Histoire de Palerme

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Article principal : Palerme.
Carte de la ville de Palerme à la fin du XIXe siècle
Carte de Palerme en 1888.

L'histoire de Palerme débute à la préhistoire, la ville qui émerge sous les Phéniciens devient rapidement la capitale de la Sicile et elle connait, tout au long de son histoire, de multiples conquérants d'origines très diverses, Grecs, Romains, Musulmans, Normands. Son sort comme celui de la Sicile est associé à celui du royaume de Naples dont elle essaie de s'extraire pour obtenir son indépendance et en 1861, elle rejoint le royaume d'Italie alors en formation. En 1947, la Sicile devient une région autonome et Palerme est à nouveau le siège du Parlement.

Origines[modifier | modifier le code]

Préhistoire et premiers habitants[modifier | modifier le code]

Tombe dans le cimetière punique de Palerme
Cimetière punique de Palerme.

La présence humaine à Palerme est, depuis la préhistoire, attestée comme l'une des plus anciennes de Sicile. Des peintures murales intéressantes ont été trouvées dans les grottes de l'Addaura (frazione de Palerme) par l'archéologue Jole Bovio Marconi 1953. Elles représentent des personnages dansant au cours d'un rite magique, peut-être chamanique.

La ville de Palerme, apparaît à une date incertaine sur un emplacement préhistorique de forme différente de la ville actuelle, à la convergence de deux zones naturelles qui s'appelait Sis soit fleur dans la langue originelle d'origine africaine comme ses premiers habitants, les Matabei, peuple provenant de la Jordanie via l'Espagne.

Phéniciens et Grecs[modifier | modifier le code]

Un mur dans la ville de Palerme datant du IIIe siècle
Un mur de Palerme datant de l'époque phénicienne (IIIe siècle).

Palerme est fondée par les Phéniciens avec comme nom Zyz[1],[Note 1]. Jusqu'à cette période, la ville est un lieu de commerce et une base pour le nord-ouest de la Sicile. Le nom de la ville n'est pas établi avec certitude, mais de nombreuses pièces de Palerme de l'époque phénicienne comportent le mot Zyz. Comme Palerme était la 3e ville punique en Sicile (selon Thucydide, VI, 1-5), il est probable qu'elle possédait sa propre monnaie. Le nom pourrait dériver de la conformation de la ville qui, coupée par deux rivières, rappelle la forme d'une fleur.

La cité acquiert une certaine importance commerciale grâce à son emplacement mais surtout en raison des deux rivières, le Kemonia et le Papireto. Elle devient un objectif convoité par les Grecs qui peuplent la partie orientale de la Sicile, qui, toutefois, ne réussissent jamais à la conquérir. Les Grecs appellent la cité Panormos[2] (du grec παν-όρμος, tout port) en raison des deux rivières qui l'entourent et créent un immense port naturel. Ce nom se répand en raison du renforcement de l'influence grecque sur l'île.

Guerres et invasions[modifier | modifier le code]

Guerres puniques[modifier | modifier le code]

La ville est restée sous contrôle phénicien jusqu'à la première guerre punique (264-241 av. J.-C.) après quoi, la Sicile est conquise par les Romains[2]. Palerme est, en particulier, le centre des principaux combats entre les Carthaginois et les Romains. En 254 av. J.-C., la flotte romaine assiège la ville qui se rend. Les habitants devenus des esclaves doivent payer un lourd tribut pour retrouver la liberté. Asdrubale tente de récupérer la ville, mais il est tenu en échec par Metello, le consul romain. Une énième tentative pour tenter de récupérer la ville est faite par Hamilcar en 247 av. J.-C.. Son armée s'installe au pied du mont Pellegrino, à l'époque appelé Erecta, pour essayer de reprendre la ville à plusieurs reprises, mais celle-ci reste aux mains des romains, qui pour sa fidélité lui accorde une préture, l'aigle d'or et le droit de frapper la monnaie. Palerme reste une des cinq villes libres de l'île ce qui oblige les Carthaginois qui restent sur l'île à abandonner définitivement le territoire palermitain.

