Gaillard (bateau)
Le gaillard constitue la partie surélevée d'un navire. Les navires pourvus de gaillards sont opposés aux navires dit « franc-tillac », dont le pont est au même niveau sur toute la longueur du bâtiment. Plus couramment, il désigne la superstructure située sur l'avant d'un pont supérieur (voir tillac) et qui s'étend en largeur d'un bord à l'autre du navire.
Un navire à voile comporte habituellement deux gaillards, qui sont le gaillard d'avant et le gaillard d'arrière.
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Origine du gaillard [modifier]
Le gaillard trouve son origine dans les nefs, navires du Moyen Âge destinés aux long voyages. Il existait sur ces navires un château d'avant et un château d'arrière, morceaux de pont situés à l'avant et l'arrière, fortement surélevés par rapport au pont principal dans le but d'offrir une protection lors d'un éventuel abordage. Avec l'apparition de la caravelle, puis des vaisseaux à voiles que sont la frégate ou le vaisseau de ligne, les châteaux d'avant et d'arrière, à vocation défensive, se sont spécialisés et ont acquis un usage marin. C'est à partir de ce moment-là que l'on parle de gaillard d'avant et de gaillard d'arrière, aussi appelé dunette. Ce sont des parties de pont situées plus haut que le pont principal, reliées entre elles par des passavants et sur lesquelles des écoutilles permettaient d'accéder au pont principal. Le gaillard d'avant est traditionnellement occupé par l'équipage, tandis que la dunette est réservée aux officiers.
Le gaillard d'avant [modifier]
Le gaillard d'avant, à la disposition de l'équipage, a également plusieurs vocations. C'est de là que sont manœuvrées les voiles de l'avant, toutes celles dépendant du mât de beaupré, situé de manière oblique à l'avant du navire. Les voiles dont la manœuvre est effectuée depuis le gaillard d'avant sont les focs, la trinquette mais aussi la civadière et la contre-civadière, pièces de voiles directement enverguées sous le mât de beaupré. Les ancres sont également rangées (caponnées) sur des bossoirs qui se trouvent de part et d'autre du gaillard d'avant. La figure de proue se situe devant le gaillard d'avant.
Le mât de misaine se situe également sur le gaillard d'avant, bien que la manœuvre de ses voiles s'effectue sur le pont principal. C'est à partir du gaillard d'avant qu'il est possible pour les gabiers d'accéder aux haubans de misaine, permettant de monter jusqu'aux différentes vergues du mât de misaine dans le but de larguer ou de ferler la voilure.
Enfin, la coquerie se situe sous le gaillard d'avant, et une cheminée permet à la fumée de s'y évacuer. Toutefois, pendant le combat, le feu qui brûle dans les fourneaux du maître-coq doit être éteints.
Le Dictionnaire de français Littré (1863-1877) mentionne un type particulier de gaillard appelé « teugue » ou « tuque ».
Le gaillard d'arrière [modifier]
Le gaillard d'arrière, également appelé dunette, est d'une importance capitale. C'est le lieu réservé aux officiers du bâtiment, qui leur permet de pouvoir embrasser du regard tout le bâtiment, afin d'exercer le commandement, que ce soit lors de combats ou de manœuvres sous voiles. La dunette, surélevée par rapport au pont principal, offre une vue d'ensemble sur le navire. Aucun matelot n'a le droit d'accéder à la dunette sans ordre d'un officier, sauf si son service l'amène à s'y trouver.
Sur la dunette se trouve la roue, la barre permettant la manœuvre du gouvernail du navire. Deux quartier-maîtres timoniers y sont habituellement de quart pour maintenir la route du bâtiment quelles que soient les circonstances. Près de la barre se trouve une ardoise où l'officier de quart se doit de noter toutes les observations et manœuvres nécessaires à la bonne marche du navire : changement de quart, modification de la force et de la direction du vent, manœuvres de voilures, changements de cap, vitesse du navire... C'est de la dunette qu'est calculée la vitesse du navire au moyen d'un loch.
