Avion à propulsion nucléaire

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Un avion à propulsion nucléaire est un aéronef utilisant l'énergie nucléaire pour se déplacer. La recherche dans ce domaine a été développée durant la guerre froide par les États-Unis et l'URSS dans le but d'obtenir des bombardiers nucléaires ayant une longue autonomie en vol pour des raisons de dissuasion nucléaire. Aucun pays n'a fabriqué un tel engin opérationnel. Un des principaux problème non résolu était le besoin d'un lourd bouclier pour protéger l’équipage des radiations. Avec l’arrivée des ICBMs dans les années 1960 le besoin d’avions à propulsion nucléaire a fortement diminué et les différents projets ont été annulés. À cause de la dangerosité de cette technologie, elle n'a pas été envisagée dans une utilisation civile.

Le seul avion américain à emporter un réacteur nucléaire a été le NB-36H. Le programme a été annulé en 1958

Programmes américains[modifier | modifier le code]

NEPA et ANP[modifier | modifier le code]

En 1946 le projet Nuclear Energy for the Propulsion of Aircraft (NEPA) est lancé par l’United States Air Force. Les études sont menées jusqu'en mai 1951 date à laquelle le NEPA est remplacé par le programme Aircraft Nuclear Propulsion (en) (ANP). Le programme ANP finance l'étude de deux différents moteurs aéronautiques à propulsion nucléaire, le Direct Air Cycle de General Electric et l’Indirect Air Cycle de Pratt & Whitney. L'ANP inclut également le projet MX-1589 qui consiste en la modification par Convair de deux B-36s, un des avions devant être utilisé pour étudier les besoins en boucliers anti-radiations pour un réacteur embarqué, l'autre avion devenant l'X-6. Le programme est cependant annulé avant la fin de la conception du X-6.

La première opération d'un avion utilisant l'énergie nucléaire est terminée le 31 janvier 1956 en utilisant un moteur J47 modifié de General Electric[1] Le programme Aircraft Nuclear Propulsion est annulé suite au discours annuel sur le budget du Président au Congrès en 1961.

Le Laboratoire national d'Oak Ridge a dirigé des recherches (Aircraft Reactor Experiment (en)) visant à produire un avion à propulsion nucléaire. Deux moteurs turbofan General Electric J87 (en) ont fonctionné correctement à puissance maximale (réacteurs HTRE).

Réacteurs expérimentaux HTRE pour avion à propulsion nucléaire (HTRE 3 à gauche et HTRE 1 à droite) exposés à l'Idaho National Laboratory près d'Arco, Idaho (43° 30′ 42.22″ N 113° 00′ 18″ O / 43.5117278, -113.005 ())

.

Les États-Unis ont conçus ces moteurs pour être utilisés dans un nouveau bombardier, le WS-125. Eisenhower réduit ce projet et le projet NEPA en annonçant au Congrès qu'il n'y avait pas d'urgence pour ce programme. Le programme est définitivement annulé au début de la présidence de Kennedy.

Projet Pluton[modifier | modifier le code]

En 1957, l’Air Force et la Commission de l'énergie atomique des États-Unis s'associent avec le Laboratoire national Lawrence-Berkeley pour étudier la faisabilité de l'utilisation de la chaleur produite par les réacteurs nucléaires pour faire fonctionner des statoréacteurs. Cette recherche est connue sous le nom de projet Pluton (en). Les moteurs développés durant ce programme devaient faire voler un missile de croisière autonome nommé SLAM pour Supersonic Low Altitude Missile (en). Le programme a fabriqué avec succès deux réacteurs qui ont fonctionné au sol. Le 14 mai 1961 le premier statoréacteur nucléaire au monde, le Tory-IIA, est assemblé sur un véhicule sur rails a allumé pour quelques secondes. Le 1er juillet 1964, sept ans et six mois après le début du programme, le projet Pluton est annulé.

