Otto von Stülpnagel

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Otto von Stülpnagel
Otto von Stülpnagel
à Paris, Otto von Stülpnagel (à droite), en voiture avec le Generalfeldmarschall von Brauchitsch, commandant en chef de l’Armée de terre allemande, venu lui rendre visite.

Naissance
Berlin
Décès (à 69 ans)
Paris
Origine Drapeau de l'Empire allemand Empire allemand
Allégeance Flag of the German Empire.svg Empire allemand
Flag of Germany.svg République de Weimar
Flag of Germany (1935–1945).svg Troisième Reich
Arme Infanterie
Grade Generaloberst
Commandement Chef des forces d'occupation allemandes en France et gouverneur militaire de Paris (1940-1942)
Conflits Première Guerre mondiale
Seconde Guerre mondiale
Famille Carl-Heinrich von Stülpnagel, cousin

Otto von Stülpnagel est un General der Infanterie[a] allemand de la Seconde Guerre mondiale, né le à Berlin et mort par suicide le à Paris.

Il est Militärbefehlshaber in Frankreich (de), « chef des forces d'occupation allemandes en France », d’ à , date à laquelle il est remplacé par son cousin Carl-Heinrich von Stülpnagel[b]. Peu après, il est définitivement mis à la retraite, à l’âge de 64 ans.

Arrêté après la guerre par les Alliés puis extradé en France en 1946, il se suicide dans sa cellule, après plus d’un an d’emprisonnement à Paris en prévision de son procès.

Biographie[modifier | modifier le code]

Otto von Stülpnagel est le fils d'Otto von Stülpnagel (1822-1899), colonel de l'armée prussienne, issu d'une famille noble originaire de l'Uckermark.

Il se prépare à la carrière des armes au collège militaire de Potsdam, puis à celui de Gross-Lichtfeld.

Carrière militaire (1898-1937)[modifier | modifier le code]

Dès 1898, Stülpnagel sert dans le régiment prussien de la garde à pied. Il prend part à la Première Guerre mondiale. À la suite de celle-ci, il est nommé chef de section au ministère de la Défense avant de devenir commandant de la 17e division, puis de la 3e division. Il fait partie d'un groupe d'officiers complotant contre la république de Weimar.

Il soutient Hitler dès l'arrivée au pouvoir de ce dernier en 1933. Destitué de son commandement, Stülpnagel reprend du service actif en 1937 en assumant le commandement de la 30e division[1], puis part à la retraite.

La Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Stülpnagel est à nouveau rappelé au service actif au début de la Seconde Guerre mondiale. En , il est nommé chef des forces d'occupation allemandes en France (Militärbefehlshaber in Frankreich) et gouverneur militaire de Paris.

Avis du général Otto von Stülpnagel, Paris, , à la suite d'un attentat à Nantes.

À partir d', il est confronté aux attentats contre des militaires allemands, notamment ceux du contre l'aspirant Moser à Paris, du contre le lieutenant-colonel Karl Hotz à Nantes, du contre le conseiller de l'administration militaire Hans Reimers à Bordeaux. Il prend alors la décision de considérer tous les Français détenus dans un service allemand, ou pour un service allemand, comme des otages pouvant être fusillés à la suite d’actes de la Résistance et publie l’ordonnance du [2]. Conformément à celle-ci, il ordonne ensuite l'exécution d'otages : des Juifs français issus du camp d'internement de Drancy, des militants communistes comme le jeune Guy Môquet, l'un des vingt-sept fusillés de Châteaubriant, des résistants nantais comme Alexandre Fourny, l’un des seize fusillés de Nantes.

Le au petit matin, il fait arrêter chez eux 743 Juifs français : un notaire, un président de chambre à la cour d'appel, un conseiller à la Cour de cassation, des industriels, commerçants, hommes de lettres, de sciences ou de loi ; plus de la moitié sont des anciens combattants. On compte parmi eux René Blum, frère de Léon Blum, et Jean-Jacques Bernard, fils de Tristan Bernard et auteur à fin 1944 du livre Le Camp de la mort lente, Compiègne 1941-1942[c]. Le quota de mille arrestations n'étant pas atteint, une seconde rafle organisée à Paris permet aux Allemands d’ajouter trois cents autres Juifs, pour la plupart étrangers. Après avoir été regroupés dans le manège de l'École militaire, l'ensemble des otages est transféré dans la section « Représailles » du camp de Royallieu, près de Compiègne[3]. Le , le quotidien Le Matin fait paraître l’avis suivant, émanant de Otto von Stülpnagel[4] :

