Charles Taylor (Liberia)

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Charles Taylor
Illustration.
Fonctions
22e président de la République du Liberia

(&&&&&&&&&&&022006 ans, 0 mois et 9 jours)
Élection
Vice-président Moses Blah
Prédécesseur Ruth Perry (présidente du Conseil d'État)
Successeur Moses Blah
Biographie
Nom de naissance Charles McArthur Ghankay Taylor
Date de naissance (66 ans)
Lieu de naissance Arthington (Liberia)
Nationalité libérienne
Parti politique Parti national patriotique
Conjoint Jewel Taylor
Enfant(s) Charles McArther Emmanuel Taylor
Diplômé de Bentley College

Charles Taylor (Liberia)
Présidents de la République du Liberia

Charles Taylor (né le à Arthington, Liberia) est un ancien président de la République du Liberia. En fonction à la fin des années 1990, il a été impliqué dans la guerre civile sierra-léonaise qui a duré plus de dix ans. En 2012, le Tribunal spécial pour la Sierra Leone le reconnaît coupable de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre[1] et le condamne à une peine de 50 ans de prison[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Créé en 1816, le Liberia est un pays constitué par des esclaves libérés et rapatriés du continent américain. Les descendants d'esclaves représentent seulement 5 % de la population totale, mais ont pratiquement toujours été au pouvoir depuis l'indépendance du pays en 1847.

Formation[modifier | modifier le code]

Taylor est né le 28 janvier 1948 d'un père américain et d'une mère américano-libérienne qui font partie de l'élite du pays. À 24 ans, Taylor quitte le Libéria pour travailler et étudier aux États-Unis et, en 1977, il est diplômé en économie du Bentley College dans le Massachusetts.

Durant ses études, Taylor développe un intérêt pour la politique et décide de joindre l'Union of Liberian Associations (ULA) dont il devient président national. Ce groupe dénonce le régime du président libérien de l'époque, William Tolbert. Peu de temps après, ce dernier est assassiné, victime d'un coup d'État de Samuel Doe. Doe devient président, nomme Taylor conseiller et lui confie les services généraux du gouvernement. Après avoir détourné 900 000 $ en trois ans, Taylor perd son poste et fuit aux États-Unis.

Présidence[modifier | modifier le code]

Article connexe : Gouvernement de Charles Taylor.

Arrêté puis emprisonné, il réussit à s'enfuir et se réfugie en Afrique afin de préparer une rébellion contre Samuel Doe. Pour ce faire, il joint le National Patriotic Front of Liberia (NPFL) et en devient leader vers la fin des années 1980. En 1989, le NPFL lance une attaque, c'est le début de la guerre civile.

Rapidement, Taylor contrôle une grande partie du pays, mais un éclatement au sein du NPLF ralentit sa conquête. De fait, un de ses principaux lieutenants, Prince Johnson, se dissocie de son leader et fonde avec près de 1 000 hommes l'INPLF (Independent National Patriotic Front of Liberia). Prince Johnson et ses troupes prennent le contrôle de la capitale Monrovia, et assassinent Samuel Doe. Les troupes de Taylor et Johnson s'affrontent et la guerre civile prend toute son ampleur pendant les sept années qui suivent. En juillet 1997, des élections sont tenues et Taylor est élu avec 75 % des voix. Le scrutin a été jugé juste par les observateurs internationaux, mais des doutes persistent quant à sa validité.

Pendant son règne à la tête de l'État, Taylor continue de combattre tous ceux qui s'opposent à son pouvoir. La répression contre l'opposition fera 150 000 morts jusqu'en 1995. Par ailleurs il suspend les libertés individuelles dans son pays et centralisera le pouvoir entre ses mains en instaurant un véritable régime autoritaire. Petit à petit, la résistance au règne de Taylor prend forme. Les troupes de Taylor subissent dans un premier temps les offensives du groupe des Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD), mouvement soutenu par les États-Unis et par le régime guinéen frontalier, puis par la suite, les offensives du Mouvement pour la démocratie au Libéria (MODEL), groupe constitué principalement de membres de la tribu de Samuel Doe, le prédécesseur de Taylor.

Parallèlement, sur le plan international, Taylor est de plus en plus isolé, malgré la dépense d'au moins 2,6 millions de dollars afin de redorer son image aux États-Unis, via des lobbyers tels Lester Hyman (en), qui a arrangé un rendez-vous entre sa femme et Hillary Clinton, ou le télévangéliste Pat Robertson, qui obtint en échange une concession sur une mine d'or, ou encore le général Robert Yerks[3].

Il s'est vu imposer des sanctions par le Conseil de sécurité des Nations unies tel un embargo sur les exportations de diamants de la guerre et de bois et l'interdiction de voyager pour lui et son équipe présidentielle. Taylor fait face à d'énormes pressions de toutes parts pour quitter le pays. Des responsables de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) se sont même rendus au Liberia pour demander à Taylor de quitter le pouvoir afin de mettre fin au conflit.

Poussé dans ses retranchements, Charles Taylor quitte le pouvoir en août 2003 pour un exil au Nigéria.

Conflit en Sierra Leone[modifier | modifier le code]

Article connexe : Guerre civile sierra-léonaise.

Charles Taylor débute également un trafic d'armes avec le pays voisin, la Sierra Leone, qu'il échange contre des diamants (voir Diamants de conflits).

