suis disposée à le faire ? – Je suis d’accord, » répondit-il. Après quoi la comtesse, aimée de Dieu, dénoua ses cheveux et fit tomber ses boucles pour qu’elles recouvrissent son corps tout entier comme un voile, ensuite elle monta sur son cheval et escortée de deux chevaliers, elle alla par la place du marché, sans qu’on vît rien d’elle, si ce n’est ses superbes jambes ; et ayant accompli le voyage, elle revint avec joie vers son mari tout étonné et obtint de lui ce qu’elle avait demandé; car le comte Leofric libéra la ville de Coventry et ses habitants de la charge dont nous avons parlé, et il confirma par une charte ce qu'il avait fait. », Original en latin : Rogeri de Wendover chronica sive Flores Historiarum, Londres, 1841

Références[modifier | modifier le code]

  • Dans le film The Mask, Cameron Diaz fait référence à la lady de Godiva en parlant de la cravate de Jim Carrey.
  • Dans la chanson Godiva d'Heaven Shall Burn.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • (en) Daniel Donoghue, Lady Godiva : A Literary History of the Legend, Blackwell Publishing,‎ 2003 (ISBN 1–405–10047–8[à vérifier : ISBN invalide]).
  • (en) Ann Williams, « Godgifu (d. 1067?) », dans Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press,‎ 2004 (DOI doi:10.1093/ref:odnb/10873, lire en ligne).