Sargon d'Akkad

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Sargon d'Akkad
Sargon of Akkad.jpg

Tête en bronze d'un roi akkadien (musée national d'Irak), dite le « Masque de Sargon », probablement celle de Sargon d'Akkad, éventuellement celle de son petit-fils Naram-Sin.

Biographie
Naissance
Azupiranu (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Décès
Période d'activité
Activité
SouverainVoir et modifier les données sur Wikidata
Père
La'ibum (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Mère
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Conjoint
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Enfants
Rimush
Manishtusu
Enheduanna
Shu-Enlil (en)
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Autres informations
Religion
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Sargon d’Akkad, forme francisée de l’akkadien 𒈗𒁺 / Šarru-kīnu (qu’on traduit généralement par « roi légitime »), fut le souverain fondateur de l’empire d’Akkad, plutôt appelé aujourd’hui « empire d’Agadê »[1], en unifiant par la force les principales cités de Mésopotamie sous son autorité. Les dates de son règne sont incertaines : on le situe couramment vers 2334-2279 av. J.-C., mais il peut avoir régné plus tard, vers 2285-2229.

Son règne demeure assez méconnu, dans la mesure où les historiens ne possèdent aucune archive datant de son règne et on ne connaît que quatre noms d'année (ces noms d'année servaient à dater les évènements du règne sur les documents de la pratique, à partir d'un évènement marquant de l'année précédente et choisi par le souverain). Au total, pour écrire l'histoire de Sargon, l'assyriologue doit se contenter de quelques inscriptions royales d'époque (mais transmises par des copies postérieures de plusieurs siècles), de légendes également postérieures et romancées et de chroniques babyloniennes remontant surtout au 1er millénaire avant J.C.

Coup d’État à Kiš[modifier | modifier le code]

La prise du pouvoir par Sargon n'est connue que par des textes postérieurs de près de mille ans, mais reprenant peut-être des traditions plus anciennes.

Ainsi, Ur-Zababa, petit-fils de Kubaba (l’une des très rares femmes à avoir régné en Mésopotamie), régnait comme ensí[2] à Kiš lorsqu’il fut détrôné par un obscur personnage qui se fit appeler « Roi légitime »[3] sans doute pour faire oublier qu’il était a priori un usurpateur.

Sargon d’Akkad était d’origine simple. Il serait devenu serviteur d’Ur-Zababa et parvenu au rang de Grand-Échanson (« GAL.GEŠTIN » en sumérien). Cette position stratégique lui donnait accès au culte des dieux à travers l’offrande rituelle des boissons. La tradition rapporte qu’Enlil aurait été offensé par le souhait d’Ur-Zababa de modifier ce rituel et Sargon aurait alors comploté pour le renverser ; Ištar étant la déesse poliade de Kiš, c’était renouer avec elle que rétablir les offrandes rituelles dans leur tradition immuable. C’est sans doute à la suite d’intrigues politico-religieuses de ce genre que Sargon devint ensí à la place de l’ensí, vers 2270 av. J.-C. selon la chronologie courte[4].

Extrait de la chronique de l'Esagil au 1er millénaire :

"A propos du vin des coupes de l'Esagil, Ur-zababa ordonna à Sargon, son échanson : « Change-le ». Sargon ne changea pas le vin ; au contraire, il prit grand soin de le livrer diligemment à l'Esagil. Marduk, le fils du prince de l'Apsû, posa sur lui son regard bienveillant et lui confia la royauté sur les quatre rives. Il prit soin de l'Esagil. Tous ceux qui résidaient dans des palais apportèrent leur tribut à Babylone." (traduction J.J. Glassner[5]).

La conquête du pays de Sumer[modifier | modifier le code]

Sargon marcha sur Uruk, qu’il conquit et dont il démolit les remparts, puis se retourna contre Lugal-zagesi, qu’il vainquit et emmena dans un carcan pour être exposé garrotté à la porte de l’« É-kur » (littéralement : « maison-montagne/étranger »), le temple d’Enlil à Nippur. Sargon s’empara ensuite d’Ur, de Lagaš et d’Umma. À Eninkimar (pl), port de Lagaš, il « lava ses armes dans la mer » pour marquer son pouvoir sur tout le pays de Sumer, du nord au sud : c’était la fin de la période des Dynasties Archaïques et le début de la période d’Akkad ou d'Agadê. Si les inscriptions de Sargon relatent une violence nouvelle dans ce genre de documents, il s'empresse toutefois de se mettre sous l'égide du dieu sumérien Enlil et place deux de ses filles comme prêtresses (entu) dans des temples du pays de Sumer.

