Politique de la peur

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Politique de la peur est une expression qui désigne la politique d'un gouvernement qui utiliserait la peur de la population pour faire adopter des mesures réduisant les libertés individuelles[1],[2].

Origine[modifier | modifier le code]

Dès le début du XXe siècle, H. L. Mencken, journaliste, écrivain, célèbre critique de la culture américaine, considérait que « le but de la politique est de garder la population inquiète et donc en demande d’être mise en sécurité, en la menaçant d’une série ininterrompue de monstres, tous étant imaginaires »[3].

John W. Dean, ancien conseiller du président Richard Nixon, considère la politique de la peur comme la marque exclusive des dictatures d'Amérique latine jusqu'au gouvernement de Georges Bush[4]. Selon Franck Furedi, professeur de sociologie à l'université du Kent, auteur de « Politics of Fear », l’expression « politique de la peur » implique que des politiciens manipulent volontairement les craintes des populations pour réaliser leurs objectifs[5]. Cette politique est, selon lui, devenue une des caractéristiques principales de la vie publique américaine depuis le 11 septembre 2001[6]. Elle a été particulièrement pointée dans les actions de John Ashcroft qui, selon certaines analyses, comme celle du président de l'International Center de l'université de Floride, n'aurait pas laissé « la loi interférer avec ses actions » et aurait « préféré faire appel de manière subliminale au racisme et à la xénophobie »[7].

Mais la politisation de la peur ne date pas de 2001 et la menace que représente la possession, par certains pays, d’armes de destruction massive était déjà brandie depuis les années 1990[8]. L'expression avait même été utilisée dans les années 1970 pour désigner le maccarthysme[9] et auparavant pour le « péril jaune »[10] ou la propagande du régime nazi[11].

Plusieurs médias du Royaume-Uni utilisaient la même expression, affirmant que cette politique avait rapidement été adoptée par le gouvernement de Tony Blair[12]. Selon certains journalistes, elle serait même adoptée par le Hezbollah, pour une cause différente[13]. Selon d'autres études, l'Australie aurait également eu recours à une politique de la peur dans sa gestion de l'immigration[14].

Dans son ouvrage Risque : la science et les politiques de la peur, Dan Gardner, développe l'idée que notre évaluation des risques et les actions que nous entreprenons pour nous en protéger ne sont pas rationnelles mais émotionnelles et provoquées par les médias et les politiciens[15].

Plusieurs études sociologiques ont tenté d'évaluer les implications sociales de la politique de la peur dans la gestion du terrorisme aux États-Unis[16],[17]. Kate Nash, en particulier, présente la politique de la peur comme à la fois un contrepoids et un complément à ce qu'elle appelle « la politique du désir » (parmi les quatre modèles de politique qu'elle définit, politique tribale, politique du désir, politique de la peur, et politique de la certitude) [18].

Politique de la peur et libertés individuelles[modifier | modifier le code]

Certaines associations de défense des droits de l'homme décrivent la politique de la peur comme utilisant un discours alarmiste afin de justifier ainsi l'adoption de mesures disproportionnées, dont le résultat serait le contrôle des populations que ces mesures étaient censées protéger[19]. Amnesty International, dans son rapport de 2007, décrivait un « monde divisé » en conséquence de la politique de la peur menée dans la guerre contre le terrorisme[20].

En mai 2009, Janet Napolitano, secrétaire à la Sécurité intérieure des États-Unis, affirme que le gouvernement de Barack Obama souhaite « sortir de la politique de la peur »[21].

États-Unis[modifier | modifier le code]

Dans son livre Propaganda (1928), Edward Bernays explique que la mentalité collective n’est pas guidée par la pensée mais « par l’impulsion, l’habitude ou l’émotion ».

