Croix monumentale

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Croix monumentale avec sa niche coiffée d'un dais en forme de coquille Saint-Jacques et la représentation artistique de la crucifixion.

La croix monumentale est une croix chrétienne isolée ou qui fait partie d'un calvaire. Développées vers le XIe siècle avec l'émergence de l'art roman, les croix monumentales atteignent leur apogée au XVIe siècle, à l'exception des croix de chemins et surtout des calvaires qui s'érigent surtout au XIXe siècle. Particulièrement à cette période, ces structures deviennent des lieux de rassemblements pour prier lors des fêtes religieuses (comme la Fête-Dieu, le mois de Marie ou le Vendredi saint) ou pour solliciter la grâce de Dieu contre les fléaux de tous genres (guerres, épidémies, incendies, sècheresses).

Histoire[modifier | modifier le code]

Stèle gravée en Irlande.
Croix grecque cerclée en Irlande.

Selon des récits en partie légendaires[1] qui apparaissent à partir des années 350[2], soit une dizaine d'années après la mort de Constantin Ier converti au christianisme en 337, c'est sainte Hélène, la mère de l'empereur, qui aurait découvert la Croix de Jésus sur le Golgotha lors d’un pèlerinage en Palestine entrepris en 326. Constantin fit alors construire la première croix monumentale, une croix en or sur le mont Golgotha. Saint Jean Chrysostome déclare que la croix, jadis supplice infamant, est devenue le plus saint des emblèmes. Elle peut dès lors se développer dans le monde chrétien, d'abord sous forme de Croix triomphale : le Christ n'est pas sculpté dessus, la représentation de la Crucifixion offensant encore la sensibilité chrétienne[3].

Ce sont les moines irlandais qui, au VIIe siècle, sont les premiers à faire de la croix un vrai monument sous la forme de stèles gravées, puis de croix grecque cerclée au VIIIe siècle et de la Crucifixion au IXe siècle[4]. On assiste à une multiplication des croix à partir de 1095, date à laquelle le Concile de Clermont établit que le droit d’asile est étendu aux croix de chemins qui ont alors un double rôle de guide et de protection.

Le vandalisme (notamment avec les guerres de religion et la Révolution), les intempéries et l’usure du temps - mais aussi le trafic automobile et la mécanisation de l'agriculture - sont responsables de la forte diminution de leur nombre actuel. De plus, malgré le grand essor de cet art au XIXe siècle, il n’est plus d’actualité puisque les derniers ateliers ont cessé leur production au début du XXe siècle. Cependant, certaines croix monumentales sont proclamées trésor national[5].

Les différentes croix monumentales[modifier | modifier le code]

Calvaire sur le Causse du Larzac

On peut distinguer :

  • croix de christianisation : croix de chemins, croix de carrefour, de places, de ponts, de sommets, de cols, de mégalithes, d'arbres, d'églises, de fontaines ou de puits, etc. ;
  • croix du culte des morts : croix de cimetières, d'épidémies (« croix de peste »), de cloîtres, croix ouvertes, croix de commémoration (d'une mort brutale, ou au contraire d'une victoire militaire, d'un coup de chance) ;
  • croix de processions : croix des Rameaux, des Rogations, du Saint Sacrement, les chemins de croix, les croix vouées au culte des saints ;
  • croix de pèlerinages qui le plus souvent ne marquent pas une étape sur un trajet, mais rappellent le pèlerinage du donateur ;
  • croix de bornage servant de limites à l'entrée et sortie des villages. Toutes les limites, religieuses (par exemple les sauvetés au Moyen Âge) ou profanes, pouvaient être ainsi matérialisées. Elles portent souvent le blason de leur créateur ;
  • croix de justice ;
  • croix de mission.

Les formes et les styles des croix[modifier | modifier le code]

« Croix en raquette » à Chalinargues.

De formes, de tailles et de matières variées (bois, granite, fonte, fer forgé ou en ciment depuis le XIXe siècle), elles sont constituées de :

  • croisillons : croix stèle, croix discoïdale, pattée, tréflée, florencée, cerclée, quadrilobée, losangique, en raquette, aux bras déliés, en tau, à double traverse ;
  • soubassement à un ou plusieurs emmarchements, piédestal monolithe ou appareillé, et fût reposant sur le socle par l'intermédiaire d'une base (ou «  ») ;
  • dates et figurations ;
  • ateliers et sculpteurs ;
  • accessoires des croix : pierres ou tables des morts (« croix reposoirs » avec une dalle assez large sur laquelle on posait le cercueil pour l'exposer ou le temps d'une pause pour les porteurs de bière), pupitres, bénitiers, porte-cierges, girouettes et cadrans solaires, indicateurs de direction, les blasons et les donateurs. Les instruments de la Passion, représentation des différents objets ayant servi dans la Passion du Christ, ornent les croix de la Passion.

