Nationalisme sud-tyrolien

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Drapeau du Tyrol du Sud
Panneau revendicatif du parti Süd-Tiroler Freiheit où il est écrit « Le Sud Tyrol n'est pas italien ! »

Le nationalisme sud-tyrolien est un mouvement politique de caractère nationaliste qui réclame l'autodétermination du Tyrol du Sud, province autonome de Bolzano dans le Trentin-Haut-Adige, et se concrétisant soit par davantage d'autonomie, soit par la réunification avec le Tyrol au sein de l'Autriche. Certains groupes sont même favorables à l'établissement d'un État libre du Tyrol du Sud provisoire pour organiser l'annexion[1],[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Article principal : Histoire du Trentin-Haut-Adige.

La totalité de l'actuel Tyrol du Sud passa sous la juridiction de l'Empire d'Autriche en 1814. La popularité du nationalisme s'accrût fortement en Europe après les Guerres napoléoniennes. Au sein du Royaume d'Italie, la ferveur de l'Irrédentisme italien naquit en 1866. L'Irrédentisme entraîna l'unification de tous les territoires de la Péninsule italienne ou de ceux qui étaient perçus comme italiens[3]. Le Tyrol du Sud, étant donné son inclusion géographique au sein de la péninsule, fut souvent l'objet d'une revendication de la part de l'Italie.

Au commencement de la Première Guerre mondiale, L'Italie resta strictement neutre. Ce fut seulement le qu'elle déclara la guerre aux Empires centraux. Ce changement d'attitude est attribué par les historiens à la signature secrète du Pacte de Londres, par lequel l'Italie, en échange de son soutien aux alliés, "pourrait obtenir le Trentin, le Tyrol cisalpin avec ses frontières naturelles (la frontière du Brenner)"[4] de l'Empire d'Autriche-Hongrie. En dépit de pétitions de personnalités publiques du Tyrol du Sud et des déclarations rassurantes du Président des États-Unis Woodrow Wilson, pour qui le « réajustment des frontières de l'Italie devrait être effectué selon les lignes clairement reconnaissables des nationalités[5],[6],[7] », le Tyrol du Sud et le Trentin tombèrent aux mains de l'administration militaire italienne après la signature du Traité de Saint-Germain-en-Laye en septembre 1919[8].

Tensions germano-italiennes[modifier | modifier le code]

Avec l'arrivée au pouvoir de Benito Mussolini en 1922 se mit en place une politique d'italianisation forcée, qui chercha essentiellement l'élimination de l'allemand, aussi bien dans l'enseignement, l'usage quotidien que dans l'emploi de la signalétique et des toponymies[9]. Au début de la Seconde Guerre mondiale, l'Italie fasciste et l'Allemagne nazie s'allièrent pour former les Forces de l'Axe. Avec cette alliance, les citoyens germanophones, qui devaient le plus souvent accepter l'italianisation forcée car ils n'étaient que rarement autorisés à émigrer vers le Grand Reich germanique, purent faire un choix grâce à ce qui fut appelé « l'Option ». 86 % des Sud-Tyroliens choisirent de partir et s'installèrent dans les autres possessions allemandes ; malgré le retour ultérieur de nombreux émigrés sud-tyroliens dans leur pays natal, ces politiques eurent pour conséquence l'exode permanent de 75 000 personnes[10]. Des réformes linguistiques furent mises en place après la chute du régime fasciste en 1945, restaurant les droits fondamentaux des Sud-Tyroliens qui avaient été auparavant révoqués.

L'Accord De Gasperi-Gruber signé le entre l'Autriche et l'Italie formalise l'engagement de l'État italien à respecter et protéger les droits linguistiques de la communauté germanophone, mais le fait que ce soit à la région et non à la seule province de Bolzano, majoritairement germanophone, qu'incombe la responsabilité de l'application de ces dispositions, suscite de vives tensions dans les années 1950.

Statut d'autonomie[modifier | modifier le code]

Le Tyrol du Sud dispose d'un statut d'autonomie territoriale après un accord de 1972 entre le gouvernement italien et des personnalités politiques locales menées par le leader Silvius Magnago qui fut l'artisan du compromis[11]. Cela entraîna un plus grand niveau d'autogouvernance de la province. L'extension de son statut fut le sujet d'un débat animé jusqu'à l'accord final entre les gouvernements d'Autriche et d'Italie en 1992[12]. Le statut de province autonome accordé au Tyrol du Sud lui garantit une abondance de privilèges ; par exemple, sur les taxes payées au Sud-Tyrol, seulement 10 % vont au gouvernement central[1].

