Karl Hotz

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Karl Hotz
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Karl Hotz, né le à Wertheim (actuel Bade-Wurtemberg) et mort le à Nantes, est un ingénieur et militaire allemand abattu par un commando de résistants communistes.

Cet attentat est un des événements importants de la période de l'Occupation de la France par l'Allemagne, puisqu'il a entraîné l'exécution de 48 prisonniers à Nantes, à Châteaubriant et au mont Valérien.

Biographie[modifier | modifier le code]

Avant 1929 (éléments biographiques)[modifier | modifier le code]

Karl Hotz a fait des études d'ingénieur. Pendant la Première Guerre mondiale, il est officier dans l'Armée allemande.

Il semble avoir toujours été attaché à la monarchie impériale disparue en novembre 1918.

Premier séjour à Nantes, comme ingénieur de travaux publics[modifier | modifier le code]

Dans les années 1920, Karl Hotz est un cadre important de Brandt, une entreprise de travaux publics de Düsseldorf. En 1929, il est affecté avec une partie de l'effectif de cette société aux travaux d'aménagement de la Loire et de l'Erdre réalisés à Nantes à cette époque. La participation de Brandt a lieu dans le cadre du plan Dawes, mis en place en 1924, pour le règlement de la dette de guerre allemande.

En préalable au comblement du cours inférieur de l'Erdre sur près d'un kilomètre (sur lequel sera aménagé par la suite le cours des 50-Otages), le percement d'un tunnel de détournement sous les cours Saint-Pierre et Saint-André est mis en œuvre. De 1929 à juin 1933, Karl Hotz supervise les travaux de ce tunnel. Une fois achevés, il regagne l'Allemagne.

Durant son passage à Nantes, il a établi des contacts avec la haute société, à laquelle il s'égale par son rang professionnel et sa culture. Récit de Jaqueline Ducos, fille d'Eugène Ducos :

« La société avec laquelle il travaille est en partenariat avec l'entreprise Eugene Ducos de Nantes.
Karl et Eugène deviennent amis, et ils garderont des liens d'amitié après leur chantier du tunnel de l'Erdre.
Karl dira à Eugène, qu'il n'aimait pas les nazis, mais servira le régime par crainte ou fidélité à sa patrie, Il reverra Eugène à Nantes fin 1940, où il lui dira son aversion pour la guerre et qu'il aurait aimé revenir à Nantes en civil et non en militaire. Ce sera le dernier entretien entre deux amis que tout oppose maintenant par leur fonction et leur devoir.
 »

Second séjour, comme Feldkommandant[modifier | modifier le code]

Arrivée de Karl Hotz[modifier | modifier le code]

Peu après le début de l'occcupation de la ville (18 juin 1940), probablement en raison de la connaissance qu'il en a, il est affecté à Nantes (le 23 juin) avec le grade de lieutenant-colonel (Oberstleutnant) et la fonction de Feldkommandant der Stadt Nantes, c'est-à-dire de responsable des troupes d’occupation pour le département de Loire-Inférieure (chaque arrondissement a un Kreiskommandant).

Organisation de l'occupation à Nantes[modifier | modifier le code]

La Kommandantur de Nantes est une administration militaire d'occupation qui, dans l'organigramme de la Wehrmacht, porte le numéro 518. Elle est placée sous la dépendance de la Kommandantur régionale d'Angers, où les services allemands sont plus étoffés (notamment ceux de l'Abwehr, de la Kriegsmarine...). La Kommandantur de Nantes comporte :

  • la Kriegsverwaltung (Administration militaire) installée dans l'hôtel d'Aux (11° Corps d'Armée), dirigée par le Kriegsverwaltungsrat Schuster[1] ;
  • la Feldpost (Poste militaire), place de la Monnaie ;
  • la Propangandastaffel (Service de la propagande), place Saint-Pierre (lieutenant Menny) ;
  • la Feldgendarmerie (police militaire, en uniforme, caractérisée par le port d'une plaque "Felgendarmerie" sur une chaîne autour du cou, d'où le surnom donné à ses membres : les colliers de chien) ;
  • la Geheime Feldpolizei (GFP), « police militaire secrète » (sans uniforme), qui est un élément de l'Abwehr ; la GFP est installée dans l'hôtel des Pyrénées[2] ;
  • le Feldgericht (Tribunal militaire), situé 4, rue Sully et présidé en 1941 par un SS, Dormagen ;
  • la prison militaire de la rue des Rochettes ;
  • la section allemande de la prison centrale Lafayette (comte von Zeppelin) ;
  • l'Abwehr, service de renseignements de la Wehrmacht, qui, à Nantes, fonctionne sous le couvert d'un organisme appelé Direction des travaux de Nantes[3], situé 24, boulevard Gabriel Guist'hau (capitaine Pussbach)[4].

