Le Jardin des délices

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Le Jardin des délices (homonymie).
Le Jardin des délices
El jardín de las Delicias, de El Bosco.jpg
Artiste
Date
entre 1490 et 1510
Type
Huile sur bois
Technique
Dimensions (H × L)
220 × 389 cm
Mouvement
Localisation

Le Jardin des délices est un triptyque du peintre néerlandais Jérôme Bosch datée entre 1490 et 1510, alors qu'il avait entre quarante et soixante ans[1], conservé au musée du Prado depuis 1939.

Le commanditaire de ce tableau est inconnu. La plus ancienne mention concernant ce triptyque se trouve dans le récit de voyage du chanoine Antonio de Beatis qui le situe en 1517 dans le palais de Nassau à Bruxelles d'Henri de Nassau-Breda dans le cadre d'une collection d'objets exotiques qui annonce les futurs cabinets de curiosités[2]. Par le jeu d'héritage, il devient la propriété de Guillaume d'Orange puis est confisqué en 1567 par duc d'Albe, les descendants de ce dernier le remettant à la couronne d'Espagne[3].
La thèse selon laquelle cette peinture a été exécutée pour une secte comme les Adamites ou les frères du Libre-Esprit (deux sectes hérétiques qui florissaient à l'époque de Bosch) n'est plus soutenue aujourd'hui[4].

Cette œuvre complexe est sans doute la peinture la plus célèbre de l'artiste, mais elle reste encore aujourd'hui assez énigmatique. Le panneau de gauche représente Adam et Ève en compagnie de Dieu dans le paradis terrestre, le panneau central, un jardin délicieux dont la signification n'est pas forcément claire, et le panneau de droite montre les tourments de l'enfer.

Présentation[modifier | modifier le code]

Volets ouverts[modifier | modifier le code]

Le triptyque comporte les sujets suivants sur ses panneaux :

Communément, le panneau de gauche évoque le Paradis terrestre, l'Éden, par son aspect relativement serein, ses bizarreries encore douces et équilibrées, peu nombreuses et n'atteignant pas le corps humain. Un couple nu et innocent semble marié ou présenté par une sainte figure à la gestuelle qui révèle sa divinité. Il est communément admis que ce panneau est la représentation du moment où Dieu présente Ève, tirée du corps d'Adam endormi : « À ce coup, c’est l'os et la chair de ma chair ! Celle-ci sera appelée femme car elle fut tirée de l'homme, celle-ci » (Genèse 2,23). Cette interprétation est renforcée par l'arbre exotique à la gauche de la scène, évoquant, par sa plastique fantastique (cet arbre existe, il s'agit d'un dragonnier des Canaries), l'Arbre de la Connaissance. Le vaste panorama vierge de présence humaine, constitué de vastes prairies et d'animaux parfois fabuleux (éléphant, licorne, singe, girafe, lapin, paon) mais non monstrueux à l'exception de ceux qui émergent du cours d'eau d'où jaillit une fontaine rose, lisible par étape comme le volet droit du Chariot de foin ou Le Jugement dernier peut situer chronologiquement la rencontre, par le rapprochement aux premiers vers de la Genèse qui décrit la création du Monde, dont les premières étapes seraient représentées par la sphère obscure et bouillonnante de vie, représentée au verso du triptyque et visible lorsque celui-ci est fermé.

Le panneau central représente une foule d'hommes et de femmes nus (les unes de race blanche, les autres de race noire), qui s'abandonnent à toutes sortes de divertissement au milieu d'oiseaux et fruits géants. Les interprétations de ce panneau ne manquent pas et peuvent s'opposer radicalement. Ainsi, une interprétation du bassin d'eau sur le panneau central renvoie, d'une manière généralement admise, à la thématique de la fontaine de jouvence, dont les personnages s'y baignant sont en train de profiter des bienfaits[5].

Comme le suggère le titre actuel de l'œuvre (le titre original est perdu, l'œuvre étant appelée encore au XVIIe siècle De la vanité et du goût éphémère de la fraise), il peut s'agir d'une apologie des plaisirs de la vie.