Période impériale, invasion barbares et byzantines[modifier | modifier le code]

Les édifices de la zone de la place Vittoria sont le témoignage de la prospérité et de la splendeur de la « Panormus[1] » romaine. Parmi ceux-ci le théâtre qui existe encore sous la domination normande et les mosaïques découvertes en 1868, place Vittoria. À l'époque impériale, Palerme devient une colonie romaine, comme le raconte Strabon, et le grenier à blé de Rome, mais elle subit une décadence après Vespasien, subissant les invasions barbares de 445, avec Genséric, roi des Vandales qui met à feu et à sang la ville, et la domination d'Odoacre, Théodoric le Grand, chef des Ostrogoths[2]. En 535, Bélisaire conquiert avec sa flotte Palerme, la soustrayant aux Ostrogoths[2]. La période byzantine débute, elle dure jusqu'en 831, lorsque les Arabes débarqués à Marsala quatre ans plus tôt, en font la capitale de leur royaume en Sicile[2].

Palerme sous domination[modifier | modifier le code]

Palerme islamique[modifier | modifier le code]

Article connexe : Émirat de Sicile.

Au IXe siècle, les musulmans d'Afrique du Nord envahissent la Sicile. Ils débutent la conquête de l'île en 827 et conquièrent Palerme en 831 et l'île en 965. Elle est le siège d'un puissant émirat grâce à la capacité administrative des Kalbites. Ce sont les dirigeants musulmans qui déplacent la capitale de la Sicile à Palerme, ville qui l'est encore à ce jour. La ville est équipée de toutes les structures bureaucratiques et celles destinées aux services nécessaires à une capitale. Au cours de la période musulmane, Palerme devient une ville importante du commerce et de la culture dont des témoignages existent encore au centre de La ville. Selon le géographe et voyageur Ibn Hawqal, la ville est célèbre dans le monde arabe car elle dispose de plus de 300 mosquées. C'est une période de prospérité et de tolérance : les chrétiens et les juifs vivent en harmonie avec les musulmans.

Les Normands[modifier | modifier le code]

Le roi Normand de Palerme
Le règne Normand à Palerme.

La période de splendeur de Palerme continue avec la domination par les Normands, en particulier sous Roger II et sous l'empereur Frédéric II de Hohenstaufen, qui savent recueillir et utiliser l'héritage culturel grec, romain et arabe. Sous Frédéric II de Hohenstaufen, roi de Sicile et empereur du Saint-Empire, à Palerme, au partir du XIIIe siècle se forme un environnement d'une intense activité culturelle que Dante, dans son De vulgari Eloquentia, définit comme l'École sicilienne. Cet environnement créent les conditions pour la première tentative organisée d'une production poétique dans un roman vernaculaire, le sicilien. La mort de Frédéric II est suivie d'une longue période d'instabilité qui culmine avec la révolte anti-française des vêpres (1282). Palerme se sépare de Naples et offre la couronne de Sicile à Frédéric III d'Aragon.

Les Normands rétablissent le culte chrétien dans la ville et font de Palerme la capitale de la Sicile. En 1130, Roger II Hauteville ceint la couronne de roi de Sicile. Ainsi commence un règne caractérisé par la coexistence de diverses populations et de croyances religieuses, une sorte d'état fédéral avec un premier parlement, créé en 1129, et l'organisation du cadastre selon une conception moderne. Les édifices les plus importants de la ville en montrent encore la civilisation, comme l'église de la Martorana et la Chapelle Palatine, et le géographe arabe Al Idrissi, dans le livre consacré au roi Roger, a laissé le témoignage de cette période de splendeur et de richesse.

Après le règne de Roger succèdent Guillaume Ier (dit le Mauvais) et Guillaume II (dit Le Bon), qui tentent de s'opposer aux ambitions de l'empereur Frédéric Barberousse, décidé de détruire le royaume des Normands en Sicile.

Les Souabes[modifier | modifier le code]

La cour du roi Frédéric II à Palerme
La cour de Frédéric II à Palerme.

