Bataille de Zama

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Bataille de Zama
La Bataille de Zama par Cornelis Cort (1567)
La Bataille de Zama par Cornelis Cort (1567)
Informations générales
Date 19 octobre 202 av. J.-C.
Lieu Zama, Sud Est de l'actuelle Tunisie
Issue Victoire romaine et numide décisive, fin de la deuxième Guerre punique
Belligérants
Carthage
Numidie occidentale
République romaine
Numidie orientale
Commandants
Hannibal Barca
Syphax
Scipion l'Africain
Massinissa
Forces en présence
50 000 fantassins
4 000 cavaliers
80 éléphants de guerre
34 000 légionnaires
3 000 cavaliers romains
6 000 cavaliers numides
Pertes
20 000 morts
11 000 blessés
15 000 prisonniers
1 500 morts
4 000 blessés
Deuxième Guerre punique
Batailles
219 av. J.-C. : Sagonte
218 av. J.-C. : Cissa, Tessin, La Trébie
217 av. J.-C. : Èbre, Lac Trasimène
216 av. J.-C. : Cannes, Selva Litana (it), Nola (1re)
215 av. J.-C. : Cornus, Dertosa, Nola (2e)
214 av. J.-C. : Nola (3e)
213 av. J.-C. : Syracuse
212 av. J.-C. : Capoue (1re), Silarus, Herdonia(1re)
211 av. J.-C. : Bétis, Capoue (2e)
210 av. J.-C. : Herdonia (2e), Numistro
209 av. J.-C. : Asculum, Carthagène
208 av. J.-C. : Baecula
207 av. J.-C. : Grumentum, Métaure
206 av. J.-C. : Ilipa, Carthagène (2e) (ca)
204 av. J.-C. : Crotone
203 av. J.-C. : Utique, Grandes Plaines
202 av. J.-C. : Zama
Coordonnées 36° 17′ 56″ N 9° 26′ 57″ E / 36.298888888889, 9.449166666666736° 17′ 56″ Nord 9° 26′ 57″ Est / 36.298888888889, 9.4491666666667  

La bataille de Zama dont on ne sait si elle a jamais vraiment existé ou non, aurait été, en 202 avant l'ère chrétienne, un affrontement décisif de la deuxième guerre punique. Elle vit s'affronter les armées romaines, dirigées par Scipion l'Africain et le roi Numide Massinissa, et carthaginoise d'Hannibal et l'autre roi numide massaessyle Syphax, qui y perdit la guerre. Peu après celle-ci, le sénat carthaginois signa un traité de paix qui mit fin à 20 ans de guerre. Zama se trouve à Siliana (nord-ouest de la Tunisie).

Controverse de Zama[modifier | modifier le code]

Dans les années 2000, de nombreuses preuves archéologiques et historiques, comme la construction du gigantesque port de Carthage après la supposée bataille de Zama, la nomination d'Hannibal à la tête de l'armée carthaginoise en -196, l'impossibilité de déterminer où a précisément eu lieu le combat, l'absence d'aucunes mentions d'auteurs ou voyageurs romains postérieurs à cette bataille (mis à part Polybe, Tite-Live, le deuxième étant l'un des auteurs antiques les moins fiables) ou encore l'exil forcé de Scipion l'Africain quelques années après sa victoire supposée (décision inhabituelle pour un général qui terrasse le pire ennemi de Rome) sont des preuves que cette bataille aurait pu être inventée de toutes pièces par l'historien Polybe, serviteur de Scipion l'Africain. Un tel combat qui aurait effacé de la sorte le revers de Cannes ne serait sans doute pas passé aussi inaperçu chez les Romains qui se seraient empressés de bâtir des arcs de triomphes à Rome ou sur place, et les Carthaginois n'auraient pas pu construire le port circulaire pouvant abriter 200 navires quand Polybe clame que le traité de paix qui a suivi la bataille de Zama a empêché les Carthaginois d'en posséder plus de 10. De plus, à Carthage, les généraux vaincus tombaient généralement en disgrâce auprès du sénat et du peuple, tandis qu'Hannibal est resté à la tête de l'armée après la fin de la Deuxième Guerre punique, ce qui pourrait s'expliquer par le fait que Zama n'a jamais eu lieu.

