Rogna (piève)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Rogna est une ancienne piève de Corse. Située dans le centre-est de l'île, elle relevait de la province de Corte sur le plan civil et du diocèse d'Aléria sur le plan religieux.

Géographie[modifier | modifier le code]

Vue du pont d'Altiani. Au fond, les montagnes de Rospigliani.

Situation et relief[modifier | modifier le code]

La piève de Rogna était l'une des plus étendues de la Corse, allant du Monte d'Oro jusqu'à la plaine d'Aléria. Ses villages surplombent les deux rives de la moyenne vallée du Tavignano ainsi que la vallée du Vecchio.

Le Tavignano partage la piève en deux parties inégales :

  • En rive gauche, Rogna di quà : des collines et montagnes couvertes de maquis dominées par la Punta Cervio et occupées par une multitude de villages construits à mi-pente, d'Erbajolo à Pancheraccia. Le village de Piedicorte-di-Gaggio occupe une position centrale dans cet ensemble et est le chef-lieu historique de la piève.
  • En rive droite, Rogna di là : de larges portions de territoire vallonnées et faiblement peuplées, limitées au sud par de longues crêtes débonnaires séparant Noceta, Rospigliani et Antisanti de la vallée du Tagnone (appartenant à la piève voisine de Castello). Cette partie de la piève inclut également la vallée du Vecchio et ses reliefs accidentés culminant au Monte d'Oro (2 389 m) au-dessus de Vivario.

Composition[modifier | modifier le code]

La piève de Rogna correspond au territoire des actuelles communes de :

Pièves limitrophes[modifier | modifier le code]

La piève de Rogna a pour pièves voisines :

Description[modifier | modifier le code]

Vue sur la vallée du Tavignano et le Monte d'Oro depuis Erbajolo.

Les villages de la piève de Rogna sont pour la plupart bâtis entre 600 et 800 mètres d'altitude en corniche sur les flancs de la vallée du Tavignano, occupant des reliefs schisteux ravinés et couverts d'une épaisse végétation.

Agostino Giustiniani, évêque de Nebbio de retour dans son diocèse (1521-1530), l'a décrite ainsi :

« Rogna, qui contient environ huit cent cinquante feux. Le Tavignano la partage en deux parties inégales. Cette piève est très populeuse et produit en abondance des céréales, du bétail, des pommes et autres fruits, un peu de vin et d'huile. »

— Agostino Giustiniani in Description de la Corse - Histoire de la Corse, traduction de l'Abbé Letteron - Tome I, p. 34.

Accès[modifier | modifier le code]

Sur la RD 14, près de Piedicorte-di-Gaggio.

La piève de Rogna est traversée par la RT 50 (ex-RN 200) qui relie Aléria à Corte en suivant le Tavignano. L'essentiel des accès routiers démarrent depuis celle-ci et escaladent les reliefs pour rallier les villages de la piève :

Du fait de la configuration topographique des lieux, les communications routières entre les deux rives sont malaisées, la liaison la plus courte étant celle entre Altiani et Noceta (19 km).

Histoire[modifier | modifier le code]

En 1461 le relevé de la taille perçue dans le Deçà des Monts (talia insule Corsice citra montes) fait apparaître les informations ci-après[1] :

  • in plebe Bozii : Libr. 397, sold. 6
  • in plebe Rogni : Libr. 875, sold. 13

Le , par le traité de Versailles, Gênes charge la France d’administrer et de pacifier la Corse. Passant sous administration militaire française, la piève de Rogna devient en 1790 le canton de Rogna, lui-même démembré en 1793 et réparti entre trois nouveaux cantons[2] :

La piève civile[modifier | modifier le code]

Au début du XVIIIe siècle, l'abbé Francesco Maria Accinelli à qui Gênes avait demandé une estimation des populations de Corse, avait rédigé un texte manuscrit en langue italienne à partir des registres des paroisses. Il avait écrit : « Pieve di Rogna : Vivario, Moraciola, Peri, e Gatti 553. Noceta 242. Rospiliani 72. Antisanti 109. Giuncaggio 99. Pancaraccia 121. Pietra Serena 141. Piedi Corte di Grigio 380. Altiani 295. Fogiccia 104. Erbagiolo, e Casanova 264. »[3].