Extrait d'inscription de Sargon, recopiée sur une tablette d'argile :

" Sargon, le roi d’Akkadé, (…) le roi de Kish, l’oint d’Anum, le roi du Pays, le vicaire d’Enlil, vainquit la ville d’Uruk et détruisit son rempart. [Il défit] Uruk dans une bataille [et] fit prisonnier Lugal-zage-si, le roi d’Uruk, au cours de la bataille ; il l’amena dans un carcan à la porte d’Enlil." (traduction J.R. Kupper)[6].

Des expéditions lointaines[modifier | modifier le code]

Après quoi, il faut supposer que Sargon se lança au cours de son règne dans des expéditions lointaines, prenant le contrôle de la Syrie et remontant peut-être jusqu'à la Méditerranée ou l'Amanus. C'est en tout cas ce que certaines inscriptions laissent deviner et que la tradition postérieure a retenue.

Extrait d'une autre inscription de Sargon, recopiée sur la même tablette d'argile :

"Sargon, le roi de Kish, gagna 34 batailles ; il détruisit les remparts jusqu’au bord de la mer. Il amarra au quai d’Akkadé les bateaux de Meluhha (= Inde), les bateaux de Magan (= Oman) (et) les bateaux de Tilmun (= Bahreïn). Sargon, le roi, se prosterna en prière à Tuttul (= ville de Syrie) devant Dagan. (Dagan) lui donna le pays supérieur : Mari, Yarmuti, Ebla, jusqu’à la Forêt de Cèdres (= Liban ou Amanus) et aux Monts d’Argent. Sargon, le roi auquel Enlil ne donna pas de rival : 5400 hommes (variante : soldats) prenaient chaque jour leur repas devant lui." (traduction J.R. Kupper)[6].

Un personnage de légendes.[modifier | modifier le code]

Sargon a fait l'objet de nombreuses légendes dont il est impossible d'établir le degré de véracité. En règle générale, ces textes sont encore mal compris car découverts souvent en quelques exemplaires seulement. S'il est possible de déterminer à grand trait une chaîne de transmission pour certains textes, comme Sargon roi de combat, il est impossible de le faire pour d'autres textes comme La légende de Sargon, connue seulement par 3 exemplaires du 1er millénaire (s'agit-il d'une invention de cette époque ou de traditions anciennes encore inconnues ?). D'autres textes témoignent de traditions légendaires sur Sargon au début du 2e millénaire mais disparaissent ensuite des sources, preuve peut-être que ces traditions n'ont pas été reprises véritablement[7]. C'est le cas par exemple du poème sumérien Sargon et Ur-Zababa, ainsi que d'un texte retrouvé uniquement à Mari et qui relate que Mari, prise par Sargon, a vu des shakkanakku (gouverneurs) contrôler l'activité de rois maintenus localement[8]. On possède également deux lettres fictives que la tradition a conservée, sans qu'il soit facile d'en comprendre la fonction précise. Enfin, les catalogues de bibliothèques mentionnent aussi des incipit de légendes qui n'ont pas été retrouvées, comme « Sargon l'illustre », cité dans les catalogues Rm 618.5 et K13684[9].

En tout cas, comme le remarque l'assyriologue M. Guichard, "le début du deuxième millénaire marque un tournant essentiel dans l’élaboration de la matière sur Sargon, car c’est à cette période que sont élaborés les principaux récits que nous connaissons et c’est aussi le moment où naît et se développe une tradition pseudo-historique fondée par la science des devins"[10]. Cette tradition divinatoire engendre la rédaction de chroniques dites "pseudo-historiques" : on mentionne des évènements qui sont censés avoir eu lieu, probablement pour interpréter l'actualité. Les textes du 2e millénaire donne une image assez positive de Sargon, tandis que les textes du 1er millénaire assombrissent cette image, phénomène s'expliquant peut-être par la longue période de domination assyrienne et l'éloignement du pouvoir qu'il engendre.

