Vincentello d'Istria

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Vincentello d'Istria
Vincentello d'Istria

Naissance 1380
Décès 27 avril 1434 (à 54 ans)
Gênes
Origine Corse
Allégeance Royaume d'Aragon Royaume d'Aragon
Grade Comte de Corse
Conflits Aragon - Gênes
Faits d'armes Guerre de Trente ans
Autres fonctions Vice-roi de Corse
Famille D'Istria

Vincentello d'Istria est né en 1380, mort le 27 avril 1434 à Gênes, Comte de Corse, Vice-roi de Corse (Aragon).

La famille[modifier | modifier le code]

Vincentello est le fils de Ghilfuccio d'Istria dit « Giudice », seigneur d'Istria (Corse), fils d'Arrigo d'Istria, un fils de Salnese d'Istria, le second fils de Sinucello Della Rocca. Sa mère était une sœur d'Arrigo Della Rocca.

Giudice, le père[modifier | modifier le code]

Son père Guilfuccio (Ghilfuccio) est un arrière petit-fils de Sinucello de la Rocca, surnommé Giudice de Cinarca, la région de l'au delà des monts (ou d'Ajaccio et Sartène), où il fut envoyé par les Pisans pour lutter contre les Génois. Après de nombreux succès, Sinucello de la Rocca fut livré par trahison à ses ennemis et transporté à Gênes où il mourut en 1331. Les principales familles de la partie méridionale de l'île, les d'Istria, les de la Rocca, les d'Ornano, les Bozzi, les d'Atallà, les de Leccia, se prétendaient issues de ce célèbre personnage.

Guilfuccio seigneur d'Istria était un « homme prudent et valeureux » écrivait Giovanni della Grossa (auteur du manuscrit original de la Chronique de Giovanni della Grossa, cet écrivain a exercé pendant la première moitié du XVe siècle les fonctions de notaire officiel auprès des plus grands personnages de l'île[1]). Il montrait la haine implacable qu'il avait vouée à la famille de la Rocca notamment à Guillaume della Rocca comte de Corse, son frère et grand rival. Après la mort de celui-ci, il n'a jamais consenti à une réconciliation avec Arrigo della Rocca, son cousin fils de la victime, dont il craignait le courroux.

Le fait que le comte Arrigo bénéficie des faveurs prodiguées par le roi d'Aragon obligea Ghilfuccio à chercher protection auprès des Génois. Ceux-ci lui donnèrent la seigneurie de Cinarca où il mourut de la fièvre.

Guilfuccio a eu trois fils : Vincentello, Giudicello et Giovanni.

Vincentello, le fils[modifier | modifier le code]

Après la mort de son père, le jeune Vincentello s'est trouvé confronté à une vengeance redoutable à soutenir contre la toute puissante famille della Rocca. Après la mort d'Arrigo, son fils Francesco, assailli par une coalition des anciens seigneurs dépossédés par son père en 1401, sollicite en vain l'appui du roi d'Aragon. Francesco se tourne alors vers les Génois et se recommande à leur gouverneur Raphaël de Montalto. Il lui vend son patrimoine pour une somme dérisoire de trois cents livres et reçoit en échange le titre de vicaire général. Cette volte-face subite de la Rocca a mis Vincentello en mauvaise posture. Le jeune d'Istria refusant de s'incliner devant l'ennemi de sa famille abandonna le parti génois. Selon Filippini historien, il part s'installer en Aragon et reçoit en don du Roi une galère armée, avec laquelle il alla trouver Martino, Roi de Sicile, fils dudit Roi d’Aragon, dont il reçut un accueil chaleureux. Là, ayant adjoint à la sienne d’autres galères, il donna maintes éclatantes preuves de bravoure dans la guerre qui faisait rage entre Génois et Catalans. Avec trois galères et une galiote chargée de fantassins, il passa en Corse, au temps où Leonello Lomellino, au grand déplaisir des populations, dominait l’Île : il s’empara de Cinarca, fit passer sous son obédience tout le pays Cortinco, les terres et la forteresse de Biguglia ; là, au cours d’une tournée générale qu’il faisait, il reçut le titre de Comte de Corse[2].

Mariage et descendance[modifier | modifier le code]

Vincentello d'Istria fils de Ghifulccio d'Istria dit « Giudice », seigneur d'Istria (Corse), a été marié avec N. Gentile fille du Marquis de Nonza et père de deux enfants : Bartolomeo et Franceschetta. Une autre source[3] le dit marié à Maria Da Mare, puis à Duchessa de Bozzi.

Portrait[modifier | modifier le code]

Giovanni della Grossa qui l'a connu intimement, dépeint Vincentello ainsi :

« De haute taille,il avait les bras petits et arqués au point qu'il ne pouvait les tendre complètement. Les doigts courts et gros se terminaient en spatules ; le visage était ridé comme celui d’une vieille femme, mais illuminé par de beaux yeux noirs. Une verrue énorme placée près du nez sous la paupière droite laissait croire au premier abord que c'était un œil sorti de son orbite et qui pendait. Il avait de grosses jambes, un buste bien proportionné et malgré tout, l'ensemble de sa personne ne manquait pas de charme. Ce corps donnait au physique l'impression d'une vigueur peu commune ; c'était celui d'un lutteur infatigable que les combats et les blessures n'épuisèrent presque jamais. Au moral, le personnage était sensuel, violent dans ses passions, prêt à tout pour les satisfaire, à la ruse comme au crime ; il poursuivait de ses assiduités les jeunes filles et les épouses de ses vassaux qui avaient le malheur de lui plaire et ne reculait devant aucune mesure pour arriver à ses fins. Vindicatif à l’excès, comme tous les hommes de cette époque un peu barbare, semblable aux lourds guerriers du Moyen Âge en France, il poursuivait ses ennemis d'une haine implacable, qu'ils fussent génois ou membres de la famille della Rocca ; s'il ne pouvait les atteindre dans leur personne même, il s'emparait de leurs biens et déshonorait les femmes. Redouté et haï par ses adversaires, il permit tout à ses favoris. Toutefois peu sanguinaire par tempérament, il n’aime pas à verser le sang inutilement. Jamais on ne le voit mettre à mort les prisonniers ou ordonner le massacre. Plus humain en cela que beaucoup de ses adversaires, il relâche les ennemis insignifiants et permet aux autres de se racheter. Quand le hasard de la guerre lui livre son rival le plus redoutable, le génois Fregoso, grièvement blessé, il lui fait prodiguer tous les soins nécessaires et le laisse se rétablir avant de l’enfermer comme otage dans une forteresse... »