La piève de Rogna faisait partie de la province de Corte et se trouvait dans le ressort de sa juridiction[3].

Accinelli faisait le commentaire suivant : « L’ultima di questa Giurisditione è la pieve di Rogna con 2 380 abitanti compartiti in 850 fuoghi, passa in mezzo di questa il fiume Tavignani, che avendo la sua sorgente dal monte Gualango in vicinanza del lago Creno, scende al luogo di Corte, et in vista di un ponte e del convento de Frati minori di S.Francesco, riceve nelle sue acque il fiume Restonica, e vicino al ponte detto dell’Elice il fiuminale detto fiume, longhissima di sito è questa Pieue, mentre ancora essa dalle spiagge della distrutta Alleria, continua sino à monti detti dell’oro. Li suoi villaggi sono Vivario, Moracciola, Peri, Catti, Noceta, Rospigliani, et Antisanti, in vicinanza del quale in longa pianura è il procoio detta di SS.ri Scaglia Genovesi, gli altri luoghi sono Giucagio, Pancaraccia, Pietraserena, Piedicorte di grigio, Altiani, Fogiccia, Arbagiola, e Casanova…. ».

La piève religieuse[modifier | modifier le code]

Rogna relevait de l'autorité épiscopale d'Aléria. L'évêché comprenait 19 pievi : « Il Vescovato di Alleria, che è il più di tutti pingue hà 2 000 scudi d’oro di entrata, e contiene 19 pievi : Giovellina, Campoloro, Verde, Opino, Serra, Bozio, Allessani, Orezza, Vallerustie, Tralcini, Venaco, Rogna, Corsa, Covasina, Castello ò sia Vivario, Niolio, Carbini, et Aregno in la Balagna. L’Ughelli però dice (Ital.Sacr.Tom.III) contenere la sua diocesi 60 parochie con 14 conventi di Frati, e fruttare alla Camera di Roma 300 Fiorini, et avere di redito 4000 scudi Romani »[3].

L'église piévane[modifier | modifier le code]

À l'origine, le centre de la piève devait se situer au lieu-dit Pieve au sud de l'actuelle commune de Focicchia, à 600 mètres au nord-ouest de l'ancienne chapelle San Giovanni bâtie près du Pont'à u large appelé communément Pont d'Altiani, pont génois à trois arches du XIVe siècle sur le Tavignano.

De l'église piévane de style roman, il ne subsiste que l'abside à l'intérieur voûté en « cul-de-four », accroché à un bâtiment qui avait été transformé en habitation. Abandonné, le site est accessible par une piste démarrant de l'ancienne chapelle San Giovanni en bordure de la RN 200.

Territoire[modifier | modifier le code]

Vers 1520, la piève de Rogna comptait environ 4 250 habitants et avait pour lieux habités :

Le , par le traité de Versailles, Gênes charge la France d’administrer et de pacifier la Corse. Passant sous administration militaire française, la piève de Rogna devient en 1790 le canton de Rogna, lui-même démembré en 1793 et réparti entre trois nouveaux cantons[2] :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lucien Auguste Letteron in Bulletin de la Société des sciences historiques & naturelles de la Corse 43e - 44e fascicules - Imprimerie et librairie Vve Ollagnier Bastia - 1884 p. 483
  2. a et b Paroisses et communes de France : dictionnaire d'histoire administrative et démographique : Corse, CNRS,
  3. a b et c Francesco Maria Accinelli in L’histoire de la Corse vue par un Génois du XVIIIe siècle - Transcription d’un manuscrit de Gênes - ADECEC Cervioni et l’Association FRANCISCORSA Bastia 1974

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]