Programmes soviétiques[modifier | modifier le code]

Canular du bombardier nucléaire soviétique[modifier | modifier le code]

Le 1er décembre 1958, un numéro d’Aviation Week contient un article, Soviets Flight Testing Nuclear Bomber (Test soviétique d'un bombardier nucléaire), affirmant que les soviétiques avaient fait de grandes avancées dans leur programme d'avion nucléaire[2]. L'article était accompagné d'un éditorial sur ce sujet. Le magazine affirmait que cet avion existait sans aucun doute et que : « un bombardier à propulsion nucléaire a été testé en vol en URSS. Terminé il y a environ six mois, cet avion a volé dans la région de Moscou pendant au moins deux mois. Il a été observé en vol et au sol pour un grand nombre d'observateurs étrangers, de pays communistes et non communistes[3]. » Contrairement aux avions américains à propulsion nucléaire qui n'étaient qu'expérimentaux, l'article notait que « l'avion soviétique est le prototype d'un modèle qui effectuera des missions militaires comme système d'alerte volant et plateforme de lancement de missiles[4]. »

Des photographies illustraient l'article avec des diagrammes techniques. Une entreprise à même produit un modèle réduit en plastique à partir de ces documents[5].

Des préoccupations ont rapidement été exprimées à Washington : « les russes sont en avance de trois à cinq ans sur les États-Unis dans le domaine des avions à propulsion nucléaire et ils prendront encore plus d'avance à moins que les États-Unis n'accélèrent leur propre programme[6],[7].

En fait l'article était une supercherie. Il a été révélé plus tars que l'avion des photos était un Miassichtchev M-50 conventionnel. Cet avion était considéré comme un échec et n'est jamais entré en service. Ces plans avaient été révélés au public soviétique en 1963 à Monino[8].

Tupolev Tu-119[modifier | modifier le code]

Le programme soviétique sur les avions à propulsion nucléaire a engendré le Tupolev Tu-119 aussi connu sous le nom de Tu-95LAL (LAL- Летающая Атомная Лаборатория- Laboratoire volant nucléaire). Il est basé sur le bombardier Tupolev Tu-95. Il utilise quatre turbopropulseurs et un réacteur nucléaire embarqué. Le Tu-119 a effectué 34 vols de recherche, la plupart d'entre eux avec le réacteur éteint. Le but principal de ces vols était d'étudier l'efficacité du bouclier antiradiations qui était la préoccupation principale de ingénieurs. Comme pour les États-Unis le projet n'a pas abouti à cause du potentiel des ICBMs. Le programme a été annulé au milieu des années 1960.

D'autres projets n'ont pas dépassés la phase de conception[9],[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. G. Thornton, « Introduction to nuclear propulsion- introduc- tion and background lecture 1, feb. 26-28, 1963 », Nuclear Materials Propulsion Operation, NASA Technical Report Server (consulté le 21 septembre 2011)
  2. (en) « Soviets Flight Testing Nuclear Bomber », Aviation Week,‎ 1er décembre 1958, p. 27
  3. « [a] nuclear-powered bomber is being flight tested in the Soviet Union. Completed about six months ago, this aircraft has been flying in the Moscow area for at least two months. It has been observed both in flight and on the ground by a wide variety of foreign observers from Communist and non-Communist countries »
  4. « The Soviet aircraft is a prototype of a design to perform a military mission as a continuous airborne alert warning system and missile launching platform. »
  5. AURORA 128 Russian Nuclear Bomber (1959)
  6. « the Russians were from three to five years ahead of the US in the field of atomic aircraft engines and that they would move even further ahead unless the US pressed forward with its own program. »
  7. (en) Ford Eastman, « Soviet Nuclear Plane Possibility Conceded », Aviation Week,‎ 19 janvier 1959, p. 29
  8. AURORA Russian Nuclear Bomber : the Sources
  9. Buttler et Gordon 2004, p. 78–83
  10. Colon 2009

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]