Parti pour la justice et le développement (Turquie)

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Adalet ve Kalkınma Partisi
Image illustrative de l'article Parti pour la justice et le développement (Turquie)
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Présentation
Président Recep Tayyip Erdoğan
Fondation 14 août 2001
Siège 202, Balgat, Ankara
Députés (2011)
327 / 550
Idéologie Droite
Conservatisme
Islamisme
Libéralisme économique
Néo-ottomanisme
Affiliation européenne Alliance des conservateurs et réformistes européens
Couleurs orange, blanc
Site web www.akparti.org.tr

Le Parti pour la justice et le développement ou AKP (Adalet ve Kalkınma Partisi) est un parti de centre-droit, au pouvoir en Turquie depuis 2002. Son président, l’ancien maire d’Istanbul Recep Tayyip Erdoğan, est depuis le 14 mars 2003 le Premier ministre de la Turquie. Son nom est souvent abrégé en AK Parti, ce qui signifie « Parti blanc ». Fondé le , il est issu de la scission du Refah Partisi, « Parti du bien-être », de Necmettin Erbakan, qui a également donné naissance au Saadet Partisi, « Parti de la félicité ».

Idéologie[modifier | modifier le code]

Le Parti pour la justice et le développement se définit lui-même comme un parti populaire démocrate conservateur situé au centre de l'échiquier politique turc. Il revendique un attachement au pluralisme idéologique et comportemental, au respect des droits et des libertés fondamentaux et à une vision politique basée sur la citoyenneté et la tolérance[1].

Le parti prêche pour une réal politique s'appuyant sur une culture du compromis et considère tout autoritarisme comme ennemi de la démocratie. Il a pour objectif de normaliser la vie politique turque en dépassant les tensions engendrées par les éternels antagonismes religion-politique, tradition -modernité, religion-gouvernement et état-société-individus.

L'AK Parti revendique une "révolution silencieuse" basée sur l'appréhension des modifications graduelles de la dynamique sociétale. Selon sa conception de la politique, la volonté du peuple est l'ultime source de légitimité et toute option de gouvernance éclipsant cette volonté ne saurait être tolérée.

Le parti pour la justice et le développement prétend également vouloir accroître la transparence et combattre la corruption.

L'AKP souhaite par ailleurs faire adopter, de façon démocratique, une nouvelle constitution qui reflète ses valeurs concernant notamment les droits et libertés fondamentaux, le respect du droit ainsi que la liberté de pensée et de religion.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les origines du parti[modifier | modifier le code]

L'AKP et le Parti de la Vertu ont émergé des cendres du Parti de la prospérité.

Le fondateur de l'AKP, Recep Tayyip Erdoğan, a commencé sa formation politique dans les années 1970 au sein de l'organisation de jeunesse du Parti du Salut National (Milli Selamet Partisi) fondé par Necmettin Erbakan.

Le Parti de la prospérité, fondé par Necmettin Erbakan en 1983, est arrivé au pouvoir en 1996.

En réponse à la domination de l'Ouest au niveau international, Necmettin Erbakan estimait que le monde Islamique devait mettre en place une structure parallèle avec un marché commun Islamique, un équivalent Islamique des Nations Unies et de l'UNESCO et une monnaie unique Islamique - le Dinar. Erbakan a initié la création du Developing-8 - sur le modèle du G8 - comprenant la Turquie, l'Iran, le Pakistan, l'Indonésie, la Malaisie, le Bangladesh et le Niger[2].

La politique étrangère du Parti de la prospérité entendait offrir une alternative indépendante à l'alignement historique de la Turquie aux Etats Unis et à l'Europe tout en donnant la priorité aux intérêts du pays et à ses valeurs culturelles, mais Erbakan n'a jamais eu les moyens de mettre en oeuvre cette vision.

Malgré ses concessions politiques - notamment la signature d'un accord cadre de coopération militaire avec Israël - Erbakan est poussé à la démission par l'armée et la société civile lors du "coup d'Etat post-moderne" ; son parti sera dissous par la Cour Constitutionnelle, le 16 janvier 1998, au motif qu’il était devenu un « centre d’activités contraires au principe de laïcité ».