Certaines personnes se font nourrir. D'où le paradis...

Au contraire, pour Ernst Gombrich, cette scène montre l'humanité corrompue que Dieu s'apprête à châtier par le déluge. À l'appui de cette thèse, Gombrich énumère les très nombreux indices d'instabilité qui annoncent la fin de l'état décrit. Les éléments naturels tels que des animaux géants et pacifiques, des fruits de taille immense renvoient à l'image que l'on se faisait de ces choses antérieurement au déluge, d'après des sources théologiques. En outre, Gombrich cite un contemporain qui fait une description des scènes du tableau et lui attribue ce sens[6].

Le panneau de droite qui évoque l'Enfer représente des humains qui sont la proie des bêtes et des démons[7].

Volets fermés[modifier | modifier le code]

La Création du monde, peint en 1504.

Les volets fermés montrent un globe transparent, bouillonnant de vie et de phénomènes aquatiques, minéraux et végétaux.

Selon W. Fraenger, il s’agit du troisième jour de la Création, lorsqu’une « buée fertile » féconde le monde minéral et permet l’émergence des premiers végétaux, avant la conception des « luminaires » qui marquent « les époques, les jours et les années » : le Soleil, la Lune et les étoiles, créations du quatrième jour. La représentation de la Genèse est confirmée par les deux phrases inscrites en lettres gothiques dorées en haut de chaque panneau. Le volet gauche porte les inscriptions Ipse dixit et facta sunt, et le volet droit Ipse mandavit et creata sunt. Ces vers proviennent des psaumes d’Isaïe : « Lui parle, ceci est. Lui commande, ceci existe », ce qui renvoie à la Genèse : « Dieu dit : Que la lumière soit! Et la lumière fut » (Genèse 1-3).

Pour Ernst Gombrich, la peinture figurant sur les volets fermés a pour sujet la Terre, de laquelle se retirent les eaux du déluge. Le rayon de lumière est l'arc-en-ciel symbolisant la nouvelle alliance entre Dieu et les hommes, et la promesse que le Déluge n'aura plus lieu. Il est en outre établi que le centre de la représentation a été rogné et qu'il n'est pas impossible qu'on y vît initialement l'arche de Noé[6].

Au sommet à gauche, un personnage âgé, assis dans une trouée de nuage, tient un livre : Dieu lui-même, à rapprocher du Dieu de l’un des fonts baptismaux de la cathédrale de Bois-le-Duc, sculpté par Aert van Tricht en 1492.

On observe les complémentarités de la Terre et du Ciel, de la lumière et des ténèbres et, du point de vue de la composition, des deux axes, vertical et horizontal.

Prédécesseur[modifier | modifier le code]

panneau gauche |
panneau central |
panneau droit

Analyses et essais[modifier | modifier le code]

  • Michel de Certeau, « Le jardin des délices », in La fable Mystique, Paris, 1982.
  • Wilhelm Fraeger, Le Royaume millénaire de Jérôme Bosch, éd. Ivrea, Paris, 1993.
  • Roger van Schoute, Monique Verboomen, Jérôme Bosch, La Renaissance du Livre, Tournai, 2000.
  • Roger-Henri Marijnissen, Peter Ruyfflaere, ABCdaire de Jérôme Bosch, Flammarion, Paris, 2001.
  • Greg Rozenberg, Le grand dictionnaire de Bosch, LivreP, Gant, 2015.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Walter S. Gibson, Hieronymus Bosch, Thames and Hudson, , p. 15-16
  2. Hans Belting, Hieronymus Bosch, Gallimard, , p. 47
  3. Frédéric Elsig, Jheronimus Bosch, Librairie Droz, , p. 145
  4. (en) Walter S. Gibson, Hieronymus Bosch, G.K. Hall, , p. 26
  5. Léo Van Puyvelde, La Peinture flamande au siècle de Bosch et Breughel, Elsevier, , p. 48
  6. a et b Ernst Gombrich, L'écologie des images
  7. Thomas Jacquemin, Jérôme Bosch, le faiseur de diables. Du Jardin des délices aux tourments de l'Enfer, 50 minutes, , p. 22