En 1185, le mariage entre Henri VI du Saint-Empire et Constance de Hauteville, fille de Roger II de Sicile tente d'instauré un règlement pacifique entre les deux parties. Il ouvre la voie à la conquête de la Sicile et c'est ainsi que Palerme est conquise par les souverain allemands. C'est ainsi que débute la nouvelle dynastie des Souabes de Sicile qui, avec Frédéric II, le fils de Constance atteint son apogée. Palerme et la cour deviennent le centre de l'Empire qui comprend les Pouilles et l'Italie du Sud. À Palerme naît l'«école poétique sicilienne» avec la première poésie italienne. Politiquement, le souverain appelé «Stupor mundi» (« merveille du monde ») anticipe, comme l'écrit Santi Correnti, « l'image du prince de la Renaissance » au travers des Constitutions de Melfi (1231). Son règne, cependant, est caractérisé par la lutte contre la papauté et les communes italiennes, sur lesquelles il remporte des victoires ou obtient des compromis, organisant la quatrième croisade et en réalisant, sur l'île et le sud de l'Italie, des châteaux et des fortifications . En 1250, année de sa mort, il est enterré dans la cathédrale de Palerme, alors quoi débute la guerre de succession au cours de laquelle son fils Manfred est battu à Bénévent, en 1266, par Charles d'Anjou, frère du roi de France.

Les Angevins[modifier | modifier le code]

Illustration de la révolte des Vêpres siciliennes par Francesco Hayez
La révolte des Vêpres siciliennes.

Avec Charles d'Anjou commence la domination angevine qui dure jusqu'en 1282. Charles et ses fonctionnaires tentent d'exploiter la Sicile par des taxes tandis que la capitale est déplacée à Naples. Le mécontentement culmine avec la révolte des Vêpres siciliennes, le 31 mars 1282, quand éclate, en face de l'église du Saint-Esprit une réaction populaire à la suite de la soi-disant offense d'un certain Drouet à l'encontre d'une dame de Palerme. Cet événement est l'occasion pour renverser l'Angevin détesté, tandis que Pierre III d'Aragon, qui a épousé en 1262 Constance de Sicile, fille de Manfred, s'empare de l'île et devient roi de Sicile (Pierre Ier) de 1282 à 1285. Une guerre débute qui va durer quatre-vingt ans et se conclut respectivement par trois traités, la paix de Caltabellotta en 1302, la paix de Catane en 1347 et, enfin, le traité d'Avignon en 1372.

Les Aragonais[modifier | modifier le code]

La dynastie aragonaise se succède à Palerme : Jacques II, Frédéric III d'Aragon. L'île est déchirée par les rivalités entre les familles nobles telles que les Ventimiglia, les Alagona et les Chiaramonte qui luttent pour le pouvoir sur les terres occidentales de la Sicile. À Palerme, il existe de traces artistiques de la période aragonaise à Palerme dans les palais Steri et Palazzo Sclafani de style « Chiaramonte », tandis que le commerce avec Gênes et l'Espagne prospère avec l'échange de matières premières et de produits artisanaux.

Martin Ier, dit le jeune épouse à Barcelone, le 29 novembre 1391, Marie, reine de Sicile, fille de Frédéric III le Simple, et de Constance d'Aragon, avec une dispense du pape Clément VII pour cousinage. Il prend aussitôt le titre de roi, et passe en Sicile avec sa femme. Ils débarquent à Trapani le 25 mars 1392. La Sicile, privée de souverains depuis 1379, est alors en proie aux plus grands désordres, déchirée par plusieurs factions, et tyrannisée par les principaux seigneurs. Martin se présente à la tête d'une armée pour reprendre Palerme, que le comte de Clermont, Andrea Chiaramonte, tient en son pouvoir. Le peuple, lassé des exactions de ce seigneur, se soulève et ouvre les portes de la ville. Clermont est néanmoins amnistié et rallie la cause royale. Martin et la reine Marie sont couronnés en mai 1392 à Palerme.

Les Espagnols[modifier | modifier le code]

En 1494, la Sicile est annexée à l'Espagne et Palerme devient le siège du palais du vice-roi. Ce sont Les gouverneurs qui se voient confier le pouvoir qu'ils doivent partager avec les barons. Les Juifs sont expulsés, l'inquisition est instaurée, et les privilèges de la noblesse s'accroissent. La ville connait une relance de l'activité artistique et la construction de bâtiments publics tels que l'église de San Giuseppe, l'église de Santa Maria dello Spasimo et le nouvel accès de la Porta Nuova, résultat de lourds impôts . Après Ferdinand d'Aragon, la couronne de Sicile passe à Charles Quint de la dynastie des Habsbourg, et, à sa mort, à la branche principale des Habsbourg, celle d'Espagne, par Philippe II d'Espagne, qui exerce le pouvoir de loin par l'intermédiaire du vice-roi, soutenu par la noblesse locale puissante et despotique. Pourtant la ville s'enrichit particulièrement au profit de la noblesse et de nouvelles constructions voient le jour : la via Maqueda est ouverte, la place des Quattro Canti avec des statues érigées à l'effigie des rois dont Charles V, la place Bologna, des murs et des bastions défensifs.