Quand à la bataille, outre le fait qu'aucun arc de triomphe n'a été bâti en l'honneur de cette victoire dépeinte comme si éclatante ou l'absence de découverte de preuve archéologique que la bataille a eu lieu, plusieurs exagérations et incohérences peuvent être remarquées. Tout d'abord, le nombre de troupes engagées dans la bataille, notamment les éléphants. Livy estime le nombre de pachydermes à 80, sachant que Hannibal n'a traversé les Alpes qu'avec 37 éléphants et que ceux-ci (certes décimés par le froid) n'ont participé qu'à la seule bataille de Trébie. Le nombre de ces bêtes de guerres est donc considérable, d'autant plus qu'aucun éléphant n'a été envoyé par le sénat carthaginois pour contrer les romains à la bataille des Grandes Plaines alors que ceux-ci se trouvaient aux portes de Carthage et que le sort de cette bataille était décisif, ni à la bataille de l'Utique. L'absence des pachydermes sur ces deux théâtres rend d'autant plus surprenante la présence de 80 d'entre eux à Zama.

Les éléphants auraient donc engagé les hostilités en chargeant l'armée romaine mais ce seraient découragés au son des trompettes romaines avant de s'enfoncer dans les corridors qu'avaient formé les légions romaines qui les auraient criblés de javelots et il se seraient ensuite retournés contre leur armée. En admettant qu'il y avait des éléphants lors de combat et surtout que celui-ci ai véritablement eu lieu, il est impossible d'imaginer des éléphants que Livy dit être bien entraînés s'affoler au son des trompettes, quand de tels animaux de guerre étaient habitués avant toute chose au vacarme du combat. Enfin, les éléphants étaient dirigés par des cornacs qui n'auraient certainement pas laissé leurs éléphants courir à leur mort, et il est difficile d'imaginer que l'intégralité des 80 éléphants aient fait fi des ordres de leur maître en s'engageant seulement dans les espaces vides. Les quelques sources qui font référence à cette bataille prétendent que les éléphants auraient traversé leurs propres lignes, écrasant au passage hommes et chevaux, ce qui est à nouveau sujet à débat. En effet les cornacs disposaient de haches spécialement conçues pour abattre des éléphants devenus affolés et incontrôlables, ce qui aurait empêcher ceux-ci de perpétrer au sein de leur propre armée le carnage qu'on leur attribue.

Ainsi non seulement le traité qui mit un terme à la Deuxième Guerre punique n'a pas été aussi sévère que Polybe, Tite-Live voudraient le laisser penser, mais Carthage a pu continuer à lever de grandes flottes de plus de 200 navires et conserva sa grande richesse. Qu'il s'agisse de l'invraisemblance de la description des combats, des forces en présence ou des faits historiques, la bataille de Zama est débattue à cause de toutes les preuves qui s'amoncellent. Il est en effet plus probable que Scipion, après ses deux victoires aux Grandes Plaines et à Utique, ait forcé Carthage à négocier un traité qui aurait certes, mis un terme à l'hégémonie carthaginoise en Hispanie en échange du retour d'Hannibal d'Italie, mais sans limiter pour autant les effectifs militaires qu'elle a pu remplir, formant une sorte de paix blanche. L'influence de Carthage en Afrique aurait été perdue quand Massinissa a grignoté quelques morceaux de l'Afrique, convoitant même des les années -150 le contrôle de Carthage, précipitant la Troisième Guerre punique. Les seuls auteurs faisant référence à cette bataille, en plus d'être peu nombreux, datent d'après la destruction de Carthage et de ses textes en -146.

La bataille[modifier | modifier le code]

Des deux côtés, les généraux ont élaboré un plan très précis d'attaque. Hannibal fait placer en première ligne 20 éléphants, en deuxième ligne les mercenaires gaulois et ligures, en troisième ligne l'infanterie carthaginoise et africaine. À quelque distance, d'autres mercenaires, des vétérans recrutés lors de la campagne d'Italie, doivent servir de réserve. Aux deux ailes se trouve la cavalerie; à droite, celle des Carthaginois, à gauche, celle des Numides. On peut reconstituer le plan d'Hannibal : faire charger les éléphants, puis envoyer les mercenaires gaulois et ligures dans un premier assaut qui doit affaiblir les Romains, ensuite faire intervenir la ligne des Carthaginois beaucoup plus solide et, enfin, les vétérans italiens pour assurer la victoire. Dans cette armée composée d'hommes si différents par leurs nationalités, leurs langues, leurs armes, leurs modes de combat, il est difficile de parvenir à harmoniser les consignes traduites par des interprètes, et Hannibal s'efforce de motiver les combattants : aux mercenaires il promet une solde supplémentaire, aux Carthaginois et aux Numides il représente la ruine de leur pays en cas de défaite. Mais les dispositions prises par Scipion rendent la tactique d'Hannibal totalement inefficace. En effet, rompant avec la formation compacte en quinconce de l'infanterie utilisée par l'armée romaine, Scipion laisse des passages libres entre les manipules (unités tactiques de la légion) et place dans ces intervalles des vélites, ou soldats d'infanterie légère qui pourront évoluer facilement et désorienter les éléphants. À l'aile gauche, il dispose la cavalerie italienne et, à la droite, la cavalerie des Numides conduite par Massinissa, allié des Romains[1].

