Robert E. Park

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Robert Ezra Park, né le 14 février 1864 dans le comté de Luzerne en Pennsylvanie et décédé le 7 février 1944 à Nashville au Tennessee, est un sociologue américain, à l'origine de la première École de Chicago. Il a notamment exercé le journalisme avant d’être engagé par William I. Thomas à l’Université de Chicago.

Années de formation[modifier | modifier le code]

Fils d'un soldat de l'Union devenu ensuite épicier et d'une maîtresse d'école, Park commence sa vie professionnelle en étant journaliste dans plusieurs villes des États-Unis. Il étudie de 1898 à 1899 la psychologie et la philosophie à l'université Harvard, dernière discipline où il suit les cours de William James. Après avoir obtenu son diplôme, il part étudier en Europe durant quatre années. Il s'inscrit en sociologie à Berlin (Georg Simmel est un de ses professeurs), puis part étudier pendant un semestre à l'université de Strasbourg (alors ville allemande) avant de présenter un doctorat de psychologie et de philosophie à l'université de Heidelberg en 1903 (sous la direction de Wilhelm Windelband).

Passionné par le phénomène du développement des villes, Park utilise toutes les ressources d'une discipline renouvelée dans ses pratiques pour en comprendre les règles.

Une nouvelle méthode de recherche[modifier | modifier le code]

Park invente une nouvelle méthodologie des sciences sociales. Il conçoit l’apprentissage de la sociologie selon deux étapes : découverte du monde extérieur — il insiste sur cette première étape en invitant ses étudiants à sortir des bibliothèques pour travailler sur « des données de première main » — puis analyse de ce dernier. Il s'agit pour ces chercheurs en devenir de s'éloigner du milieu d'origine où ils ont vécu jusque-là, souvent exclusivement familial, et à prendre conscience de la diversité, parfois de l’étrangeté, des modes de vie et des comportements sociaux étudiés.

Park a relevé deux défis. Il met fin au conflit qui oppose alors les sociologues universitaires des praticiens du terrain. Les premiers revendiquent un statut pour leur science qui l'éloigne de la réalité et renforce son objectivité. Les seconds, préoccupés d’aide sociale, affirment la nécessité d'enquêtes empiriques sur le terrain. La justification de ces études, défendues par la classe dirigeante, trouve sa source dans la volonté d’éviter les conflits sociaux et de mieux gérer le mouvement d’immigration. Au delà, Park rend l’enquête sociale plus scientifique dans sa forme en créant une « écologie urbaine » dont le cadre conceptuel offre une meilleure structure aux enquêtes de terrain.

Une théorie spatiale : The city[modifier | modifier le code]

Mettant en œuvre ses préceptes, Park publie en 1925 la synthèse de ses recherches urbaines menées avec Ernest Burgess dans The City. Les deux chercheurs considèrent la ville comme un "laboratoire de recherche sur le comportement collectif". Elle est une sorte d'organisme vivant dont les espaces se différencient selon l'intensité des luttes entre les groupes qui y habitent et en fonction de la vigueur de la socialisation des individus déracinés qui s'y établissent.

Soumise à ces forces contradictoires, la ville devient une mosaïque de milieux et de micro-sociétés en perpétuel ajustement. Park définit ainsi pour Chicago, qui double sa population de 1900 à 1930, différentes zones concentriques à partir du centre, le "Loop", zones individualisées par la position sociale de la population qui l'habite. Celle-ci évolue dans le temps au fur et à mesure de l'intégration des immigrants à la société américaine (on passe du "hobohemia" réservé aux marginaux aux zones résidentielles après un passage aux zones médianes propres aux classes moyennes en quelques générations). Cette évolution se traduit par des translations à l'intérieur de l'espace urbanisé et peut donc être cartographiée.

Ce modèle, repris par Burgess[1], Hoyt[2], Ullman[3]se vérifie pour les États-Unis mais parait plus inadapté aux situations européennes où la ségrégation est moins concentrique que symétrique (à l'image de l'est et l'ouest de Paris et de sa banlieue).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Une traduction (partielle) de l'ouvrage The City, accompagnée de textes connexes: Yves Grafmeyer et Isaac Joseph (éd.), L'école de Chicago - naissance de l'écologie urbaine, Aubier, Paris, 1990 [1re édition : Les éditions du Champ urbain - CRU, 1979].

Études sur l'auteur[modifier | modifier le code]

  • Suzie Guth, « De Strasbourg à Chicago : Robert E. Park et l'assimilation des noirs américains », in Revue des sciences sociales, n° 40, 2008, p. 62-73.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. 1925, "The growth of City"
  2. 1939, "The structure of growth of Residential Neighbourhood in American Cities"
  3. 1945 avec C.S. Harris, "The nature of Cities"