Verre correcteur

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Un verre correcteur est une lentille optique portée devant l'œil, principalement pour corriger les amétropies : myopie, hypermétropie, astigmatisme et presbytie.

Les lunettes sont portées à une faible distance des yeux. Les lentilles de contact sont portées directement à la surface de l'œil. Les lentilles intraoculaires sont implantées chirurgicalement, majoritairement pour corriger la cataracte.

La myopie nécessite une lentille divergente alors que l'hypermétropie et la presbytie nécessitent une lentille convergente.

Prescription des verres correcteurs[modifier | modifier le code]

Les verres correcteurs sont prescrits, en France, par un ophtalmologue. Dans divers pays les opticiens ou les optométristes peuvent prescrire les verres correcteurs. L'ordonnance contient les principaux paramètres de correction : grossissement pour chaque œil pour la vision de loin, correction pour l'astigmatisme de chaque œil, supplément de correction pour la vision de près.

En France, les opticiens peuvent prescrire des lunettes sous certaines conditions. Dans le contexte actuel de déclin du nombre des ophtalmologistes, parallèle à l'allongement des délais d’attente pour obtenir un rendez-vous et alors que le vieillissement de la population devrait se traduire par une augmentation des besoins en soins oculaires par les ophtalmologistes, l’article 54 de la loi n° 2006-1640 du 21 décembre 2006 de financement de la Sécurité sociale et ses décrets d’application[1] ont permis aux opticiens lunetiers d’adapter, dans le cadre d'un renouvellement, les prescriptions médicales initiales de verres correcteurs datant de moins de 3 ans (à l'exclusion de celles établies pour les personnes âgées de moins de 16 ans et sauf opposition du médecin). En 2007, un décret a précisé les conditions d’adaptation par l’opticien-lunetier de la prescription médicale initiale[2]. À la demande du ministère de la Santé[3], la Haute Autorité de santé a publié en mars 2011 des recommandations de bonne pratique sur les « Troubles de la réfraction : délivrance de verres correcteurs par les opticiens dans le cadre d’un renouvellement »[4].

Ces recommandations visent à donner aux opticiens un référentiel sur les situations dans lesquelles l’opticien doit orienter le patient vers l’ophtalmologiste avant délivrance de verres correcteurs et à donner aux ophtalmologistes un référentiel sur les situations pathologiques justifiant que le médecin s’oppose à la délivrance, après adaptation par un opticien dans les conditions prévues par le Code de la santé Publique[5].

Les mesures d'écartement entre les yeux (écart interpupillaire) et des données de centrage sont faites par les opticiens de façon à centrer parfaitement les verres en fonction des lunettes choisies et de la forme du visage.

Composition sphéro-cylindrique de la correction[modifier | modifier le code]

La puissance des verres, mesurée en dioptries (δ), est obtenue par la forme sphérique de la lentille. Une puissance convergente (indiquée positivement : ex +4 δ) focalise la lumière pour corriger l'hypermétropie ou pour faciliter la lecture et corriger la presbytie.

À l'opposé, une puissance divergente est négative (ex : -3,75 δ) et corrige la myopie.

Un verre plat ne corrige ni l'un, ni l'autre.

Composition cylindrique de la correction[modifier | modifier le code]

L'astigmatisme nécessite une correction différente suivant la direction (par exemple corrections horizontale et verticale différentes).

Cette correction s'obtient par des déformations cylindriques du verre (en complément de la forme sphérique décrite plus haut).

Cette correction est positive lorsque le nombre de dioptries du cylindre s'ajoute à la correction sphérique (ou augmente la convergence).

Une correction cylindrique négative, au contraire indique une correction plus divergente que la correction sphérique.

Les axes de la correction[modifier | modifier le code]

Lunettes sans ordonnance[modifier | modifier le code]

Une faible presbytie peut être corrigée par des lunettes de lecture qui ne corrigent que la vision de près (jusqu'à 40 cm environ).

Ces lunettes sont disponibles en libre service à différents grossissements en général compris entre +1 δ et +4 δ.

Il vaut mieux vérifier auprès d'un ophtalmologiste que ce type de lunettes est approprié car le centrage des verres étant standardisé lors de la fabrication, il peut ne pas être adapté et provoquer des troubles visuels ou des migraines.

Type de lentille correctrice[modifier | modifier le code]

Unifocale[modifier | modifier le code]

Distance focale fixe. Le plus simple à fabriquer. Corrige une focale : vision de loin ou vision de près.

Bifocale[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Lunettes à double foyer.

Anciens verres type double foyer séparés par une ligne horizontale (« Executive ») ou par une pastille (aussi appelé segment). Corrige deux focales : vision de loin et vision de près.

