Angelo Sanudo

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Angelo Sanudo, né entre 1194 et 1201 et décédé vers 1262 (?) fut le deuxième Duc de Naxos de 1227 (?) à 1262 (?).

Fils de Marco Sanudo, un noble vénitien qui conquit au début du XIIIe siècle le Duché de Naxos, Angelo Sanudo succéda à son père vers 1227. Il passa la plus grande partie de sa vie à guerroyer, principalement pour ses suzerains l'Empereur latin puis après 1248 le Prince d'Achaïe. Il participa dès 1216 à une expédition contre le Despotat d'Épire après avoir été officiellement reconnu par l'Empereur latin comme successeur de son père pour le Duché de Naxos. Il apporta l'aide de la flotte naxiote à l'Empire en 1235 lorsque celui-ci fut menacé par les Bulgares. En 1248, la suzeraineté sur le Duché de Naxos fut transféré de l'Empire latin à la Principauté d'Achaïe. Ce fut en tant que vassal de Guillaume II de Villehardouin qu'Angelo Sanudo participa à la Bataille de Pélagonia où il fut fait prisonnier.

Le Duché de Naxos au temps de Marco Sanudo et hérité par Angelo Sanudo.

Son fils Marco II Sanudo lui succéda.

Famille et jeunesse[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

Armoiries de Pietro I Candiano.
Article détaillé : Marco Sanudo.

La famille Sanudo descendrait de familles de tribuns et de primats de la ville d'Héracléa qui se seraient installés dans l'archipel vénitien au début du IXe siècle après la destruction de leur ville. Elle aurait un temps porté le nom de Candiano et fourni divers doges à la Sérénissime dont Pietro III Candiano Canuto (le chenu) ou Sanuto (le sage) (942-959)[1]. Les derniers Candiano directs (attestés au XIe siècle) se seraient discrédités après une tentative d'instauration d'une dynastie à la tête de la République. Ensuite, il est uniquement question de la famille des Sanudo[2].

Un Marco Sanudo est attesté dans la seconde moitié du XIe siècle. Il semble avoir porté les titres de conseiller et de capitaine. Il aurait aussi été ambassadeur de Venise à Constantinople où il aurait négocié la reconnaissance par l'Empereur byzantin du pouvoir direct de Venise sur la Dalmatie et la Croatie vers 1084-1085. Il aurait alors à cette occasion noué de nombreux et fructueux contacts en Grèce et dans les îles de la mer Égée. Le surnom de Costantinopolitani (le «Constantinopolitain») lui fut attribué. Il aurait eu un fils Pietro, sur qui la seule information dont on dispose est son mariage avec Zabarella, la sœur du doge Enrico Dandolo. De ce mariage seraient nés trois fils : Marco, Bernardo et Lunardo[3].

Bernardo Sanudo fit partie, jeune homme, des électeurs du Doge Enrico Dandolo en 1192. Lunardo, quant à lui, faisait partie des officiers commandant la flotte vénitienne à Abydos en 1196. Lunardo, ou selon d'autres chroniques médiévales Bernardo, portait le titre de Capitan delle Navi (Capitaine d'une partie de la flotte) d'Enrico Dandolo lors de la conquête de Constantinople en 1204[4].

Marco Sanudo, le père d'Angelo participa à la Quatrième croisade en 1204 et à la négociation de l'achat de la Crète par Venise à Boniface de Montferrat. Il fonda le Duché de Naxos, entre 1205 et 1207 ou peu après 1213-1214, selon les versions, et y fit construire une nouvelle capitale autour de sa forteresse, le castro. Il lutta aux côtés de Venise lors d'une expédition en Crète en 1211. Marco Sanudo, vassal de l'Empereur latin Henri de Hainaut, combattit l'Empire de Nicée mais aussi Theodoros Angelos Doukas, le Despote d'Épire[5].

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Armes des Sanudi, ducs de Naxos

La date de naissance d'Angelo Sanudo n'est pas connue avec certitude, non plus que sa mère. Les sources ne sont pas claires quant à l'épouse de Marco Sanudo. Il est sûr qu'il épousa une sœur de l'Empereur, mais il n'est pas possible de savoir s'il s'agit d'Angela la sœur du premier Empereur latin Baudouin de Hainaut ou de la sœur de l'Empereur de Nicée Théodore Lascaris. Angelo aurait été issu d'un premier mariage, puisqu'il aurait 26 ans lorsqu'il succéda à son père[6],[7]. Marco Sanudo décéda entre 1220 et 1230 selon les sources[6]. La date de 1220 pour la mort de Marco Sanudo repose sur une lettre de Marco II Sanudo à la République de Venise où il écrit que son père Angelo Sanudo a prêté hommage à l'Empereur Robert après la mort de son grand-père Marco Sanudo. Robert régna de 1219 à 1228. Il est alors communément accepté que Marco Sanudo serait mort vers 1220. Mais, n'importe qu'elle date entre 1220 et 1228 est envisageable. Guillaume Saint-Guillain, s'appuyant sur une donation d'un monastère de Naxos « in articulo mortis » (« à l'article de la mort ») faite à Venise par Marco Sanudo à un monastère vénitien en septembre 1227[8], propose un décès de Marco Sanudo, à Venise en septembre ou octobre 1227[9].
Angelo Sanudo serait donc né, au plus tôt vers 1194 et au plus tard vers 1201.