Mouvement sécessioniste[modifier | modifier le code]

Attentats à la bombe[modifier | modifier le code]

Manifestation Ein Tirol en 2009

L'activisme en faveur d'un Tyrol du Sud séparé de l'Italie se retrouva d'abord au sein du Comité pour la libération du Tyrol du Sud, qui mena des attentats à la bombe contre les infrastructures italiennes et les monuments fascistes entre la seconde moitié des années 1950 et 1961. Le plus notable de ces incidents fut la Feuernacht du , durant laquelle une grande centrale électrique fut détruite par des explosifs[13].

Plusieurs années après, le Comité de libération cessa ses activités, et apparut le mouvement Ein Tirol, une organisation terroriste d'extrême droite, qui prit la suite de son prédécesseur en organisant l'explosion de monuments fascistes tels que les mémoriaux historiques. Depuis la seconde moitié des années 1980, le groupe extrémiste a perdu de son importance et de sa violence au sein du mouvement indépendantiste. En 2009, une partie d'un flanc de montagne fut brûlé lors des célébrations de la fête du Sacré-Cœur pour rappeler le nom du groupe[14].

Solutions politiques[modifier | modifier le code]

Un certain nombre de partis politiques défendant la sécession du Tyrol du Sud ont vu leur importance croître, atteignant même un niveau national, parmi eux, Süd-Tiroler Freiheit, Die Freiheitlichen et Bürger Union für Südtirol[15]. Ces partis occupent approximativement 10 des 35 sièges du conseil provincial du Haut-Adige, le Südtiroler Volkspartei, autonomiste, arrivant le plus souvent en tête de la coalition précédemment mentionnée lors des élections. Ces mouvements spécifiques au Tyrol du Sud n'entretiennent pas de relation avec la Ligue du Nord, dont l'agenda est parfois dédié à l'établissement d'un État indépendant de Padanie en Italie du Nord[16].

Popularité[modifier | modifier le code]

La passion avec laquelle la sécession du Tyrol du Sud est revendiquée varie selon l'époque et le climat politique[17]. En 1991, un référendum non officiel indique que la majorité des germanophones souhaitaient rester au sein de l'Italie[17]. Des sondages menés par l'institut de recherche autrichien Karmazin montrent que 54 % des Sud-Tyroliens ou des Ladins soutiendraient la séparation de l'Italie, tandis que 46 % de la population totale (incluant les Italiens) pourraient être favorables à la sécession du Tyrol du Sud[2].

Arguments en faveur de la sécession[modifier | modifier le code]

Diversité ethno-linguistique[modifier | modifier le code]

Sont listés ci-dessous les pourcentages, obtenus via le recensement de la population du Tyrol du Sud, basé sur la première langue [18],[19]:

Répartition linguistique en 2011
Année Allemand Italien Ladin Autres Total Pays
1880 90.6 13.4 4.3 1.7 100.0 Autriche-Hongrie
1890 89.0 14.5 4.3 2.3 100.0 Autriche-Hongrie
1900 88.8 14.0 4.0 3.2 100.0 Autriche-Hongrie
1910 89.0 12.9 3.8 4.3 100.0 Autriche-Hongrie
1921 75.9 10.6 3.9 9.6 100.0 Italie
1961 62.2 34.3 3.4 0.1 100.0 Italie
1971 62.9 33.3 3.7 0.1 100.0 Italie
1981 64.9 28.7 4.1 2.2 100.0 Italie
1991 65.3 26.5 4.2 4.0 100.0 Italie
2001 64.0 24.5 4.0 7.4 100.0 Italie
2011 61.5 23.1 4.0 11.4 100.0 Italie

Des tensions à propos du traitement équitable et la reconnaissance des minorités linguistiques ont apporté une raison historique au séparatisme, bien que leurs protections soient garanties par une loi passée en novembre 1991[17].

Situation économique[modifier | modifier le code]

Le Tyrol du Sud est parmi les plus riches provinces d'Italie[1] avec un Produit intérieur brut de 32 000 [20]. Il a été dit que l'Italie est une nation qui a souffert d'un déclin inexorable depuis le début de la crise de la dette dans la zone euro en 2009. En 2012, il a été projeté que la région alloue 120 millions d'euros pour stabiliser le budget national de l'Italie. Pour accomplir cela, la région fut obligée d'augmenter les taxes et les droits sur les récoltes, une décision dont certains experts disent qu'elle viole le statut du Tyrol du Sud. Eva Klotz, fondatrice et représentante de Süd-Tiroler Freiheit au sein du Parlement local, a exprimé une opinion partagée actuellement par beaucoup d'autres Sud-Tyroliens en affirmant que la région « ne pouvait s'enfoncer » avec le reste de l'Italie[21]. Cette recrudescence de la ferveur séparatiste causée par la crise de l'euro est comparable à la popularité florissante de l'indépendantisme catalan en Espagne.

