Luc Boltanski

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Luc Boltanski

Naissance 1940
Nationalité Drapeau de la France France
Profession Sociologue
Autres activités

Directeur d'études à l'EHESS

Fondateur du Groupe de sociologie politique et morale (GSPM) avec Laurent Thévenot
Distinctions
1er prix Pétrarque de l'essai France Culture / Le Monde[1] (2012)

Luc Boltanski est un sociologue français né en 1940. Initiateur avec Laurent Thévenot du courant pragmatique[2], il est directeur d'études à l'EHESS. En outre, il est le frère de l'artiste plasticien Christian Boltanski et du linguiste Jean-Élie Boltanski.

Biographie[modifier | modifier le code]

Les premières recherches de Luc Boltanski sont menées dans le cadre du Centre de sociologie européenne, dirigé par Raymond Aron puis Pierre Bourdieu. Ses premiers travaux sont orientés par l'influence du cadre théorique bourdieusien. Boltanski est donc dans sa jeunesse inséré dans le « groupe de jeunes que Bourdieu avait réunis autour de lui ».

Au début des années 1970, Boltanski devient maître-assistant à l'École des hautes études en sciences sociales. Il participe à la fondation de la revue Actes de la recherche en sciences sociales. Au milieu des années 1980, Boltanski se désengage des Actes et se désinvestit de l'équipe encadrée par Bourdieu. Cette désunion intellectuelle avec la sociologie bourdieusienne peut se résumer par deux conceptions opposées de la critique sociologique.

Parallèlement à son travail en sciences sociales, Luc Boltanski écrit et publie des ouvrages de poésie et, plus récemment, des pièces de théâtre. Nuits, ouvrage édité à ENS Editions, regroupe les deux pièces La Nuit de Montagnac et La Nuit de Bellelande.

Ses recherches actuelles portent sur le lien entre le roman policier et l'émergence de l'État[3].

Boltanski et Bourdieu : deux conceptions de la critique[modifier | modifier le code]

Même si Luc Boltanski s'est nourri de l’école de Pierre Bourdieu, il se détache de la sociologie du « dévoilement » (issue de la tradition marxiste), qui enquête sur les « vraies » contraintes pesant sur les agents, pour se pencher davantage sur les éléments communicationnels, relationnels et pratiques qui rendent l'accord possible.

Par contre, voir quels sont les éléments qui rapprochent ou divisent les personnes autour d’un même objet, et l'analyse des processus par lesquels celles-ci arrivent in fine à un accord perçu, reconnu et voulu consciemment comme tel, voilà une des caractéristiques de l'approche de Boltanski. Contrairement à la méthode bourdieusienne, qui accorde une place importante à la trajectoire, la méthode boltanskienne ne s'intéresse pas au passé des acteurs, encore moins à leurs habitudes ou à leurs caractéristiques socioculturelles. Au contraire, chaque acteur possède un « libre arbitre » qui lui permet, lors des épreuves (et de ses mises à l'épreuve), de faire valoir ses arguments et ses « justifications ». Celles-ci s'appuient sur une grammaire spécifique, mais non infinie, suivant les situations. Nous pouvons dès lors dire que ces deux sociologies sont opposées quant aux buts à atteindre par leur démonstration.

Dès lors, la sociologie critique telle que pratiquée par Bourdieu (celle qui dénonce les mécanismes sous-jacents et inconscients de l'exploitation) se confronte à une sociologie de la critique (celle qui analyse les conditions et les conséquences de la critique...). Pour Bourdieu, en quelque sorte, toute dénonciation qui n'est pas de l'ordre de l'analyse sociologique, est une dénonciation aveugle et sourde quant à ses véritables motivations : toute tentative de critique « spontanée » est suspecte. Par contre, pour Boltanski, les personnes sont parfaitement à même de comprendre leurs motivations. En effet, si elles sont « sous le voile », elles en ont conscience. Elles le palpent et se le disputent, si l'on peut dire. Ce sont les conditions de ce jeu qui intéressent Boltanski.

Cependant, ces enjeux intellectuels sont bientôt redoublés et prolongés par des enjeux institutionnels lorsque Boltanski fonde avec Laurent Thévenot le Groupe de sociologie politique et morale (GSPM) en 1984.

Boltanski devient alors l'un des principaux représentants de la sociologie pragmatique française, considérant que l'homme fait la « société » et que les acteurs sont compétents pour prendre position, juger, dénoncer, critiquer, en rendre compte... Cette sociologie s'oppose à la sociologie critique (seul le sens savant peut être critique et c'est la société qui fait l'homme[réf. nécessaire] représentée entre autres par Bourdieu. Avec Thévenot, il écrit De la justification (1991), ouvrage qui prolonge « La dénonciation » (Actes de la recherche en sciences sociales, 51, mars 1984, avec Y. Darré et M.-A. Schiltz) puisqu'il montre qu'il existe non pas, comme il l'explique dans l'article « La dénonciation », une seule façon d'être « grand » dans le monde social, à savoir : par un travail de dé-singularisation, mais bien différents moyens de devenir grand (« échelles de grandeur »).