Marco Sanudo accompagna l'Empereur latin Henri dans sa dernière expédition militaire en 1216. Il se rendit à la convocation des vassaux à Thessalonique avec 1 500 hommes et son fils Angelo. Là, l'Empereur, juste avant son assassinat, reconnut ce dernier comme successeur de son père au titre de Duc de Naxos. Après l'empoisonnement d'Henri, Marco Sanudo semble être retourné sur Naxos, laissant son fils et ses troupes remplir les obligations féodales. Les sources ne sont alors pas très claires quant à savoir à qui Angelo prêta hommage : Pierre II de Courtenay ou Robert de Courtenay-Constantinople, avant ou après le décès de son père. Les troupes du Duché, menées soit par Marco lui-même, soit par Angelo, prirent part au reste de la campagne[10].

Duc de Naxos[modifier | modifier le code]

Ruines du donjon du castro de Naxos.

Il succéda à son père Marco Sanudo entre 1220 et 1227.

Le Duché de Naxos se trouvait entouré de puissants voisins : l'Empire latin de Constantinople, l'Empire de Nicée et la République de Venise. Angelo Sanudo réussit à maintenir un équilibre entre les trois pour sauvegarder ses possessions. Il respecta ses obligations de vassal envers les empereurs latins en les aidant dans leurs conflits contre le Despotat d'Épire, l'Empire de Nicée ou les Bulgares. Après la reconquête de Samos, Chios et Lesbos en 1225 par les Byzantins, la flotte naxiote patrouilla l'Égée pour limiter leur avancée. Cela servait l'Empire latin et protégeait le Duché[11].

En 1230, il intervint en Crète pour le compte de Venise[12]. L'île aurait alors été en rébellion contre la présence vénitienne. Le Duc de Naxos aurait été appelé à l'aide par le Duc vénitien de l'île, Giovanni Storlato. Mais, l'implication dans le conflit de la puissante flotte de Jean III Doukas Vatatzès, l'Empereur de Nicée, aurait amené Sanudo à se retirer de Crète afin de ne pas voir ses possessions menacées[11]. Il aurait peut-être aussi reçu des cadeaux ou de l'or qui auraient influencé sa décision. Ce fut la dernière tentative d'intervention du Duché de Naxos en Crète[13].

Angelo Sanudo aurait aussi laissé faire lorsque Jean III attaqua Rhodes pour en chasser Léon Gabalas, un ancien fonctionnaire byzantin avait profité des difficultés de l'Empire au début du XIIIe siècle pour s'autonomiser. Il s'était autoproclamé « Seigneur des Cyclades ». L'intervention de Nicée éliminait aussi un rival potentiel dans l'Archipel[13].

En 1235, Jean III signa une alliance avec le Tsar bulgare Ivan Asen II pour attaquer Constantinople. Jean de Brienne, l'empereur latin appela alors à son aide ses vassaux. Angelo Sanudo répondit en envoyant la flotte naxiote. L'aide militaire ne fut pas nécessaire pour sauver la capitale puisque le Tsar bulgare renversa les alliances. Il semblerait qu'Angelo Sanudo ait participé aux négociations permettant la conclusion d'une trêve[13]. Jean III se serait cependant emparé d'Amorgos pour punir Angelo d'avoir soutenu l'empereur latin[14].

En 1247, il apporta son aide au Prince d'Achaïe, Guillaume II de Villehardouin lorsque celui-ci assiégea Monemvasia puis conquit le sud-est du Péloponnèse, encore insoumis. En 1248, Baudouin II transféra la suzeraineté sur le Duché de Naxos de l'Empire latin à la Principauté d'Achaïe. Angelo Sanudo devint alors vassal direct de Guillaume II, une sorte de rétrogradation dans la hiérarchie des États latins pour Naxos[15].

En 1259, Angelo Sanudo fut convoqué à l'ost par son suzerain pour participer à la grande coalition contre l'Empire de Nicée. Les armées latines et byzantines s'affrontèrent lors de la Bataille de Pélagonia qui fut une défaite cuisante pour les Latins. Guillaume II, Angelo et de nombreux autres chevaliers « francs » furent faits prisonniers. Angelo fut libéré assez rapidement et retourna sur Naxos. Il assista de loin à la prise de Constantinople en 1261 par Michel VIII Paléologue[15].

Angelo Sanudo envoya alors son épouse et son fils aîné Marco rendre hommage à l'empereur latin déchu, Baudouin II réfugié à Thèbes. Là, Marco fut, symboliquement, fait chevalier de l'Empire[15].

Mariage et descendance[modifier | modifier le code]

Angelo Sanudo épousa à une date inconnue une des filles de Macaire de Saint-Ménéhould, une famille de la noblesse champenoise. Ils eurent trois enfants : Marco le successeur, Marino qui hérita de Paros et Antiparos et une fille qui épousa Paolo Navigaioso, seigneur de Lemnos[13],[14].