Les Bourbons[modifier | modifier le code]

Le couronnement de roi de Sicile du duc de Savoie
Le duc et la duchesse de Savoie couronnés roi et reine de Sicile.
La jardin botanique de Palerme au XVIIIe siècle
Le jardin botanique de Palerme (XVIIIe siècle).

Impliqué dans les guerres européennes entre la France, l'Autriche et l'Espagne, en 1713, par le traité d'Utrecht Sicile passe à Victor-Amédée II de Savoie pour une courte période. En 1734, Charles III de Bourbon choisit Palerme pour son couronnement comme roi de roi de Naples et de Sicile. Durant cette période, la ville voit s'aggrandir et se développer la construction de bâtiments, l'industrie et le commerce qui devient florissant. Son fils Ferdinand lui succède, pas très apprécié par les Palermitains. En 1798, devant l'avancée des Français, le roi Ferdinand III de Sicile quitte Naples et se réfugie à Palerme. Les Siciliens sont satisfaits des assurances données par Ferdinand dans son discours d'ouverture de la session parlementaire de 1802 et de son intention de maintenir la cour à Palerme. En fait Ferdinand et sa cour n'attendent que le moment propice pour retourner à Naples, et en juin 1802, à la suite des accords avec Napoléon, ils rejoignent le continent. En 1806, après l'invasion française, Ferdinand est de retour à Palerme où l'accueil est très différent. En 1810, Ferdinand réunit le parlement sicilien afin d'obtenir l'aide nécessaire afin de conserver son royaume menacé par les Français.

Lord William Bentinck, le commandant des troupes britanniques en Sicile, impose à Ferdinand de promulguer la Constitution, tandis que son fils François est nommé régent le 16 janvier 1812, et un nouveau gouvernement est instauré auquel prennent part les notables siciliens. À la demande de lord Bentinck, Settimo devient ministre de la Marine (1812-13) puis de la guerre (1813) du royaume de Sicile[3].

Par le traité de Casalanza et le congrès de Vienne en 1815 qui scelle la restauration de monarques européens sur les trônes qu'ils ont perdus durant les guerres napoléoniennes, Ferdinand obtient la restitution du royaume de Naples, qu'il avait perdu en 1806. La loi fondamentale du royaume des Deux-Siciles du 8 décembre 1816 réunit les territoires[4].

Révolte de 1820[modifier | modifier le code]

Dans la mouvance du coup d'état à Naples, l'île connait un sentiment de protestation lié à la suppression de royaume de Sicile au profit du nouveau royaume et la suppression de la constitution aussi, le 15 juin 1820, les indépendantistes s'insurgent[5]. Un gouvernement est formé à Palerme par le prince Paternò Castello et Giuseppe Alliata di Villafranca[6] qui déclare l'indépendance envers Naples. Le gouvernement qui comprend aussi, Ruggero Settimo, le père Palermo de l'ordre des Théatins, le colonel Resquens, le marquis Raddusa et Giuseppe Tortorici, ré-instaure la Constitution de 1812, soutenu en cela par les Britanniques. Le 7 novembre 1820, Ferdinand envoie une armée de 6 500 soldats auxquels s'ajoutent les garnisons de la partie orientale de la Sicile qui n'adhèrent pas à la révolte.

L'armée assaillante aux ordres du général Florestano Pepe[7], puis remplacé par le général Pietro Colletta[8], reconquiert la Sicile à l'issue de combats sanguinaires. La monarchie et l'autorité du gouvernement de Naples sont rétablis[5].

L'Autriche suit les événements et s'oppose à tout régime constitutionnel, elle organise une expédition commandée par le général Frimont. Le 26 février 1821, Settimo préside la commission composée de sept membres (un par province) qui doit proposer une constitution aux Napolitains et aux Siciliens[5]. Le projet de constitution reconnait que l'unité politique ne nécessite pas une uniformité des systèmes et des méthodes d'administration[5]. Le document est signé le 14 avril sous le nom de atto di soggezione[9]. Cependant il est trop tard, les Autrichiens entrent dans Naples le 23 mars et dans Palerme le 31 mai réprimant les libéraux[5].

