Chambre photographique

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Visée d'une chambre Sinar F
Un châssis porte-film ouvert, avec un plan-film visible (de couleur brune).

Une chambre photographique, aussi parfois appelée chambre technique de grand format, est un appareil photographique utilisant à l'origine un film négatif sur plaques de verre, et maintenant un plan film ou un dos numérique.

Par « grand format », on entend les films qui ont des dimensions de 9 x 12 cm à 20 x 25 cm, plus rarement des formats supérieurs, pour des applications particulières, comme la chambre 50 x 60 de Polaroid.

En argentique, ce type d'appareil ne permet qu'une prise de vue unique, c'est-à-dire qu'il faut insérer un nouveau châssis porte film pour chaque prise de vue (il est néanmoins possible d'utiliser des films en rouleaux de moyen format en utilisant un châssis spécial adapté à cet usage). Ce type de matériel, qui peut être lourd et encombrant, induit une méthode et une esthétique différentes de celles résultant de l'usage des appareils de petit et moyen formats (du 24 x 36 au 6 x 9).

Dans le cas d'utilisation d'un dos numérique, la surface du capteur, avec des photosites plus gros et en grand nombre (+ de 20 megapixels), permet une définition et une sensibilité tout à fait remarquables.

De nos jours la chambre photographique est encore très utilisée pour la photo d'art, les photos d'architectures et il n'est pas rare de la croiser lors de prise de vue de mode (Playboy, Vanity Fair, Vogue, …).

Domaines d'application[modifier | modifier le code]

Le grand format a deux avantages :

  • la taille du film (ou du capteur) permet des agrandissements nettement plus importants et sans perte de qualité que les films en rouleaux ;
  • l'architecture de l'appareil autorise des mouvements de bascule et de décentrement, rarement présents sur des objectifs pour appareils de petit format, qui permettent un travail sur la perspective et la mise au point.

Les domaines d'applications privilégiés de la photographie en grand format sont :

  • la photo d'objets et d'œuvres d'art ;
  • la photo d'architecture ou industrielle ;
  • la photo de mode et de beauté ;
  • toute photo demandant une grande richesse de détails ou une impression en très grand format.

Le matériel[modifier | modifier le code]

Une chambre technique se compose essentiellement de quatre éléments principaux :

  1. le banc optique avec son support ;
  2. le corps arrière, qui supportera le dos avec dépoli ;
  3. le soufflet ;
  4. le corps avant, qui supportera l'obturateur et l'objectif.

Les corps avant et arrière sont munis de commandes permettant les mouvements de bascule et de décentrement.

L'observation de l'image sur le dépoli sera facilitée par l'adjonction d'un soufflet, qui l'isole de la lumière ambiante, et éventuellement d'une loupe binoculaire. L'image observée est inversée, car il n'y a pas de prisme pour la redresser comme dans un appareil de petit format, avec l'habitude, cela ne présente pas d'inconvénient pour le photographe professionnel. Une lentille de Fresnel peut être fixée derrière le dépoli pour une meilleure visibilité de l'ensemble de l'image.

Le corps avant peut porter un obturateur, ce qui permet alors l'utilisation d'objectifs sans obturateurs, plus simples et moins coûteux. L'obturateur unique permet de plus un réglage depuis l'arrière, dans la position de prise de vue, ce qui simplifie sensiblement le travail en évitant à l'opérateur de devoir se déplacer vers l'avant pour régler son objectif à chaque prise de vue. L'obturateur comporte également une commande de réglage du diaphragme de l'objectif et un contact pour flash.

Quelques marques : Sinar, Linhof, Cambo, Silvestri, Toyo, Arca Swiss, Sunfoto, Canham, Gran View, Walker Titan, Calumet...

Le châssis porte film[modifier | modifier le code]

Le châssis porte film est un boîtier plat rigide, divisé en deux compartiments étanches à la lumière, dos à dos, chacun fermé par un volet amovible. Un châssis peut ainsi contenir deux plan films.