Conformément au plan d'Hannibal, la charge des éléphants marque le début du combat. Mais, affolés par le vacarme des clairons et des cors romains, les pachydermes se retournent contre leur propre armée. Seuls quelques-uns continuent à avancer vers les troupes romaines. C'est alors que la disposition adoptée par Scipion montre sa supériorité : les cornacs engagent leurs bêtes dans les passages laissés libres et les vélites peuvent lancer leurs javelots sur les flancs des animaux, exposés des deux côtés à la fois. Les deux ailes de l'armée d'Hannibal, les cavaleries carthaginoise et numide, font les frais de la débandade des éléphants. Lorsque, à leur tour, les deux infanteries s'affrontent, les forces sont déjà inégales. Les auxiliaires gaulois et ligures, comme Hannibal l'a prévu ne peuvent longtemps résister et se mettent à reculer vers la troisième ligne, celle des Carthaginois et des Africains. Ceux-ci refusent de leur faire place dans leurs rangs et se battent pour repousser à la fois leurs mercenaires et les Romains.

Scipion adopte ensuite la tactique utilisée par Hannibal lors de la bataille de Cannes : la deuxième et la troisième ligne des légionnaires sont envoyées aux ailes et commencent un mouvement tournant encerclant les Carthaginois qui continuent à se battre contre la première ligne. À partir de ce moment, la victoire est acquise pour les Romains, de plus la cavalerie de Massinissa et de Laelius reviennent et prennent à revers l'infanterie carthaginoise qui est massacrée. Privés de l'aide des éléphants, de leur cavalerie, de leurs mercenaires, quelques rares Carthaginois prennent la fuite. Environ 20 000 hommes ont péri dans leurs rangs. 10 000 ont été faits prisonniers ainsi que 11 éléphants. Les Romains, quant à eux, n'ont à déplorer qu'environ un millier et demi de morts. Ayant pu regagner Carthage, Hannibal déclare à ses concitoyens qu'il vient de perdre non une bataille, mais la guerre. Carthage doit accepter un traité de paix désastreux pour elle : elle perd l'Espagne, doit livrer sa flotte et ses éléphants de combat, et payer en cinquante annuités une indemnité de 10 000 talents (environ 50 millions de francs-or). Revenu à Rome, Scipion célèbre un triomphe magnifique et reçoit de ses soldats le surnom d'Africain.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Contrairement au traité de paix de la première Guerre punique qui sanctionnait les limites entre deux aires d'influence, la paix conclue par les Carthaginois après cette défaite sur leur sol aurait sanctionné l'hégémonie de Carthage en Méditerranée occidentale. Il est possible Carthage ait accepté de renoncer à se domination sur l'Hsipanie après ses cuisantes défaites sur place face au romains en échange du teour d'Hannibal d'Italie. Carthage conserva ses richesses et put construire l'un des plus grands ports de l'époque, gardant une influence considérable en Afrique. Or cette même aire d'influence fut par la suite progressivement grignotée par Massinissa qui profita de l'impuissance de l'ancienne orgueilleuse cité et du soutien romain qu'il obtint en s'alliant à L'Empire Romain ; toutefois, Carthage entreprit avec succès de développer son agriculture dans sa « chôra » (territoire continental) et se mit à retrouver peu à peu une partie de sa richesse ancienne. Massinissa convoita tant le contrôle de Carthage que Rome fut obligée d'intervenir une dernière fois et raser la cité pour empêcher qu'elle ne recouvre sa gloire passée et la menace à nouveau.

Lors de la troisième Guerre punique, Carthage n'était plus dans les faits un véritable danger pour Rome. Mais celle-ci prit pour prétexte la tentative de riposte des Carthaginois aux grignotages incessants des Numides pour intervenir en Afrique et détruire la ville après un siège de trois ans : Carthago deleta fuit.

Une réplique célèbre[modifier | modifier le code]

À Hannibal qui lui demandait la paix, Scipion répondit, en grec (langue la plus répandue à travers la méditerranée et la Mer Noire jusqu'au début du Moyen Age) : « Je ne suis pas venu pour la paix, je suis venu pour la victoire. » et selon Tite-Live : « ...préparez-vous à la guerre, puisque vous n'avez pu supporter la paix. » et Carthage fut détruite 56 ans plus tard.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Massinissa à la tête de sa fameuse cavalerie numide contribua largement à la victoire de Zama » - Cécile Colonna, L'Algérie au temps des royaumes numides, Paris, 2003.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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http://www.thehistoryherald.com/Articles/Ancient-History-Civilisation/Hannibal-and-the-Punic-Wars/the-trouble-with-zama-paradox-smoke-and-mirrors-in-an-ancient-battlefield/