Paralloïdre

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Le paralloïdre est une langue inventée par André Martel et utilisée dans plusieurs de ses livres poétiques.

Un exemple[modifier | modifier le code]

« Ocij voyantoi mon miliorami. Maitoulégens issonpas du monavis. I crédulent en durafer queutè un pirespès d'antéchristol.
Issont dans l'error la plusse injusticière. »

« Lettre à A. Tom » dans le Mirivis des Naturgies, Collège de 'Pataphysique, 1962 ; calligraphié et illustré par Jean Dubuffet.

Origine[modifier | modifier le code]

André Martel décrit la composition du terme paralloïdre de la façon suivante :

« Le mot "paralloïdre" est formé par trois éléments. Un radical, "Parall", qui vient de parallèle naturellement. Une terminaison, "oïde", c'est-à-dire forme. Et une lettre d'ajout, "r", qui s'incorpore dans la dernière syllabe oïde pour la transformer en "oïdre". Littéralement, paralloïdre désigne donc un langage qui est à côté, en marge du langage officiel. »[1]

Le premier texte composé dans ce langage était une courte poésie, le Poéteupote, rédigée en 1949. Cette invention marque un véritable tournant dans la carrière littéraire d'André Martel. Incompris par l'académie du Var où il exerçait en tant que poète classique depuis plus de vingt ans, il quitte Toulon et monte à Paris, où il devient le secrétaire de Dubuffet qui illustrera ses textes. Ce dernier l'introduira au du collège de Pataphysique où il deviendra régent de la chaire de Pataphysique Matrimoniale & Verbiculture.

Mode de formation des mots[modifier | modifier le code]

Dans sa « clé du paralloïdre » préfaçant le Mirivis des Naturgies, André Martel explique que le matériau de cette langue est constitué par tous les sons de la parole articulée. Les éléments en sont les racines, les préfixes et les suffixes de la langue française. L'auteur a libéré tous les phonèmes, diphtongues et syllabes figés en raison de l'orthographe dans une morphologie immuable.

André Martel a révélé quelques-uns des procédés qu'il a utilisés pour former ce nouveau lexique :

  • Le bloconyme : assemblage de plusieurs mots ou interjections en un seul ; par exemple, Ohahoh. Il peut aussi être à permutation comme dans Ardifeu pour feu hardi.
  • L'autosoude : prendre dans les mots à réunir des éléments de chacun d'entre eux ; par exemple, Incantate ou Aziel.
  • La nigautisation qui donne au discours un ton naïf ; par exemple viénez pour venez.

Le paralloïdre possède aussi un fort caractère euphonique.

En dépit de son caractère loufoque ou enfantin, le paralloïdre reste relativement lisible pour un locuteur francophone. Ce nouveau mode d'expression littéraire n'est pas sans rappeler d'autres projets du même type.
On pense, pour les francophones, au jargon de Jean Dubuffet dans ler dla canpane, la botte à nique, au langage de Camille Bryen dans Hépérile éclaté, à celui de Bernard Réquichot, au discours absolu d'Altagor ou encore au langage enfançon du poète baroque Papillon de Lasphrise.
Pour les auteurs anglophones, le paralloïdre rappelle le langage qu'utilise James Joyce dans Finnegans Wake, ou encore Lewis Carroll dans son Jabberwocky.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. André Martel, « Initiation au paralloïdre » dans Bizarre, no 32-33, Jean-Jaques Pauvert, 1er trimestre 1964, p. 120.