Talcini

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Talcini (Tàlcini en langue corse) était une pieve du Centre Corse, de l' « En deçà des Monts », un territoire encore dit « Terre-de-la Commune», qui, avec le Cap Corse, équivalait à l'actuel département de Haute-Corse.

Géographie[modifier | modifier le code]

Talcini en 1737 du Cap. Vogt, cartographe[1],[2]

Au début du XVIe siècle, le Talcini faisait partie de la piève de Rogna. Cette dernière qui comptait 4 250 habitants vers 1520, englobait le Venacais et le Cortenais avec les anciennes pievi de Mercurio et de Gaggio ; elle avait pour lieux habités[3] :

« Talcini est le nom d'un pays, et non celui d'un village. C'est dans ce pays que se trouve Corte, que beaucoup de gens regardent comme la plus belle ville de la Corse. Située au centre de l'île, elle a une forteresse assez solide, bâtie dans la ville sur une hauteur, et, à quelque distance hors de la ville, un couvent de Frères Mineurs, dans un très beau site. On compte encore dans cette piève cinq villages, parmi lesquels Omessa et Santa Lucia sont les plus connus, Omessa, comme résidence de Caporaux, Santa Lucia, comme résidence de gentilshommes. Mais les productions du sol, sans parler de beaucoup d'autres choses, sont rares, et le pays en souffre. »

— Mgr Agostino Giustiniani in Description de la Corse, traduction de Lucien Auguste Letteron in Histoire de la Corse, Bulletin de la Société des sciences historiques & naturelles de la Corse – Tome I - 1888. p. 36

Au début du XVIIIe siècle à la suite d'un redécoupage, la pieve de Rogna cède une partie de son territoire aux pievi de Talcini et de Venaco. Talcini comprenait les communautés suivantes :

La piève de Talcini occupe une dépression entre les vallées du Golo et du Tavignano. Elle correspond dans son acception actuelle au territoire des communes suivantes, du nord au sud :

Histoire[modifier | modifier le code]

Au début du XVIe siècle, la piève de Talcini n'existait pas. Son territoire faisait partie de la piève de Rogna qui, vers 1520, était composée des communautés de Vivario (li Gati, le Murachiole, Arche), Herbajolo, la Valle di Sera, la Fosigia, la Lamella, Altiani, lo Petragio, lo Pè di la Corte, lo Lunello, Porra, lo Piano Buono, la Petra Serena, Santa Maria de Talsini, Corte, Omessa, Santa Lutia, Tralunca, lo Soarello, Castirla. La Rogna comptait alors environ 4 250 habitants.

Tous les pays situés sur les deux rives du Golo obéissaient aux Amondaschi[Note 1]. Leur chef Amondino Nasica s'en alla dans le « Delà des monts » ; il occupa le territoire de Cinarca ; il dépouilla de leurs châteaux les seigneurs de la Catena et de Giunepro, puis s'empara de la pieve de Vico. Dans le « Deçà des monts », il se rendit maître des pièves de Venaco et de Talcini. Mais les gentilshommes de Tralonca se révoltèrent encore contre eux à Talcini et leur enlevèrent les chapelles de cette piève[Note 2].

Truffetta de Covasina alla à son tour attaquer à Talcini les Amondaschi. Avec l'aide d'autres familles, il s'empara de Corte qu'il fortifia. « Mais à la fin il ne put conserver de toutes ses conquêtes que la susdite terre de Corte qu'il donna à son neveu Aldobrando, lequel fut la souche des gentilshommes Cortinesi »[4].

Le 15 mai 1768, par le traité de Versailles, Gênes charge la France d’administrer et de pacifier la Corse. Passant sous administration militaire française, la piève de Talcini devient en 1790 le canton de Talcini, lui-même démembré en 1793 et réparti entre trois nouveaux cantons[5] :

La pieve civile[modifier | modifier le code]

Au début du XVIIIe siècle, l’abbé Francesco Maria Accinelli à qui Gênes avait demandé une estimation des populations de Corse, avait rédigé un texte manuscrit en langue italienne à partir des registres des paroisses. Il avait écrit : « Pieve di Tralcini: Corte 1504. Castirla 156. Soveria 188. Tralonca 194. Ommessa 319. S.Lucia 329 »[6].

Selon le cartographe Domenico Policardi, la pieve de Talcini faisait partie de la province d'Aléria, se trouvait dans le préside de Corte et dans le ressort de sa juridiction[7],[8]. Talcini comptait 300 habitants et le préside de Corti 400 habitants. Selon Accinelli, la province de Corte comptait 14 470 habitants et était composée de huit pievi : Talcini, Venaco, Castello, Bozio, Giovellina, Vallerustie, Niolo, et Rogna.

Accinelli fit le commentaire suivant : « La Pieve di Tralcini è situata quasi in mezzo dell’Isola, frà 2700.abitanti: Sono in questa 6. Paesi : Corte, Castirla, Soveria, Tralonca, Ommessa, e S.Lucia. Il luogo di Corte fertile sopra tutti gli altri della Pieve, vien giudicato il Centro, o sia il bel mezzo dell’Isola, abbonda di piante, e frutti, frà orti bellissimi, per l’abbondanza d’acqua perfetta proveduta da’Fiumi principali dell’Isola, cioè Guolo, Restonica, e Tauignani, che cascando da altissime pendici di monti, si aggirano al colle, sopra cui è piantato il luogo sudetto, nell quale, come il più riguardevole risiedeva il Giusdicente avuto riguardo alla Communicatione, che hà con tutte le Pievi della Provincia, colla vicinanza di detti fiumi, viene ad essere assai abbondante di frutte esquisite, anzi di Trutte (genere di pesci) esquisite, che non mancano pure alle altre Pievi, portando tutte nel seno i fiumi medemi. ».

