Attentat du métro Barbès

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

L'attentat du métro Barbès est le premier attentat meurtrier commis par la Résistance à Paris sous l'Occupation allemande. Un militaire de la Marine allemande, l'aspirant Alfons Moser, est tué par un jeune communiste, Pierre Georges (dit colonel Fabien), le , à la station Barbès – Rochechouart.

Contexte et préparation[modifier | modifier le code]

Après l'attaque allemande de l'Union soviétique, les communistes français sont appelés à prendre part à la lutte contre les Nazis, notamment par l'exécution d'officiers allemands[1]. Cet attentat et ceux qui suivent sont réalisés dans le but d'aider l'URSS en obligeant le Reich à maintenir des troupes à l'Ouest et, en provoquant des répressions, à éloigner les populations occupées des occupants[2]. Le Parti rassemble et entraîne une vingtaine de jeunes lors de l'été 1941, formant ainsi les bataillons de la Jeunesse[1]. Certains de ces jeunes participent à une manifestation à Strasbourg – Saint-Denis le , lors de laquelle Samuel Tyszelman et Henri Gautherot sont arrêtés, puis exécutés dans le bois de Verrières le [3]. Le premier attentat du groupe est aussi un acte de représailles après cette exécution[3].

La date du 21 est choisie en référence à l'invasion de l'Union soviétique exactement deux mois plus tôt. La station Barbès - Rochechouart est choisie par les militants communistes en raison de la courbure prononcée de son quai (on ne voit pas ce qui se passe à l'autre extrémité de la rame) et de la possibilité de fuite, notamment via l'autre ligne de métro (aérien) qui la dessert. À un moment de leurs préparatifs, les jeunes communistes se rendent compte qu'ils pourraient tout aussi bien pousser l'Allemand sur la voie au moment où la rame entre, mais cette idée fut repoussée parce qu'ils voulaient qu'il soit manifeste que la mort de l'Allemand était le résultat d'un attentat et non d'un accident[4].

Déroulement[modifier | modifier le code]

Pierre Georges, dit « Frédo » (plus tard le « colonel Fabien »), exécute ainsi le premier attentat meurtrier contre les troupes d'occupation[5]. Il donne rendez-vous à ses camarades à h le dans la station Barbès - Rochechouart. Gilbert Brustlein est présent auprès de Pierre Georges pour l'assister et assurer sa protection lors de son repli, tandis que deux autres militants — Gueusquin et Zalkinov — sont aux extrémités du quai pour observer et rendre compte[6]. Avec deux balles de 6,35, Frédo abat un militaire de la Kriegsmarine dont l'uniforme le fait penser à un officier. Les jeunes gens prennent ensuite la fuite grâce à l'autre ligne de métro. Le militaire est en fait l'aspirant Alfons Moser, simple auxiliaire d'intendance[1].

Conséquences[modifier | modifier le code]

L'enquête est menée conjointement par les polices allemande et française[1]. L'attentat marque l'entrée du Parti communiste dans la Résistance armée[2]. Pour la logique de représailles qu'il enclenche contre des populations civiles, il est alors condamné par des personnalités aussi diverses que Marcel Cachin[5] (qui condamne les attentats individuels dans sa déposition du , faite à la suite de son arrestation par la Gestapo[7]) ou que des résistants comme Henri Frenay, Emmanuel d'Astier de La Vigerie ou Jean-Pierre Lévy. Maurice Schumann déclare le à Radio Londres : « Les coup de feu tirés par le jeune français sont la suite logique, fatale, inéluctable de l'attentat permanent contre la nation française par l'ennemi et ses complices […] l'attentat appelle l'attentat. »

Cet attentat est suivi de la mise en place par Vichy de tribunaux d'exception, les sections spéciales[5], chargées de la répression, qui prononcent trois condamnations à mort de communistes — Émile Bastard, Abraham Trzebrucki et André Bréchet — exécutés le [5], et une condamnation aux travaux forcés à perpétuité, celle du journaliste communiste Lucien Sampaix, qui sera fusillé le par les Allemands[5]. Après cet attentat, et ceux qui suivent[5], Hitler ordonne l'exécution de 100 otages[5].