La rencontre de Boltanski avec Ève Chiapello et leur collaboration pour Le Nouvel esprit du capitalisme (1999) a permis au sociologue d'élargir le cercle autour de la sociologie de « l'économie des grandeurs ». En effet, Le nouvel esprit du capitalisme apparaît comme une configuration illustrative, à portée générale et pratique, de la typologie des cités. L'écho qu’a eu ce livre dans les médias, notamment dans le champ des gestionnaires eux-mêmes, tend à prouver l’importance de sa portée.

Il publie en 2004 un livre intitulé La condition fœtale, ouvrage qui a ouvert un débat autour de l'usage de la notion de contradiction dans les sciences sociales et de la possibilité d'articuler structuralisme et phénoménologie dans une approche historique, rejoignant ce que de nombreux collègues développent depuis plusieurs années dans des champs aussi différents que la sociologie des sciences, la sociologie des crises ou celle de la construction des problèmes publics.

Publications principales[modifier | modifier le code]

  • Pierre Bourdieu (dir.), Robert Castel (dir.), Luc Boltanski et Jean-Claude Chamboredon (préf. Philippe de Vendeuvre), Un art moyen : Essai sur les usages sociaux de la photographie, Paris, Minuit, coll. « Le sens commun »,‎ 1965, 368 p. (ISBN 2-7073-0029-2 et 978-2-7073-0029-4, OCLC 1711836, notice BnF no FRBNF373939498, présentation en ligne)
  • Luc Boltanski, Le Bonheur suisse : d'après une enquête réalisée par Isac Chiva, Ariane Deluz, Nathalie Stern, Paris, Minuit, coll. « Le sens commun »,‎ 1966, 212 p. (OCLC 301678270, notice BnF no FRBNF32927933r)
  • Prime éducation et morale de classe, Paris, EHESS, 1969.
  • Les cadres. La formation d'un groupe social, Paris, Éditions de Minuit, 1982.
  • avec Laurent Thévenot (dir.), Justesse et justice dans le travail, Cahiers du Centre d'etudes de l'emploi, Paris, PUF, no 33, 1989.
  • L'Amour et la justice comme compétences. Trois essais de sociologie de l'action, Paris, Métaillé, 1990.
  • avec Laurent Thévenot, De la justification. Les économies de la grandeur, Paris, Gallimard, 1991.
  • La souffrance à distance. Morale humanitaire, médias et politique, Paris, Métailié, 1993 ; 2e éd. nouvelle postface et un nouveau chapitre: « La Presence Des Absents »), Gallimard, « Folio essais », Paris, 2007.
  • avec Ève Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, 1999.
  • La Condition foetale. Une sociologie de l'avortement et de l'engendrement, Gallimard, « Essai », 2004.
  • avec Élisabeth Claverie, Nicolas Offenstadt et Stéphane Van Damme (éds) Affaires, scandales et grandes causes. De Socrate à Pinochet, Paris, Stock, 2007.
  • avec Pierre Bourdieu, La Production de l'idéologie dominante, Paris, Demopolis, 2008.
  • Rendre la réalité inacceptable, Paris, Demopolis, 2008.
  • De la critique. Précis de sociologie de l'émancipation, Paris, Gallimard, « NRF essais », 2009.
  • Énigmes et complots : Une enquête à propos d'enquêtes, Paris, Gallimard, « NRF essais », 2012.

Poésie - Littérature[modifier | modifier le code]

  • Poème, Paris, Éditions Arfuyen, 1993
  • À l’instant, Paris, Éditions Melville/Léo Scheer, 2003
  • Les Limbes (Cantate), Paris, Éditions MF, 2006
  • Déluge (Opéra parlé), Seyssel, France, Champ Vallon, 2009
  • Lieder, Paris, Éditions MF, 2009
  • 61 adresses 9 destinataires, Paris, Éditions MF, 2012

Filmographie[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Grand entretien avec Luc Boltanski, 1e Prix Pétrarque de l'essai France Culture / Le Monde », Du Grain à moudre, sur www.franceculture.fr, France Culture,‎ 28 juin 2012.
  2. http://www.scienceshumaines.com/introduction-a-la-sociologie-pragmatique-vers-un-nouveau-style-sociologique_fr_15555.html
  3. Cf. « Une étude en noir », Tracés, n°20 et Enigmes et complots : Une enquête à propos d'enquêtes, Gallimard, 2011.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Igor Martinache, « Boltanski Luc, De la critique. Précis de sociologie de l’émancipation », Sociologie, n°1, vol. 1, 2010. [lire en ligne]
  • Juliette Rennes, Simon Susen, « La fragilité de la réalité, Entretien avec Luc Boltanski », Mouvements, n°64, 2010, p. 149-164.
  • Damien de Blic, « La cause de la critique. La sociologie politique et morale de Luc Boltanski », Raisons politiques, no 3, p. 157-181.
  • Mohammed Nachi, Introduction à la sociologie pragmatique. Vers un nouveau « style » sociologique ?, Paris, A. Colin. (Coll. « Cursus »), 2006.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]