Deutsche Arbeitsfront

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Une manifestation de la DAF avec la participation de son chef, le Reichsorganisationsleiter Ley remettant des diplômes, en mars 1944.
Drapeau du DAF.

Le Deutsche Arbeitsfront (DAF, (en français : « Front allemand du travail »)) était une association allemande des travailleurs et d'employeurs soumise au NSDAP.

Création[modifier | modifier le code]

Un nouveau rouage dans l’administration nazie[modifier | modifier le code]

Créé dans le but de lutter contre les particularismes des associations de salariés nazis, le DAF est confié à un proche de Hitler, Robert Ley, dirigeant national de l'organisation du parti, et connaît une croissance importante, tout d'abord en raison de la suppression des syndicats, mais aussi en raison de l’absorption, en novembre 1933, de l'association des employeurs[1].
Pensé par Hitler comme un moyen d'intégrer la classe ouvrière, vivier politique du SPD et du KPD, au nouveau régime, dans un contexte de remise en cause des conquêtes sociales du début du siècle[2], le Front du Travail est organisé à partir d'avril 1933 par Ley et Muchow, responsable des cellules d'entreprises[3]. Seule conséquence réelle du discours de Hitler du 1er mai 1933, la création du Front du Travail est destinée à permettre de surmonter les antagonismes de classes au sein d'une organisation destinée à créer les conditions d'une meilleure connaissance des classes (Stände), les unes par rapport aux autres, dans le cadre d'un État communautaire des travailleurs[4].

Une création sous le sceau de l’illégalité[modifier | modifier le code]

Dans le climat de confiance créé par le discours de la veille, la police et ses auxiliaires de la SA et de la SS, sous la direction des responsables des syndicats nazis, les NSBO, occupent le 2 mai 1933 à 10 heures du matin, l’ensemble des locaux des organisations syndicales liées au SPD et au KPD (bourses du travail, sièges de journaux, directions, placent en détention provisoires les principaux dirigeants et proposent à leurs permanents de continuer leur action dans le cadre des NSBO[5]. Cette action illégale, menée par le NSDAP avec le soutien de la police[5], qui ne dispose pas encore des possibilités légales permises par les lois ultérieures, rencontre peu de résistance dans la population[5].

Par ce coup de force contre les syndicats (les syndicats catholiques étant momentanément épargnés dans le contexte de négociation du concordat et de préparation de la réintégration de la Sarre[5]), le DAF entre en possession des biens des syndicats détruits par l’action du 2 mai, l’illégalité de cette prise de possession, officiellement justifiée par des détournements de fonds (non jugés par la suite) de la part de « mandarins » syndicaux, n’est pas légalisée, ni en 1933, ni plus tard, ce qui pose tout au long du IIIe Reich des problèmes juridiques de propriété au DAF[6].

Au cours du mois de septembre 1933, Ley tente de donner à l'organisation dont il est le chef un statut juridique clairement défini, qui aurait abouti à sa transformation en collectivité de droit public, ce qui aurait permis de légaliser les usurpations de propriété du mois de mai[7], tout en influant sur la constitution d'un État corporatiste, qu'il était question de mettre en place à l'automne 1933; cette orientation est rapidement mise de côté sous la pression des conservateurs et de leurs représentants[8].

Le congrès fondateur[modifier | modifier le code]

Le 10 mai 1933, à Berlin, en présence de la totalité du gouvernement et de la direction du parti, est organisé le premier congrès du DAF, placé sous le patronage de Hitler[6], qui fixe les modalités de la fusion des différentes organisations qui fusionnent pour créer le DAF[5]. Regroupant les syndicats dissous de fait le 2 mai 1933, deux organisations sont créées, l'association générale des travailleurs allemands, confiée à Walter Schuhmann, chef de la NSBO, et l'association générale des employés allemands, confiés à Albert Forster, Gauleiter de Dantzig, et deviennent les centres du DAF[6].

Des tensions internes dès la création[modifier | modifier le code]

Des divergences politiques se font jour entre les tenants de la création d'un État corporatiste, autour des dirigeants des cellules d'entreprises du parti, regroupés autour de Muchow et les proches de Hitler et Ley[9].
La loi du 19 mai 1933 réorganise les relations sociales en Allemagne, fixant, au grand dépit des anciens membres des NSBO, la réalité des compétences des fonctionnaires du DAF dans le domaine des négociations salariale[10]; elle est précisée par la loi du 20 janvier 1934, qui ordonne les relations salariales selon le Führerprinzip[11].