Trifocale[modifier | modifier le code]

Les verres dits tri-focaux, plus communément appelé triples foyers permettent d'obtenir sur un même verre trois puissances différentes correspondant, de haut en bas sur le verre à la vision de loin, la vision intermédiaire et la vision de près. Bien que toujours existants, ces équipements se font de plus en plus rares de nos jours du fait des progrès réalisés sur les verres progressifs qui permettent aujourd'hui une vision nette à toutes distances.

Progressive[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Verre progressif.

Verres pour les presbytes. Vision limitée sur les côtés. Nécessite une certaine habitude de mouvement de l'œil qui s'apparente à de l'orthoptie. Les verres progressifs remplacent progressivement les verres bifocaux et tri-focaux. Les verres progressifs sont plus esthétiques et plus confortables. Néanmoins, ils sont sensiblement plus chers car beaucoup plus complexes à fabriquer.

Asphérique[modifier | modifier le code]

Distance focale variable selon l'écart par rapport au centre optique. Compense les défauts géométriques en bordure dus à une faible constringence. Suppression des déformations en coussinet ou en barillet. Nécessite un centrage parfait des deux pupilles en vis-à-vis du centre des verres. Ce verre nécessite un montage de précision par l'opticien mais donne de très bons résultats et un confort visuel exceptionnel notamment pour les hypermétropes.

Forme de la lentille optique[modifier | modifier le code]

Forme usuelle des lentilles

Le verre correcteur a globalement une forme de lentille dont chaque face sphérique a un rayon de courbure différent. La différence de rayon de courbure entre la face avant et la face arrière indique la puissance de la correction.

  • La convergence de la face avant est supérieure à celle de la face arrière pour l'hypermétropie et la presbytie.
  • C'est l'opposé pour la myopie.

Indice de réfraction[modifier | modifier le code]

L'indice de réfraction est en général donné pour la lumière jaune He des raies de Fraunhofer, en abrégé nd. Les matériaux sont classés en fonction de leur indice de réfraction de la façon suivante :

  • Indice normal - 1,48 ≤ nd < 1,54
  • Indice moyen - 1,54 ≤ nd < 1,60
  • Haut indice - 1,60 ≤ nd < 1,74
  • Très haut indice - nd ≥ 1,74

Plus l'indice est élevé plus le verre sera mince, et à égalité de densité plus il sera léger.

Un indice élevé permet des verres plus minces sur les bords, et donc une meilleure esthétique, surtout pour les fortes myopies.

Par contre, un indice élevé entraine les inconvénients suivants :

  • Un nombre d'Abbe plus faible et donc des aberrations géométriques et chromatiques qui peuvent provoquer des maux de tête.
  • La nécessité d'y associer un traitement de surface antireflet, pour augmenter la transmission lumineuse à l’œil et diminuer les effets de lumière parasites.

Qualité optique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Aberrations des lentilles optiques.

Nombre d'Abbe[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Nombre d'Abbe.

Le nombre d'Abbe ou constringence d'un verre optique sert à en déterminer la dispersion, c'est-à-dire la variation de l'indice de réfraction avec la longueur d'onde. Il quantifie l'aberration chromatique transversale du verre, définie par une formule mathématique inventée par Ernst Abbe.

Plus la constringence est élevée, moins le verre présente de dispersion chromatique. Un nombre d'Abbe compris entre 39 et 60 détermine un aberration chromatique modérée à excellente et est donc souhaitable.

Aberrations géométriques des lentilles[modifier | modifier le code]

Les principaux défauts des lentilles sont :

Poids et esthétique des verres[modifier | modifier le code]

Pour les corrections moyennes (3 δ) à fortes (6 δ), choisir un verre d'indice 1,6 ou supérieur peut faire diminuer l'épaisseur du verre de plus de 30 %. Pour les fortes myopies, à partir de -8 δ, l'indice 1,7 est vivement conseillé, l'épaisseur au bord étant divisée par 2 par rapport à un verre standard.

Matériaux[modifier | modifier le code]

Verre minéral[modifier | modifier le code]

Le verre minéral est fabriqué à partir de la silice. Excellente qualité optique mais des inconvénients majeurs. Lourd surtout quand on augmente l'indice de réfraction du verre car on inclut des sels de métaux lourds. En effet la densité peut aller jusqu'à trois fois la masse d'un verre organique équivalent. Se casse et donc considéré comme dangereux car risque de blessures de l'œil. Il est non autorisé à la vente pour les personnes de moins de 18 ans. Faible protection contre les UV (Coupure UV de 335 nm pour l'indice 1,5). Représente moins de 5 % des ventes totales.

