Paomia

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Paomia (Paomia en corse) était une pieve du « De-là des Monts », territoire correspondant à peu de chose près à l'actuel département de Corse-du-Sud.

La juridiction de Vico en 1756

Géographie[modifier | modifier le code]

Paomia était située au sud-ouest de l'ancienne juridiction ou province génoise de Vico. Son territoire correspondait à celui de l'actuelle commune de Cargèse, soit la partie occidentale de l'arête montagneuse nommée Monti Gradaccia, partant de Punta di Calazzu (1 131 m) et se terminant en mer par la Punta di Cargèse.

Paomia était entourée par :

Vers 1520 la pieve comptait un seul lieu habité : Paomia, qui comptait environ 750 habitants[1].

Au début du XVIIIe siècle, la pieve de Paomia relevait de la juridiction de Vico, dont le ressort s'étendait aussi sur les pievi de Vico, Sorunzù, Sevinentro, Cruzini, e Siasalogna, et qui comptait plus de 4 000 habitants répartis dans trois villages : Ota, Piana et Paomia. Comme le souligne l'abbé Accinelli, excepté Vico, toutes ces pièves étaient détruites. Paomia dont la majeure partie des habitants habitaient le village éponyme, avait son port – « port des Moines » (Porto Monaghi), à l'est de la Pointe des Moines, dans le golfe de Sagone, et une église Saint-Martin[2],[3].

Histoire[modifier | modifier le code]

Tour d'Omigna

Au XVe siècle, conséquence de la prise de Constantinople par les Turcs en 1453, les Barbaresques commencent à razzier les côtes (ils le feront durant environ 3 siècles). Pour rassurer les populations, la République de Gênes impose la construction de tours littorales aux frais des pièves et communautés. Plusieurs tours sont érigées sur les pointes côtières : tour de Turghiu, tour d'Orchinu, tour d'Omigna, tour de Paomia, tour de Sagone, etc.

Au XVIe siècle, la région est ravagée par Antoine Spinola lorsqu'il faisait la guerre aux seigneurs de Leca. La plus grande partie des habitants s'étaient, à cette époque, retirés dans les pièves voisines.

Au XVIe siècle, le littoral de la Corse continue d'être razzié. Toute la côte entre Calvi et Ajaccio subit de fréquentes attaques des Turcs ottomans[Note 1]. Paomia est ravagée, les habitations et édifices religieux sont détruits.

L'installation des Grecs[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Exode des Grecs en Corse.
Ancienne église Sainte-Barbe devenue église Saint-Élie avec les Grecs
Plaque à Itylo commémorant le départ de la population pour la Corse

En 1676 arrivent près de 800 immigrés grecs auxquels Gênes a accordé le territoire de Paomia. La colonie relève et bâtit les maisons et édifices religieux dans 5 des lieux rasés au siècle précédent. Ces hameaux sont : Pancone (u Pancone), Corone (Curona), Rondolino (u Rundulinu), Salici (u Salge) et Monte-Rosso. « L'église qui devait desservir la paroisse fut bâtie dans le hameau de Rondolino, qui formait le milieu, et elle fut dédiée à Notre-Dame de l'Assomption. Un monastère fut aussi construit dans le hameau de Salici »[4].

55 ans après leur installation, les Grecs avaient fait de Paomia, "l'un des jardins de la Corse", comme l'écrivait l'historien Limperani qui avait visité la région en 1713.

Le 30 avril 1731, la communauté grecque de Paomia, est envahie par une véritable armée de Corses qui brûlent et détruisent tout. Deux raisons essentielles expliquent ces faits :

  • En cédant Paomia aux Grecs, la république de Gênes n'avait point réglé le problème de la propriété des territoires de Paomia, Revinda et Salogna qui étaient considérés par les pièves de Vico, Renno et la Piana, comme leur appartenant[5].
  • Survient la révolte des Corses contre Gênes. Les Grecs, sollicités par les Nationaux, refusent et demeurent fidèles à leurs bienfaiteurs. S'ensuivent plusieurs attaques des Corses qui conduisent les Grecs à se réfugier à Ajaccio, puis à revenir et à s'installer à Cargèse, etc., jusqu'à ce qu'un accord intervienne au début juin 1790, entre les colons grecs et les communautés de Vicu, Rennu, Letia, Appriciani et Balogna, pour un partage des terres[6].

En 1756, sur la "Carte nouvelle de l'isle de Corse"[7] dressée par le Sr Robert de Vaugondy[Note 2], sur ordre du Maréchal De Maillebois (image ci-contre), la communauté de Paomia ne figure pas ; mais paraissent San Martino et la tour de Paomia aujourd'hui dite « tour de Cargèse ».
De même, sur la "Carte militaire de l'Isle de Corse où sont marquées toutes les paroisses et tous les principaux hameaux de chaque pieve" (1768)[8], on ne trouve plus trace de Paomia.