La loi du 19 mai 1933, créant les fidéicommissaires du travail, dépendant de l'État, choisis parmi les représentants des milieux économiques[12], instaure les conditions de violentes oppositions entre les NSBO, surtout dans les régions industrielles, et les commissaires: ainsi, par exemple, en appelant directement à Hitler, le chef des NSBO du Gau de Silésie est éconduit par le ministère du travail du Reich, qui justifie l'existence des commissaires et rappelle la nature strictement politique du NSBO[12]. Accusée à cette occasion de vouloir détruire la "collaboration harmonieuse entre responsables d'entreprises, ouvriers et employés"[13], le NSBO de Silésie est accusée de sympathies marxistes dissimulées, à la suggestion du commissaire du travail pour le Gau de Silésie, comme à de nombreuses fois par la suite[14]. La création des Fidéicommissaires, et plus encore les décisions qu'ils prennent, toujours en faveur du patronat[15], participant à la marginalisation des NSBO au sein des institutions nazies[15], se trouve à la base de la désaffection des salariés à l'encontre du DAF[7].

L'idéologie du DAF dans le cadre nazi[modifier | modifier le code]

Créé au départ pour concurrencer les syndicats nazis, le DAF s'inscrit totalement dans l'idéologie nazie de la Volksgemeinschaft. Les entreprises sont envisagées comme des communautés au sein desquelles évoluent en harmonie dirigeants, ouvriers et salariés[1]: cette harmonie est censée se matérialiser par le pouvoir des délégués du personnel, jouant un rôle de conseil auprès des dirigeants, qui, s'ils sont remis en cause, peuvent être démis de leurs fonctions[1].
Face aux contradictions internes du régime qui proclame à la fois la révolution et son achèvement[16], le Front du Travail développe une argumentation opposant socialisme et socialisation, défini l'un comme « le droit d’accéder à la propriété par un travail honnête » et plus largement le « travail, la réussite, l'accomplissement de son devoir et le sens des responsabilités à l'égard de l'État et de la nation », l'autre renvoyait au « collectivisme et à une vision matérialiste de l'histoire »[17].

Organisation[modifier | modifier le code]

Le schéma de mai 1933[modifier | modifier le code]

Lors du congrès fondateur, est dévoilé le schéma de l'organisation. L'association générale des travailleurs allemands et l'association générale des ouvriers allemands, pensées au départ comme les piliers du DAF, doivent composer avec les associations autonomes d'ouvriers et d'employés, divisées par branches, avec des adhésions individuelles[6].

Ces trois groupes d'associations sont coiffées par un bureau central du DAF, dirigé par Robert Ley, divisé en 11 sections spécialisées[6].

Au niveau territorial, treize districts sont créés, confiés chacun à un chef de district[18]. chaque district est lui-même subdivisé en cercles et en groupes locaux[18].

Enfin, d'un strict point de vue juridique et institutionnel, le DAF et le NSDAP sont totalement séparés, mais cette séparation légale ne doit pas faire illusion car les principaux dirigeants du DAF exercent tous des responsabilités au sein du NSDAP: Robert Ley y exerce les fonctions d'« organisateur » du NSDAP (Reichsorganisationsleiter), et tous les postes importants au sein du DAF sont occupés par les principaux responsables du NSBO, encore sensibles en 1933 à la rhétorique socialiste du parti[18].

Une réorganisation précoce[modifier | modifier le code]

Durant le mois de novembre 1933, Le DAF connaît de nombreuses mutations et réorganisations.

Tout d'abord, les organisations représentant le patronat et les industriels, ayant fait le constat du caractère peu révolutionnaire de la nouvelle structure intègrent le DAF[8]. Dès le 29 novembre, la corporation nationale de l'industrie allemande, par la voie de son principal dirigeant, Krupp von Bohlen une Hallbach, appelle ses membres à adhérer au DAF[19]: à ses yeux, le DAF avait clarifié son rôle dans les relations sociales[20].

Ensuite, en dépit de déclarations fracassantes, les ambitions de Ley et des cadres du DAF en matière syndicales sont remises en cause après les élections du 12 novembre 1933, le DAF tendant à partir de ce moment à se transformer en organe de propagande, au détriment de ses activités syndicales : en effet, le 27 novembre 1933, sous la pression des ministres de l'économie et du travail, Ley signe une déclaration avec ces deux ministres déniant toute possibilité d'intervention du DAF dans la politique sociale et salariale du régime[8].

Une Organisation aux multiples ramifications[modifier | modifier le code]

Dès la suppression des syndicats en mai 1933, le ministre du Reich au Travail crée au sein du DAF l’organisation Kraft durch Freude (« La Force par la joie »), destinée à subventionner les congés ouvriers (organisation de vacances, croisières) et les manifestations culturelles et sportives. D’autres structures verront également le jour :

Pour financer ces multiples organisations, le gouvernement du Reich rend obligatoire, pour l'ensemble des travailleurs du Reich, l'adhésion au Front du Travail, financé par les cotisations prélevées directement sur les salaires, faisant du DAF une organisation détestée des ouvriers et des salariés allemands; les cotisations versées sont pour une part non négligeable d'entre elles détournées par les salariés du Front du Travail, pour leur usage personnel[21].

