Chen Guangcheng

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Chen Guangcheng

alt=Description de l'image Chen Guangcheng at US Embassy May 1, 2012.jpg.
Naissance 12 novembre 1971 (42 ans)
Dongshigu, province de Shandong, Chine[1]
Nationalité Chinois
Pays de résidence Drapeau de la République populaire de Chine Chine
Diplôme
Activité principale
Militant des droits civiques
Distinctions
Conjoint
Yuan Weijing

Chen Guangcheng (en chinois : 陳光誠 / 陈光诚, Chén Guāngchéng ; né le 12 novembre 1971) est un militant chinois des droits de l'homme en milieu rural. Aveugle depuis l'enfance, il a appris le droit en autodidacte[2] et a défendu la cause de femmes forcées à être stérilisées ou à avorter. Chen a été décrit par la BBC comme « l'un des plus célèbres dissidents chinois[1] » et également comme un « avocat aux pieds nus ».

Après quatre ans et trois mois de prison ferme, il est assigné à résidence en septembre 2010. Il s'évade en avril 2012 et trouve refuge auprès de l'ambassade des États-Unis à Pékin.

Biographie[modifier | modifier le code]

Selon la BBC, en tant qu'aveugle, il « ne lui fut pas permis » d'aller à l'université, et il n'a de ce fait aucune formation reconnue en matière de droit[1]. En 1998, il entama des études à l'université de médecine traditionnelle de Nankin, se spécialisant dans l'acupuncture et le massage[3]. Son diplôme en poche, il retourna dans sa région d'origine et exerça le métier de masseur à l'hôpital du comté de Yinan jusqu'en 2001, où il démissionna[4].

Militantisme[modifier | modifier le code]

Il a défendu la cause de femmes forcées à être stérilisées ou à avorter, parfois à quelques jours de l'accouchement[5],[6]. Dans la ville de Linyi, dans la province de Shandong, ce sont sans doute plus de 10 000 femmes qui auraient subi des avortements forcés. Bien qu'officiellement illégales, ces pratiques sont utilisées par les autorités locales pour ne pas troubler les statistiques en dépassant leurs quotas et ainsi éviter d'être sanctionnés par leurs supérieurs pour non-respect de la politique de l'enfant unique.

Son activité met en lumière trois importants problèmes de société : le statut juridique d'un fœtus ayant plusieurs mois ; la réalité de l'adhésion de la population chinoise à la politique de l'enfant unique ; et le meurtre des bébés féminins dans une société où les parents veulent avant tout un garçon. Après avoir attaqué en justice les autorités locales et s'être rendu à Pékin auprès du planning familial, il devient célèbre mais aussi la cible des autorités locales dont certains responsables sont arrêtés après la parution d'un article à son sujet dans Time magazine. Placé en résidence surveillée, harcelé par des policiers et des voyous payés par les autorités locales, il est défendu par ses partisans qui renversent trois voitures de police et perturbent la circulation[5].

Condamnation[modifier | modifier le code]

En août 2006, à l'issue d'un procès dans lequel ses avocats n'ont pas accès à l'audience, il est reconnu coupable pour troubles à l'ordre public, dégradation volontaire des biens de l'État et obstruction de voies de circulation et condamné à quatre ans et trois mois de prison ferme[5].

En juin 2007, il est torturé par des codétenus et n'a pas accès à des soins médicaux[5]. Sa femme est empêchée à l'aéroport de Pékin d'assister à la remise d'un prix en son honneur aux Philippines[7].

Surveillance à domicile[modifier | modifier le code]

Le 14 octobre 2011, 5 militants handicapés de l’association des droits de la femme en Chine rendirent visite à Chen Guangcheng à Dongshigu

Libéré en septembre 2010 après avoir purgé l'intégralité de sa peine, il est détenu à son domicile en compagnie de sa femme et de sa fille[8],[9].

Le 14 janvier 2011, à l'occasion de la prochaine visite du président Hu Jintao à Washington, Hillary Clinton a évoqué le cas de Chen Guangcheng. Lors de cette communication, madame Clinton a aussi lancé un appel à la libération de Liu Xiaobo prix Nobel de la paix en 2010 et évoqué le cas de Gao Zhisheng disparu depuis avril 2010[10].

Après avoir dénoncé leurs conditions de détention à domicile dans une vidéo parue le 9 février 2011, Chen et sa femme auraient été roués de coups par la police, selon l'organisation de défense des droits de l'homme ChinaAid[11]. L'ONG Human Rights in China confirme que Chen Guangcheng a réussi à diffuser des images pour dénoncer les conditions de sa détention. En représailles, lui et sa femme ont été battus par la police chinoise[12]. En juin 2011, Chen Guangcheng et sa femme sont passés à tabac à leur domicile par plusieurs dizaines d'hommes envoyés par le Parti communiste chinois. Leur appartement a été mis à sac, et leurs appareils électroniques volés[13].