Durant la grande révolte des Corses contre Gênes, qui dura de 1729 à 1769, l’abbé Francesco Maria Accinelli auquel Gênes avait demandé d'établir à des fins militaires une estimation des populations à partir des registres paroissiaux, avait rapporté la destruction de la pieve de Siasalogna qui comprenait les communautés d'Ota, de Piana et de Paomia : « Giudisditione di Vico : Pieve di Siasalogna distrutta : Otta 76. Piane 187. Paomia de Greci 626. »[3].

La piève civile[modifier | modifier le code]

Cargèse en 1870

La province de Vico dans laquelle se situait Paomia, comprenait les principaux villages suivants : Guagno, Évisa, Otta, Marignana, Chidazzo, Tasso, Christinaccie, Piana, et quelques autres. Presque tout le territoire de cette province est inculte ou stérile. La piève de SiassaLonga (Sia e Salogna) était la partie la plus importante en raison de la colonie des Grecs établis à Paomia qui y était installée autrefois[9].

La piève religieuse[modifier | modifier le code]

Paomia relevait de l'autorité de l'évêque de Sagone qui résidait dans la pro-cathédrale de Calvi. Le diocèse était composé de 10 pievi : « Pino, Olmi, in Balagna, Uico, Siasalogna, Paomia, Ginerca, Sorunzù, Crozini, e Sorunzù di sotto, cioè Seuinentro »[3].

L'église principale[modifier | modifier le code]

L'église Saint-Jean-Baptiste dite « église piévane Saint-Jean-Baptiste de Paomia » construite au XIIe siècle, se situe à Paomia. Elle a constitué au cours du Moyen Âge l'église principale (Pieve) de la pieve de Paomia.

Elle a été plusieurs fois dévastée par les Barbaresques dès la fin du XVe siècle. Elle est reconstruite en fin du XVIIe siècle par la colonie grecque de Vitylo (actuellement Oytilo, en grec moderne Οίτυλο). Elle est à nouveau endommagée en 1731, lors de l'insurrection des Corses contre l'autorité génoise, avant d'être définitivement abandonnée. En 1839, elle est visitée par Prosper Mérimée alors en tournée en Corse.

Elle est reprise à l'Inventaire général du patrimoine culturel[10].

La Corse française[modifier | modifier le code]

En 1768, la Corse passe sous administration militaire française. La piève de Paomia disparait au profit de Salogna qui, par la suite, fusionnera avec le Sia pour former la piève de SiassaLonga (Sia e Salogna) qui deviendra piève de Sevinfuori.

Avec la Révolution française, la pieve de Sevinfuori devient en 1793 le canton de Cargèse, puis la même année, canton de Sevinfuori[11].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En 1540, les Génois capturent Dragut, amiral turc et l'un des corsaires les plus célèbres de l'Empire ottoman qui se trouvait dans le golfe de Girolata
  2. Robert de Vaugondy, Gilles (1688-1766). Cartographe

Références[modifier | modifier le code]

  1. Corse : Éléments pour un dictionnaire des noms propres
  2. « Notice no IA2A000133 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  3. a, b et c Francesco Maria Accinelli in L’histoire de la Corse vue par un Génois du XVIIIe siècle - Transcription d’un manuscrit de Gênes - ADECEC Cervioni et l’Association FRANCISCORSA Bastia 1974
  4. Jean-Ange Galletti in Histoire illustrée de la Corse, contenant environ trois cents dessins représentant divers sujets de géographie et d'histoire naturelle, les costumes anciens et modernes, les usages, les superstitions, les vues des paysages..." Imprimerie de Pilet fils Aîné - Paris 1863-1866
  5. C. De Friess-Colonna in Histoire de la Corse - Depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours, chapitre II – p. 92
  6. Antoine-Dominique Monti in La Révolution française et la Corse - Chronologie, ADECEC CERVIONI 1989
  7. (notice BnF no FRBNF40591055)
  8. (notice BnF no FRBNF40591189)
  9. Mémoires historiques sur la Corse par un officier du régiment de Picardie : 1774-1777 / publiés par M. Vincent de Caraffa, éditeur scientifique - Éditeur Ollagnier (Bastia) 1889
  10. « Notice no IA2A000104 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  11. Des villages de Cassini aux communes d'aujourd'hui, « Notice communale Cargèse », sur EHESS, École des hautes études en sciences sociales (consulté le 13 juin 2012)