Madeleine Lemaire

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Détail du portrait de Madeleine Lemaire par Paul Nadar[1] (1891)

Madeleine Lemaire, née Jeanne Magdelaine Colle, est un peintre et aquarelliste français de genre académique née le 24 mai 1845[2] aux Arcs et morte à Paris le 8 avril 1928.

Biographie[modifier | modifier le code]

Elle épouse Casimir Louis Philippe Lemaire, employé à l’Hôtel de Ville, le 10 mai 1865 à Paris 8ème[3].

Madeleine Lemaire est l'élève de Madame Jeanne Mathilde Herbelin[4] et de Charles Chaplin. Elle se spécialise dans les scènes de genre (parfois dans le goût du XVIIIe siècle) et mondaines et surtout dans les natures mortes et les fleurs. Elle fait son entrée au salon de Paris en 1864, où elle expose tout au long de sa vie, y recevant des prix en 1877 et en 1900. Elle expose également à la société des aquarellistes à partir de 1879. Madeleine Lemaire illustre aussi des livres, comme Les Plaisirs et les jours de Marcel Proust, ou L'Abbé Constantin de Ludovic Halévy, ou encore les poèmes de Robert de Montesquiou.

Un chanson de Gibert dans le salon de Madame Madeleine Lemaire, tableau de Jeanniot (1891, Musée d'Art et d'Industrie de Roubaix)

Chaque mardi, d’avril à juin, Madeleine Lemaire reçoit le Tout-Paris[5] dans son hôtel particulier du n° 31, rue de Monceau, dans ce qu'André Germain appelle « de chaudes tueries. » Son jardin est planté de lilas. Elle reçoit aussi bien l’aristocratie du faubourg Saint-Germain (les La Rochefoucauld, Luynes, Uzès, Haussonville, Chevigné, Greffulhe, la comtesse de Pourtalès, Boni de Castellane, la marquise de Casa Fuerte[6], la duchesse Grazioli, les Brissac, etc.) que de jeunes artistes et des célébrités de la scène ou de la politique. Comme Mme Verdurin, dont elle est l'un des modèles, elle a des arrêts définitifs du genre : « Je ne veux pas de ça chez moi ! » (Ghislain de Diesbach)

Son atelier transformé en salon accueille des personnalités aussi diverses que de jeunes talents qu'elle lance comme Marcel Proust (qui est invité à partir de 1892[7] et décrit son salon pour les lecteurs du Figaro) et Reynaldo Hahn[8] ou des artistes au sommet de leur gloire, comme Victorien Sardou, Guy de Maupassant, Paul Bourget, Mounet-Sully, Sarah Bernhardt ou François Coppée. Des cantatrices viennent y donner des récitals privés comme Emma Calvé, Gabrielle Krauss ou Marie Van Zandt, car, comme chez Madame de Saint-Marceau, la musique est à l'honneur chez Madeleine Lemaire contrairement au salon de Madame Arman de Caillavet. Elle y invite par exemple Camille Saint-Saëns[9] ou Jules Massenet. Des comédiens que les salons parisiens se disputent viennent obligatoirement à ses réceptions, ainsi de Lucien Guitry, Réjane[10], Tony, dit Marshall le grand, ou des auteurs à la mode comme Henri Rochefort, Robert de Flers, Francis de Croisset, Georges de Porto-Riche, le jeune Gaston Arman de Caillavet, le poète Robert de Montesquiou[11] dont elle est proche. Madeleine Lemaire invite aussi bien la grande-duchesse Wladimir, la duchesse douairière d’Uzès[12] que Marie Diémer, le chanteur Félix Mayol que Coquelin aîné, le journaliste Gaston Calmette qu'Anatole France. La politique est représentée par Raymond Poincaré, Paul Deschanel, ou Émile Loubet, et la peinture par Jean-Louis Forain, Jean Béraud (dont certaines scènes rappellent celles d'Elstir dans l'œuvre de Proust[13]) ou Puvis de Chavannes, les portraitistes mondains Antonio de La Gandara et Raimundo de Madrazo, le peintre pompier Édouard Detaille, etc. Des généraux, comme le général Brugère, peuvent y croiser l'ambassadeur de Russie, ou bien celui d'Allemagne ou celui du royaume d'Italie.