Le poème sumérien Sargon et Ur-Zababa (début du IIe millénaire).[modifier | modifier le code]

Ce poème en sumérien n'est connu que par deux versions du début du 2e millénaire. Lacunaire et donc difficile à saisir, le texte semble expliquer pourquoi et comment Sargon a pris le pouvoir, en fournissant le récit du conflit entre Sargon, échanson du palais et son roi Ur-Zababa.

Le principal passage conservé est un duel inégal entre Ur-Zababa et la déesse Inana, à cause de Sargon qui fait figure de nouvel amant de la déesse. Dès le préambule, il apparaît que les dieux ont retiré leur faveur à Ur-Zababa : "Tout comme Narâm-Sîn dans la Malédiction sur Agadé, le roi de Kiš est averti en songe mais, au lieu de faire pénitence, il tait le message divin. Ce faisant, il ne fait que justifier la sentence divine. L’obsession d’Ur-Zababa, devenu dépressif, est de se débarrasser de son rival. Comme pour contourner Ur-Zababa qui ne veut rien révéler du décret des dieux, Inana visite en songe Sargon qui s’est assoupi sur son lieu de travail"[7] :

Extrait du poème sumérien Sargon et Ur-Zababa :

"Un beau jour, à la tombée du soir, tandis que Sargon était allé apporter les offrandes régulières au palais, (Ur-Zababa) s’allongea près d’elle (= inana) dans sa chambre sainte, lieu saint. Il sut (tout) en son for intérieur, mais ne desserra pas les lèvres et n’en parla avec personne.

Une fois que Sargon eût délivré les offrandes pour le palais, comme (Ur-Zababa) l’avait promu grand échanson, il le chargea du vaisselier. (Mais) Sainte Inana œuvrait inlassablement à son côté (Sargon).

Quand 5, puis 10 jours furent passés, le roi Ur-Zababa était aux aguets, il était pris d’un tremblement de peur dans sa (propre) demeure. Tel un fauve, le voilà pissant entre ses jambes et c’était rempli de sang et de pus à l’intérieur, il se sentit épuisé, tel un poisson frétillant dans l’eau saumâtre, il était troublé à cause de lui.

Alors, le grand échanson, dans la brasserie d’Ezina, Sargon ne s’allongea pas pour dormir mais pour rêver. Sainte Inana dans le rêve les faisait plonger (tous deux) dans une rivière de sang. Sargon en poussant des cris stridents rongea le sol (d’angoisse). Le roi Ur-Zababa ayant entendu ce cri, on le conduisit devant le roi, dans son lieu saint (...) :

— Grand échanson, tu as eu un rêve cette nuit, révèle le message qui t’a été adressé (...).

— Mon seigneur, je vais te décrire mon rêve : Il y avait une jeune femme, sa taille était comme le ciel, sa largeur comme la terre, elle était installée aussi (solidement) que la base d’une muraille. Tu étais contraint de plonger pour moi dans une grande rivière, une rivière de sang.

Alors, Ur-Zababa se mangea les lèvres, la peur l’envahit." (traduction M. Guichard).

La "légende de Sargon" (VIIe siècle).[modifier | modifier le code]

Des textes du VIIe siècle av. J.-C. découverts à Ninive — donc postérieurs de seize siècles à Sargon, mais contemporains de la date probable de rédaction des plus anciens livres qui formeront la Bible par la suite — relatent ainsi son accession au pouvoir[11]:

« Extrait de la Légende de Sargon : Ma mère était grande prêtresse. Mon père, je ne le connais pas. Les frères de mon père campent dans la montagne. Ma ville natale est Azupiranu [« ville du safran » ?], sur les bords de l’Euphrate. Ma mère, la grande prêtresse, me conçut et m’enfanta en secret. Elle me déposa dans une corbeille de roseaux, dont elle scella l’ouverture avec du bitume. Elle me lança sur le fleuve sans que je puisse m’échapper. Le fleuve me porta ; il m’emporta jusque chez Aqqi, le puiseur d’eau. Aqqi le puiseur d’eau me retira [du fleuve] en plongeant son seau. Aqqi le puiseur d’eau m’adopta comme son fils et m’éleva. Aqqi le puiseur d’eau m’enseigna son métier de jardinier. Alors que j’étais jardinier la déesse Ištar se prit d’amour pour moi et ainsi j’ai exercé la royauté pendant cinquante-six ans. (traduction R. Labat). »

