Frères de la vie commune

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La communauté des Frères et sœurs de la vie commune est un mouvement laïc de dévotion chrétienne qui vit le jour dans les Pays-Bas bourguignons durant le XIVe siècle et se rattache au courant plus vaste de la 'dévotion moderne' ou 'devotio moderna'. Le fondateur et promoteur de cette communauté est Gérard Groote qui forma une première communauté de 'Sœurs de la vie commune' dans sa propriété familiale de Deventer le 20 septembre 1374. Les Frères et Soeurs de la vie commune eurent une grande influence, particulièrement en contribuant au développement de formes de piété et de vie chrétienne adaptées à la vie laïque séculière.

Origine[modifier | modifier le code]

Vers la fin de sa vie, le diacre Gérard Groote (1340-1384) se retira dans sa ville natale de Deventer, dans la province d'Overijssel et le diocèse d'Utrecht, et regroupa à ses côtés un petit nombre de ceux qu'il avait convertis par ses prêches ou qui l'avaient choisi comme leur guide spirituel. Avec l'aide de Florens Radewyns, qui renonça pour cela à un canonicat à Utrecht, il put mener à bien un vœu ancien, celui de créer une communauté de fidèles libres de toute règle monastique. La première communauté de ce genre s'établit (vers 1380) à Deventer dans la propre maison de Florens. Thomas de Kemp, qui y vécut de 1392 à 1399, nous a laissé de ces communautés la description suivante :

« Ils imitaient humblement la vie des premiers apôtres, n'ayant que Dieu dans le cœur et l'esprit, chacun apportait ses biens pour les mettre en commun, ne recevant en échange qu'une nourriture et des vêtements simples sans penser au lendemain. De leur plein gré ils se consacraient à Dieu, et s'occupaient à obéir à leur recteur ou à leur vicaire... ils s'appliquaient à recopier des livres, se consacrant continuellement à l'étude des choses sacrées et à la méditation pieuse. Ayant récité les matines, ils allaient à l'église (pour la messe)... Ceux qui, parmi eux, étaient prêtres ou instruits de la loi divine prêchaient avec inspiration. »

Discipline[modifier | modifier le code]

La discipline des fraternités de la Vie Commune s'inspirait de la vie des premiers chrétiens telle qu'elle est décrite dans les Actes des Apôtres (chapitre 4) et la règle de saint Augustin. Les membres ne prononçaient pas de vœu et pouvaient quitter la communauté quand ils le souhaitaient ; mais tant qu'ils vivaient en communauté, ils devaient observer la chasteté, se dépouiller de leurs biens, se soumettre aux règles de la vie commune et aux ordres du recteur, pratiquer l'oubli de soi, l'humilité et la piété. Le recteur, choisi par la communauté, n'était pas nécessairement un prêtre, bien que chaque maison comportât généralement un ou plusieurs prêtre ou clercs. Dans l'ensemble, c'étaient cependant des laïcs de tout rang et de conditions variées : nobles, artisans, universitaires, étudiants, hommes de main. Les prêtres de la communauté prêchaient parmi les pauvres ; ils copiaient également des manuscrits, pour financer la fraternité ; et certains enseignaient dans les écoles. Parmi les laïcs, les plus instruits recopiaient des manuscrits, les autres se consacraient à des travaux manuels ou à l'agriculture. Une fois terminé le service religieux dans la matinée, les Frères se séparaient et vaquaient chacun à leurs occupations : les artisans à leur échoppe en ville, car il s'agissait de mener une vie dans le monde, et non hors du monde comme le faisaient les membres des ordres religieux : moines, religieux ou chanoines. Il fallait également gagner sa subsistance, et ne pas mendier.

Postérité[modifier | modifier le code]

Il se créa promptement une quarantaine de maisons de la Vie Commune (aussi appelées maisons de la Devotio moderna) dans les grandes villes des Pays-Bas, du Nord et du centre de l'Allemagne. Les communautés de femmes doublaient ce chiffre (la première avait été fondée par Groote lui-même à Deventer).

Après la mort de Gérard Groote, certains de ses disciples fondèrent la Congrégation des chanoines réguliers de Windesheim dont les membres sont clercs et mènent la vie régulière selon la règle de saint Augustin. Ils se distinguent donc des Frères et soeurs de la vie commune par leur statut canonique, mais ils s'y rattachent aussi étroitement par leur origine et par l'adoption de la même spiritualité.

Le mouvement, en raison de son indépendance par rapport au contrôle clérical, suscita des réactions de méfiance de la part des autorités religieuses. Le mode de vie des Frères rappelait trop celui des Fraticelles qui causaient alors des troubles au sein de l’Église et des États. La controverse fut portée devant l'université de Cologne, où un jugement fut rendu en faveur des Frères de la Vie Commune, mais le débat ne fut définitivement tranché que lors du Concile de Constance (1414), la cause étant brillamment défendue par Pierre d'Ailly et Gerson. Un siècle plus tard, la Devotio Moderna s'était largement répandue dans tous les Pays-Bas et l'Allemagne. Elle suscita des vocations brillantes, comme celle d'Erasme.

La Réforme (Luther les connut alors qu'il étudiait à l'école de la Cathédrale de Magdebourg, entre 1497 et 1498), puis la Contre-Réforme reprirent successivement et sélectivement aux Frères de la Vie Commune ce qui faisait leur originalité au sein de la chrétienté : humilité, autonomie, spiritualité laïque et évangélique. Le mouvement déclina peu à peu à partir du milieu du XVIe siècle, et au milieu du XVIIe siècle, les fraternités avaient totalement disparu.

Références[modifier | modifier le code]

  • Thomas de Kemp, « Vie de Groot et ses disciples » et « Chronicon canonicórum regulárium Montis sanctæ Agnetis » (« Chroniques de Mont Saint Agnès ») sont les sources premières sur les Frères de la Vie Commune ;
  • (en) « Frères de la vie commune », dans Encyclopædia Britannica, 1911 [détail de l’édition] [lire en ligne]
  • Rudolph Th. M. van Dijk, art. "Windesheim (chanoines réguliers de -; Frères de la Vie commune)", Dictionnaire de spiritualité, t. 16, Paris, 1994, col. 1457-1478.

Voir aussi[modifier | modifier le code]