Verre organique CR 39[modifier | modifier le code]

CR39 est le nom du brevet américain (Colombia Resin N° 39) déposé par PPG pour qualifier le verre ophtalmique organique (ou plastique) d'indice 1,50. Inventé avant 1940. Nom commercial ORGA 15, Essilor ORMA, Hoya CR39 etc. C'est un polymère thermodur, le poly(diéthylène glycol bisallylcarbonate)[6].

Qualités : Très bonne qualité optique sans déformation géométrique car la constringence ou nombre d'Abbe est de 58, la meilleure qui existe. Matière très légère et résistante à la casse. Existe en sphérique ou asphérique.

Défauts : Faible résistance mécanique au perçage et aux rayures. Épaisseur importante. Faible protection UV pour l'organique d'indice 1,5 (coupure UV jusqu'à 355 nm). Traitements de surfaces possibles (antireflets et vernis durcisseur).

Matière la plus vendue aujourd'hui. On n'a toujours pas trouvé mieux en rapport qualité-prix.

MR8[modifier | modifier le code]

Verre organique présentant un bon compromis constringence-indice-résistance-prix. Deuxième matière la plus vendue après le CR39. Constringence 42. Indice 1,60. Existe en sphérique ou asphérique. Tous types de traitements de surface disponibles. Meilleure résistance mécanique aux chocs que le CR39 (8 fois plus résistant). Conseillé pour les montures percées. Bonne protection UV.

Trivex[modifier | modifier le code]

Matériau développé par PPG. Appelé aussi PNX. Constringence 43. Indice 1,53, protection UV à 100 %. C'est un verre plus résistant que le polycarbonate, qui ne craint pas l'acétone contrairement au polycarbonate[réf. nécessaire], et qui ne se fissure pas sur les points de fixation des montures percées. Peu utilisé car méconnu de nombreux opticiens[réf. nécessaire] qui le confondent avec le polycarbonate[réf. souhaitée].

Polycarbonate de bisphenol A[modifier | modifier le code]

Nom commercial Essilor AIRWEAR. Qualité optique médiocre car constringence faible de 32. Indice 1,59. Protection UV totale (coupure UV à 380 nm). Initialement conseillé pour les montures percées, il est peu à peu remplacé par le MR 8. Peut gêner fortement certains yeux à cause des aberrations chromatiques. Utilisé surtout pour les lunettes de sécurité dans les conditions mécaniques et chimiques extrêmes. Ce matériau compose aussi les boucliers de CRS, casques, abribus et la Papamobile.

Organique à indice élevé[modifier | modifier le code]

  • Indice de réfraction (nd): 1,60 à 1,74
  • Constringence: 42 à 32 (Vd)
  • Densité: 1,3 à 1,5 (g/cm³)
  • Coupure UV: 380 à 400 nm

Les plastiques à indice élevé comme le polythiouréthane permettent des verres plus minces. Mais les verres sont proportionnellement plus lourds car la densité du plastique est plus élevée. Leur constringence, faible à moyenne, est compensée par le gain d'épaisseur notable pour des très fortes corrections, l'avantage de la minceur étant plus important esthétiquement que les aberrations chromatiques aux yeux des utilisateurs.

Table de propriété des matériaux[modifier | modifier le code]

Matière plastique Indice (Nd) Nombre d'Abbe (Vd) Densité UVB/ UVA Lumière réfléchie (%) Épaisseur minimale typ/min (mm) Remarque
Transitions 1,50 58 1,27 100 % / 100 % 7,92
CR-39 Hard Resin 1,50 58 1,32 100 % / 90 % 7,97 ?/2,0 Propriété de PPG
PPG Trivex (Average) 1,53 44 1,11 100 % / 100 % 8,70 ?/1,0 Propriété de PPG, HOYA PNX
SOLA Spectralite 1,54 47 1,21 100 % / 98 % 8,96
Essilor Ormex 1,56[7] 37 1,23 100 % / 100 % 9,52
Polycarbonate 1,59 30 1,20 100 % / 100 % 10,27 ?/1,5 Tegra (Vision-Ease) Airwear (Essilor) Ultralite (AO) FeatherWates (LensCrafters)
MR-8 1.6 Plastic 1,6[8] 41 1,30 100 % / 100 % 10,43 Zeiss Clarlet 16,