— Giovanni della Grossa, Chronique éd. 1910, p. 279

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Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Devenu pirate contre les Bonifaciens et le commerce génois après avoir été dépossédé de ses biens par un cousin à la solde de Gênes, il s'était fait remarquer par les rois d'Aragon. Ceux-ci, alors en conflit territorial avec Gênes, lui offrent galères et soldats pour chasser les Génois de Corse, une conquête qu'ils avaient eux-mêmes enlevée aux Pisans.

En 1405, débarquant en Cinarca dans le golfe de Sagone, il entreprit la conquête de la Corse qu'il réalisa en quasi-totalité en deux ans. À la forteresse de Biguglia il se fait proclamer comte de Corse. Il s'empare de Bastia. Les places fortes de Bonifacio et Calvi lui échappent, restant acquises à Gênes. Gênes et ses alliés insulaires réagissent aussitôt et Vincentello d'Istria perd toutes ses conquêtes, plus rapidement qu'il ne les avait acquises.

En 1407 Vincentello est forcé de quitter la Corse.

En 1408 à la tête de troupes siciliennes, il revient dans l'île et poursuit une guerre qui dura en tout trente ans. Soutenu par l'Aragon, en 1410 Vincentello d'Istria se fait proclamer comte de Corse, puis en 1418 vice-roi par le peuple à Biguglia.

En 1417 Vincentello rétablit Mathieu de Gentile qui avait été chassé de son fief de Brando par Gênes.
En 1419, Vincentello emprisonne au château d'Orese, un « nid d'aigle » près d'Ocana édifié en 1355, André de Gentile seigneur de Canari et Urbain da Mare (fils de Colombano).
Durant la guerre, Alphonse V roi d'Aragon, s'était rendu en personne dans l'île. Il s'était emparé de Calvi (1420) et y avait reçu l'hommage des féodaux. En réponse à l'appel de la reine consort de Naples, il lèvera le siège mis devant Bonifacio en décembre 1420.
En 1420, avec l'aide de Manfred de Gentile seigneur de Nonza, Vincentello prend Bastia. Il échoue à Bonifacio et ne peut conserver longtemps Calvi[4].

Vincentello a été un guerrier de talent, une sorte de condottiere audacieux qui sur terre comme sur mer se montra presque toujours digne de triompher ("Valoroso homo, perito in moite occasione di guel'ra tutta la vita sua in Corsica e fuori…")[5].

Souverain de Corse[modifier | modifier le code]

Citadelle de Corte

Resté seul en Corse, avec le titre de vice-roi, Vincentello d'Istria règne en souverain de 1421 à 1434, assurant une justice égale à tous et se contentant d'impôts modestes et réguliers.

Vincentello d'Istria a fait construire le château de Corte.

En 1430, les caporali (tribuns) de la confédération de la Terra del Comune (territoire entre Calvi, Brando et Solenzara opposé au Cap Corse et à la Terra dei Signori (Corse-du-Sud)) rejettent la tutelle de Vincentello et proclament Simon Ier da Mare, frère d'Urbain, gouverneur général de la Corse. Ce dernier d'abord battu à Biguglia, bloque Vincentello dans Bastia en 1433.

Sans doute trahi, il tombe aux mains des Génois en mer, devant Bastia, alors qu'il tentait de fuir en Sardaigne à bord d'une galère pour chercher des renforts. Il est conduit à Gênes où il est décapité le 27 avril 1434 sur le grand escalier du Palais Ducal place de la Seigneurie. Le lieutenant de Visconti gouverneur de Gênes en 1434 qui appliqua la sanction l'appelait: « l'Illustre et magnifique seigneur Vincentello d'Istria, Comte de Cinarca. »

La statue équestre de cet homme de grand courage et guerrier de talent, (« Uomo di grande animo e gran guerriero » a dit Giustiniani)[1] sur terre comme sur mer, trône au rond-point de Ceppe (Biguglia) depuis le 20 novembre 2009. Haute de 3,20 mètres, elle est l'œuvre du sculpteur Cesare Rabiti.

Vincentello d'Istria a donné son nom au groupe scolaire de Biguglia.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Istoria Corsa - Vincentello d'Istria (A. Ambrosi) - Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de la Corse
  • Petite Histoire de Corse - Colonna de Rocca et Louis Villat - Réédition EDR/Édition des régionalismes 2016

Chapitre VIII. La fin du moyen-âge

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Un épisode de la Guerre entre Gênes et Aragon au XVe siècle - (A. AMBROSI, agrégé d'Histoire de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de la Corse)
  2. Arrighi, Hist. De la Corse, p. 35 et 36
  3. Domaine CASALONGA et Familles alliées
  4. Fascinant Cap corse - Alerius Tardy Bastia-Toga 1994
  5. Giovanni della Grossa, Chronique, éd. 1910 p. 275