La dunette fait donc également office de passerelle de commandement : c'est l'espace privilégié du commandant et de son état-major. La tradition veut que les officiers laissent au commandant le côté de la dunette au vent, si tel est son désir. Celui-ci commande son navire depuis ce poste d'observation privilégié, au moyen d'ordres vocaux qui sont si nécessaires répercutés par des hommes-relais. Un banc de quart y est installé, prévu pour que le commandant ou à défaut l'officier de quart puisse s'y asseoir tout en dirigeant la manœuvre. Lors d'engagements, la place du commandant est sur la dunette de son vaisseau, d'où il dirige la bataille en ordonnant à la fois le feu des canons et la manœuvre, secondé par ses officiers répartis dans les points névralgiques du navire. Il arrive souvent que les gaillards soient des postes de tir privilégiés pendant une bataille navale, de par leur position surélevée. Ainsi, l'infanterie de marine prend habituellement place pendant un engagement sur les gaillards et dans la mâture.
Enfin, la dunette est également un centre de communication. En effet, le commandant peut, de là, à la fois donner ses ordres à l'ensemble de son équipage par la voix, mais également hisser des signaux flottants à l'attention des autres navires. Le coffre contenant les différents pavillons, dont l'agencement précis permet de transmettre des messages, se trouve sur la dunette. Deux aspirants de marine, officiers en formation, sont habituellement chargés de transmettre et recevoir les signaux par pavillons. De tels messages permettent aux navires de communiquer entre eux. Cela permet également à un chef d'escadre de transmettre ses ordres aux autres navires sous son commandement[1].
À l'arrière de la dunette se situe le couronnement, la poupe, tandis que sous celle-ci se trouvent les logements des officiers, du commandant et de l'amiral, qui disposent parfois d'une galerie de poupe, avec des fenêtres donnant sur le sillage du navire, galerie sous laquelle prend place la voûte d'étambot du navire et son gouvernail.
Le gaillard dans la marine moderne [modifier]
Le gaillard s'est maintenu dans l'architecture des navires tant que ceux-ci utilisaient la voile comme moyen de propulsion principal. Avec la disparition des mâts et de toutes les contraintes qui en sont inhérentes, l'utilité des gaillards a été décroissante, jusqu'à être remplacés par une superstructure unique au centre (château) ou à l'arrière (dunette) du bâtiment.
Cependant, de nos jours est encore appelée gaillard d'avant ou pont gaillard la partie du pont généralement surélevée où l'on trouve généralement les bittes d'amarrage et les apparaux de manœuvre avant (guindeaux). Cet espace est dédié au personnel chargé de l'amarrage et/ou du mouillage.
Le gaillard des chalutiers de pêche classique supportait les apparaux de mouillage et de manœuvre et à l'intérieur abritait généralement le poste d'équipage avant ou parfois un magasin pour stocker du matériel.
La partie avant de la coque de certains bâtiments de guerre (croiseurs, destroyers, contre-torpilleurs et torpilleurs, escorteurs d'escadres...) comportait un long gaillard, la teugue qui pouvait atteindre un tiers de la longueur totale de la coque, comme c'était le cas pour les contre-torpilleurs ou les escorteurs d'escadre.
Voilier [modifier]
Sur un voilier, partie extrême du pont supérieur :
- celle qui se trouve sur l'avant du hauban de misaine le plus en arrière s'appelle gaillard d'avant
- celle qui se trouve sur l'arrière du grand mât s'appelle gaillard d'arrière
C'est le logement de l'équipage, ou poste si le bateau n'a pas de superstructure ni de faux pont.
Notes et références [modifier]
- C'est ainsi qu'avant la bataille de Trafalgar, Nelson fera transmettre par pavillon à tous les navires de son escadre le message suivant : England expects that every man will do his duty, ce qui signifie « L'Angleterre attend de chacun qu'il fasse son devoir ».