Mais Otto von Stülpnagel répugne à des représailles massives parce qu'il comprend et veut déjouer l'intention politique du Parti communiste. Il mise de préférence sur la traque policière des auteurs d'attentats, qui est très efficace, et sur des exécutions ponctuelles d'otages choisis parmi les personnalités communistes de premier plan, comme Gabriel Péri, et de quelques résistants gaullistes. Parmi ceux-ci, Honoré d'Estienne d'Orves, Jan Doornik et Maurice Barlier (condamnés à mort trois mois plus tôt) dont le courage à leur procès avait suscité l'admiration des juges du tribunal allemand[8]. Par ailleurs, dans l'intention de tourner la population contre les « terroristes », von Stülpnagel présente la résistance communiste comme étrangère, et plus précisément comme « judéo-bolchévique ». Sa répression prend donc logiquement la forme des premières rafles de Juifs, dont beaucoup sont d'origine étrangère, dans le onzième arrondissement de Paris. Les premières fusillades massives d'otages communistes, sur l'insistance expresse d'Hitler, font suite à l'attentat de Nantes, le , où un jeune communiste de l'Organisation spéciale Gilbert Brustlein, l'adjoint de Pierre Georges à Barbès, exécute le commandant Karl Hotz, chef de la Kommandantur. La plus célèbre de ces exécutions de masse, du , est celle de Châteaubriant, où périt Guy Môquet.

Le , le général de Gaulle parle depuis Londres pour exprimer à la fois son désaccord tactique concernant ces attentats (contrairement aux communistes, il ne veut pas de guérilla urbaine en France métropolitaine) et son soutien moral[5] : « Il est absolument normal et absolument justifié que des Allemands soient tués par les Français. Si les Allemands ne voulaient pas recevoir la mort de nos mains, ils n'avaient qu'à rester chez eux […] Mais il y a une tactique à la guerre et la guerre doit être conduite par ceux qui en ont la charge […][9] »[5]. Et après les représailles allemandes, il confie à son entourage : « c'est dans ce sang que se noiera la Collaboration ».

La poursuite des attentats et l'engrenage répressif qui en résulte conduisent Otto von Stülpnagel à la démission, le [2]. Il est remplacé comme commandant militaire par son cousin Carl-Heinrich, mais l'essentiel est que les prérogatives de l'armée sont rognées après l'installation à Paris d'une antenne SS dirigée par Karl Oberg en , allant de pair avec un renforcement de la Gestapo. L'action des résistants communistes est surtout politique[2]. Il s'agit d'empêcher la France de tomber dans la « collaboration loyale » voulue par Vichy. Militairement, son impact est plus limité.

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Boris Dänzer-Kantof, « Attentat du métro Barbès-Rochechouart (21 août 1941) », sur museedelaresistanceenligne.org, Fondation de la Résistance – AERI (consulté le 3 mars 2016).
  2. a, b, c et d Jean-Pierre Azéma et Olivier Wieviorka, Vichy, 1940-1944, Paris, Éditions Perrin, coll. « Tempus », 2000 et 2004 (1re éd. 1997), 374 p. (ISBN 978-2-262-02229-7), p. 261-263.
  3. a et b « Ce jeudi 21 août 1941, 8 heures », sur L'Humanité.fr, (consulté le 3 mars 2016).
  4. Hervé Villeré, L'Affaire de la Section Spéciale, Paris, Fayard, , 256 p. [lire des extraits en ligne] — le site dont nous donnons le lien ne respecte pas le droit d'auteur[réf. nécessaire].
  5. a, b, c, d, e, f, g, h et i Marc Ferro, Pétain, Paris, Fayard, (réimpr. 2008), 789 p. (ISBN 978-2-213-01833-1), p. 340-343.
  6. Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre, Le Sang des communistes – Les Bataillons de la jeunesse dans la lutte armée – Automne 1941, Paris, Fayard, , 415 p. (ISBN 978-2-213-61487-8), p. 93-104.
  7. Denis Peschanski, « Marcel Cachin face à la Gestapo – La déposition du 21 octobre 1941 », Communisme, Paris, PUF, no 3,‎ , p. 85-102 [présentation en ligne sur Google Livres, consulté le 2 octobre 2013].
  8. « Honoré d'Estienne d'Orves (1901-1941) », sur cheminsdememoire.gouv.fr (consulté le 4 mars 2016).
  9. Charles de Gaulle, Mémoires de guerre – L'Appel : 1940-1942, t. I, Paris, Plon,  ; rééd. Pocket, 1999 (nouvelle édition 2007, texte intégral) (ISBN 2-266-09526-9 et 978-2-266-09526-6), p. 282.
  10. Olivier Père, « Section spéciale de Costa-Gavras », (consulté le 4 mars 2016).

Articles connexes[modifier | modifier le code]