On trouve aussi à Nantes un Kreiskommandant, qui assurera l'intérim de Karl Hotz après la mort de celui-ci, jusqu'à l'arrivée très rapide du nouveau Feldkommandant, le baron von und zu Bodmann.

Parallèlement à la Kommandantur, on trouve les services dépendant du RSHA, force de sécurité du parti nazi et de l'État allemand, dirigé à Berlin par Reinhard Heydrich sous la haute direction de Heinrich Himmler, à Paris par Helmut Knochen : le SIPO-SD dont l'élément le plus connu est la Gestapo[5]. En 1940-41, ces services non militaires sont peu présents à Nantes ; en août 1940, est créée l'antenne de Bordeaux (Hagen) chargé de la surveillance de la côte d'Hendaye à la Loire, puis en Bretagne (début 1941) ; Hagen envoie des agents dans les principales villes de son ressort[6]. Le délégué du SIPO-SD pour Nantes serait un Dr Werner Ruppert[7]. Par ailleurs, il est probable que la GFP était dès cette époque noyautée par des hommes du RSHA[8] (en 1942, la GFP est dissoute et ses membres sont intégrés dans le SIPO-SD)[9]. Enfin, la Gestapo de Paris est éventuellement en mesure de court-circuiter l'autorité du Feldkommandant, par exemple en donnant un ordre téléphonique directement à un responsable théoriquement subordonné à Hotz (cf. infra).

Bilan de Karl Hotz comme Feldkommandant[modifier | modifier le code]

On peut remarquer que pendant son mandat se poursuivent les travaux qui l'avaient d'abord amené à Nantes (ces travaux sont suspendus en 1942 et reprennent après la Libération).

Sur le plan de la répression, il n'y a eu à Nantes qu'un seul résistant fusillé sous son commandement[10], mais les actes de résistance ont été assez nombreux. En janvier 1941, a lieu l'arrestation à Chantenay d'Honoré d'Estienne d'Orves, agent envoyé par la France libre et des membres de son réseau de renseignement Nemrod ; le jugement a lieu à Paris.

Le Feldgericht de Nantes est amené à juger plusieurs cas de résistance, principalement deux affaires qui trouveront leur fin ultime le 22 octobre 1941 :

  • le procès des Anciens Combattants (16 juillet 1941) (le détail de cette affaire est traité sur la page Représailles après la mort de Karl Hotz, Présentation des otages sélectionnés). Ce procès se termine par des peines d'emprisonnement assez lourdes, mais un procès en appel a lieu le 27 août et les peines sont aggravées : notamment, Marin Poirier est condamné à mort et fusillé le 30 août, Karl Hotz ayant refusé de le gracier malgré une intervention du maire de la ville Gaëtan Rondeau ;
  • le procès du 8 août 1941, concernant des résistants souvent jeunes. Un point important est qu'à l'issue du procès du 8 août, les accusés auraient dû être libérés, ayant eu des condamnations plus courtes que leur détention provisoire. En fait, ils sont maintenus en prison, contre, semble-t-il, l'avis de Karl Hotz, mais sur ordre de la Gestapo. Un seul condamné, Christian de Mondragon, 17 ans, est libéré en septembre. Cela montre les limites de l'autorité du Feldkommandant.

Au total, il semble que l'opinion des Nantais sur Karl Hotz n'ait pas été trop mauvaise, même si les tensions augmentaient entre les forces d'occupation et la population.

L'attentat[modifier | modifier le code]

Le , un peu avant 8 heures du matin, Karl Hotz est abattu[11] à proximité de la cathédrale de Nantes et de la Kommandantur par trois résistants venus de Paris : Gilbert Brustlein, Marcel Bourdarias et Spartaco Guisco, tous trois membres de l'OS[12], la branche armée du Parti communiste. L'attentat ne visait pas particulièrement Karl Hotz, la mission des trois hommes étant d'abattre un officier allemand selon les circonstances.

Gilbert Brustlein lui tire deux balles dans le dos, devant le no 1 de la rue du Roi-Albert [13](panneau informatif) tandis que le revolver de Spartaco Guisco s'enraye, sauvant la vie de l'officier d'ordonnance de Hotz, le capitaine Wilhelm Sieger[14]. Karl Hotz meurt quelques instants après, tandis que les résistants s'enfuient.

Conséquences de l'attentat[modifier | modifier le code]

Étant donné l'importance de Hotz dans la hiérarchie militaire, Hitler est rapidement mis au courant par Otto von Stülpnagel, responsable des troupes d'occupation en France, et ordonne l'exécution immédiate de 100 otages, chiffre ramené à 50 par von Stülpnagel ; 48[15] d'entre eux sont fusillés le 22 octobre. Les plus connus sont Guy Môquet et Jean-Pierre Timbaud.

