Mont Aiguille

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Mont Aiguille
Vue du mont Aiguille depuis le pas de l'Aiguille.
Vue du mont Aiguille depuis le pas de l'Aiguille.
Géographie
Altitude 2 087 m[1]
Massif Massif du Vercors (Alpes)
Coordonnées 44° 50′ 31″ nord, 5° 33′ 11″ est[1]
Administration
Pays Drapeau de la France France
Région Auvergne-Rhône-Alpes
Département Isère
Ascension
Première par Antoine de Ville et sept compagnons
Voie la plus facile Voie Normale : PD+ ou AD- (4a encordé)
Géologie
Roches Calcaire
Type Butte-témoin
Géolocalisation sur la carte : France
(Voir situation sur carte : France)
Mont Aiguille
Géolocalisation sur la carte : Isère
(Voir situation sur carte : Isère)
Mont Aiguille
Le mont Aiguille et la forêt domaniale de Chichilianne depuis la RD 1075.

Le mont Aiguille, localisé sur la commune de Chichilianne, est une dent avancée de la falaise orientale du massif du Vercors, à la limite du Trièves, au sud du département français de l'Isère en région Auvergne-Rhône-Alpes. C'est une des sept merveilles du Dauphiné. L'alpinisme rocheux (sur roche calcaire) y est pratiqué, en particulier sur la face nord-ouest.

Il est entièrement compris dans le périmètre de la réserve naturelle nationale des hauts plateaux du Vercors. C'est un espace avec une règlementation spécifique, le bivouac y est par exemple interdit sur la pelouse sommitale depuis 2022.

Toponymie[modifier | modifier le code]

Géographie[modifier | modifier le code]

Géomorphologie[modifier | modifier le code]

D'un point de vue géomorphologique, c'est une butte-témoin, c'est-à-dire une structure laissée par l'érosion, autour d'elle, du plateau dont elle faisait à l'origine partie. Le mont Aiguille doit à cela sa forme particulière : un bloc de falaises et une prairie sommitale, similaire aux alpages de l'ensemble du plateau du Vercors.

Géologie[modifier | modifier le code]

À droite de la photo le mont Aiguille, citadelle détachée des falaises du Vercors

Le mont Aiguille est une écaille calcaire auparavant rattachée au reste du massif du Vercors. La base est constituée par un ensemble de calcaire tendre et de marnes surmonté par une muraille elle-même composée d'une épaisse série de calcaire plus rigide. Sa morphologie résulte de la différence de comportement des couches face à l'érosion.

Au cours de la formation des Alpes, les couches de calcaires, tapissant alors le fond de la Téthys, ont été soulevées, plissées et fracturées. Ces dernières ont favorisé le ruissellement qui a entamé une érosion importante de la base de l'aiguille (où les couches sont plus tendres) tandis que des pans entiers de la muraille s'effondraient sous l'effet du travail de sape auquel était soumise la base et par la karstification des couches calcaires. Les innombrables failles actives entre le mont Aiguille et le massif du Vercors puis le rabotage de flanc oriental du massif du Vercors par les glaciers au cours des différentes glaciations de l'ère Quaternaire ont permis son isolement actuel.

Dimensions[modifier | modifier le code]

  • Altitude : 2 087 mètres
  • Hauteur du dôme : 1 653 mètres - 1 837 mètres
  • Hauteur du chicot :
    • Pilier sud-ouest : 250 mètres
    • Pilier nord-est : 350 mètres
  • Longueur : 900 mètres
  • Largeur maximale : 130 mètres

Faune et flore[modifier | modifier le code]

La faune présente est relativement peu diversifiée du fait de l'isolement de la zone sommitale. On y observe cependant quotidiennement des Bouquetins des Alpes. Des Campagnols des neiges y sont également présents, et ce sont les deux seules espèces de mammifères qui y sont connues.

Dans les airs, les Vautours fauves, Gypaètes barbus et Aigles royaux peuvent être observés assez facilement. Le Tichodrome échelette accompagne souvent les grimpeurs durant leur ascencion.

La pelouse sommitale accueille parfois quelques Lagopèdes alpins, qui viennent probablement des hauts plateaux du Vercors.

La flore du mont Aiguille est sa principale richesse. Plus de 130 espèces de plantes ont été inventoriées à son sommet, et la composition de sa prairie est unique et fait l'objet d'un suivi réalisé par le Conservatoire botanique national alpin. Elle est composée de très nombreuses plantes à fleurs telles que le Lis de Saint-Bruno, le Lis martagon ou encore l'Orchis globuleux.

Les parois sont également très riches, et on peut y observer, entre autres, la Primevère oreille d'ours ou le Saxifrage du Dauphiné.

Histoire[modifier | modifier le code]

Exploits[modifier | modifier le code]

Le hameau de Ruthière au pied du mont Aiguille.

