Kraft durch Freude

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Emblème des KdF
Jeunes filles de la KdF en 1933
Les ruines de Prora, immense complexe balnéaire.

Le mouvement appelé Kraft durch Freude (KdF, en français La force par la joie) était une vaste organisation de loisirs contrôlée par l'État nazi ; elle faisait partie du Deutsche Arbeitsfront (DAF, Front allemand du travail) qui s'était substitué aux syndicats, dissous le 1er mai 1933.

Un lien fort avec le Front du Travail[modifier | modifier le code]

Le président du DAF, Robert Ley, avait découvert cette forme d'encadrement des activités dans l'Italie fasciste de Mussolini (Dopolavoro, « après le travail ») et l'avait proposée à Adolf Hitler.

Le 27 novembre 1933, le ministre du Reich du Travail créait l'organisation Kraft durch Freude.

Cette organisation prend rapidement une forme imposante: subventionnée par le Front du Travail (auquel appartient l'ensemble des salariés du Reich), elle hérite des biens et réseaux de loisirs des organisations socialistes, et peut ainsi proposer, pour un prix modique, de nombreuses distractions sportives et culturelles à la population, réservées jusqu'alors à une élite[1].

Réalisations[modifier | modifier le code]

Organisation de masse, le KdF est alors en mesure de subventionner les loisirs de ses membres parfois à hauteur de 75 %, ce qui crée alors dans les régions touristiques du Reich, un essor économique important[1] et un afflux de touristes dans certains pays amis ou en passe de le devenir, esquissant ainsi les contours de l'influence allemande en Europe et en Afrique[2].

Ainsi, de grands navires comme le Wilhelm Gustloff seront construits spécialement pour les croisières organisées par la KdF. L'organisation dispose alors de nombreux paquebots, qui contrairement aux usages de l'époque, ne proposent pas une hiérarchisation des cabines en classes[3]. Lors des croisières, l'estivant est invité à participer à la collectivité des passagers, et par delà, à la collectivité nationale, par son attitude, son respect des consignes, son engagement dans les activités proposées[3]… En janvier et février 1945, ces paquebots, appuyés par des unités de la Kriegsmarine, participent à l'évacuation des civils des poches de Prusse Orientale et de Poméranie envahie par les troupes soviétiques[4].

La KdF met également en place la production d'une voiture bon marché, la KdF-Wagen, ancêtre de la Volkswagen Coccinelle (voir Ferdinand Porsche). Une nouvelle ville, baptisée KdF-Stadt, est construite à côté du village de Wolfsbourg près de Hanovre pour y abriter usines et ouvriers. Le KdF organise un système d'épargne spécial pour permettre aux simples ouvriers de s'offrir le luxe d'une voiture. Toutefois, à cause de la Seconde Guerre mondiale, ces réalisations seront peu nombreuses, et les usines et KdF se concentreront sur les efforts de guerre.

Envers du décor[modifier | modifier le code]

Comme toutes les organisations nazies, le KdF montre ses limites, par son impopularité et par le dévoiement des objectifs assignés au départ. Ces limites génèrent des fissures dans la propagande mise en avant par le régime, et dès avant le déclenchement du conflit, un désaffection de la population pour cette organisation nazie.

Cependant, assez rapidement, l'envers du décor montre une organisation impopulaire, tant auprès des professionnels du tourisme que des usagers, les uns à cause de l'obligation de casser les prix, les autres à cause du décalage entre la propagande et la réalité[5]. De plus, surveillés par des agents de la Gestapo, les croisières montrent une image dégradée de l'idéal nazi : les fonctionnaires du parti et les membres des classes moyennes fournissent le gros des vacanciers, loin devant les ouvriers, au sein desquelles les jeunes femmes célibataires, dont le comportement est jugé amoral par la Gestapo, sont surreprésentées ; de plus, les comportements des passagers les uns par rapport aux autres sont facteurs de tensions et de désillusions, et les conférences idéologiques ne s'avèrent d'aucune efficacité[6].

Discréditée dès avant la guerre, la Force par la Joie semble n'avoir rempli aucun des objectifs que ses concepteurs nationaux-socialistes lui ont allouée : elle est perçue comme une agence de voyages et non comme un élément constitutif de la communauté nationale. Elle est d'ailleurs qualifiée de Bordel de Bonzes, Bonzenbordell, par la Gestapo[7].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Evans 2009, vol. II, p. 526.
  2. Evans 2009, vol. II, p. 527.
  3. a et b Evans 2009, vol. II, p. 528.
  4. Masson 1994, p. 457.
  5. Evans 2009, vol. II, p. 529..
  6. Evans 2009, vol. II, p. 531-532..
  7. Evans 2009, vol. II, p. 533..