Luc Boltanski

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Luc Boltanski

Naissance 4 janvier 1940 (74 ans)
Nationalité Drapeau de la France France
Profession Sociologue
Autres activités

Directeur d'études à l'EHESS

Fondateur du Groupe de sociologie politique et morale (GSPM) avec Laurent Thévenot
Distinctions
1er prix Pétrarque de l'essai France Culture / Le Monde (2012)

Luc Boltanski est un sociologue français né le 4 janvier 1940. Il a initié avec Laurent Thévenot un courant pragmatique[1], appelé aussi « économies de la grandeur » ou « sociologie des régimes d'action ». Il est directeur d'études à l'EHESS. En outre, il est le frère de l'artiste plasticien Christian Boltanski et du linguiste Jean-Élie Boltanski.

Biographie[modifier | modifier le code]

Les premières recherches de Luc Boltanski sont menées dans le cadre du Centre de sociologie européenne, dirigé par Raymond Aron puis Pierre Bourdieu. Ses premiers travaux sont orientés par l'influence du cadre théorique bourdieusien. Boltanski est donc dans sa jeunesse inséré dans le « groupe de jeunes que Bourdieu avait réunis autour de lui ».

Au début des années 1970, Boltanski devient maître-assistant à l'École des hautes études en sciences sociales. Il participe à la fondation de la revue Actes de la recherche en sciences sociales. Au milieu des années 1980, Boltanski se désengage des Actes et se désinvestit de l'équipe encadrée par Bourdieu. Cette désunion intellectuelle avec la sociologie bourdieusienne peut se résumer par deux conceptions opposées de la critique sociologique.

Parallèlement à son travail en sciences sociales, Luc Boltanski écrit et publie des ouvrages de poésie et, plus récemment, des pièces de théâtre. Nuits, ouvrage édité à ENS Editions, regroupe les deux pièces La Nuit de Montagnac et La Nuit de Bellelande.

Ses recherches actuelles portent sur le lien entre le roman policier et l'émergence de l'État[2].

Il publie en 2004 un livre intitulé La Condition fœtale, ouvrage qui a ouvert un débat autour de l'usage de la notion de contradiction dans les sciences sociales et de la possibilité d'articuler structuralisme et phénoménologie dans une approche historique, rejoignant ce que de nombreux collègues développent depuis plusieurs années dans des champs aussi différents que la sociologie des sciences, la sociologie des crises ou celle de la construction des problèmes publics.

Boltanski face à Bourdieu : déplacements de la critique[modifier | modifier le code]

Même si Luc Boltanski s'est nourri de l’école de Pierre Bourdieu, il se détache de la sociologie du « dévoilement » (issue de la tradition marxiste), qui enquête sur les « vraies » contraintes pesant sur les agents, pour se pencher davantage sur les éléments communicationnels, relationnels et pratiques qui rendent l'accord possible.

Par contre, voir quels sont les éléments qui rapprochent ou divisent les personnes autour d’un même objet, et l'analyse des processus par lesquels celles-ci arrivent in fine à un accord perçu, reconnu et voulu consciemment comme tel, voilà une des caractéristiques de l'approche de Boltanski. Contrairement à la méthode bourdieusienne, qui accorde une place importante à la trajectoire, la méthode boltanskienne ne s'intéresse pas au passé des acteurs, encore moins à leurs habitudes ou à leurs caractéristiques socioculturelles. Au contraire, chaque acteur possède un « libre arbitre » qui lui permet, lors des épreuves (et de ses mises à l'épreuve), de faire valoir ses arguments et ses « justifications ». Celles-ci s'appuient sur une grammaire spécifique, mais non infinie, suivant les situations. Nous pouvons dès lors dire que ces deux sociologies sont opposées quant aux buts à atteindre par leur démonstration.

Dès lors, la sociologie critique telle que pratiquée par Bourdieu (celle qui dénonce les mécanismes sous-jacents et inconscients de l'exploitation) se confronte à une sociologie de la critique (celle qui analyse les conditions et les conséquences de la critique...). Pour Bourdieu, en quelque sorte, toute dénonciation qui n'est pas de l'ordre de l'analyse sociologique, est une dénonciation aveugle et sourde quant à ses véritables motivations : toute tentative de critique « spontanée » est suspecte. Par contre, pour Boltanski, les personnes sont parfaitement à même de comprendre leurs motivations. En effet, si elles sont « sous le voile », elles en ont conscience. Elles le palpent et se le disputent, si l'on peut dire. Ce sont les conditions de ce jeu qui intéressent Boltanski.

Cependant, ces enjeux intellectuels sont bientôt redoublés et prolongés par des enjeux institutionnels lorsque Boltanski fonde avec Laurent Thévenot le Groupe de sociologie politique et morale (GSPM) en 1984.

Boltanski devient alors l'un des principaux représentants de la sociologie pragmatique française, considérant que l'homme fait la « société » et que les acteurs sont compétents pour prendre position, juger, dénoncer, critiquer, en rendre compte... Cette sociologie s'oppose alors à une sociologie critique surplombante (selon laquelle seul la connaissance savante pourrait être critique, les connaissances ordinaires étaient plongées dans des illusions), telle qu'elle a pu être tendanciellement active chez Bourdieu. Avec Thévenot, il écrit De la justification (1991), ouvrage qui prolonge « La dénonciation » (Actes de la recherche en sciences sociales, 51, mars 1984, avec Y. Darré et M.-A. Schiltz), puisqu'il y montre qu'il existe non pas une seule façon d'être « grand » dans le monde social (comme dans l'article « La dénonciation », à savoir par un travail de dé-singularisation), mais bien différents moyens de devenir grand (des « économies de la grandeur »).