Relations avec l'Autriche[modifier | modifier le code]

Le traitement et l’absorption du Tyrol du Sud a souvent été une source de conflits dans les relations entre l'Italie et l'Autriche[10]. Dans la période qui a immédiatement suivi la Seconde Guerre mondiale, le Gouvernement transitionnel autrichien exprima son inquiétude sur le traitement des germanophones et des minorités ladines du Tyrol du Sud. L'affaire fut réglée par la signature du Traité de Paris par les deux parties du , instituant une plate-forme pour l'autonomie du Tyrol du Sud et la protection des minorités. Cependant, les changements dictés par le traité ne furent pas en grande partie respectés, ce qui eut pour conséquence que l'Autriche fit appel de la situation devant les Nations unies en 1961[10]. L'Autriche disputa les revendications de l'Italie sur le Tyrol du Sud jusqu'à l'octroi précédemment mentionné d'un paquet d'autonomie en 1992. Dans la seconde moitié des années 1990, le gouvernement autrichien proposa à son homologue italien d'offrir l'amnistie aux militants indépendantistes emprisonnés, la majorité d'entre eux avaient été engagés dans des attentats durant les années 1950 et 1960[17]. Le Parti de la liberté d'Autriche a encouragé la distribution de passeports autrichiens aux Sud-Tyroliens, bien que le gouvernement autrichien ait plusieurs fois rejeté cette requête[22].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c (en) Bethany Bell, « South Tyrol's identity crisis: Italian, German, Austrian...? », sur BBC News, (consulté le 28 mars 2014)
  2. a et b (en) « South Tyrol heading to unofficial independence referendum in autumn », 7 March 2013, Nationalia.info (consulté le 28 mars 2014)
  3. « Unredeemed Italy », mattivifamily.com (consulté le 28 mars 2014)
  4. Traité de Londres; Article 4
  5. (en) « President Woodrow Wilson's Fourteen Points », (consulté le 20 juin 2005)
  6. (en) « The Conditions of Peace », (consulté en 20 juion 2005)
  7. Sterling J. Kernek, "Woodrow Wilson and National Self-Determination along Italy's Frontier: A Study of the Manipulation of Principles in the Pursuit of Political Interests", Proceedings of the American Philosophical Society, Vol. 126, no 4. (Aug., 1982), p. 243-300 (246)
  8. (en) « Italy and World War One », History Learning Cite (consulté le 28 mars 2014)
  9. (de) Provvedimenti per l'Alto Adige, in: Gruber, Alfons: Südtirol unter dem Faschismus, Schriftenreihe des Südtiroler Kulturinstitutes 1, Bozen 1974, p. 21f.
  10. a, b et c (en) « This is South Tyrol », Land Südtirol (consulté en 30 maars 2014)
  11. (en) Rolf Steininger: "South Tyrol: A Minority Conflict of the Twentieth Century", Transaction Publishers, 2003, (ISBN 978-0-7658-0800-4), p. 2
  12. (it) « 1969-1998 » (consulté le 28 mars 2014)
  13. (en) Rolf Steininger, South Tyrol: A Minority Conflict of the Twentieth Century, 122–123 p.
  14. « Tyrol: Anti-Italian Writing Between the Fires of the Sacred Heart », 22 June 2009, IGN (consulté le 28 mars 2014)
  15. (de) « Site web de Süd-Tiroler Freiheit » (consulté le 28 mars 2014)
  16. (en) Bethany Bell, « Euro crisis turns German-speaking Italians against Rome », BBC, (consulté le 30 mars 2014)
  17. a, b, c et d (en) « Tyrolians in Italy », romaculta.it (consulté le 30 mars 2014)
  18. Institut provincial de statistiques de la Province autonome du Sud-Tyrol
  19. (en) Oscar Benvenuto, « South Tyrol in Figures 2008 », Institut provincial de la Province autonome de Bolzano, (consulté le 21 février 2009)
  20. PIB Régional par habitant dans les 27 de l'EU, 2009
  21. (en) Alexandra Aschbacher, « Italy's Mason-Dixon Line: Euro Crisis Fuels South Tyrolean Separatist Dreams », Der Spiegel, (consulté le 30 mars 2014)
  22. « Europe Adrift », 22 December 2012 (consulté le 30 mars 2014)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Nationalisme sud-tyrolien.