«  Ces dernières semaines, des attentats à la dynamite et au revolver ont été commis contre les soldats de l'armée allemande.
Ces attentats ont pour auteurs des éléments, parfois même jeunes, à la solde des Anglo-Saxons, des juifs et des bolcheviks, et agissant selon des mots d'ordre infâmes de ceux-ci.
Des soldats allemands ont été assassinés dans le dos et blessés. En aucun cas les assassins n'ont pu être arrêtés. Pour frapper les véritables auteurs de ces lâches attentats, j'ai ordonné l'exécution des mesures suivantes :
I — Une amende d'un milliard de francs est imposée aux juifs des territoires français occupés.
II — Un grand nombre d'éléments criminels judéo-bolchevik seront déportés aux travaux forcés à l'Est. Outre les mesures qui me paraissent nécessaires selon les cas, d'autres déportations seront envisagées sur une grande échelle, si de nouveaux attentats venaient à être commis.
III — Cent juifs, communistes et anarchistes, qui ont des rapports certains avec les auteurs de ces attentats seront fusillés.
Ces mesures ne frappent point le peuple de France, mais uniquement des individus à la solde des ennemis de l'Allemagne, qui veulent précipiter la France dans le malheur et qui ont pour but de saboter la réconciliation entre l'Allemagne et la France.
Paris, le
Der Militaerbefehlshaber in Frankreich — Von Stuelpnagel — General der Infanterie  »

Prenant conscience que la politique d'exécution d'otages contribue à dresser la population contre les autorités d'occupation[5],[6], Otto von Stülpnagel demande à être relevé de ses fonctions début 1942. Le , il envoie au Generalfeldmarschall Wilhelm Keitel, chef du Haut Commandement militaire allemand (l’OKW), un rapport dans lequel il critique sa politique de représailles massives ordonnée le  :

« Quant aux représailles massives, je ne puis plus, du moins pour l’instant et dans les circonstances présentes, m’y résoudre en conscience, ni en accepter la responsabilité directe devant l’histoire en considération de la situation générale et des répercussions de mesures si rigoureuses sur l’ensemble de la population et sur nos rapports avec la France. »

Cette réaction équivaut en fait à une démission. Il est remplacé en [7] par son cousin, portant le même patronyme et également General der Infanterie : Carl-Heinrich von Stülpnagel[b].

En , âgé de 64 ans, Otto von Stülpnagel est définitivement mis à la retraite.

Arrestation et décès[modifier | modifier le code]

La tombe du général von Stülpnagel, dans le cimetière militaire allemand de Champigny-Saint-André (Eure), en Normandie.

Après la guerre, il est arrêté en Allemagne et transféré à Paris en 1946 pour y être jugé. Il se suicide par pendaison en dans la prison du Cherche-Midi, avant le début de son procès.

Il est inhumé au cimetière militaire allemand de Champigny-Saint-André (Eure) (bloc 16, ligne 1, tombe 9).

Distinctions[modifier | modifier le code]

La liste de ces distinctions, sauf les deux dernières, provient de la liste générale de l’armée de terre allemande[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Équivalent en France de général de corps d'armée, dont l'arme d’appartenance est l'infanterie.
  2. a et b Son cousin Carl-Heinrich von Stülpnagel lui succède à ce poste parisien, Militärbefehlshaber in Frankreich (de), jusqu'à l'attentat contre Hitler du , à la suite duquel, en raison de sa décision d’arrêter les dirigeants SS de Paris, il est soupçonné de faire partie des comploteurs, immédiatement convoqué à Berlin, jugé puis exécuté, malgré une tentative de suicide.
  3. Témoignage dont la première édition[3] date de .

Références[modifier | modifier le code]

  1. Journal de Genève, .
  2. Delarue 1996.
  3. a et b Bernard 2006.
  4. Rosenfeld 1991, p. 55.
  5. Cointet, p. 658.
  6. Amouroux 1979, p. 382.
  7. Klarsfeld 2001, p. 37.
  8. (de)Rangliste des Deutschen Reichsheeres, Mittler & Sohn Verlag, Berlin, S. 107.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]