Ce récit ressemble beaucoup à celui de la naissance de Moïse. On retrouve de pareils éléments légendaires concernant d'autres fondateurs d'empires comme Cyrus le Grand ou de cité, comme Romulus[12]. En revanche, il est bien difficile pour l'historien d'évaluer la teneur historique de cette légende (par exemple, un autre texte mentionne le nom du père de Sargon), qui semble surtout être un motif littéraire.

Sargon, roi de combat[modifier | modifier le code]

On a également retrouvé un cycle légendaire, intitulé Sargon roi de combat (Shar tamhari), narrant les conquêtes de Sargon. Ces légendes sont connues par plusieurs tablettes réparties sur plus d'un millénaire (du début du 2e millénaire jusqu'à l'époque néo-assyrienne) et retrouvée un peu partout au Proche-Orient (dont une version d'El Amarna en Égypte et des textes hittites). Ces légendes marquent d'importantes évolutions dans le temps (les lieux cités, les protagonistes intervenant ne sont plus les mêmes). On y voit en tout cas le souvenir d'expéditions que Sargon aurait mené en Anatolie. Surtout, ces textes reprennent des motifs littéraires par ailleurs célèbres, comme le débat contradictoire entre un souverain et une assemblée (ici, des marchands), la traversée d'un lieu obscur (on pense à l'épisode de Gilgamesh dans la forêt de cèdres) et la conquête des extrémités de la Terre[13].

Extrait de la version paléobabylonienne de Sargon roi de combat :

" « Affronte l’arme de l’ennemi ! Notre adversaire, broie-le ! Je m’exalterai alors pour toi, Ô roi ! Et je ferai retentir pour toi mes acclamations. Que ta stature se dresse devant leurs statures ! L'égide qui les couvrait a disparu, un génie protecteur a, pour mon maître, sauvegardé la ville. De sa propre main. il t’a comblé de troupes. Leur descendance (?) fait [monter vers toi (?)] des acclamations. Quarante-mille (hommes), d'accord, [t'appellent (?)] : (Ces gens par trois-mille ra[ngés], ces chefs ceints de pectoraux d'or sur la proue de leurs poitrines, ces hommes de fer, instigateurs de stratagèmes qui, dépouillant le vêtement des purs savent allier, par malice, la sagacité au courage : tous ces gens qui, tels des étoiles couvrent la plaine ! ». (Discours d'un général de Sargon).

Or Sargon s'en allait vers le pays d'Utarapashtim. Soudain le bois est en feu : son incendie a changé en ténèbres la lumière des cieux. Le soleil s'est obscurci. Les grandes étoiles apparaissent à l'ennemi. Les préposés aux remparts ennemis, à grands cris, vers la ville rameutent tous ensemble gros et petit bétail : ils abandonnent leur faction. Alors, la horde d'Akkad, qui les a entendus, la horde d'Akkad bloque les battants de la porte. Elle a fait de la ville un morceau de ruine. Sur 50 double-lieues à l'entour du palais, nul oiseau (désormais) ne trouva plus de gîte. Le rat (seul) y rongea. (...)

Le pays de Barhlalzi (?) j’ai vaincu et son agriculture j’ai réduit à néant (…), j’ai vaincu et [j'ai inscrit (?)] (son) destin sur sa face. [A]murru] j’ai vaincu et la terreur j’y ai répandu. Subar[u) (?) j'ai vaincu et Mutiabal (?) j'ai vaincu et (…) en radeau (…) j’ai (...) Karkemis (?) j’ai vaincu et je lui ai imposé le fouet. [Les Turukk]éens (?) j’ai vaincu et ... [L'Elam (?) j'ai vaincu] et son [ravitaillement (?)] j'ai coupé, et j’y ai fait régner le deuil. Na...zam (?) j'ai vaincu, mais ils implorèrent (ma) grâce et je (leur) prêtai l’oreille. Depuis que je les ai (ainsi) pris, puis libérés (?), devant son [dieu (?)] Silama. Sargon, à l’égal d’une mère, glorifie. Maintenant, (tout) roi qui voudra se dire mon égal, partout où j‘ai porte mes pas, lui, qu’il porte les siens ! » (traduction J. Nougayrol[14]).

