Affaire du conseiller Prince

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Affaire du conseiller Prince
La Combe-aux-Fées.
La Combe-aux-Fées.

Nature du crime Assassinat, suicide ?
Pays de lieu du crime Drapeau de la France France
Ville Dijon
Nombre de victimes 1 : Albert Prince
Jugement
Statut Affaire non résolue

L’affaire du conseiller Prince a son origine dans la découverte, le , du corps déchiqueté d'Albert Prince (1883-1934) attaché aux rails[1], au kilomètre 311 de la voie ferrée Paris-Dijon, à proximité de cette dernière ville, au lieu-dit La Combe-aux-Fées. Une mallette ouverte et vide est retrouvée non loin de son corps[2]. Conseiller à la cour d'appel de Paris et chef de la section financière du parquet de Paris, il avait enquêté sur Alexandre Stavisky, un financier véreux retrouvé « suicidé » la même année.

Albert Prince[modifier | modifier le code]

Le Conseiller Prince, en robe d'audience.

Albert Prince naît en 1883 à Châtenois-les-Forges dans le Territoire de Belfort. Sa carrière judiciaire débute en 1907 au parquet de la Seine. Il s’illustre pendant la Première Guerre mondiale, où de simple sergent, il s’élève au grade de capitaine. Il est par deux fois blessé au combat, décoré de la croix de guerre avec deux citations, puis obtient la Légion d’honneur. Fait prisonnier, de 1916 à 1918 il est interné dans le camp de Vöhrenbach dans le grand-duché de Bade. Il poursuit sa carrière de magistrat après 1918 et est nommé procureur de la République à Troyes, le . Il reste à ce poste presque trois ans. À la fin des années 1920, il est nommé responsable de la section financière du tribunal de la Seine, un poste concerné par l’affaire Stavisky.

L'enquête[modifier | modifier le code]

Photomontage à la une : les quatre malfrats en costume, sur fond de personnages cagoulés et de voie ferrée évoquant la mort du conseiller Prince
L'affaire Prince est contemporaine de la naissance en France du thème de la « mafia » réputée toute-puissante, illustrée dans ce photomontage à la une de l'hebdomadaire communiste Regards de mars 1934 par les quatre principaux malfrats un temps accusés : de haut, en bas, Paul Carbone, Georges Hainnaux, Gaëtan de Lussats et François Spirito. En arrière-plan, derrière les personnages cagoulés, une voie de chemin de fer illustrant le lieu du crime, La Combe-aux-Fées.
un truand, familèrement accoudé au bureau du juge
L'effondrement des accusations contre Carbone, Spirito et de Lussats, dessin de Paul Iribe dans Le Journal du 7 avril 1934 : « Monsieur le juge, tous mes amis peuvent vous le dire : ce jour-là, je déjeunais à Marseille, à Cannes, à Nice et à Monte-Carlo. »

Des témoignages font pencher l'enquête en faveur d'un meurtre : son rapport sur l'affaire Stavisky a disparu, il a été faussement attiré à Dijon où demeure sa mère et certains assurent l'avoir vu se débattre à l'arrière d'une voiture[3].

Malgré tout, les commissaires Belin et Guillaume ne privilégient que la thèse du suicide. L'inspecteur Pierre Bonny va ensuite, sur la base de faux éléments, accuser les caïds marseillais Paul Carbone, François Spirito et Gaëtan de Lussats qui sont incarcérés le 29 mars suivant à la maison d’arrêt de Dijon[4]. En moins d'un mois, les deux premiers furent relaxés et de Lussats transféré à Paris puis à Nice sous l'inculpation de recel de timbres fiscaux volés[5]. L'affaire fut classée en janvier 1937. En 1944, Pierre Bonny aurait confié à son fils ainsi qu'au médecin légiste présent lors de son exécution qu'il était responsable de l'assassinat de Prince et que le meurtre avait été commis pour « défendre la République »[6].

Réactions[modifier | modifier le code]

Le , Léon Daudet, dans une lettre ouverte intitulée La Maçonnerie et les événements actuels, attaque violemment la franc-maçonnerie, à qui il attribue l'assassinat du magistrat[7]. Une opinion partagée par Alfred Détrez dans ses essais. Albert Vigneau désigne la maçonnerie comme liée à l'assassinat d'Albert Prince, tout comme à l'affaire Stavisky et la dissolution des ligues après la crise du 6 février 1934[8].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alfred Détrez, L'Assassinat du conseiller Prince – Un crime politique, Librairie Paillard, 1934.
  • Alfred Détrez, L'État secret démasqué – L'Affaire Prince, Librairie Paillard, 1935.
  • Paul Jankowski (trad. Patrick Hersant), Cette vilaine affaire Stavisky : histoire d'un scandale politique [« Stavisky: A Confidence Man in the Republic of Virtue »], Paris, Fayard, , 467 p. (ISBN 2-213-60645-5, présentation en ligne).
  • Pierre Cornut-Gentille, Un scandale d'État : l'affaire Prince, Paris, Perrin, , 256 p. (ISBN 978-2-262-03212-8).
  • Guy Penaud, L'Inspecteur Pierre Bonny, le policier déchu de la gestapo française du 93, rue Lauriston, Éditions L'Harmattan, 2011.
  • Gisèle Dessaux Prince, Ils ont tué mon père - L'affaire Prince 1934, Plon, 1995.

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Dans le téléfilm Stavisky, l'escroc du siècle (2016) de Claude-Michel Rome, son rôle est tenu par Frédéric van den Driessche.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gisèle Dessaux-Prince, Ils ont tué mon père. L'affaire Prince, Plon, 1995.
  2. La mort inexpliquée du magistrat Albert Prince, le 20 février 1934.
  3. Pierre Cornut-Gentille, Un scandale d'État : l'affaire Prince, Éditions Perrin, 2010.
  4. Le baron Gaetan de Lussats (au centre, le visage caché par son pardessus) sort de la Sûreté générale encadré par deux inspecteurs.
  5. Poisson, « La mort du Conseiller Albert Prince - Le blog de Philippe Poisson ».
  6. Jacques Bonny, Mon père l'inspecteur Bonny, éditions Robert Laffont, 1975, p. 113-115.
  7. « Stavisky - Livre Rare Book ».
  8. Albert Vigneau, La Loge Maçonnique, Paris, Les Nouvelles Éditions Nationales, 1935 ; réédition aux éditions du Trident en 2011, p. 164.