Agent provocateur (métier)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Agent provocateur.

Un agent provocateur est traditionnellement un agent employé par la police ou une autre entité afin d'agir sous couverture dans le but d'entraîner ou provoquer une autre personne à commettre un acte illégal. Au sens large, un agent provocateur est une personne agissant secrètement pour le compte d'un groupe mais apparaissant comme le membre d'un autre pour perturber son activité incitant délibérément, par ses propos et son comportement, à commettre des actes sanctionnés par la loi ou par l'opinion publique.

Une façon commune de prévenir l'infiltration par des agents provocateurs[1], utilisée par les organisateurs de rassemblements controversés, est de déployer et coordonner des responsables de la sécurité, chargés d'expulser les manifestants qui incitent à la violence[2],[3].

Usage commun[modifier | modifier le code]

Un agent provocateur peut être un officier de police ou un agent secret de police qui encourage un ou plusieurs suspects à commettre un crime sous des conditions où une preuve peut être obtenue; ou qui suggère à un autre de commettre un crime, dans l'espoir qu'il le fasse et puisse en être tenu responsable.

Une organisation politique ou un gouvernement peut utiliser des agents provocateurs contre des opposants politiques. L'agent tente alors d'inciter l'opposant à poser des gestes contre-productifs ou inefficaces afin de choquer l'opinion publique, ou d'obtenir un prétexte de commettre une agression contre cet opposant (voir red-baiting (en)).

Historiquement, des espions travailleurs (en), engagés pour infiltrer, surveiller, perturber ou renverser des activités syndicales, ont eu recours aux tactiques des agents provocateurs.[réf. nécessaire]

Les activités des agents provocateurs soulèvent des questions éthiques et légales. Dans les juridictions du Common law, le concept légal de provocation policière peut s'appliquer si la force principale pour le crime était l'agent provocateur.

Par région[modifier | modifier le code]

Empire russe[modifier | modifier le code]

Dans l'Empire russe, l'infiltration d'agents provocateurs par la police tsariste, l'Okhrana, connaît un temps fort sous la direction de Sergueï V. Zoubatov. Cet ancien militant révolutionnaire dans sa jeunesse, devenu un des chefs de la police tsariste entre 1896 et 1904, se fit une spécialité de retourner les militants arrêtés. Yevno Azev, Yisrael Kaplinsky et Gueorgui Gapon en sont des exemples.

Cette période est connue sous le nom de Zoubatovchtchina.

URSS[modifier | modifier le code]

Durant l'Opération Trust (1921–1926), la police d'État de l'Union soviétique, soit le GPU, met au point une fausse organisation anti-bolchéviques, l'Union monarchiste de la Russie centrale. Le succès principal de cette opération fut de leurrer Boris Savinkov et Sidney Reilly dans l'Union soviétique, où ils furent arrêtés et exécutés.

États-Unis[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis, dans le cadre du programme COINTELPRO du Federal Bureau of Investigation, des agents montraient en tant que radicaux politiques afin de perturber les activités de groupes politiques, tels que le Black Panther Party, le Ku Klux Klan, et le Student Nonviolent Coordinating Committee.

Des officiers de police de New York ont été accusés d'avoir agi à titre d'agents provocateurs durant les activités de protestation contre le Republican National Convention de 2004 (en) se tenant à New York[4].

Il a été reconnu que des officiers de police de Denver avaient eu recours à des détectives sous couverture pour investiguer sur des actes de violence contre la police durant la convention républicaine nationale de 2008 (en). Cela résulta en l'utilisation de poivre de cayenne contre les agents infiltrés[5].

Le FBI a pris l'habitude d'infiltrer des agents provocateurs dans des groupes islamistes radicaux afin de les pousser à commettre des attentats pris en flagrant délit[6].

Canada[modifier | modifier le code]

Le 20 août 2007, pendant les rencontres sur le partenariat pour la sécurité et la prospérité à Montebello, trois manifestants ont été accusés par Dave Coles, président du syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier (en), d'être des agents provocateurs de la police. Les trois manifestants masqués, parmi lesquels un d'entre eux était notamment armé d'une grosse pierre, ont été sommés de quitter par les organisateurs de la manifestation. Après avoir franchi la ligne policière, ces manifestants furent mis au sol, menottés et déplacés. La preuve que les personnes arrêtées soient des agents provocateurs était circonstancielle, et incluait le fait qu'ils portaient des bottes identiques à celles portées par la police[7].

Après la manifestation, les forces policières ont initialement nié [8], mais ont plus tard admis que trois de leurs officiers s'étaient déguisés en manifestants. Néanmoins, ils ont nié que les officiers de police provoquaient la foule et incitaient à la violence. La police a émis un communiqué où ils indiquaient "En aucun temps, les policiers de la Sûreté du Québec ont agi comme agents provocateurs ou commis des actes criminels." "À tout moment, ils ont répondu à leur mandat de maintenir l'ordre et la sécurité." [9]

Europe[modifier | modifier le code]

Hermann Goedsche était un agent provocateur pour le compte de la police secrète de Prusse.