Une nouvelle ère[modifier | modifier le code]

L'empire d'Akkad sous Sargon et ses successeurs.

Cet événement marqua une rupture historique majeure en Mésopotamie à deux égards :

  • la civilisation des Sémites de Haute Mésopotamie prenait l’ascendant sur celle des Sumériens de Basse Mésopotamie, ce qui se matérialisa par le recul très net de l’usage de la langue sumérienne, bientôt cantonnée aux activités d’élite (c’est-à-dire au culte, aux épopées et aux affaires d’État, puis bien vite seulement au culte et aux épopées) tandis que les domaines commercial et légal étaient gérés en akkadien,
  • pour la première fois dans l’Histoire une vaste région de Mésopotamie était politiquement unifiée sous l’autorité centrale d’un monarque, ce qui a fait dire de Sargon d'Akkad qu'il fut le premier empereur connu de l'histoire.

Sargon fonda Agadê/Akkad sur l’Euphrate et conquit Mari et Ebla à l’ouest puis Awan et Warahše à l’est dans le Zagros et finalement Suse en Élam. Il épousa Tašlutum, une Agadéenne qui dut le partager avec un certain nombre de concubines. L’une d’entre elles, vraisemblablement sumérienne, lui donna une fille, Enheduanna, qui devint grande prêtresse de Nanna, Ningal et surtout Inanna à Ur. Sargon l’aurait placée à ce poste à l’« é-kiš-nu11-gal » (littéralement : « maison universelle du grand luminaire », c’est-à-dire le temple lunaire) d’Ur dans le but de contrôler plus étroitement les populations sumériennes du sud. Quarante-deux hymnes lui sont attribués, qui marquèrent le culte aux dieux à travers les différents temples de l’empire agadéen pendant près de cinq siècles, jusqu’à l’avènement d’Hammurabi, ce qui ferait d’elle le plus ancien auteur littéraire identifié de l’Histoire.

Un roi révéré par ses pairs[modifier | modifier le code]

Sargon constitue donc le premier unificateur de Sumer et d'Akkad et la figure du premier grand conquérant, objet de nombreuses légendes. Ceci explique pourquoi les souverains postérieurs ont souvent révéré son nom. Ainsi, Sargon apparaît comme ancêtre dans le rituel du kispum du roi de Mari (début du 2e millénaire). Au 1er millénaire, Nabonide aurait retrouvé sa statue lors de travaux de restauration d'un temple et lui aurait accordé des offrandes.

Extrait du "document chronographique concernant Nabonide" :