Évasion[modifier | modifier le code]

Chen (gauche) avec Gary Locke (centre) et Kurt M. Campbell (droite) à l'ambassade américaine à Pékin le 1er mai 2012

Dans la nuit du 21 au 22 avril 2012, Chen Guangcheng s'est évadé de sa résidence surveillée située dans le village de Dongshiguet. Il a adressé le vendredi 27 avril un message par internet à Wen Jiabao, premier ministre chinois. Réfugié à l'ambassade des États-Unis à Pékin, il ne demande pas l'asile politique[14].

Bob Fu, président de l'ONG ChinaAid, indique que Chen s'est évadé en escaladant un muret d'enceinte. Il se serait blessé au pied lors de cette évasion. Chen Guangcheng a alors contacté une amie, elle aussi militante des droits de l'homme, He Peirong, qui l'a conduit à Pékin après un voyage de trois jours. Une fois dans la capitale chinoise, il a changé plusieurs fois de cache afin de déjouer la police. Selon Bob Fu, He Peirong a été arrêtée à Nankin le 28 avril[15]. Dans son message vidéo à Wen Jiabao, le fugitif demande au premier ministre que sa famille soit épargnée et donne les noms de responsables locaux ayant infligé des mauvais traitements à ses proches. Cette video est visible sur YouTube[16].

Selon diverses sources Chen Guangcheng fut ensuite à Pékin sous protection des États-Unis. Les autorités chinoises n'ont pas communiqué sur l'évasion du dissident. Quelques jours plus tard, lors du déplacement en Chine de la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton, cette affaire a posé problème aux diplomaties des deux pays[17],[18]. Le dissident Hu Jia et les autorités américaines ont confirmé la présence de Chen Guangcheng à l'ambassade des États-Unis, sans qu'il ne demande l'asile politique. Le dernier dissident à avoir trouvé refuge auprès de diplomates américains fut Fang Lizhi, réfugié à l'ambassade après les manifestations de la place Tian'anmen en 1989[19]. Sa femme Yuan Weijing, son fils et sa mère sont restés dans la résidence surveillée après son évasion.

Départ vers les États-Unis[modifier | modifier le code]

Après avoir été conduit à l’hôpital Chaoyang à Pékin suite à d'âpres négociations entre Chinois et Américains, Chen Guangcheng a dit se sentir en danger et a finalement demandé à rejoindre les États-Unis. Le 19 mai 2012, suite à de longues tractations, lui, sa femme et ses deux enfants reçoivent finalement un passeport et l'autorisation des autorités chinoises de se rendre à l’aéroport international de Pékin pour un départ aux États-Unis[20] et s'envole vers New York[21].

En Chine, le frère de Chen Guangcheng, Chen Guangfu a indiqué que les autorités chinoises avaient détruit les postes de garde, surnommés « les maisons noires », construites à l'entrée du village de Dongshigu pour empêcher Chen Guangcheng de sortir et ses partisans de le rencontrer[22].

Rétorsion[modifier | modifier le code]

Chen Guangfu, le frère aîné de Chen Guangcheng, indique subir un harcèlement de la part des autorités chinoises. Il affirme avoir été battu. Le département d'Etat américain a demandé aux autorités chinoises à cesser de harceler la famille du dissident et de la « traiter avec équité et dignité »[23],[24].

Reconnaissance internationale[modifier | modifier le code]

Chen Guangcheng rencontre Su Tseng-chang en 2013

En 2006, Chen Guangcheng a été nommé à la une du Time 100, liste annuelle présentant « 100 hommes et femmes dont le pouvoir, talent ou exemple moral transforment notre monde ». La citation indique, « bien qu'il ait perdu la vue étant enfant, la vision juridique de Chen Guangcheng a contribué à éclairer le sort de milliers de villageois chinois[25] ».