La pieve religieuse[modifier | modifier le code]

Talcini relevait de l'autorité épiscopale d'Aléria.

De Mgr Agostino Giustiniani qui, entre 1522 et 1531, écrivait dans son Dialogo nominato Corsica :

« L'évêché d'Aleria a un revenu de deux mille ducats ; il comprend dix-neuf pièves qui sont : Giovellina, Campoloro, Verde, Opino, la Serra, Bozio, Alesani, Orezza, Vallirustie, Talcini, Venaco, Rogna, la Cursa, Covasina, Castello, Aregno, Matra, Niolo et Carbini dans le Delà des Monts. »

— Agostino Giustiniani in Description de la Corse, traduction de Lucien Auguste Letteron - Histoire de la Corse, Bulletin de la Société des sciences historiques & naturelles de la Corse – Tome I - 1888. p. 83

Au début du XVIIIe siècle, Francesco Maria Accinelli décrivait ainsi l'évêché qui comprenait toujours 19 pievi : « Il Vescovato di Alleria, che è il più di tutti pingue hà 2 000 scudi d’oro di entrata, e contiene 19 pievi : Giovellina, Campoloro, Verde, Opino, Serra, Bozio, Allessani, Orezza, Vallerustie, Tralcini, Venaco, Rogna, Corsa, Covasina, Castello ò sia Vivario, Niolio, Carbini, et Aregno in la Balagna. L’Ughelli però dice (Ital.Sacr.Tom.III) contenere la sua diocesi 60 parochie con 14 conventi di Frati, e fruttare alla Camera di Roma 300 Fiorini, et avere di redito 4000 scudi Romani »[6].

Le centre de la pieve[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Pieve Santa Mariona di Talcini.

Santa Mariona était l'église principale de la piève de Talcini. Elle était probablement l'église piévane (ou "piévanie, ou "pieve") du Talcini.

L'église pisane de Santa Mariona depuis longtemps ruinée, avait été bâtie au XIe siècle[Note 3] sur les flancs méridionaux de la Serra d'Avena, à environ 1 500 m « à vol d'oiseau » au nord de Corte, à 575 m d'altitude, dominant l'ancienne route nationale 193 renommée RN 2193.

La découverte de fonts baptismaux lors d'un sondage effectué en 1973 permet d'établir que l'église fut la chiesa matrice (église principale) si ce n'était la plebs baptimalis de la piève de Talcini.

Au début du XVIe siècle, l'église de Santa Mariona, Pieve de Talcini, se trouve sur le territoire de la commune de Corte, à trois kilomètres environ du centre de la cité. Elle a fait l'objet d'études archéologiques par Pergola Philippe[9]. Selon celui-ci, « la construction de Santa Mariona a été réalisée probablement au XIIe siècle ou au XIIIe siècle […] », dans un contexte de reconstruction pisane. En note de bas de page, Philippe Pergola précise : « Mme Moracchini-Mazel donne à pieve le seul sens de circonscription alors elle appelle pievanie édifice créant ainsi un terme nouveau dérivé de plebania... J'utiliserai donc le seul terme de pieve pour la circonscription aussi bien que pour édifice autant on le retrouve hui encore dans la toponymie locale pour la dénomination de certaines églises médiévales ».

En 1589 elle était déjà en ruines selon un compte-rendu du visiteur apostolique Mgr Mascardi.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Après avoir chassé les Sarrasins de la Corse, Ugo Colonna donna à Amondo Nasica qui l'avait accompagné sur l'île avec Guido Savelli, Avoglino (ou Jovellina) avec tout le bassin du Golo
  2. Note de l'abbé Letteron : « Il s'agit probablement de certains revenus que les seigneurs retiraient des chapelles » p. 138
  3. Geneviève Moracchini-Mazel propose de dater l'église Santa Mariona de la deuxième moitié du Xe siècle

Références[modifier | modifier le code]

  1. Le capitaine Vogt faisait partie des troupes auxiliaires de l’empereur Charles VI en Corse
  2. (notice BnF no FRBNF40592487)
  3. CORSE : Éléments pour un dictionnaire des noms propres
  4. Giovanni della Grossa in Chronique, traduction de Lucien Auguste Letteron in Histoire de la Corse, Bulletin de la Société des sciences historiques & naturelles de la Corse – Tome I - 1888. p. 139
  5. Paroisses et communes de France : dictionnaire d'histoire administrative et démographique : Corse, CNRS,
  6. a et b Francesco Maria Accinelli in L’histoire de la Corse vue par un Génois du XVIIIe siècle - Transcription d’un manuscrit de Gênes - ADECEC Cervioni et l’Association FRANCISCORSA Bastia 1974
  7. Carta dell'isola di Corsica, dedicata a sua eccelenza il signor Giuseppe Rocco Boyer de Fonscolombe commendatore, e gran croce dell'ordine di San Michele di Baviera, governatore della citta d'Hieres in Provenza / Domenico Policardi capitano ingegniere 1769
  8. (notice BnF no FRBNF40591192)
  9. Philippe Pergola. Une pieve rurale corse : Santa Mariona di Talcini. Problèmes d'archéologie et de topographie médiévales insulaires. In Mélanges de l'École française de Rome. Moyen Âge, Temps modernes T. 91, N°1. 1979. pp. 89-111