Suite à sa dissolution, le Parti de la prospérité se reconstituera sous l'appellation de Parti de la Vertu. Ce nouveau parti assurera la transition entre les proches d'Erbakan et la jeune génération politique plus moderniste conduite par le futur fondateur de l'AKP Recep Tayyip Erdoğan. Ce dernier marquera toutefois son éloignement de l'idéologie initiale en prônant le respect de la démocratie et en soutenant la candidature de la Turquie à l'Union Européenne. Le Parti de la Vertu enregistrera un net recul lors des élections de 1999[3].

Le 22 juin 2001, la Cour Constitutionnelle prononcera la dissolution du Parti de la Vertu considérant qu'il n'était qu'un avatar du Parti de la prospérité et un noyau fondamentaliste Islamique. La Cour ordonnera également la confiscation des biens du parti et l'exclusion de deux de ses membres de la Grande Assemblée Nationale Turque.

Le 14 août 2001, le Parti pour la justice et le développement (AKP) sera créé par Recep Tayyip Erdoğan, autour des principaux leaders de l'ex Parti de la Vertu, avec des personnalités issues de la société civile ou de différents partis politiques comme le Parti de la Mère Patrie ou le Parti Démocrate Turc.

L'AKP réfute catégoriquement toutes les accusations le considérant comme conservateur, et déclare respecter la laïcité inscrite dans la Constitution. Deux manifestations kémalistes ont précédé l'élection présidentielle de 2007.

L'AKP est sorti vainqueur aux élections législatives anticipées de juillet 2007 avec 46,47 % des voix[4].

Recours devant la Cour constitutionnelle (2008)[modifier | modifier le code]

En outre, la Cour constitutionnelle a été saisie d'une procédure d'interdiction de l'AKP, qu'elle a déclaré recevable en mars 2008[5],[6] pour « atteinte à la laïcité », dont l'examen a débuté le 28 juillet 2008. Les milieux laïcs ayant déposé le recours lui reprochaient notamment de comploter contre la République kémaliste et la laïcité turque.

La Cour, dont majorité des juges a été nommée par l'ancien président de la République, Ahmet Necdet Sezer, un ultra-laïque[5], a annulé en juin 2008 deux amendements, votés le 7 février 2008 par le Parlement turc[7],[8], autorisant le voile dans les universités (9 voix contre 2, sans motiver cette décision, contrairement à la loi)[5],[9].

En juillet, l'AKP s'attendait à être dissoute, à l'instar du Parti de la prospérité et du Parti de la vertu, fermés pour cause d'« activités anti-laïques », en 1998 et 2001, ce qui aurait ouvert une crise politique majeure en Turquie[7], ainsi qu'un précédent mondial (aucun parti au pouvoir n'ayant fait l'objet, jusqu'à présent, d'une telle procédure, bien que la Cour turque ait dissous 24 partis depuis 1962[7])[5]. 71 membres de l'AKP, dont le président de la République, Abdullah Gül, et le premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, étaient menacés d'une interdiction de 5 ans d'appartenir à un parti politique, en raison de leurs déclarations au sujet du voile (dont Mehmet Elkatmis, député, poursuivi pour avoir affirmé : « L'interdiction du port du foulard est contraire aux droits de l'homme, personne n'a le droit de l'interdire »)[5].

Dans le même temps, les arrestations se multipliaient dans les rangs ultra-nationalistes, 86 personnes, appartenant au réseau dit Ergenekon (proche de l'État profond) ayant été accusé, fin juillet 2008, de conspiration pour semer la terreur et renverser le régime[10]. Les kémalistes accusaient le pouvoir d'avoir fait de ce second procès une riposte au premier[10]. La tension était ainsi au plus vive, un attentat non revendiqué faisant en outre 16 morts à Istanbul le 27 juillet[10].

La Cour a néanmoins décidé, fin juillet 2008, de ne pas prononcer la dissolution de l'AKP (6 juges ont voté pour, sur 11, alors qu'il en fallait 7), tout en la condamnant financièrement pour « activités anti-laïques », en la privant de la moitié des 26 millions d'euros de subvention publique annuelle[5].