Révolte de 1848[modifier | modifier le code]

Une nouvelle révolution populaire éclate à Palerme en janvier 1848 emmené par Rosolino Pilo et Giuseppe La Masa et soutenue par la franc-maçonnerie libérale qui combat l'absolutisme monarchique. Elle reçoit l'appui des Britanniques qui souhaite étendre son influence sur le bassin méditerranéen. Pour contrer le mouvement populaire, Settimo, accompagné de son ami Mariano Stabile, organise une garde nationale composée de bourgeois et de nobles et institue, le 2 février 1848, un comité général révolutionnaire qui tient le rôle de gouvernement provisoire[10]. Settimo occupe le poste de président du comité insurrectionnel, avec Stabile secrétaire général[11]. Le gouvernement est accompagné par Vincenzo Fardella di Torrearsa et Francesco Paolo Perez. Finalement, le parlement choisit d'offrir la couronne de l'île au duc de Gênes Ferdinand de Savoie, qui serait devenu le roi de l'île sous le nom de Albert Amédée Ier de Sicile, ce qu'il refuse.

La Sicile, après le refus du duc de Gênes, forme un gouvernement qui devient rapidement instable. Ferdinand II des Deux-Siciles envoie 16 000 hommes contre l'île afin de la reconquérir. Le roi Ferdinand fait bombardé la ville de Messine ce qui lui vaut le surnom de « re Bomba ». Le 15 mai 1849, Palerme tombe et avec elle toute l'île : l'espoir de garder en vie un État indépendant s'évanouit définitivement.

Expédition des Mille[modifier | modifier le code]

1860 voit les premières tentatives de libération de la Sicile. La première révolte débute le 4 avril à Palerme par un épisode immédiatement réprimé[12] qui a pour protagonistes, sur le terrain, Pasquale Riso[13] et, loin du théâtre d'opération, Francesco Crispi, qui coordonne l'action des révoltés depuis Gênes[14]. En dépit de son échec, l'action donne naissance à une série de manifestations et d'insurrections[12], dont la marche de Rosolino Pilo de Messine à Piana dei Greci du 10 au 20 avril.

L'action se poursuit par l'expédition des Mille de Giuseppe Garibaldi. Après son débarquement à Marsala et la bataille de Calatafimi le 15 mai 1860, Garibaldi poursuit vers Palerme par Alcamo, Partinico et Renne. Après quelques escarmouches et quelques manœuvres de diversion vers l'intérieur, les garibaldiens arrivent à Palerme le 27 mai et s'apprêtent à entrer dans la ville, mais ils doivent d'abord traverser le Ponte dell'Ammiraglio, qui est aux mains des militaires bourboniens. Après un affrontement soutenu, les troupes des Bourbons abandonnent le poste et rentrent dans Palerme, une colonne par la Porta Termini et l'autre par la Porta Sant'Antonino[15].

Au cours des affrontements de la Porta Sant'Antonino et de la Porta Termini, le Hongrois Lajos Tüköry tombe alors que Benedetto Cairoli, Stefano Canzio et Nino Bixio sont blessés. Aidés par l'insurrection de Palerme (28-30 mai) à laquelle participent de futurs mafieux, dont Antonino Giammona, les garibaldiens et les insurgés combattent rue après rue et conquièrent toute la ville malgré les bombardements des navires bourboniens. Le 29 mai, les troupes des Bourbons contre-attaquent mais sont stoppées. Le 30 mai, barricadées dans la forteresse, elles demandent un armistice et l'obtiennent le 30 mai. Garibaldi conquiert Palerme et prend possession de l'or de la banque de Sicile. Le 2 juin, il nomme un gouvernement provisoire. Le 6, les troupes bourboniennes capitulent en échange de leur départ, obtenant de rendre les armes avec les honneurs[16].