"Il (Nabonide) vit l'inscription de Narâm Sîn et sans la changer de place, la restaura et y apposa sa propre inscription. Il vit dans cette enceinte sacrée une statue de Sargon, le père de Narân-Sîn : la moitié de sa tête était brisée et se désintégrait à la rendre méconnaissable. Étant donné sa révérence envers les dieux et son respect envers la royauté, il convoqua les artisans experts, restaura la tête de cette statue et restitua son visage. Il ne la changea pas de place mais l'installa dans l'Ebabbar et instaura une oblation pour elle. » (traduction J.J. Glassner[5]).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. du nom de la ville d’Agadê, autrefois orthographiée Akkad
  2. c’est-à-dire comme souverain, sens du vocable sumérien « ensi2 ».
  3. le sens exact de Šarru-kîn comporterait à la fois le sens de « Roi de par la loi » et de « Roi fidèle aux lois ».
  4. La chronologie moyenne donne une date forcément plus ancienne : 2325 av. J.-C.
  5. a et b Jean Jacques Glassner, Chroniques mésopotamiennes., Paris, Les Belles Lettres, , p. 241
  6. a et b Kupper J.R. et Sollberger, E., Inscriptions sumériennes et akkadiennes., Paris, Littérature Ancienne du Proche Orient, Editions du Cerf, , p.97
  7. a et b Guichard, Michaël, « Histoire et philologie de la Mésopotamie. Conférences de l’année 2014-2015 », Annuaire de l'École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences historiques et philologiques. Résumés des conférences et travaux, no 147,‎ (ISSN 0766-0677, lire en ligne)
  8. Jean-Marie Durand, « Sargon a-t-il détruit la ville de Mari ? », Revue d'assyriologie et d'archéologie orientale, vol. 106, no 1,‎ , p. 117–132 (ISSN 0373-6032, DOI 10.3917/assy.106.0117, lire en ligne)
  9. (en) « SARGON « ROI DU COMBAT » on JSTOR », sur www.jstor.org (consulté le 20 février 2018)
  10. « Guichard, M. Histoire et philologie de la Mésopotamie, Annuaire de l'EPHE 147, 2016, p.17 », sur journal.openedition.fr, (consulté le 20 février 2018)
  11. (en) Joan Goodnick-Westenholz, Legends of the Kings of Akkade : the texts, Winona Lake, Eisenbrauns, , p. 37-49
  12. Philippe Abadie, « Moïse, héros d'un peuple sans terre », Le Monde de la Bible, Bayard, no 192 « À l'origine d'Israël, Abraham ou Moïse ? »,‎ , p. 34 (ISSN 0154-9049)
  13. J. J. Glassner, « SARGON « ROI DU COMBAT » », Revue d'Assyriologie et d'archéologie orientale, vol. 79, no 2,‎ , p. 115–126 (lire en ligne)
  14. J. Nougayrol., « « Un chef-d'oeuvre inédit de la littérature babylonienne », », Revue d'Assyriologie et d'archéologie orientale 45/4,,‎ , p. 169-183

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

http://www.iaw.unibe.ch/unibe/portal/fak_historisch/dga/iaw/content/e39448/e99428/e122665/e122821/pane122850/e122905/LalgendedeSargon2_1_4_ger.pdf : traduction d'une partie de la légende de Sargon par P. Attinger.

https://www.college-de-france.fr/site/thomas-romer/symposium-2016-05-26-14h45.htm : enregistrement vidéo d'une conférence de D. Charpin, professeur au Collège de France : "De l'histoire à la légende : le cas des rois d'Akkad".

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) George W.Botsforth, The reign of Sargon, A Source-Book of Ancient History, Macmillan, New York, 1912.
  • (fr) Jean-Marie Durand, "Sargon a-t-il détruit la ville de Mari ?", Revue d'assyriologie et d'archéologie orientale 106/1, 2012, p. 117-132.
  • (en) Stéphanie Mary Dalley, Sargon, Encyclopædia Britannica, Oxford University Press, Oxford, New York, 2007.
  • (en) Robert Drews, “Sargon, Cyrus and Mesopotamian Folk History”, Journal of Near-Eastern Studies n° 33 (1974), p. 387–393 ;
  • (fr) Francis Joannès (dir.), Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, Bouquins, Paris, 2001, p. 755 (article Sargon par F. Joannès).
  • (fr) Jean-Jacques. Glassner, « Sargon, roi du combat »,  Revue d'Assyriologie et d'archéologie orientale 79/2, 1985.
  • (fr) Jean-Jacques. Glassner, « Le récit autobiographique de Sargon »,  Revue d'Assyriologie et d'archéologie orientale 82/2, 1988, p.1-11.
  • (en) Joan Goodnick Westenholz, Legends of the Kings of Akkade, Eisenbrauns, Winona Lake, 1997, p.33-169.
  • (fr) Michael Guichard, « Histoire et philologie de la Mésopotamie », Annuaire de l'École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences historiques et philologiques, 147, 2016, p. 17-23.
  • (en) Bryan Lewis, The Sargon legend : A Study of the Akkadian text and the tale of the hero who was exposed at birth, American Schoolsof Oriental Research Dissertation Series 4. Cambridge, American Schools of Oriental Research, 1984.
  • (fr) Jean Nougayrol, « Un chef-d'oeuvre inédit de la littérature babylonienne », Revue d'Assyriologie et d'archéologie orientale 45/4, 1951, p. 169-183.