HOYA Eyas 1.6

MR-6 1.6 Plastic 1,6[9] 36 1,34 100 % / 100 % 10,57
SOLA Finalite 1,60 42 1,22 100 % / 100 % 10,65
MR-7 1.67 Plastic 1,66 32 1,35 100 % / 100 % 12,26
SOLA Milite 1,66 32 1,35 100 % / 100 % 12,26
MR-10 1.67 Plastic 1,66 32 1,37 100 % / 100 % 12,34
Nikon 4 Plastic NL4 1,67 32 1,35 100 % / 100 %
Hoya Eyry 1,70 36 1,41 100 % / 100 % 13,44  ?/1,5
MR-174 1.74 Plastic 1,73 33 1,47 100 % / 100 % 14,36 Hyperindex 174 (Optima)
Nikon 5 Plastic NL5 1,74 33 1,46 100 % / 100 %
Verre Indice (Nd) Nombre d'Abbe (Vd) Densité UVB/ UVA Lumière réfléchie (%) Épaisseur minimale typ/min (mm) Remarque
Verre Crown 1,525 59 2,54 79 % / 20 % 8,59
PhotoGray Extra 1,523 57 2,41 100 % / 97 % 8,59
1.6 Glass 1,604 40 2,62 100 % / 61 % 10,68 Zeiss Uropal, VisionEase, X-Cel
1.7 Glass 1,706 30 2,93 100 % / 76 % 13,47 Zeiss Tital, X-Cel, VisionEase, Phillips
1.8 Glass 1,800 25 3,37 100 % / 81 % 16,47 Zeiss Lantal, X-Cell, Phillips, VisionEase
1.9 Glass 1,893 31 4,02 100 % / 76 % 18,85 Zeiss Lantal

Traitements des verres correcteurs[modifier | modifier le code]

Traitement antireflet[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Traitement antireflet.

Le traitement antireflet apporte de nombreux avantages :

  • disparition des anneaux myopiques ;
  • disparition des images fantômes et reflets parasites(phares de voiture la nuit) ;
  • plus de transmission dans l'œil (meilleure définition visuelle).

Il existe aussi des inconvénients :

  • reflets résiduels verts (pour le multicouches) ;
  • la fiabilité dans le temps ;
  • le prix qui peut fortement augmenter suivant le type de traitement.

Fabrication :
Superposition de couches minces sous vide, par procédé de sublimation grâce à une « pulvérisation ionique ». La valeur théorique de l'indice de la couche mince doit être égale à la racine carré de l'indice de la matière à protéger des reflets. Or, il n'existe pas de matériau permettant de satisfaire cette condition pour des verres d'indice inférieur à 1,8 environ. C'est pourquoi plusieurs couches doivent être déposées pour obtenir un traitement suffisant.

Traitement anti-UV[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Verre photochromique.

Traitement spécifique à l'organique d'indice de réfraction 1,5, entraînant une légère teinte ambrée (entre 3 et 5 %) permettant au matériau de couper les UV jusqu'à 400 nm.

Traitement pour limiter les rayures[modifier | modifier le code]

Vernis protecteur pour les verres organiques de tous indices et le polycarbonate, Limitant la profondeur des rayures, dues pour l'essentiel au nettoyage des verres et limitant ainsi leur perception par le porteur. La plupart des verres en organique, en polycarbonate et à haut indice organique disposent d'un traitement de surface durcisseur fait en usine.

Nettoyage sans risque de rayures[10] :

  1. Prélavage à l'eau froide pour retirer la poussière sans toucher les verres.
  2. Une goutte de liquide vaisselle à étaler sans frotter pour nettoyer.
  3. Lavage à l'eau froide sans toucher les verres.
  4. Soufflage sur les verres pour retirer l'eau afin de ne pas toucher les verres.
  5. Essuyage avec un tissu doux, type microfibre. Éviter les mouchoirs en papier.

Traitement antisalissures[modifier | modifier le code]

Traitement antistatique évitant à l'eau et à la poussière de se coller aux deux surfaces avant et arrière du verre. Permet de prolonger la longévité du verre.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. décrets no 2007-553 et n° 2007-551 du 13 avril 2007
  2. décret n° 2007-553 du 13 avril 2007
  3. Direction de la sécurité sociale et de la Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés (Cnamts)
  4. « Troubles de la réfraction : délivrance de verres correcteurs par les opticiens dans le cadre d’un renouvellement »
  5. l’article L. 4362-10
  6. L'Actualité chimique, numéro 279, pages 8-14, les verres ophtalmiques, de la protection à la correction, C. Pierlot, A. Vanrobaeys et A. Colonna de Lega.
  7. catalogue.essilor.ca
  8. catalogue.essilor.ca
  9. catalogue.essilor.ca
  10. lavage plusieurs fois par semaine durant plusieurs années sans une rayure.