Leo Strauss, philosophe politique, développe l'idée que le peuple est divisé en « nombreux communs » (« vulgar-many ») et « peu de sages » (« wise-few »). Les sages ont pour tâche de maintenir l'ordre, et pour atteindre leur but peuvent user de « nobles mensonges » (« noble lies »). Si les « nombreux communs » sont laissés à l'individualisme, au libéralisme et au relativisme, il ne peut en résulter que le chaos. Un mythe inventé par les dirigeants servira à contrôler le peuple. En inventant ou en entretenant une « guerre perpétuelle », le peuple pourra être mené pour son propre bien[22]. Les néo-conservateurs américains se réclament de la philosophie de Leo Strauss[réf. souhaitée].

L'influence des néo-conservateurs commencerait dans les années 1980, où ils[23] ont conseillé le président Ronald Reagan. Le principe serait de mettre en place un mythe où les États-Unis seraient le représentant du bien et l'URSS l'« Empire du Mal ». L'équipe B qui interprétait en parallèle de la CIA les informations fournies, est soupçonnée[24] d'avoir sur-évalué la menace que représentait l'URSS à l'époque, voire d'avoir inventé certaines menaces.

Après le 11-Septembre, George W. Bush a utilisé une rhétorique déjà utilisée pendant la guerre froide[25],[26] en qualifiant Al-Qaida d'incarnation des forces du Mal. La communication de Bush s'est alors tournée vers l'Irak, régime politique décrit comme membre de l'Axe du Mal. Des liens entre Al-Qaida et l'Irak ont alors été supposés, mais jamais confirmés. L'Irak a aussi été suspecté de fabriquer des armes de destruction massive, ce qui s'est avéré être un mensonge forgé à dessein.

Noam Chomsky a montré de manière convaincante que la surévaluation du danger représenté par la guerre froide et la « guerre contre le terrorisme » n'ont été qu'un moyen pour les États-Unis de tenter de renforcer leur hégémonie[27].

L'appel au rejet de la politique de la peur était l'un des arguments de la campagne de Barack Obama[28].

Critiques de l'utilisation du concept par les médias et certaines ONG[modifier | modifier le code]

Sur une politique de la peur exclusivement de la province du Québec (Canada)[modifier | modifier le code]

La loi 12 (le projet de loi 78) concourt à l’instauration « d’un régime de répression et de peur », estime Charles-Maxime Panaccio, professeur à la section de droit civil de l’université d’Ottawa[29].

Sur une politique de la peur exclusivement « républicaine »[modifier | modifier le code]

Certains journalistes décèlent une utilisation plus large de la politique de la peur, y compris dans la politique de Barack Obama quand il évoque, par exemple, « le risque que fait peser sur notre planète » des entreprises comme EXXON[30].

Jouer la carte de la politique de la peur[modifier | modifier le code]