La rencontre de Boltanski avec Ève Chiapello et leur collaboration pour Le Nouvel esprit du capitalisme (1999) a permis au sociologue d'élargir le cercle autour de la sociologie de « l'économie des grandeurs ». En effet, Le nouvel esprit du capitalisme apparaît comme une configuration illustrative, à portée générale et pratique, de la typologie des cités. L'écho qu’a eu ce livre dans les médias, notamment dans le champ des gestionnaires eux-mêmes, tend à prouver l’importance de sa portée. C'est aussi un premier passage de la sociologie pragmatique vers une sociologie critique renouvelée, dans ce cas une critique du capitalisme. La notion de capitalisme n'étant presque plus employée, dans les années 1980 et 1990, au sein des sciences sociales en France, c'est la publication du Nouvel esprit du capitalisme qui a constitué le point de départ d'une nouvelle vigueur critique vis-à-vis de cette configuration socio-historique.

Luc Boltanski a, dans le sillage du Nouvel esprit du capitalisme, radicalisé son positionnement critique, en s'efforçant de dessiner un espace en sciences sociales associant sociologie pragmatique (qu'il a notamment initié avec Laurent Thévenot) et sociologie critique (de Marx à Bourdieu, en passant par l'École de Francfort) dans la perspective d'une nouvelle théorie critique radicale originale associée à la notion d'émancipation. C'est la publication en 2009 de l'ouvrage De la critique. Précis de sociologie de l'émancipation. D'autres chercheurs issus de la sociologie pragmatique ont emprunté une réorientation critique convergente vers une critique pragmatiste, tels que Philippe Corcuff (qui a collaboré avec Luc Boltanski au sein du Groupe de Sociologie Politique et morale) dans Où est passée la critique sociale? (2012).

Publications[modifier | modifier le code]

  • Pierre Bourdieu (dir.), Robert Castel (dir.), Luc Boltanski et Jean-Claude Chamboredon (préf. Philippe de Vendeuvre), Un Art moyen : Essai sur les usages sociaux de la photographie, Paris, Minuit, coll. « Le Sens commun »,‎ 1965, 368 p. (ISBN 2-7073-0029-2 et 978-2-7073-0029-4, OCLC 1711836, notice BnF no FRBNF37393949, résumé)
  • Luc Boltanski, Le Bonheur suisse : d'après une enquête réalisée par Isac Chiva, Ariane Deluz, Nathalie Stern, Paris, Minuit, coll. « Le Sens commun »,‎ 1966, 212 p. (OCLC 301678270, notice BnF no FRBNF32927933)
  • Prime éducation et morale de classe, Paris, EHESS, 1969
  • Les cadres. La formation d'un groupe social, Paris, éditions de Minuit, 1982
  • avec Laurent Thévenot (dir.), Justesse et justice dans le travail, Cahiers du Centre d'etudes de l'emploi, Paris, PUF, no 33, 1989
  • L'Amour et la justice comme compétences. Trois essais de sociologie de l'action, Paris, Métaillé, 1990
  • De la justification. Les économies de la grandeur avec Laurent Thévenot, Paris, Gallimard, 1991
  • La souffrance à distance. Morale humanitaire, médias et politique, Paris, Métailié, 1993 ; 2e éd. nouvelle postface et un nouveau chapitre: "La Presence Des Absents"), Gallimard, "Folio essais", Paris, 2007
  • Le Nouvel Esprit du capitalisme avec Ève Chiapello, Paris, Gallimard, "NRF essais", 1999
  • La Condition fœtale. Une sociologie de l'avortement et de l'engendrement, Gallimard, "NRF essais", 2004
  • Affaires, scandales et grandes causes. De Socrate à Pinochet avec Élisabeth Claverie, Nicolas Offenstadt et Stéphane Van Damme (éds), Paris, Stock, 2007
  • La Production de l'idéologie dominante avec Pierre Bourdieu, Paris, Demopolis, 2008 (réédition d'un article publié en 1976 dans la revue Actes de la recherche en sciences sociales)
  • Rendre la réalité inacceptable, Paris, Demopolis, 2008
  • De la critique. Précis de sociologie de l'émancipation, Paris, Gallimard, "NRF essais", 2009
  • "Un individualisme sans liberté ? Vers une approche pragmatique de la domination", en collaboration avec Philippe Corcuff, in P. Corcuff, C. Le Bart et F. de Singly (éds.), L’individu aujourd’hui. Débats sociologiques et contrepoints philosophiques, Rennes, Presses, Universitaires de Rennes, "Res Publica", p. 339-348
  • Énigmes et complots : Une enquête à propos d'enquêtes, Paris, Gallimard, "NRF essais", 2012
  • Vers l'extrême. Extension des domaines de la droite avec Arnaud Esquerre, éditions Dehors, 2014, 76 pages

Poésie - Littérature[modifier | modifier le code]

  • Poème, Paris, Éditions Arfuyen, 1993
  • À l’instant, Paris, Éditions Melville/Léo Scheer, 2003
  • Les Limbes (Cantate), Paris, Éditions MF, 2006
  • Déluge (Opéra parlé), Seyssel, France, Champ Vallon, 2009
  • Lieder, Paris, Éditions MF, 2009
  • 61 adresses 9 destinataires, Paris, Éditions MF, 2012

Filmographie[modifier | modifier le code]

Prix et distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]