Trois ans plus tard, à la Libération, l'artère créé sur la portion comblée de l'Erdre sera renommé Cours des 50-Otages.

Obsèques[modifier | modifier le code]

Les obsèques de Karl Hotz ont lieu le vendredi 24 octobre et donnent lieu à une cérémonie importante, dont la presse locale rend compte abondamment[16], alors qu'elle est très discrète sur les détails concrets de l'attentat et de l'enquête, se contentant de retransmettre les communiqués officiels.

Le corps de Karl Hotz est emmené de la Kommandantur, où son bureau a servi de chapelle ardente, au cimetière de la Gaudinière, au nord de la ville. Le passage du cortège est marqué par la fermeture des magasins qui doivent baisser leur rideau. Sont présents : le général Neumann-Neurodde, commandant du secteur d'occupation Sud-Ouest, le Feldkommandant baron von und zu Bodman, successeur de Karl Hotz, les Feldkommandant de Rennes et du Mans, le préfet régional Roussillon, représentant le Maréchal Pétain, le préfet de Loire-Inférieure Dupard, les sous-préfets de Châteaubriant et de Saint-Nazaire, le maire de Nantes, Gaëtan Rondeau et une délégation du conseil municipal, les consuls d'Espagne et d'Italie...

Après la guerre, la tombe de Karl Hotz a été transférée au cimetière militaire allemand (Deutscher Soldatenfriedhof) de Pornichet, Loire Atlantique, où elle se trouve actuellement (bloc 2, allée 21, plaque numéro 655). Ce cimetière est entretenu par la mairie de Pornichet en liaison avec l'organisme allemand responsable des Cimetières militaires.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Schuster est l'homologue à Nantes de Hans Reimers, abattu à Bordeaux le 21 octobre 1941
  2. Selon Etienne Gasche, cet hôtel était localisé « près du pont de l'Hôtel-de-Ville », lequel se trouvait à l'emplacement de l'actuel place du Cirque.
  3. Jacques Delarue, Histoire de la Gestapo, Fayard, Paris, 1962, page 269.
  4. Les détails de localisation et de nomenclature sont fournis par Étienne Gasche, 1999
  5. En principe, le RSHA n'a aucun droit à être présent en France occupée, où seule la Wehrmacht est « légalement » présente (de par les accords d'armistice) ; le SIPO-SD agit d'abord de façon occulte, puis de plus en plus ouvertement.
  6. Delarue, page 265
  7. Nom cité par Étienne Gasche
  8. Delarue, page 237.
  9. Delarue, page 286.
  10. Marin Poirier, le 30 août 1941, cf. infra.
  11. Le mot assassinat ne convient pas car il n'y a pas eu préméditation sur la personne de Hotz, ni même sur l'occupant de la fonction.
  12. L'Organisation spéciale recevra ultérieurement le nom de FTP.
  13. Voir archives du Service historique du ministère français de la Défense à Vincennes : «  XXVe Corps d'Armée, État-major 2e Bureau, rapport d'activité N° 4 pour la période du 1er octobre au 31 décembre 1941, mois d'octobre, paragraphe III - 32 - a) - Agressions de membres de la Wehrmacht dont l'assassin du Lt-colonel Hotz commandant de la Feldkommandantur de Nantes »
  14. Wilhelm Sieger : né en 1888 à Darmstadt (Etienne Gasche, 1999). Sieger est souvent désigné comme Doktor Sieger, mais cela ne signifie pas nécessairement qu'il soit médecin, le titre de docteur étant systématiquement utilisé en Allemagne par les titulaires de ce grade universitaire.
  15. 2 des 50 sont retirés de la liste pour l'un, l'avocat Fernand Ridel, grâce à l'intervention de personnalités amies de Hotz, notamment la comtesse de Sesmaisons, qui profitent des certains désaccords entre la Gestapo et la Wehrmacht, l'autre pour une raison non déterminée (voir Louis Oury, bibliographie).
  16. Source : Le Phare, 25 octobre 1941, disponible sur microfilm à la Médiathèque Jacques Demy, Nantes, Section Histoire locale.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Louis Oury, Le Cours des Cinquante Otages, Geschichtswerkstatt Saarbrücken, Sarrebruck, 1989.
    Publication bilingue d'un entretien entre Louis Oury et des historiens de l'université de Sarrebruck (ville jumelée avec Nantes).
  • Étienne Gasche, 50 otages, mémoire sensible, Éditions du Petit Véhicule, Nantes, 1991.
    L'auteur étudie assez en détail Karl Hotz en tant que Feldkommandant.

Liens externes[modifier | modifier le code]