La première ascension du mont Aiguille est réalisée le par Antoine de Ville, seigneur lorrain de Domjulien et Beaupré et capitaine du roi, accompagné, selon les sources, de sept hommes ou d'une vingtaine plus un notaire, sur ordre de Charles VIII, roi de France. Des échelles et des pitons ont été utilisés pour réaliser cet exploit, qui est généralement considéré comme l'acte de naissance de l'alpinisme. Jusqu'ici dénommé « mont Inaccessible », le mont est dès lors baptisé « Aiguille-Fort ». La seconde ascension est réalisée seulement en 1834 par des habitants des villages situés en contrebas[2],[3].

Henri Giraud, chef pilote à l'Aéro-Club du Dauphiné et aviateur en montagne hors pair, fut le seul à jamais atterrir sur sa prairie sommitale, d’abord le avec un Piper Cub[4] et le , sur skis, avec un Choucas Super Cub. Il réalisa par la suite de nombreux atterrissages avec passagers.

Pierre Tardivel a descendu à skis la voie des tubulaires le à l'occasion du 500e anniversaire de la première ascension.

Écrits et légendes[modifier | modifier le code]

Vue du mont Aiguille au-dessus d'une mer de nuages.
La prairie sommitale.

Les légendes qui se rapportent au mont Aiguille ont parfois retenu l’attention des princes. La plate-forme sommitale apparaissait en effet, dans bien des esprits, comme une sorte d’Eden, un territoire préservé du monde profane.

En 1211, Gervais de Tilbury, neveu du roi d'Angleterre Henri II, le décrit comme un mont inaccessible duquel choit une source transparente ; au sommet, de l’herbe verdoie et l’on y voit parfois des draps blancs, étendus pour sécher, selon l’usage des lavandières. Les lambeaux de neige qui subsistent au printemps sur la prairie sommitale et l'imagination du narrateur juché sur la cime du Grand Veymont suffisent pour accréditer la légende des lavandières du mont Aiguille.

Au Moyen Âge, le mont Aiguille, baptisé en latin Supereminet Invius qui signifie « il se dresse, inaccessible », est perçu comme un énorme rocher d'une hauteur prodigieuse. Les dessinateurs de l'époque le représentent sous la forme d'un champignon ou d'une pyramide renversée.

Sous l’Ancien Régime, il jouit d’une popularité supérieure à celle des géants des Alpes, ignorés du plus grand nombre.

Au XVIe siècle, Rabelais, dans le Quart Livre, relate l'ascension faite par Antoine de Ville de ce qui était encore appelé le « mont Inaccessible » de façon quelque peu imaginaire, tant par la forme de la montagne que par le nom de l'alpiniste ou ce qu'il trouva au sommet : « Ainsi dict pource qu'il est en forme d'un potiron, et de toute memoire persone surmonter ne l'a peu, fors Doyac, lequel avecques engins mirificques y monta et au-dessus trouva un vieux bélier. C'estoit à diviner qui là transporté l'avait. Aucuns le dirent, estant jeune aignelet, par quelque aigle ou duc chaüant là ravy, s'estre entre les buissons saulvé. »

En 1656, Denys de Salvaing de Boissieu dans Septem miracula Delphinatus (Les sept merveilles du Dauphiné), relate que des déesses chassées du mont Olympe seraient venues se réfugier sur ce promontoire, qui faisait encore partie de la falaise orientale du Vercors. Elles furent surprises dans le plus simple appareil par le chasseur Ibicus. L'affaire provoqua le courroux de Jupiter qui changea le voyeur en bouquetin et sépara le mont sacré du reste du Vercors.

Ascensions[modifier | modifier le code]

Le mont Aiguille possède plusieurs voies d'ascension. Certaines sont très accessibles et constituent des courses d'initiation à l'alpinisme rocheux. Cependant, le rocher est un calcaire légèrement stratifié et l'instabilité de certains blocs peut rendre la montée dangereuse. Une marche d'approche jusqu'au col de l'Aupet (1 653 mètres) mène au pied du chicot.

  • Face nord-ouest :
    • La Voie Normale Cotation : peu difficile (3c, 3b obligatoire)[5].
    • La Tour des Gémeaux Cotation : difficile (5c>5b)[6]
    • Autres voies Cotation : très difficile à extrêmement difficile
  • Face nord-est :

Cette partie reste très instable bien qu'elle ait été équipée de voies jusque dans les années 1950. Son effondrement a même entrainé la croix sommitale. Itinéraire dangereux.

  • Face sud-ouest :
  • Face sud-est :
    • Voie du  : TD- (A1/5b)

Panorama[modifier | modifier le code]

Vue depuis le haut des rochers du Parquet.
Vue de la face est.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Carte IGN classique » sur Géoportail.
  2. Serge Briffaud, « 1492, c'est aussi l'ascension du Mont-Aiguille ! », L'Histoire, 1er octobre 1991.
  3. Serge Briffaud, « Une montagne de paradis », Communications, vol. 87, no 87, pp. 129-135.
  4. Film de l'atterrissage et du décollage.
  5. Mont Aiguille : Voie Normale, camptocamp.org
  6. Mont Aiguille : La Tour des Gémeaux, camptocamp.org