Durant le Sommet du G8 de 2001 tenu à Gênes, la police et les services de sécurité ont infiltré le Black Bloc avec des agents provocateurs. Des allégations à cet effet ont fait surface après la diffusion d'un montage vidéo où on voit des hommes en noir sortir de véhicules policiers près des manifestations[10],[11].

Francesco Cossiga, ancien dirigeant des services secrets et ancien président d'Italie, a avisé en 2008 le ministre chargé de la police, sur la façon de gérer les manifestations des professeurs et des étudiants[12]:

« Maroni devrait faire ce que j’ai fait quand j’étais ministre de l’Intérieur. [...] infiltrer le mouvement avec des agents provocateurs prêts à tout [...] Après, fort du consensus populaire, [...] les forces de l’ordre ne devraient avoir aucune pitié et les envoyer tous à l’hôpital. Ne pas les arrêter, il y a tant de magistrats qui les remettraient tout de suite en liberté ! mais les frapper et frapper aussi les enseignants qui fomentent les troubles. [...] Surtout les enseignants. [...] Je ne dis pas les anciens, certes, mais les jeunes maîtres, oui. »

Des allégations ont été portées par le député britannique démocrate libéral Tom Brake (en) comme quoi la 'Metropolitan Police' aurait utilisé des agents provocateurs durant les protestations du G-20 de 2009 à Londres[13].

Pendant les manifestations liées à la marche pour l'alternative de 2011 à Londres (en), un vidéo tourné par la BBC a été distribué sur internet. Ce vidéo semble indiquer qu'une personne suspectée d'être un agent provocateur passe à travers les lignes policières après avoir montré ses papiers d'identification aux policiers. Toutefois, d'autres explications suggèrent entre autres qu'il pouvait s'agir d'un journaliste[14].

Dans Le Coup d'État permanent, François Mitterrand critique la politique du général de Gaulle, l'accusant d'utiliser des « agents provocateurs » (il dit que le gaullisme devient « De Gaulle plus la police »).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Stratfor (2004)
  2. Belyaeva et al. (2007), § 7–8, 156–162
  3. Bryan, Dominic 013/F0020001/art00005?crawler=true The Anthropology of Ritual: Monitoring and Stewarding Demonstrations in Northern Ireland, Anthropology in Action, Volume 13, Numbers 1–2, January 2006, pp.22–31(10)
  4. (en) Jim Dwyer, « New York Police Covertly Join In at Protest Rallies », The New York Times,‎ December 22, 2005, A1 (lire en ligne)
  5. (en) Felisa Cardona, « ACLU wants probe into police-staged DNC protest », The Denver Post,‎ November 7, 2008, A1 (lire en ligne)
  6. [1] Pourquoi le FBI aide-t-il les terroristes?
  7. (en) « Police accused of using provocateurs at summit », The Star, Toronto,‎ August 21, 2007 (lire en ligne)
  8. (en) Joan Bryden, « Police deny using 'provocateurs' at summit », The Star, Toronto,‎ August 22, 2007 (lire en ligne)
  9. « Le sommet Montebello SQ » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-30
  10. Rory Carroll, John Vidal, John Hooper, David Pallister and Owen Bowcott. Men in black behind chaos: Hardliners plan 'actions' away from main protesters. The Guardian, http://www.guardian.co.uk/world/2001/jul/23/globalisation.davidpallister Monday 23 July 2001.
  11. FAIR. Media Advisory: Media Missing New Evidence About Genoa Violence. « http://www.fair.org/activism/genoa-update.html » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-30
  12. Francesco Cossiga interviewed by Andrea Cangini, Quotidiano Nazionale, 23/10/2008 Italian quote:

    "Maroni dovrebbe fare quel che feci io quand'ero ministro dell'Interno. In primo luogo, lasciare perdere gli studenti dei licei, perché pensi a cosa succederebbe se un ragazzino di dodici anni rimanesse ucciso o gravemente ferito. Gli universitari invece lasciarli fare. Ritirare le forze di polizia dalle strade e dalle università, infiltrare il movimento con agenti provocatori pronti a tutto, e lasciare che per una decina di giorni i manifestanti devastino i negozi, diano fuoco alle macchine e mettano a ferro e fuoco le città. Dopo di che, forti del consenso popolare, il suono delle sirene delle ambulanze dovrà sovrastare quello delle auto di polizia e carabinieri. Nel senso che le forze dell'ordine dovrebbero massacrare i manifestanti senza pietà e mandarli tutti in ospedale. Non arrestarli, che tanto poi i magistrati li rimetterebbero subito in libertà, ma picchiarli a sangue e picchiare a sangue anche quei docenti che li fomentano. Soprattutto i docenti. Non quelli anziani, certo, ma le maestre ragazzine sì."

  13. (en) Jamie Doward et Mark Townsend, « G20 police 'used undercover men to incite crowds' », The Guardian, London,‎ May 10, 2009 (lire en ligne)
  14. (en) « Agent Provocateur At 26th Of March London Demonstration », World News Network, London,‎ March 29, 2011 (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]