Phoebé, toile présentée au salon de Paris en 1896

André Germain, qui fut son invité, l'appelle « la massacreuse de roses[14], » et la trouvait « laide, disgracieuse et autoritaire. » Il décrit ses réceptions de ces mots : « On étouffait chez elle, dans des soirées pénibles, avec de longs intermèdes musicaux[14]. »

Le 9 juin 1903, elle donne un bal costumé dont le thème est « Athènes au temps de Périclès »[15]. Les invités aristocratiques s'y pressent (sauf Montesquiou qui se méfiait de la désacralisation qu'une telle soirée infligeait au Parnasse des poètes et des philosophes) en faisant des entrées théâtrales. Proust y assiste caché dans un coin, en habit et en pelisse, ayant refusé de se déguiser[16].

L’été, Madeleine Lemaire déplace ses invités et les installe dans son château de Réveillon (qui rappelle La Raspelière de la Recherche), dans la Marne, ou dans sa villa dieppoise au 32, rue Aguado, où elle invite notamment Proust et Reynaldo Hahn.

Elle est en 1900 le professeur de l’aquarelliste Blanche Odin. Marie Laurencin fait également partie de ses élèves[17].

Peintre – fort oubliée – spécialisée dans les fleurs, Alexandre Dumas fils, dont elle a été la maîtresse[18] a dit d’elle : « C'est elle qui a créé le plus de roses après Dieu ». On la surnommait après Robert de Montesquiou « l’impératrice des roses[19]. » Elle exposait en particulier à la galerie Georges Petit[20].

Elle a reçu la Légion d'honneur en 1906.

Albert Besnard exécuta son portrait.

Une trentaine de ses œuvres - pastels, huiles et aquarelles - ont été présentées en avril-juin 2010 au Musée Marmottan-Monet, à Paris, dans le cadre d’une exposition consacrée aux femmes peintres au temps de Marcel Proust. Les musées de Dieppe, de Mulhouse et de Toulouse possèdent quelques-unes de ses œuvres, et le musée du Louvre possède une aquarelle (Valet de chambre portant une lettre) et un Bouquet de l'ancienne collection Le Masle.

Sa fille, Suzette Lemaire, fut également peintre. Elle vendit le petit hôtel particulier de sa mère à sa mort et s'installa au château de Réveillon[21].

Œuvres[modifier | modifier le code]

(liste non exhaustive)

= Dessins, aquarelles[modifier | modifier le code]

  • s.d. - Anémones à la corbeille d'argent , aquarelle sur papier, Sbd,dim; 17,8 x 25,8cm (vente Deburaux, Barbizon, le 3 juin 2007, lot n°189, p.89 du catalogue : " l'école de Barbizon")
  • s.d. - Jetée de roses , aquarelle sur papier, dim; 38 x 60,2cm, (vente Deburaux, Barbizon, le 3 juin 2007, lot n°190, p.89 du catalogue : " l'école de Barbizon")

Peintures[modifier | modifier le code]

  • Le Chariot des fées, huile sur toile, exposée au Fine Arts Palace (1893) et au musée Marmottan (2010)
  • Les Fées, huile sur toile, 1908 (deux personnages)
  • Ophélie, huile sur toile
  • Roses, aquarelle (roses jaunes et roses dans une corbeille sur un tissu bleu)
  • Hortensias bleus (jeté de fleurs sur fond beige)
  • Thé à l'hôtel Deville, huile sur toile, scène mondaine, collection privée
  • La Volupté
  • Allégorie de l'automne, huile sur toile (représentant la jeune duchesse de Gramont, née Ruspoli)
  • L'Attente, aquarelle (scène d'intérieur: jeune femme en rose à la fenêtre)
  • Jeté de roses retenues par un ruban bleu, aquarelle
  • Scène dans un train, aquarelle
  • Fleurs au bord de la rivière, huile sur toile
  • Étude de lilas, de roses et d'une jonquille
  • Un moment musical, huile sur toile (jeune fille en jaune jouant de la guitare)
  • Roses et pivoines dans un vase Médicis
  • Après-midi de broderie, huile sur toile dans le goût XVIIIe siècle, (scène des genre avec six personnages féminins)
  • Dame assise dans un fauteuil Dagobert, huile sur toile