Après l'unification de l'Italie[modifier | modifier le code]

En 1866, un mouvement insurrectionnel voit le jour qui a un caractère anti-unitaire et qui est réprimée par la Garde nationale, dont fait partie le futur mafieux Antonino Giammona. Trois ans plus tard, le préfet de police de Palerme nommé en 1867, Giuseppe Albanese, est poignardé sur une place de Palerme : il est blessé par un mafieux qu'il avait tenté de faire chanter. En 1871, Albanese est inculpé puis acquitté du meurtre de deux bandits par manque de preuve. Cinq ans plus tard, l'élu sicilien Giovanni Nicotera est nommé ministre de l'Intérieur. Nicotera, comme bien d'autres hommes politiques, s'appuie sur un système du clientélisme et de fraude électorale, il obtient toutes les voix des électeurs de sa circonscription de Salerne, sauf une. L'exemple le plus caricatural demeure toutefois celui du conseiller municipal de Palerme et député Raffaele Palizzolo, qui est accusé au tournant du siècle d'avoir commandité le meurtre de l'ex-gouverneur de la banque de Sicile (it), le marquis Emanuele Notarbartolo (it).

L'histoire de Palerme se calque sur les vicissitudes de celle italienne, avec la participation des Siciliens à toutes les guerres de l'expansion italienne. Grâce à un groupe d’entrepreneurs brillants, Palerme connait une grande croissance économique et culturelle. Parmi ces personnes, deux grandes familles de Palerme, les Florio, représentés à partir de 1891 par Ignazio Florio Jr., l'une des plus grosses fortunes d'Italie, et d'autre part les Whitaker, propriétaires de la villa qui va devenir le Grand Hôtel des Palmes, où Wagner composa pendant l'hiver 1881-82 son dernier opéra, Parsifal. L'influence des Florio est telle que la presse désigne Palerme sous le nom de « Floriopolis », tandis que la haute société européenne de la Belle Époque afflue dans la ville admirer son opulence.

"Les dirigeants des faisceaux siciliens dans la cage du tribunal lors du procès d'avril 1894"
Les dirigeants des faisceaux siciliens dans la cage du tribunal lors du procès d'avril 1894.

C'est à Palerme que les faisceaux siciliens (fasci siciliani en italien), mouvement populaire d'inspiration démocratique et socialiste apparu en Sicile, prend son essor avec sa mise en place le [17]. Les ligues irradient alors rapidement dans toute la Sicile[17]. Les 21 et 22 mai 1893, un congrès se tient à Palerme, avec 500 délégués de presque 90 ligues et cercles socialistes. Un comité central est élu, composé de neuf membres : Giacomo Montalto pour la province de Trapani, Nicola Petrina (en) pour la province de Messine, Giuseppe De Felice Giuffrida (it) pour la province de Catane, Luigi Leone pour la province de Syracuse, Antonio Licata pour la province d'Agrigente, Agostino Lo Piano Pomar (it) pour la province de Caltanissetta, Rosario Garibaldi Bosco (it), Nicola Barbato et Bernardino Verro pour la province de Palerme[18]. Le congrès décide que toutes les ligues sont obligées de joindre le Parti des travailleurs italiens[17].

Le mouvement est réprimé par l’État italien ainsi se tiennent à Palerme, en avril et mai 1894, les procès contre le comité central des faisceaux qui portent le coup final au mouvement. Malgré une défense éloquente, qui transforme le tribunal en tribune politique, les dirigeants sont condamnés à de lourdes peines de prison[19].

Avec la Grande guerre et la période fasciste, la ville est reléguée à un rôle marginale dans le contexte national.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la ville est victime d'un violent bombardement dès les premiers jours du conflit, réalisé par l'aviation française et anglaise qui visent principalement des cibles militaires. Avec l'intervention des États-Unis, les bombardements sont d'une grande ampleur et sans discernement, détruisant des quartiers entiers, provoquant la mort de centaines de victimes civiles et d'infligeant de graves dommages au patrimoine artistique de la ville. Après la libération, la ville est touché par un bombardement intense de la Luftwaffe, qui a pour objectif les navires alliés dans le port de Palerme.

L'après-guerre[modifier | modifier le code]

La ville après les bombardement alliés de la seconde guerre mondiale
Palerme après les bombardements de 1943

En 1947, la Sicile devient une région autonome et Palerme est à nouveau le siège du Parlement.