Les croix de fer forgé, réalisées le plus souvent par le forgeron et le maréchal-ferrant du village, constituent souvent de véritables œuvres d'art populaire. Leur ornementation souvent très sobre agrémentée de volutes, losanges, trèfles, cœur, piques, larmes, lancettes ou fleurs de lys pouvait varier selon l'inspiration de l’artisan et les styles locaux ou régionaux en usage.

Les croix de granit sont très variées : le type le plus largement représenté en France est la croix latine simple, avec ou sans iconographie, monolithe ou portée par un socle. On trouve également des croix grecques, à extrémités fleurdelisées (dites aussi florencées). Les croix fleuronnées, avec ou sans nimbe, affectent des formes plus ou moins bourgeonnantes. Les croix pattées ont les bras des croisillons élargis aux extrémités.

Quelques exemples[modifier | modifier le code]

La croix de peste[modifier | modifier le code]

« Croix Hernot », croix de peste avec ses écots réalisé par la famille de sculpteurs Hernot

La croix de peste ou croix antipesteux (ou croix aux argnats[6] dans le Forez) présente un fût ou des croisillons à écots, excroissances ressemblant à des bourgeons ou des stigmates d'un élagage[7] et symbolisant les bubons de la peste. Les personnes atteintes de la maladie y déposaient une offrande, et même se hissaient sur la croix pour s’y frotter et espérer guérir par la grâce d’une intervention divine, mais la plupart du temps elles ne faisaient que déposer sur la croix des purulences porteuses du virus. La croix de peste fut au contraire un vecteur de transmission de l’épidémie.

La croix de cimetière[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Croix hosannière.

Les croix centrales des cimetières, dites croix hosannières (parce qu'en ce lieu on y bénissait les rameaux en chantant l'Hosanna) sont généralement assez ouvragées ainsi que certaines croix funéraires réemployées quelquefois en croix de chemin.
Les croyants devaient se signer en passant devant, pouvaient y trouver protection, y apporter des offrandes et elles servaient de stations lors des processions.

La croix de sommet[modifier | modifier le code]

Article détaillé : croix sommitale.

La croix sommitale est généralement une construction très simple, en bois ou en métal, placée sur un point culminant, souvent un sommet difficile d'accès. Certaines ont cependant un caractère monumental plus affirmé et sont visibles de loin (croix du Nivolet) ou sont installées sur une élévation plus modeste (butte de Mousson).

Même si on en trouve des exemples ailleurs dans le monde, cette tradition est principalement répandue dans les régions catholiques et germanophones des Alpes (Autriche, Allemagne…), où elle s'est propagée entre la deuxième moitié du XIXe et la première moitié du XXe siècle. La croix était parfois un signe de prise de possession de la religion catholique, comme la croix du Reculet, explicitement dirigée contre le protestantisme.

Certains sommets accueillent d'autres monuments religieux comme la Statue du Christ Rédempteur du Corcovado ou des statues de la Vierge, notamment en Italie (La Meije, aiguille Noire de Peuterey, tête du Ruitor, Grand Paradis, mont Dolent…).

Quelques exemples[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jacques Briens, La Jérusalem byzantine reconstituée, in Le Monde de la Bible, hors-série trois religions à Jérusalem, 2008, pp. 32-34
  2. Cyrille de Jérusalem, Les Catéchèses baptismales et mystagogiques, coll. « Les Pères dans la foi », Migne, Paris, 1993 : Catéchèses 4, 10 ; 9, 19 ; 13, 4)
  3. Jacques Baudoin, op.cit., p.4
  4. Paul Thoby, Le Crucifix des origines au Concile de Trente, éd. Bellanger, 1959
  5. Jean Simard Historien et ethnologue.
  6. en patois local, argnat signifie furoncle
  7. écot est un terme héraldique désignant un arbre sans rameau dont on a « enlevé l'écorce » et par métaphore signifie « enlever la peau », comme le fait un bubon.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacques Baudoin, Croix du Massif Central, éditeur Créer, 2000, p. 432.
  • Christophe Lefébure, Croix et calvaires, chefs-d'oeuvre de l'art populaire, Flammarion, mars 2004.
  • Hervé et Louis Martin, Croix rurales et sacralisation de l’espace. Le cas de la Bretagne au Moyen Âge, Archives de science sociale des religions, 43/1, 1977.

Articles détaillés[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]