Selon certains observateurs, « politique de la peur » est devenue une expression pratique qui s'est répandue au-delà de l'Amérique du Nord pour attaquer à moindre frais diverses propositions politiques[31].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Renata Fritsch-Bournazel, Rapallo : naissance d'un mythe : la politique de la peur dans la France du Bloc national, Paris : Fondation nationale des sciences politiques, 1974. (OCLC 299635624)
  • Anne-Marie Dillens, La Peur : émotion, passion, raison, Bruxelles : Facultés universitaires Saint-Louis, 2006. (ISBN 9782802801702)
  • Frank Furedi, Politics of Fear: Beyond Left and Right, (ISBN 0-8264-8728-9)
  • Al Gore, The Assault on Reason: How the Politics of Fear, Secrecy and Blind Faith Subvert Wise Decision-making and Democracy, Bloomsbury Publishing, 2007. (ISBN 9780747590972)
  • (fr) Corey Robin, La Peur, histoire d'une idée politique, Armand Colin, 2006
  • American Foreign Policy and The Politics of Fear Threat Inflation since 9/11 par A. Trevor Thrall, Jane K Cramer, Routledge Global Security Studies, 2009
  • Governing through Crime de Jonathan Simon[32]
  • Dan Gardner, Risque : la science et les politiques de la peur, Montréal : Éditions Logiques, 2009. (ISBN 9782893819785)
  • Karaoke Fascism: Burma and the Politics of Fear de Monique Skidmore, University of Pennsylvania Press, 2004
  • War on Terror, Inc.: Corporate Profiteering from the Politics of Fear de Solomon Hughes Verso Books, 2007
  • Culture of Fear: Risk taking and the morality of low expectation, Frank Furedi, (ISBN 0-8264-7616-3)
  • The Culture of fear: The assault on optimism in America, Barry Glassner (ISBN 0-465-01490-9)
  • Urban Nightmares: The Media, the Right and the Moral Panic over the City, Steve Macek, (ISBN 0-8166-4361-X)
  • Kingdom of Fear: Loathsome Secrets of a Star-Crossed Child in the Final Days of the American Century., Hunter S. Thompson, (Simon & Schuster; 1st Simon edition, 1er novembre 2003, (ISBN 0-684-87324-9))
  • You Have the Power: Choosing Courage in a Culture of Fear Frances Moore Lappe et Jeffrey Perkins, (ISBN 978-1585424245)
  • Terrorism and the politics of fear En ligne, AltaMira Press, David L. Altheide 2006 ISBN 0759109184
  • Creating Fear: News and the Construction of a Crisis, David L. Altheide, Aldine de Gruyter, 2002, 223 p. (ISBN 0202306607) - (ISBN 978-0202306605))
  • Politics of fear, practices of hope, Stefan Skrimshire, éditions Continuum, 2009
  • The Politics of Fear: How Republicans Use Money, Race, and the Media to Win, Manuel G. Gonzales Richard Delgado, Paradigm Pusblishers, 2006

Films[modifier | modifier le code]

Documentaires[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dillens, p. 127
  2. La politique de la peur, Amnesty International, 23 mai 2007
  3. Citations de Mencken
  4. Conservatives Without Conscience par John W. Dean Viking, 2006extraits
  5. Politics of fear, p. 123
  6. Politics of fear par Frank Füredi p. 124
  7. Christian Science Monitor
  8. Politics of fear par Frank Füredi p. 126
  9. Robert Griffith, The Politics of Fear: Joseph R. McCarthy and the Senate, University of Massachusetts Press, 1987 Politics of Fear, Joseph MacCarthy and the senate
  10. politique de la peur, Andy Blunden
  11. politique de la peur (paragraphe sur le régime nazi en fin d'article)
  12. Independent
  13. The Bulletin, Philadelphie
  14. How Politics of Fear Have Changed Australia, Adam Jamrozik
  15. (fr) Risque : La science et les politiques de la peur, éditions logiques, , 2009 Review : New Scientist
  16. Étude de la promotion des termes et discours officiels par cinq médias américains
  17. Alana Lentin
  18. Kate Nash
  19. Hystérie sécuritaire et politique de la peur, Horizons et débats, no 22, 11 juin 2007
  20. Rapport 2007 de Amensty International
  21. Interview de Janet Napolitano
  22. http://www.freedomunderground.org/oldskin/view.php?v=3&t=3&aid=25010
  23. dont Elliott Abrams
  24. The Power of Nightmares (en)
  25. http://www.scom.ulaval.ca/Au.fil.des.evenements/2005/05.26/gunn.html
  26. The Power of Nightmares (en)
  27. (en) Rachel Pain, Susan Smith, Fear: Critical Geopolitics and Everyday Life, Ashgate Publishing, Ltd., 2008, p. 33.
  28. (en) « Barack Obama urges voters to reject ‘politics of fear’ in face of resurgent Hillary Clinton », The Times, 28 décembre 2007.
  29. http://m.ledevoir.com/societe/justice/350530/quatre-points-d-interrogation-au
  30. Politique de la peur, sur national review
  31. Spiked online
  32. Insécurité et politique de la peur aux États-Unis
  33. http://news.bbc.co.uk/2/hi/programmes/3755686.stm

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Aspects théoriques[modifier | modifier le code]

Conséquences politiques[modifier | modifier le code]

Critiques des médias[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]