Le développement économique et social de la ville a été freiné par les activités de la Mafia, lors de ce que l'on a appelé le sac de Palerme. Salvo Lima et Vito Ciancimino, maires de Palerme dans les années 1960 et 1970, et très proches des Corleonesi (dirigés par Toto Riina), permirent une vaste spéculation immobilière, détruisant de nombreux bâtiments historiques et livrant à l'urbanisation les champs d'agrumes de la Conca d'Oro. Palerme fut alors célèbre pour ses multiples règlements de compte entre clans (plus de 1 000 morts entre 1981 et 1983), ainsi que pour les assassinats en série de personnalités publiques (journalistes, politiciens, policiers, magistrats, préfet Carlo Alberto Dalla Chiesa).

Elle fut néanmoins marquée par les actions des juges Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, assassinés en 1992, et qui ont donné leur nom à l'aéroport de Punta Raisi (Falcone-Borsellino). De ce fait depuis la fin des années 1990 le taux d'homicide a très largement diminué (moins de 10 crimes mafieux par an)[20]. Par ailleurs fut signé en 2000 la convention de Palerme, sous l'égide de l'ONU contre le crime organisé.

Aujourd'hui, Palerme compte 680 000 habitants et est un centre de commerce important non seulement pour l'île mais aussi avec l'Afrique et avec la zone méditerranéenne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Zyz : le z doit être prononcé comme un s (Zis), ce qui signifie fleur en phénicien.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (it) « LA STORIA DI PALERMO » (consulté le 10 mars 2013)
  2. a b c d et e (it) « Palermo », sur Enciclopedia Traccani (consulté le 10 mars 2013)
  3. (it) « Ruggero Settimo », sur Enciclopedia Treccani (consulté le 3 mars 2014)
  4. (it) « documenti storici » (consulté le 3 mars 2014)
  5. a b c d et e (it) « Le rivolte del 1820-1821 nel Regno delle Due Sicilie » (consulté le 3 mars 2014)
  6. (it) « Alliata, Giuseppe », sur Enciclopedia Treccani (consulté le 3 mars 2014)
  7. (it) Nino Cortese, « BAUSAN, Giovanni », sur Enciclopedia Treccani (consulté le 3 mars 2014)
  8. (it) « Collètta, Pietro », sur Enciclopedia Treccani (consulté le 3 mars 2014)
  9. (it) Mario Menghini, « Settimo », sur Enciclopedia Treccani (consulté le 3 mars 2014)
  10. (Frétigné 2009, p. 311)
  11. (Acton 1998, p. 229)
  12. a et b Buttà 2009, p. 23-25
  13. Scirocco 2011, p. 236
  14. Salvatore Vecchio, La terra del sole: antologia di cultura siciliana, Vol. 2 - Dal Risorgimento ai nostri giorni, Caltanissetta, Terzo millennio, 2001. page 15 (ISBN 88-8436-008-0)
  15. La Masa 1861, p. 54
  16. Scirocco 2011, p. 255-258
  17. a b et c (it) Scolaro, Il movimento antimafia siciliano, page 18
  18. (it) Il «battesimo» del socialismo, La Sicilia, 24 mai 2009
  19. (en) Seton-Watson, Italy from liberalism to fascism, pages 165 à 167
  20. http://www.lonelyplanet.fr/destinations/europe/italie/sicile/culture-et-histoire/histoire

Source[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Antonino Buttitta, Les Normands en Sicile, Caen, , 175 p. (ISBN 8874393288). 
  • Dominique Fernandez, Palerme et la Sicile, , 153 p. (ISBN 9782234050433). 
  • (it) Luigi Natoli, Storia e leggende di Sicilia, Palerme, Flaccovio, , 106 p. (ISBN 978-88-7804-454-8). 
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  • (it) Harold Acton, Gli ultimi Borboni di Napoli (1825-1861), Florence, Giunti Editore, , 664 p. (lire en ligne). 
  • (it) Giuseppe Buttà, Un viaggio da Boccadifalco a Gaeta, Brindisi, Edizioni Traban, (ISBN 8896576091, lire en ligne)
  • Jean-Yves Frétigné, Histoire de la Sicile : des origines à nos jours, Paris, Fayard, , 477 p. (ISBN 978-2-213-63154-7)
  • (it) Giuseppe La Masa, Alcuni Fatti E Documenti Della Rivoluzione Dell Italia Meridionale del 1860: Riguardanti I Siciliani E La Masa, Turin, Sebastiano Franco & figli,

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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