Gravures, lithographies[modifier | modifier le code]

Illustrations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. Anne-Marie Bernard, Le monde de Proust vu par Paul Nadar [Exposition "Le monde de Proust, photographies de Paul Nadar", Paris, 1991], Paris, Ed. du patrimoine, 1999 (1re éd. 1991) (ISBN 2-85822-307-6) (présentation).
  2. Archives départementanles du Var en ligne, acte de naissance 7 E 4/26, vue 33/133, acte 30
  3. Archives de Paris en ligne, acte de mariage V4E 908, vue 4/14, acte 238
  4. (en) Madame Herbelin: a Miniaturist of the Second Empire
  5. André Becq de Fouquières, Mon Paris et mes Parisiens ch. II: « Le quartier Monceau », Paris, éd. Pierre Horay, 1954
  6. Nièce de l'impératrice Eugénie
  7. William Howard Adams, En souvenir de Proust, La Bibliothèque des arts, Paris, 1985, p. 38, traduit de l'anglais par Milena Hrdina
  8. Marcel Proust, qui a vingt-deux ans, fait la connaissance chez Mme Lemaire de Reynaldo Hahn qui en a dix-neuf, lorsque ce dernier vient interpréter au printemps 1894 ses Chansons grises. Ils passent ensuite une partie de l'été 1894 invités par Mme Lemaire au château de Réveillon; in George Painter, op. cité, p. 227
  9. William Howard Adams, op. cité, p. 43: « C'est avec Hahn que Proust entendit pour la première fois la sonate en ré mineur pour violon et piano de Saint-Saëns [modèle de la sonate de Vinteuil], au cours d'une réception chez Mme Lemaire. »
  10. Dont elle fit le portrait
  11. Il vient par exemple réciter ses poésies issues de son recueil Les Chauve-souris au printemps 1892; in Anne de Cossé-Brissac, La Comtesse Greffulhe, Paris, Librairie académique Perrin, 1991, p. 107
  12. (en) The Salon of Mme Madeleine Lemaire d'après l'article du Figaro de Marcel Proust
  13. George Painter, Marcel Proust, tome I, Paris, Mercure de France, 1966, traduction de l'anglais par G. Cattaui et R.-P. Vial
  14. a et b André Germain, op. cité, p. 51
  15. Le carton d'invitation mentionne: « banquet, défilé, bal et costumes strictement de style grec classique »
  16. George Painter, op. cité, p. 399
  17. Bertrand Meyer-Stabley, Marie Laurencin, Paris, éd. Pygmalion, 2011, p. 35
  18. Suzette Lemaire, sa fille, « devait remarquer, bien longtemps après, que Dumas [fils] était le seul des amants de sa mère sur lequel elle n'eût jamais eu de doutes parce qu'elle l'appelait toujours Monsieur »; in George Painter, op. cité, p. 152
  19. André Germain, op. cité, p. 52
  20. Anne de Cossé-Brissac, op. cité, p. 132
  21. André Becq de Fouquières, op. cité, pp. 205-208

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dominique (alias Marcel Proust): Le salon de Mme Madeleine Lemaire. in: Le Figaro du 11 Mai 1903
  • André Germain, Les Clés de Proust, Paris, éditions Sun, 1953
  • Emmanuelle Lévesque, Femmes peintres et salons au temps de Proust, de Madeleine Lemaire à Berthe Morisot, catalogue de l'exposition du Musée Marmottan Monet, éd. Hazan, Paris, 2010, ISBN 2-7541-0454-2
  • Henri Raczymow, Le Paris retrouvé de Marcel Proust, Paris, Parigramme, 2005, pp. 102-107

Voir aussi[modifier | modifier le code]