En 2007, Chen Guangcheng remporte le prix Ramon Magsaysay alors qu'il est toujours en détention[26]. Le prix, souvent appelé le « Asian Nobel Award »[27], a été décerné pour « sa passion irrépressible pour la justice en incitant des citoyens chinois de faire valoir leurs droits légitimes en vertu de la Loi »[28]. Le 24 août 2007, le militant Hu Jia a signalé que le passeport de l'épouse de Chen Guangcheng avait été annulé et son téléphone portable confisqué par les autorités chinoises à l'aéroport de Beijing Capital International alors que celle-ci souhaitait partir pour assister à la cérémonie de prix Magsaysay au nom de son mari[29].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c (en) « China dissident Chen Guangcheng escapes house arrest », sur BBC News,‎ 27 avril 2012 (consulté le 27 avril 2012)
  2. (en) Great Britain: Parliament: House of Commons: Foreign Affairs Committee, Human Rights Annual Report 2005: First Report of Session 2005-06; Report, Together with Formal Minutes, Oral and Written Evidence, The Stationery Office, 2006, (ISBN 0215027590 et 9780215027597), p. 119
  3. (en) Melinda Liu, Barefoot Lawyer, Newsweek, 3 mars 2002, p. 3 : « In 1998 he travelled to Nanjing to study at the Traditional Medecine University, he majored in acupuncture and massage. »
  4. (en) « 陈光诚:不平凡的基层维权先锋 », My1510.cn,‎ 24 October 2008 (consulté le 16 December 2011) : « En 1998, Chen Guang a reçu un diplôme de la classe chinoise traditionnelle de personne aveugle de l'université de médecine de Nanjing, a effectué le travail de massage dans l'hôpital du comté de ville natale de Shandong. En 2001, Chen Guang a démissionné du travail d'hôpital. »
  5. a, b, c et d Ursula Gauthier, Le défenseur des avortées par force In Chine, l'empire du double langage, Le Nouvel Observateur, N° 2265, p. 61, 3 avril 2008.
  6. Brice Pedroletti, « Les violences de la politique de l'enfant unique continuent d'être taboues », sur Lemonde.fr,‎ 3 novembre 2011 (consulté le 30 avril 2012)
  7. (en) « Reuters, China stops activist's wife leaving country », sur Reuters,‎ 24 février 2007 (consulté le 30 avril 2012)
  8. « Chen Guangcheng, célèbre militant chinois, dénonce dans une vidéo sa prison à domicile », sur Le Monde,‎ 10 février 2011 (consulté le 10 février 2011)
  9. Amnesty International, « Un défenseur des droits humains assigné à résidence » [PDF],‎ 16 septembre 2010, p. 3
  10. « États-Unis: Clinton appelle la Chine à libérer ses dissidents avant la visite de Hu », sur France 24,‎ 14 janvier 2011 (consulté le 24 janvier 2011)
  11. « Chen Guangcheng dénonce les « méthodes de voyous » de la police chinoise », sur Radio France Internationale,‎ 11 février 2011
  12. « Un avocat chinois tabassé pour une vidéo clandestine », sur Le Figaro,‎ Février 2011 (consulté le 15 janvier 2011)
  13. « L’opposant aveugle Chen Guangcheng passé à tabac », sur Libération,‎ 18 juin 2011 (consulté le 18 juin 2011)
  14. « Chine: protégé par les États-Unis, Chen Guangcheng ne demande pas l'asile », sur http://www.ladepeche.fr/ La Dépêche,‎ 30 avril 2012 (consulté le 30 avril 2012)
  15. Challenges, L'opposant chinois a escaladé un mur pour s'évader, 29 avril 2012
  16. Libération, Le dissident Chen Guangcheng s'évade et interpelle Wen Jiabao, 27 avril 2012
  17. Le Monde, le Dissident chinois Chen Guangcheng protégé par les États-Unis
  18. Le Point, Chen Guangcheng, le dissident qui gêne tout le monde, 30 avril 2012.
  19. Le Nouvel Observateur, Chine: protégé par les États-Unis, Chen Guangcheng ne demande pas l'asile, 30 avril 2012
  20. Le dissident chinois Chen Guangcheng en partance pour les États-Unis, Libération, 19 mai 2012
  21. Chen Guangcheng vole vers New York, Europe 1, 19 mai 2012
  22. Le NouvelObs,Sui-Lee Wee, Guy Kerivel Les autorités chinoises "nettoient" le village du dissident Chen, 8 juin 2012
  23. AFP Chine: le frère d'un célèbre dissident aveugle affirme avoir été battu Romandie.com, 9 mai 2013
  24. Chine : Le frère aîné d'un dissident aveugle dit avoir été battu Les Échos, 9 mai 2013
  25. Time, The 2006 TIME 100, 8 mai 2006
  26. (en) Carlos Conde, « Ramon Magsaysay Award recipients announced », The New York Times,‎ 2 Août 2007 (lire en ligne)
  27. (en) Activists share Asian Nobel Prize de Clare Arthurs, BBC News, 25 juillet 2007.
  28. (en) E.K. Santos, « Blind Chinese leads way in fight for rights of poor », Philippine Daily Inquirer,‎ 18 Août 2007 (lire en ligne)
  29. (en) Ben Blanchard, « China stops activist's wife leaving country », Reuters,‎ 24 Août 2007 (consulté le 3 mai 2011)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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