Son fils aîné Marco lui succéda.

Arbre généalogique[modifier | modifier le code]

 
 
 
 
 
 
 
 
 
Marco Sanudo
Constantinopolitani
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Enrico Dandolo
(doge de Venise)
 
une sœur d'Enrico
 
Pietro Sanudo
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Bernardo Sanudo
 
Lunardo Sanudo
 
1. Inconnue
 
Duc de Naxos Marco Sanudo
1205 ? - 1227 ?
 
2. Une sœur de l'empereur
(latin ou de Nicée ?)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
une fille de Macaire
de Sainte-Menehould
 
Duc de Naxos Angelo Sanudo
1227 ? - 1262 ?
 
Giovanni Sanudo
(installé en Eubée)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
une fille
∞ Paolo Navigaioso
(seigneur de Lemnos)
 
Marino Sanudo
(apanage de Paros et Antiparos)
∞ Portia da Verona
 
Duc de Naxos Marco II Sanudo
1262 ? - 1303
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Duc de Naxos Guglielmo Sanudo
1303 - 1323
 
Francesco Sanudo
(apanage de Milos)
∞ Cassandra de Durnay
 
Marco Sanudo
(apanages à Andros et en Eubée)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Marco (Marcolino) Sanudo
(apanage de Milos)
 
Duc de Naxos Niccolò Sanudo
∞ Jeanne de Brienne
1323 - 1341
 
Chevalier de Saint-Jean Marino et Pietro Sanudo
(chevaliers de Saint-Jean)
 
Duc de Naxos Giovanni Sanudo
1341 - 1362
 
Gugliemo Sanudo
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Fiorenza Sanudo
 
Duc de Naxos Francesco Ier Crispo
1383 - 1397
 
1. Giovanni dalle Carceri
 
Duchesse de Naxos Fiorenza Sanudo
1362 - 1371
 
Duc de Naxos 2. Niccolo Sanudo Spezzabanda
1362 - 1371
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Duc de Naxos Giacomo Ier Crispo
1397 - 1418
 
 
 
 
 
Duc de Naxos Niccolo dalle Carceri
1371 - 1383
 
Maria Sanudo
∞ Gaspard Sommaripa
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Fiorenza Sanudo-Sommaripa
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Ducs de Naxos Famille Crispo
 
 
 
 
 
 

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) J.K. Fotheringham et L.R.F Williams, Marco Sanudo, conqueror of the Archipelago., Clarendon Press, Oxford, 1915.
  • (en) Charles A. Frazee, The Island Princes of Greece. The Dukes of the Archipelago., Adolf M. Hakkert, Amsterdam, 1988. (ISBN 9025609481)
  • (en) Paul Hetherington, The Greek Islands. Guide to the Byzantine and Medieval Buildings and their Art, Londres, 2001. (ISBN 1-899163-68-9)
  • Jean Longnon, L'Empire latin de Constantinople et la Principauté de Morée., Payot, 1949.
  • Guillaume Saint-Guillain, «Les Conquérants de l'Archipel. L'Empire latin de Constantinople, Venise et les premiers seigneurs des Cyclades.», in Gherardo Ortali, Giorgio Ravegnani et Peter Schreiner (dir.), Quarta Crociata. Venezia - Bisanzio - Impero Latino., Istituto Veneto di Scienze, Lettere ed Arti, Venise, 2006. (ISBN 8888143742)
  • Père Robert Saulger, Histoire nouvelle des Ducs de l'Archipel., Paris, 1699. (repris par Louis Lacroix, Îles de la Grèce, 1853 et Ernst Curtius)
  • B. J. Slot, Archipelagus Turbatus. Les Cyclades entre colonisation latine et occupation ottomane. c.1500-1718., Publications de l'Institut historique-archéologique néerlandais de Stamboul, 1982. (ISBN 9062580513)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Pietro Ier Candiano (887), Pietro II Candiano (932-939), Pietro III Candiano Canuto (le chenu) ou Sanuto (le sage) (942-959), Pietro IV Candiano (959-976) et Vitale Candiano (978-979)
  2. J.K. Fotheringham, op. cit., p. 1-12.
  3. J.K. Fotheringham, op. cit., p. 12-13.
  4. J.K. Fotheringham, op. cit., p. 13.
  5. C. Frazee, op. cit., p.20.
  6. a et b Charles A. Frazee, The Island Princes of Greece., p. 23.
  7. J.K. Fotheringham, p. 66-68.
  8. Le document est conservé.
  9. Guillaume Saint-Guillain, op. cit., p. 226-233.
  10. J.K. Fotheringham, p. 67 et 97-98.
  11. a et b C. Frazee, op. cit., p. 25.
  12. Certaines sources suggèrent que ce serait Marco Sanudo qui serait intervenu en Crète. Cependant, une intervention d'Angelo Sanudo semble plus plausible. cf. Marco Sanudo#Décès et successeur.
  13. a, b, c et d C. Frazee, op. cit., p. 26.
  14. a et b Profil des Sanudi dans Medieval Lands de Charles Cawley
  15. a, b et c C. Frazee, op. cit., p. 27.