Une organisation corrompue et calquée sur celle du NSDAP[modifier | modifier le code]

La mise en place du Führerprinzip[modifier | modifier le code]

À partir de novembre 1933, le Front est réorganisé sur la base du Führerprinzip : tout le pouvoir est concentré dans les mains de Robert Ley et de ses proches, dans le cadre d'une organisation centralisée, malgré l'opposition d'un certain nombre des cadres qui ont créé sur le terrain le Front du Travail[22].

Le DAF dans la polycratie[23] nazie[modifier | modifier le code]

Rapidement, le DAF rentre en concurrence avec d'autres structures de la nébuleuse national-socialiste: ainsi, il doit contrer l'influence des cellules national-socialistes d'usines (NSBO) ; soutenu par Göring[24], l'organisation de Robert Ley devance définitivement à partir de la fin de l'année 1934 ses concurrents, s'affirmant comme l'une des organisations du Reich national-socialiste, avec ses millions de cotisants[25]; à partir de 1938, le DAF, disposant d'une autonomie réelle, tient ses congrès à Nuremberg, au même moment que ceux du parti[26].

Ses moyens, fournis par les cotisations mensuelles des salariés du Reich, placent l'organisation en position de force par rapport aux autres acteurs économiques du Reich, l'administration du plan de Quatre Ans, ou la Reichsbank, dont le directeur, Schacht, ordonnent aux organisations sur lesquelles il exerce une tutelle, de classer sans suite les rapports du DAF[26].

Corruption au sein du DAF[modifier | modifier le code]

Les cotisations que perçoit l'organisation font de la corruption l'une des principales caractéristiques de l'organisation, dès sa mise en place. Ainsi, de Robert Ley au moindre des permanents du Front, l'ensemble des salariés du Front du Travail se laissent corrompre par les entreprises allemandes, auxquelles ils octroient des contrats préférentiels[21].

Premières actions[modifier | modifier le code]

Dès le milieu du mois de mai 1933, les responsables du NSBO tentent d'exercer leurs nouveaux pouvoirs dans les usines, mais ils sont rapidement rappelés à l'ordre par Hitler lui-même, à la demande de Schacht, des grands patrons et de nombreux hauts-fonctionnaires du ministère de l'économie[10].

Le 8 janvier 1934, le DAF est représenté à l'inauguration de la nouvelle usine de la Dehomag à Berlin, première structure de mécanographie allemande, par Rudolf Schmeer, qui remplace ce jour-là Robert Ley.

Parmi les différentes œuvres dirigées par le DAF — afin de réduire le taux de chômage en vue d'une propagande favorable, comme la construction d'autoroutes — le lac artificiel du Maschsee est creusé à Hanovre.

Le DAF dans la Guerre[modifier | modifier le code]

Organisation nationale-socialiste, le DAF présente en novembre 1941 un objectif de colonisation de l'Est de l'Europe. Il propose ainsi un plan de long terme : étalé sur une centaine d'année, celui-ci prévoit la germanisation totale de la Russie d'Europe[27].

Peu populaire auprès des ouvriers et salariés qu'elle est censée représenter, la DAF cesse d’exister de fait lors de la débâcle en mars-avril 1945.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c K.D.Bracher, Hitler et la dictature allemande, p. 445
  2. K.D.Bracher, Hitler et la dictature allemande, p. 444-445
  3. R. J. Evans, Le IIIe Reich, II, p. 518.
  4. M.Broazat, L'État Hitlérien, p. 223.
  5. a, b, c, d et e M.Broszat, L’État Hitlérien, p. 224.
  6. a, b, c, d et e M.Broszat, L’État Hitlérien, p. 225.
  7. a et b M.Broszat, L'État Hitlérien, p. 231.
  8. a, b et c M.Broszat, L'État Hitlérien, p. 232.
  9. R. J.Evans, Le IIIe Reich, II, p. 518.
  10. a et b M.Broszat, L'État Hitlérien, p. 227.
  11. R. J.Evans, Le IIIe Reich, II, p. 519.
  12. a et b M.Broszat, L'État Hitlérien, p. 228.
  13. rapportée par M.Broszat, L'État Hitlérien, p. 229.
  14. M.Broszat, L'État Hitlérien, p. 229.
  15. a et b M.Broszat, L'État Hitlérien, p. 230.
  16. D.Schoenbaum, La Révolution Brune, p. 83
  17. rapporté par D.Schoenbaum, La Révolution Brune, p. 83
  18. a, b et c M.Broszat, L'État Hitlérien, p. 226.
  19. M.Broszat, L'État Hitlérien, p. 234.
  20. M.Broszat, L'État Hitlérien, p. 235.
  21. a et b R. J.Evans, Le IIIe Reich, 1933-1939, p. 524.
  22. R. J.Evans, Le IIIe Reich, 1933-1939, p. 521.
  23. M.Broazat, L'État Hitlérien, p. 425.
  24. David Schoenbaum, La Révolution brune, p. 113.
  25. David Schoenbaum, La Révolution brune, p. 114-116.
  26. a et b David Schoenbaum, La Révolution brune, p. 116.
  27. C. Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, p. 322.

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