La décision de la Cour a sans doute été influencée par les mises en garde des États-Unis et de l'Union européenne (UE), s'opposant à une telle interdiction[7],[5]. Le général Yasar Büyükanit, chef d'état-major des armées, a déclaré : « La position des forces armées turques sur la laïcité ne change pas. Ni avant moi, ni avec moi, ni après moi[7]. » Selon Le Monde, l'UE et les laïques libéraux attendent pourtant une réforme de la Constitution, issue du coup d'Etat militaire de 1980, qui permettrait de limiter la possibilité de dissolution des partis politiques[7].

Affaires de corruption[modifier | modifier le code]

Le , Recep Tayyip Erdoğan procède à un important remaniement ministériel qui affecte dix postes sur vingt-cinq de son gouvernement, à la suite d'opérations judiciaires et policières ayant mis à jour un possible réseau de corruption concernant des membres éminents de l'AKP et leurs proches[11]. Même s'il s'en défend et dénonce un complot de l'étranger, le propre fils du Premier ministre est mis en cause dans ces affaires de corruption ; le procureur qui menait l'enquête à son sujet a pourtant été déssaisi du dossier, ce qui a provoqué l'indignation du Conseil supérieur des juges et des procureurs, Erdogan étant accusé de vouloir étouffer l'affaire. Ces évènements ont également engendré des manifestations, l'effondrement de la livre turque à la Bourse d'Istanbul et compromet les chances du Premier ministre à l'approche des élections de 2014 et 2015[12]. Par la suite, six députés démissionnent, une première dans l’histoire du parti, ne manquant pas au passage de critiquer le Premier ministre. Ertugrul Günay, ancien ministre de la Culture dénonce ainsi « l'arrogance du gouvernement » alors qu'Erdoğan Bayraktar, jusque là député d'Ankara déclare : « Un parti politique ne peut pas être géré comme s'il était la propriété d'une personne, particulièrement de M. Tayyip Erdogan » et que d'autres demandent même sa démission[13].

Résultats électoraux[modifier | modifier le code]

  • Le 3 novembre 2002 l'AKP remporte 34,17 % des voix (361 sièges) aux élections législatives anticipées[14]
  • Le 22 juillet 2007 l'AKP remporte 46,52 % des voix (341 sièges) aux élections législatives anticipées
  • Le 12 juillet 2011 l'AKP remporte 49,90 % des voix (326 sièges) aux élections législatives anticipées

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Site officiel du "Parti pour la Justice et le Développement", janvier 2014
  2. The AK Party and the Evolution of Turkish Political Islam’s Foreign Policy par GALİP DALAY et DOV FRIEDMAN
  3. Article : Décès d'Erbakan, le leader historique de l'Islam politique par Hélène Guillaume, Observatoire de la Vie Politique Turque - 2 mars 2011
  4. http://www.hurriyet.com.tr/secimsonuc/default.html
  5. a, b, c, d, e, f et g Laure Marchand, Turquie : l'AKP échappe de peu à l'interdiction, Le Figaro, 31 juillet 2008
  6. France 24 | Un procureur turc demande la dissolution de l'AKP | France 24
  7. a, b, c, d, e et f Guillaume Perrier, En Turquie, l'AKP est sanctionné mais pas dissous, Le Monde, 31 juillet 2008
  8. En Turquie, le Parlement autorise le port du voile à l'université, dans Le Monde du 07-02-2008, [lire en ligne]
  9. Pas de voile à l'université turque - Nonfiction.fr le portail des livres et des idées
  10. a, b et c Jean-Michel Demetz et Nükte V. Ortaq, L'heure des juges en Turquie, L'Express, 29 juillet 2008
  11. Arielle Thedrel, « Guerre fratricide chez les islamistes turcs », in Le Figaro, jeudi 26 décembre 2013, page 6.
  12. Nare Hakikat, « Rattrapé par les affaires, Erdogan dénonce une conspiration contre la Turquie », in Le Figaro, lundi 30 décembre 2013, page 5.
  13. Laure Marchand, « Turquie : le parti d'Erdogan plonge dans la tourmente », in Le Figaro, mardi 31 décembre 2013, page 6.
  14. Parline, la Base de Données de l'Union Interparlementaire

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]