Charles Taylor a parrainé le Front révolutionnaire uni (RUF) sierra-léonais de Foday Sankoh et Sam Bockarie, mouvement rebelle qui fait preuve de violence extrême. À ce titre, il est accusé et condamné pour crimes contre l'humanité pour extermination, assassinats, viols, esclavage sexuel, et conscription d'enfants soldats.

Crimes contre l'humanité[modifier | modifier le code]

  • Il doit répondre de onze chefs d'inculpation de crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Il est accusé d'avoir soutenu le Front révolutionnaire uni (RUF) et le Conseil des forces armées révolutionnaires (AFRC), deux groupes révolutionnaires sierra-léonais. Il est, selon l'accusation, la figure centrale des guerres civiles qui ont ravagé le Liberia et la Sierra Leone entre 1989 et 2003 et fait près de 400 000 morts. Des milliers de personnes ont été amputées, violées et réduites en esclavage sexuel durant ce conflit largement financé par le trafic des "diamants du sang" ("Blood diamonds").
  • 29 mars 2006 : Charles Taylor est arrêté au Nigéria et extradé vers la Sierra Leone pour y subir son procès par la Cour spéciale pour la Sierra Leone (CSSL). Pour des raisons de sécurité, la CSSL a demandé, le 31 mars 2006, le dépaysement du procès à La Haye, capitale de la justice internationale. L'arrestation de Charles Taylor a été rendue possible grâce à l'élection d'Ellen Johnson Sirleaf à Monrovia et à l'espoir de stabilisation du pays. Les puissances occidentales et les dirigeants d'Afrique de l'Ouest ont finalement lâché celui qu'ils avaient exilé au Nigeria après lui avoir promis l'impunité en échange de son départ de la présidence et de sa non-intervention dans les affaires libériennes.

Dans une lettre lue par son avocat Karim Khan, Charles Taylor écrit qu'il en est « arrivé à la conclusion que je ne bénéficierai pas de procès équitable devant le Tribunal spécial » et qu'il refuse donc de comparaître à ce qu'il nomme une comédie « injuste pour le peuple du Liberia et pour le peuple de Sierra Leone »[6]. L'Union européenne a promulgué plusieurs règlements sanctionnant des proches de Taylor, en accord avec la décision du Comité des sanctions du Conseil de sécurité de l'ONU imposant le gel des avoirs de certaines personnes[7].

Le 26 avril 2012, le Tribunal spécial pour la Sierra Leone le reconnaît coupable de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre[1]. Il devient le premier ex-chef d'État à être condamné pour crimes contre l'humanité et crime de guerres depuis le procès de Nuremberg[8]. Le , le Tribunal Spécial pour la Sierra Leone le condamne à une peine de 50 ans de prison[2].

Cette condamnation est confirmée en appel le 26 septembre 2013, faisant de Charles Taylor le premier ex-chef d'État a être définitivement condamné par un tribunal international depuis la Seconde Guerre mondiale[9]. Comme prévu dans un accord confidentiel conclu en 2007, il purge sa peine dans une prison britannique[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Libération, Charles Taylor, coupable de crimes contre l'humanité, 26.04.2012.
  2. a et b (en)"Liberia ex-President Charles Taylor get 50 years in prison", sur le site de la BBC.
  3. Colum Lynch, Liberia's Charles Taylor, now facing trial, was no stranger to Washington, Washington Post, 15 février 2010
  4. "Entretien avec Noam Chomsky", Là-bas si j'y suis, Radio France, 29 mars 2011, 11'
  5. L'ex-président libérien Charles Taylor a refusé de comparaître devant les juges, Le Monde, 4 juin 2007 et Charles Taylor, le bréviaire de l'horreur, Le Monde, 2 juin 2006
  6. L'ex-président Taylor refuse de comparaître à son procès à La Haye, AFP, 4 juin 2007
  7. RÈGLEMENT (CE) N o 275/2009 DE LA COMMISSION du 2 avril 2009 modifiant le règlement (CE) n o 872/2004 du Conseil concernant de nouvelles mesures restrictives à l'égard du Liberia
  8. Peter Dejong, « http://www.leparisien.fr/international/sierra-leone-charles-taylor-juge-coupable-de-crimes-contre-l-humanite-26-04-2012-1972966.php », sur leparisien.fr,‎ 26 avril 2012
  9. 50 de prison confirmés en appel pour l’ex-président libérien, Euronews, 26 septembre 2013
  10. « Charles Taylor transféré dans une prison anglaise », in Le Figaro, mercredi 16 octobre 2013, page 8.

Annexe[modifier | modifier le code]

Films[modifier | modifier le code]

  • Le film Lord of War évoque un chef de guerre ressemblant fort à Charles Taylor qui prend le pouvoir en 1989 au Libéria.
  • Le film Blood Diamond a pour thème ce drame.

Livres[modifier | modifier le code]

Emission[modifier | modifier le code]

  • Émission sur France Culture du 21 novembre 2007 "sur les docks" Charles Taylor seigneur de la guerre, avec A. Bourgi, W. Bourdon, P. Robert, J-P Mari, S. Smith, P. de Saint-Exupéry, A. Glaser, P. Hirtz, E. Morris, Moustapha B. Sow par A. Héraud

Liens externes[modifier | modifier le code]