Mouvements et réglages de la chambre technique[modifier | modifier le code]

Décentrement pour éviter les déformations engendrées par la contre-plongée

Il y a trois possibilités de mouvement sur une chambre technique :

  1. la mise au point ;
  2. le décentrement ;
  3. la bascule.

La mise au point se fait par déplacement du corps arrière le long du banc optique, déplacement qui pourra être ajusté avec grande précision au moyen d'une commande micrométrique. Enfin cette commande peut comporter une échelle de profondeur de champ (particularité des chambres Sinar) qui permet un ajustement précis et le contrôle de la profondeur de champ à diaphragme ouvert.

Le décentrement, c'est-à-dire le déplacement dans son plan d'un corps de la chambre hors de sa position normale, permet de modifier le cadrage de l'image. L'objectif crée une image circulaire dont le dépoli ne couvre qu'une partie. Au moyen du décentrement, il est donc possible d'aller chercher son sujet sur l'ensemble de cette image circulaire. Le décentrement peut indifféremment être exécuté sur les corps avant ou arrière. Les décentrements peuvent être verticaux et latéraux.

La bascule est une modification de la position angulaire d'un corps de la chambre. Elle a pour effet de modifier la perspective, ou le plan de netteté de l'image, ou les deux à la fois.

Intérêt des mouvements de bascule et décentrement[modifier | modifier le code]

Les mouvements de décentrement permettent de corriger une erreur apparente de la perspective. En effet, la perspective d'une image est déterminée par la position relative du plan objet et du plan image. En clair, si l'on veut photographier un objet vertical, il faut que le plan image (le plan du film dans la chambre) soit également vertical pour que les lignes verticales de l'objet photographié qui sont parallèles, soient également parallèles sur la photo. On évite ainsi les déformations de type « pyramide » que l'on observe sur les photos réalisées avec des appareils petits formats lorsqu'ils sont dirigés vers le haut pour photographier des bâtiments.

Le mouvement de bascule permet d'agir sur la netteté de l'image. En effet, on observe que la netteté de l'image dépend des positions relatives de trois plans, le plan du sujet, le plan de l'objectif, le plan du film. C'est la règle de Scheimpflug. Tant que les trois plans sont parallèles, la netteté est assurée sur l'ensemble de l'image, mais si l'un des plans est incliné par rapport à un autre, la netteté ne sera présente sur toute l'image que si les prolongements des trois plans se recoupent suivant une même ligne.

Enfin, si l'on opère les bascules sur l'axe vertical, on peut obtenir une correction ou une amplification des fuyantes.

Ajustement du plan de netteté avec fuyantes modérées.
Ajustement du plan de netteté avec fuyantes amplifiées.

Selon que l'on opère une bascule sur le corps avant ou sur le corps arrière, on obtiendra un rendu de la perspective différent tout en gardant la même netteté. Le photographe choisira donc l'une ou l'autre solution, ou une solution mixte, en fonction de ses critères esthétiques.

Mesures de lumière[modifier | modifier le code]

La chambre technique ne comporte pas de posemètre incorporé. La mesure de lumière doit donc s'opérer de façon manuelle. Le procédé le plus efficace est la mesure dans le plan du film. Ceci s'opère au moyen d'un posemètre ou d'un flasmètre traditionnels reliés à une sonde qui permet la mesure devant le dépoli, dans le plan exact qui sera occupé par le film. Le photographe peut alors opérer plusieurs mesures en différents points de l'image et calculer l'exposition correcte (zone système). Cette facilité est également très utile pour contrôler l'éclairage afin d'obtenir un bon équilibre entre les zones claires et obscures de l'image, en un mot, pour contrôler le contraste total de l'image.

La prise de vue[modifier | modifier le code]

Lorsque les différents réglages sont effectués, le photographe peut alors glisser un châssis porte film dans le dos du corps arrière. Le film venant occuper l'emplacement exact occupé précédemment par le dépoli, assurant ainsi l'exactitude de la mise au point (système dit "spring back). L'obturateur ayant préalablement été armé par l'opérateur on peut alors tirer le volet protecteur et déclencher la prise de vue.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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