Frank Lucas

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Frank Lucas en janvier 1975

Frank Lucas, né le 9 septembre 1930 à La Grange (en) (Caroline du Nord), est un ancien dealeur d'héroïne et le chef d'une organisation criminelle basée à Harlem de la fin des années 1960 jusqu'au milieu des années 1970[1]. Il connut une nouvelle notoriété en 2008 avec la sortie du film American Gangster de Ridley Scott inspiré de sa vie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Lucas est né à La Grange, en Caroline du Nord et grandit à Greensboro, dans le même état. Il clame que l'incident qui motiva sa vie criminelle fut d'être témoin de l'assassinat de son cousin, âgé de 12 ans, par le Ku Klux Klan, pour, apparemment, avoir « maté » une femme blanche à Greensboro. Sa vie dévia dans le crime jusqu'à ce qu'une bagarre éclate avec un ancien employé. Sur le conseil de sa mère, il s'en alla vivre à New York. Sa relation avec Bumpy Johnson était, toutefois, douteuse. Lucas clama avoir été son chauffeur pendant 15 ans bien que Johnson passât 5 ans en prison avant sa mort en 1968. Et selon la veuve de Johnson, la plupart des histoires de Johnson appartiennent à un autre jeune arnaqueur nommé Zach Walker qui vivait avec Bumpy et sa famille, et qui plus tard le trahit.

Carrière criminelle[modifier | modifier le code]

La guerre du Viêt Nam est déclarée en 1964, Lucas découvrit à la télévision que 80 % des GIs étaient devenus accros à l'héroïne vendue à très bas prix sur place.

Dans un bar de Harlem, le Jack's Bar Star, refuge des soldats noirs de retours des combats, il rencontre un ancien sergent Leslie "Ike" Atkinson. C'est un garçon de la campagne, de Goldsboro, en Caroline du Nord. Il se trouve qu'il était marié avec une cousine de Lucas. Atkinson et Lucas décidèrent ensemble de se lancer dans le trafic de drogue. Pour supprimer les intermédiaires dans le trafic de stupéfiants, ils achetèrent l'héroïne directement à la source dans le Triangle d'or en Thaïlande. Ils organisèrent le transport d'héroïne depuis le Viêt Nam jusqu'aux États-Unis en faisant aménager des doubles fonds dans des cercueils qui rapatriaient les corps de soldats américains décédés. Mais La Drug Enforcement Administration opta plutôt pour le fait que la drogue était envoyée dans des meubles.

Dans les années 1970, l'héroïne qui circulait dans les rues de New-York avait en moyenne une pureté de 1 %. Celle que faisait importer Lucas était pure de 98 % à 100 %, avant d'être coupée pour être vendue pure à 3 %, soit encore plus de trois fois plus forte que la meilleure héroïne en circulation. Elle engendra une véritable épidémie d'overdoses du Maine à la Floride. C'est à la suite de ces décès que le gouvernement décida de mettre en place des unités de lutte contre la drogue à Boston, à New York, dans le New Jersey, à Washington, à Philadelphie et à Miami.

Ami des stars de son temps, il affirmera plus tard avoir rencontré Howard Hugues dans un club sélect de Harlem. Lucas déclara gagner 1 million de dollars par jour. Pour vendre sa marchandise, il faisait bloquer la 116e rue de Harlem de 14 h à 17 h. Il nomma son héroïne "Blue Magic". Ayant l'esprit d'entreprise, il voulait développer son produit comme une marque. Lucas estimait avoir gagné à peu près 250 millions $, la plupart de cet argent étant sur des comptes aux îles Caïmans. Lucas déclara lors de l'une de ses interviews « Je voulais être aussi riche que Donald Trump et avec l'aide de Dieu, je l'ai fait ». Il ajoute qu'avec un kilogramme de drogue, il arrivait à gagner jusqu'à 300 000 $.

Il a voulu tuer l'un de ses frères, "Shorty", qui l'avait trahi mais comme un de ses autres frères était mort, il renonça pour que sa mère n'enterre pas deux fils le même jour.

Richie Roberts, un ancien Marine, inspecteur fédéral et juriste du New Jersey, traqua Lucas et son organisation. Son enquête le mena à son arrestation

Arrestation en 1975 et condamnation[modifier | modifier le code]

En janvier 1975, sa maison à Teaneck dans le New Jersey fut investie par des policiers de la DEA et du bureau du contrôle du crime organisé de la police de New York. Dans la maison, les policiers trouvèrent 584 683 $. Il fut plus tard accusé de violations des lois fédérales et de lois de l'État du New Jersey sur les stupéfiants. Tous ses actifs furent saisis, ses propriétés de Chicago, Détroit, Miami, Caroline du Nord, Porto Rico le furent aussi.

En janvier 1976, il est condamné par un tribunal fédéral à 40 ans de prison, auxquels viennent s'ajouter, dix mois plus tard, 30 ans de prison infligés par un tribunal de l'État du New Jersey. Pour bénéficier d'une réduction de peine, Frank Lucas accepte de coopérer avec la justice américaine et fournit son témoignage permettant de condamner des policiers corrompus et d'autres caïds. Pour sa sécurité, lui et sa famille furent placés sous le programme de protection des témoins en 1977.

Nouvelle arrestation en 1984[modifier | modifier le code]

En 1981, du fait de sa coopération, il bénéficia d'une réduction de peine et d'une libération conditionnelle et sortit après cinq ans de prison. Mais en 1984, il est de nouveau arrêté pour avoir essayé d'échanger une once d'héroïne plus 13 000 $ contre 1 kilogramme de cocaïne. Il est alors défendu par son ancien accusateur Richie Roberts devenu entretemps avocat au pénal. Il est emprisonné pendant 7 ans et sort en 1991. Il décide alors de se ranger du monde du banditisme, et déclare : « Je ne veux pas être glorifié. »

En 2005, il est victime d'un accident sur la voie publique dont les séquelles le condamnent au fauteuil roulant.

Dans un étrange retournement de situation, il est devenu un ami proche de Richie Roberts.

Famille[modifier | modifier le code]

Marié avec Julie, d'origine portoricaine (mais qui n'est pas Miss Puerto Rico comme dans le film American Gangster), il aura sept enfants. Lucas reçut un manteau à 125 000 $ et un chapeau à 40 000 $, offerts par sa femme, ce qui lui causera certains problèmes, entre autres l'intérêt soudain des policiers à son égard[2]. À sa libération, elle vécut séparée de Lucas, mais ils se réconcilièrent en 2006, étant mariés pendant plus de 40 ans. La femme a été condamnée à 5 ans de prison à l'âge de 65 ans, en mai 2010, pour la tentative de vente de 2 kg de cocaïne. Un de ses fils officiant dans le hip-hop, a créé la marque "Franck Lucas Band"[3].

Culture populaire[modifier | modifier le code]

  • Une série documentaire American Gangster de 2006 diffusée sur BET (narrateur Ving Rhames).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. U.S. Jury Convicts Heroin Informant, The New York Times, 25 aout 1984.
  2. Janelle Oswald (9 décembre 2007). The Real American Gangster, www.voice-online.co.uk
  3. Kevin Clark (6 novembre 2007). Frank Lucas, Jr.: Son Of An American Gangster. hiphopdx.com. Retrieved on 2008-02-24.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien interne[modifier | modifier le code]